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| Les Faiseurs d’Or de Rennes-le-Château |
Encore
un livre sur le sujet ?… pourrait-on dire d’un air blasé.
Et bien oui… encore un livre ! Mais d’un genre assez hors du
commun sur le propos pour que nous le soulignions avec plaisir. Le thème
abordé, l’énigme de Rennes-le-Château et de l’abbé
Saunière, n’est pas traité de manière anodine
ou habituelle. Quelques explications s’imposent. Tout d’abord,
l’auteur n’est pas un inconnu des rayons de littérature
puisqu’à l’origine d’une solide quinzaine d’ouvrages
de haute volée. Cependant, certains de ces derniers méritent
toute notre attention puisque ces ouvrages s’impliquent directement
dans des facettes inédites du sujet.
L’annonce de l’ouvrage ici présenté donne parfaitement
le ton. Il s’agirait, en résumé, d’un véritable
thriller métaphysique ; plus troublant que le ‘code da Vinci’,
‘les Faiseurs d’or de Rennes-le-Château’ vous invite
à un voyage entre terre et ciel.
Ensuite,
tout s’enchaîne au fil de constats pour le moins étonnants
:
« ‘Il est là, mort…’, tel est le message
découvert par l’ex-chanteur du groupe ‘Les Enfants Terribles’
et filleul de Jean Cocteau, après qu’il eut déchiffré
les documents ayant appartenu à l’abbé Saunière,
curé de l’église de Rennes-le-Château.
Qui est la victime ? Qu’est devenu le corps ? Mystère !
Pour comprendre, il est nécessaire de connaître l’entourage
de ce prêtre aux activités ‘’peu catholiques’’
et qui scandalisa ses contemporains par ses agissements singuliers et ses
dépenses pharaoniques.
- Qui fut Henri Boudet, curé de l’église de Rennes-les-Bains,
personnage érudit et auteur d’un étrange livre codé
?
- Quelles furent les relations de Saunière avec son supérieur
hiérarchique Monseigneur de Bonnechose, curieux prélat vénérant
Saint Hermès et Saint Lupin et qui baptisa un enfant nommé
Maurice Leblanc ?
Au fil des pages, le lecteur croisera la diva Emma Calvé, grande
amie de Georgette Leblanc, Gérard de Nerval (le poète qui
en savait trop et le paya de sa vie), Edmond Rostand (via ‘Cyrano
de Bergerac’)… et, se profilant en arrière plan, l’ombre
des Cathares, des Templiers, des Roses-Croix, du Comte de Saint-Germain,
de l’énigmatique Masque de Fer, des alchimistes Nicolas Flamel
et Fulcanelli.
Enfin, et se laissant guider par les toiles, Les Bergers d’Arcadie
de Nicolas Poussin, et La Joconde de Léonard de Vinci, le lecteur
découvrira l’identité de la victime, la seule menant
au Nom de la… Rose. »
Ce n’est ici qu’une trop simple et modeste présentation.
En effet, à la lecture de cet ouvrage, une quantité impressionnante
d’éléments est offerte au lecteur. Si le livre commence
assez laconiquement ce n’est, sans doute, que pour mieux nous préparer
à prendre de la vitesse au fil des chapitres. Une vitesse qui ira
en s’accroissant jusqu’à un final qui en fin de compte
nous semble arriver bien trop tôt. L’ensemble de ce travail
est composé comme une mosaïque dont on aperçoit l’ampleur
globale seulement au dernier moment… une sorte de puzzle complet dont
on ne comprend la forme finale qu’avec le recul, au moment de la pose
du dernier élément.
Tout commence sur des données classiques concernant le Razès et les bases sommaires de l’affaire de Rennes-le-Château… C’est ensuite la lente remontée, de manière récurrente, du tableau des Bergers d’Arcadie, du pape Léon XIII qui, nous l’apprenons, appartenait à l’Académie des Arcades… Suivent en filigrane Maurice Leblanc, la reine Christine de Suède et ses passions alchimiques, ainsi que différents ouvrages de Jules Verne, agrémentés d’autres concernant non seulement la Géographie sacrée… mais une autre bien moins connue qui serait ‘sidérale’, sans oublier la célèbre ‘langue des oiseaux’ avec un clin d’œil des plus curieux à l’auteur Gaston Leroux. Un dernier détour incontournable par la célèbre ‘Enigme Sacrée’ d’Henry Lincoln et les nautoniers du Prieuré de Sion éclairés par l’opinion de Jean-Luc Chaumeil à propos de Jean Cocteau qui nous est si cher dans nos études… et le Général De Gaulle.
La
suite de l’ouvrage s’accélère avec l’étrange
‘Serpent Rouge’ à propos duquel R. Khaitzine nous donne
de nouvelles informations peu usitées comme celles tenues dans le
Livre des Morts Egyptiens, l’ Ancien Testament, le Graal et Vincent
Van Gogh expliquant avoir cherché à exprimer avec le rouge
et le vert les terribles passions humaines…
L’énigme ensuite nous emmène curieusement sur les pas
des Cathares et particulièrement sur le site du château de
Montségur, et plus curieusement derrière l’abbé
de Villars, auteur du célèbre ‘Comte de Gabalis’,
pour se poursuivre par le mystère de l’abbé Bigou, particulièrement
mis en lumière à l’heure actuelle grâce aux travaux
de Patrice Chaplin dont nous faisons largement mention sur nos colonnes.
Le
lecteur s’interroge également sur le titre insolite de cet
ouvrage : ‘Les faiseurs d’or’… S’agirait-il
de fausse monnaie dont il est question dans le secteur du Razès…
d’un commerce des plus juteux mis en place dans le plus grand des
secrets… mais rapportant à qui, en ce cas ? Evidemment, ces
deux hypothèses entrent facilement dans le droit fil de l’énigme.
Cependant, il reste la piste alchimique semblant la plus suggestive dans
ce livre. S’il ne s’agit pas d’une description complète
du Grand Œuvre, nous en retrouvons les éléments et les
notons en filigrane, au long d’habiles rappels et remarques, quand
il ne s’agit pas de plusieurs chapitres des plus instructifs dans
ce domaine, se rattachant effectivement à divers événements
de l’affaire de Rennes-le-Château…
Avec l’autorisation de l’éditeur, nous présentons
une partie du chapitre XIII, qui nous semble significatif en la matière.
Chapitre
XIII: Le corps mort… à ressusciter
Si Saturne pense qu' « il a l'R mort », Mars sait que pour les alchimistes « le cadavre et le sépulcre ne font qu'un », aussi a-t-il deviné qu'il est l'A mort. Lorsque Mars désigne la lettre A, c'est pour une raison précise. En latin, on plaçait la diphtongue AV devant les voyelles et A devant les consonnes pour exprimer l'éloignement et la séparation. En suivant servilement cette règle et en réintégrant le S manquant, la devise mystérieuse adopte une signification totalement différente :
ET-A-IN
ARCA DIES GO
Ce
qui se traduit par 1' Étain est le coffre (ou le cercueil) de la
lumière du Grand Œuvre. Ce métal, traditionnellement
est associé à Zeus-Jupiter. C'est lui qui fournit l'élément
mercuriel qui souffre la Passion.
Le peintre, ayant exécuté la toile figurant le Christ pantelant,
et visible dans l'église de Rennes-les-Bains, savait donc ce qu'il
faisait en peignant le corps de Jésus-Jupiter en gris, évoquant
la couleur reconnaissable du métal dont il est question. Ceci est
d'autant plus assuré que le fils de Dieu a l'air éteint et
que de sa main abaissée en direction du sol, il montre un plat en
or, signalant ainsi que le métal triste et gris est susceptible d'en
produire un autre plus précieux. C'était, également,
sans doute, l'avis de Gérard de Nerval, à en juger par la
phrase qu'il intercala au sein de son ultime texte La Pandora, texte incluant,
justement, une énigme Alchimique (1), et contenant la célèbre
phrase : « Enfin, la Pandora, c'est tout dire, car je ne veux pas
dire tout ». On peut y lire ce cri très révélateur:
-Jupiter! Quand finira ton supplice?» Nerval pouvait-il se montrer
plus direct? Certainement pas, quand on sait - ainsi que le précise
le mythe de la conquête de la Toison d'Or, effectuée par Jason
et ses Argonautes - que ladite Toison était suspendue à un
chêne, arbre consacré à Pan et à Zeus. Le lecteur
se souviendra, aussi, de la recommandation de Flamel : « Note ce chêne
! » En provençal, autrefois, cet arbre était désigné
par le mot cass, racine de cassitérite. La cassitérite est
un minerai riche en étain, et que les Grecs allaient chercher dans
des îles mythiques, baptisées Cassitérides. Le coq,
surplombant le clocher de nos églises, n'a pas d'autre origine ;
il est un vestige de la culture hellénique et était dédié
à Zeus-Jupiter. Mais, dans ce cas, pourquoi l'Alchimie fut-elle qualifiée
d’art d'Hermès ? Parce que, dans l'Antiquité, le coq
était à la fois dédié à Zeus et à
Hermès. De même, l'étain était attribué
aux deux dieux. Après la victoire de la chrétienté,
l'église substitua au Panthéon grec son propre légendaire,
tout en diabolisant les dieux de ceux qu'elle considérait comme des
païens. De là naquit le mythe de Satan, nom dérivé
de celui de Saturne. Il est curieux de constater que la première
lettre et la dernière lettre de Satan forment le sigle Sn, lequel
est le symbole chimique actuel de l'étain. Auparavant, ce métal
était désigné par le symbole St, abréviation
utilisée également pour le mot saint. Quelques lignes, extraites
des Demeures Philosophâtes de Fulcanelli, vont achever de nous convaincre
de la véracité de cette démonstration : « Ce
diable, image de la grossièreté matérielle opposée
à la spiritualité, est l'hiéroglyphe de la première
substance minérale, telle qu'on la trouve aux gîtes métallifères
où les mineurs vont l'arracher. On la voyait jadis représentée,
sous la figure de Satan, à Notre-Dame de Paris, et les fidèles,
en témoignage de mépris et d'aversion, venaient éteindre
leurs cierges en les lui plongeant dans la bouche qu'il tenait ouverte.
C’était, pour le peuple, maistre Pierre du Coignet, la maîtresse
pierre du coin, c'est-à-dire notre pierre angulaire et le bloc primitif
sur lequel tout l'œuvre est édifié (2). Les Évangiles
nous parlent de la même chose en évoquant « la pierre
d'angle et de faîte qui a été rejetée par les
bâtisseurs ». Quant à la statue de maistre Pierre du
Coignet, François Villon, dans ses œuvres, en atteste la présence.
L'apostrophe du Christ envers Simon-Pierre « vade rétro satana
», si on la rapproche de l'annonce du reniement, ponctué par
le chant du coq, adopte une singulière résonance, dans ce
contexte. Les constructeurs d'églises et de cathédrales n'étaient
pas sans connaître ces ramifications. Ainsi, à l'intérieur
de l'église Saint-Merry, lieu de rendez-vous, au Moyen-Âge,
des Alchimistes, qui s'y réunissaient le dimanche, peut se voir un
curieux vitrail incluant un pentagramme inversé, image parlante du
bouc, animal associé au Diable. Ledit vitrail a été
placé au nord, endroit ne recevant jamais la lumière solaire.
Cette position géographique autorise un calembour, bien dans l'esprit
du temps : « de ce côté, tout est ...éteint »,
et pouvant se traduire, après permutation de la formulation : - l'étain
est tout ». Ce calembour se double d'un second, lequel a mis à
rude épreuve la compréhension des étudiants en Alchimie.
Il serait peu vraisemblable que l’Antimoine des Philosophes soit le
minéral commun et encore moins que Basile Valentin lui ait consacré
un livre entier sans en voiler la nature. En fait, il s'agit de se poser
la question suivante : quel est le plus grand adversaire des moines (l'anti-moines)
? Il s'agit de Satan, dont l'anagramme livre stana et son prolongement stanum
: l'étain. Il est curieux de constater que les initiales de Saint-Merry
- S.M. - sont celles du Soufre et du Mercure. Il est possible également
d'y voir l'abréviation de Spiritus Mundi. À noter que merry
est l'ancienne forme de joyeux, adjectif dérivé de Jovis :
Jupiter! La boucle se trouve bouclée.
Cette
constatation nous amène à nous interroger sur une singularité
propre à l'Histoire de la monarchie française. Comment se
fait-il que nous ayons eu vingt-deux monarques prénommés Louis
? Il est vrai, qu'au premier abord, ils ne furent que dix-sept. En effet,
le fils de Louis XVI, l'enfant du Temple ne régna pas. Toutefois,
à Louis XVIII succédèrent Louis-Philippe, puis l'Empereur
Louis- Napoléon (nous savons que le 4 est le chiffre à la
fois de Jupiter et de l'étain, et que le symbole de ce métal
affecte la forme de ce chiffre et la position de l'Empereur, 4e arcane majeur
du jeu de Tarots). À ces dix-neuf Louis - prénom dérivant
de Lovis, Jovis, Jupiter - il convient d'ajouter les trois Clovis. Clovis
- mais qui le sait encore de nos jours? - est l'ancienne forme du prénom
Louis. Quant au C qui le précède, n'est-il pas évocateur
du croissant lunaire, celui de l'astre des nuits permettant de rendre les
métaux morts philosophiques, d'assurer leur résurrection.
Jules Verne devait parfaitement le savoir, lui qui écrivit un ouvrage
intitulé Clovis Dardentor. Sans doute s'est-il souvenu qu'il existait,
autrefois, une maladie redoutable, qualifiée de mal des ardents,
et suscitée par l'ergot de seigle ou blé cornu. En conséquence,
le titre de son roman serait à comprendre comme étant consacré
à l'or ardent obtenu par Clovis, ou Jovis (l'étain, métal
de Jupiter) rendu philosophique par son exposition à C ou la lune.
Il existe un prolongement à ces hypothèses. Le Mat ou Fou
du jeu de Tarots, première ou 22e lame majeure est l'emblème
du Mercure des Sages. Si ce point est relativement connu, ce n'est pas le
cas de l'information ci-après. Cyrano de Bergerac invoquait fréquemment
Saint Mathurin, patron des bouffons, des fous de cours et des... orfèvres
travaillant l'étain ! Poursuivi jusque sur son lit de mort par les
« grenouilles de bénitier » qui formaient l'entourage
de sa cousine Roxane, Cyrano se plaignit que ces dernières lui aient
dérobé ses écrits. Tous ne furent pas retrouvés
et le pauvre Cyrano se lamenta, en vain, sur la perte irrémédiable
de son Histoire de l’Estincelle. Ce titre n'est pas sans rappeler
ce que Fulcanelli disait du Mercure : « Le Mercure est un sel ».
Il n'est d'ailleurs pas besoin d'aller chercher si loin afin d'identifier
le métal si jalousement occulté par les alchimistes. Dans
son Dictionnaire Mytho-Hermétique, Dom Antoine Joseph Pernety nous
en dit que : « l'étain vulgaire a une propriété
qu'on ne remarque pas dans les autres métaux, c'est d'augmenter de
poids quand on le calcine, au lieu que les autres métaux diminuent.
On dirait qu'il absorbe les parties ignées des charbons, ou que sa
chaux est un aimant de l'esprit universel qui se corporifie avec lui ».
N'est-ce pas le but des travaux?
Ces assertions sont définitivement corroborées par un tableau
visible en l'église Saint-Paul et Saint-Louis, à Paris. Qui
dira pourquoi ce lieu de culte fut dédié à ces deux
personnages? Saint Paul n'a jamais existé que dans l'imagination
fertile des scribes de l'église qui l'ont fait sortir de Saul (à
prononcer Shaoul), le persécuteur des chrétiens qui, loin
de se convertir, en fut un ennemi acharné jusqu'à la fin de
son existence. Les scribes commencèrent par ôter le tréma
sur le u de son nom, afin d'en faire Saul. Dans un second temps, ils remplacèrent
le S par un P... et le tour fut joué. Quant à Saint-Louis,
on se demande bien ce qui lui valut sa réputation de sainteté,
sans doute le fait d'avoir croisé la chevalerie et de l'avoir envoyée
exterminer les Albigeois.
Traditionnellement, Saint-Paul est figuré avec une épée
et la présence de ce fer attise l'intérêt de tout hermétiste.
La lumière devient aveuglante, quand, ayant poussé la visite
jusqu'au fond de l'église, et levant la tête, nous contemplons
les superbes caissons alchimiques sculptés sur les plafonds. Combien
sont parlants ce vase pyrogène, emblème du Gardal ou Graal,
ce bateau guidé par l'étoile du matin, indice de la voie humide,
cette Rose et ce Palmier, ce dernier placé dans un jardin clos, emblèmes
de la Pierre Philosophale! La stupeur se trouve portée à son
comble, alors que regagnant la sortie, le regard se pose sur la grande toile
figurant la Mort de Saint-Louis.
Le roi Louis IX, revêtu du manteau royal bleu, semé de lys
d'or, est allongé, agonisant... Il s'éteint. Louis ou Lovis,
représentant de Jupiter (Dieu pour les catholiques) sur Terre, en
porte la couleur, ce bleu jupitérien auquel est associé l’étain,
métal conduisant celui bénéficiant du Donum Dei, le
Don de Dieu ou la Grâce vers l'or lumineux, emblématisé
par les lys dont l'étymologie luz est claire, la Kabbale hébraïque
confirme ce symbolisme puisque la sephira dénommée chêsed
(la Grâce) est associée à Zeus-Jupiter, à la
couleur bleue et à l'étain.
Ladite toile est signée Jacques Ninet de Lestain. Peut-on encore
invoquer le hasard concernant une telle prédestination? La recherche
d'éléments biographiques relatifs à ce peintre ne ménage
pas son lot de surprises. En effet, si les annuaires nous livrent les noms
de Jean-Baptiste Lestain et de Nicolas Ninet, en revanche nous ne trouvons
aucune trace d'un Jacques Ninet de Lestain. Bizarre! À Jean-Baptiste
Lestain, le lexicographe nous renvoie à Lestin Jacques. Quant à
Ninet Nicolas, on nous en dit : « Peintre né à Troyes
(Aube) travaillant dans cette ville au XVIIe siècle. Confondu à
tort avec Jacques de Lestin- Voir à ce nom ». Étant
de nature disciplinée - uniquement lorsque les circonstances m'y
contraignent - j'ai obéi à l'injonction, croyant pouvoir éclairer
ma lanterne. Là, loin de s'éclaircir, cette ténébreuse
affaire alla s'obscurcissant, atteignant le noir le plus opaque. Je vous
laisse le soin de juger du caractère ambigu de ces explications laborieuses
que j'eusse souhaité plus lumineuses de la part du rédacteur
de la notice : « Lestin (Jacques), peintre né à Troyes
en 1597, mort dans la même ville en 1661». La toile indique
1662 pour Ninet de Lestain. La plus grande confusion - on ne lui fait pas
dire ! - a régné jusqu'à il y a peu, sur l'identité
de ce peintre. La principale source de confusion à son sujet vint
de l'existence d'un autre peintre troyen contemporain : Nicolas Ninet et
il se produit une contraction entre les deux artistes sous le nom de Jacques
Ninet de Lestin, ou Letin ou Lettin. En somme, les experts ne semblent pas
très bien fixés quant à l'identité de ce peintre
évanescent; mais rassurez-vous, ça va encore... empirer! En
1636, un Jean-Baptiste Lestain, peut-être également identique
à Jacques de Lestin fit son apprentissage à Troyes, demeuré
un centre artistique très actif depuis la Renaissance. On a ensuite
retrouvé sa trace à Rome, entre 1622 et 1625, où il
profita certainement des conseils de Simon Vouet, dont l'influence apparaît
dans ses propres œuvres, qui ne se distingueraient guère de
l'abondante production de peintures religieuses des disciples de Vouet,
s'il n'y mêlait une sincérité, que l'on peut dire provinciale,
voire paysanne, du sentiment de la réalité. Revenu à
Troyes, en 1626, il partagea son temps et son activité entre la Champagne
et Paris, multipliant les grandes compositions religieuses réclamées
par l'officialisation de la religion. Travailla pour la cathédrale
de Troyes. Musées : - Paris (Église Saint-Paul et Saint-Louis)
: La mort de Saint-Louis. Troyes (Musée) : Autoportrait - Adoration
des Bergers - La Visitation ».
Tout ceci est d'une clarté limpide, - n'est-ce pas? - et seuls les
experts en peinture peuvent se contenter d'une notice aussi inepte. Nous
sommes en présence d'une oeuvre allégorique et véhiculant
des données symboliques. Quant à la confusion entretenue sur
l'identité réelle de l'artiste, elle semble volontaire et
uniquement destinée à attirer l'attention du visiteur sur
certaines singularités, exposées ci-dessus, et permettant
de qualifier cette toile de Demeure Philosophale, c'est-à-dire de
support de l'art hermétique. Ultime précision, Simon Vouel
tint une école à Rome, durant son séjour en Italie
et il reçut la visite de son confrère et rival Nicolas Poussin.
Poussin, auteur des Bergers d’Arcadie, était à Rome
en 1624 el le peintre de La Mort de Saint-Louis et de L'Adoration des Bergers
y résida entre 1622 et 1625. Se rencontrèrent-ils chez Simon
Vouel ?
Eugène
Canseliet
Si
le lecteur se souvient de ce qui a été dit à propos
du billet de 50 francs, à l'effigie d'Antoine de Saint-Exupéry,
il appréciera certainement la précision suivante. Eugène
Canseliet, au sein du Mutus Liber, fit quelques commentaires abscons concernant
la proximité du prénom Antoine et du mot antimoine. Comme
il est probable que les lecteurs de Monsieur Canseliet sont restés
sur leur faim, il est peut-être utile d'éclairer ses propos.
D'Antoine à antimoine, la distance n'est pas bien grande qui se trouve
comblée par l'ajout de deux lettres : M et I. Mais qui s'est avisé
que ces deux caractères sont les initiales de Mars et de Iovis (Jupiter)?
Naturellement, mes propos ne manqueront pas de susciter les sourires entendus
de ceux qui pensent que l'on peut déceler du symbolisme partout,
y compris dans ce qui en est dépourvu. Que les rieurs m'expliquent,
dans ce cas, les raisons qui présidèrent au choix de cette
coupure, plutôt qu'une autre, afin d’y associer le serpent attribué
à Zeus-Jupiter et le petit personnage solaire, muni d'une épée
de fer.
Afin de couper court aux polémiques que ne manqueront pas de soulever
mes assertions, j'en appellerai, de nouveau, à l'arbitrage de Fulcanelli.
Au sein du chapitre qu'il consacra à la demeure de Louis d'Estissac,
après avoir dévoilé les secrets de l’épisémon,
le dernier des alchimistes français apporta une confidence dont la
précision est de nature à faire taire un microcosme aussi
prétentieux qu'incapable de comprendre ce qu'il lit. «... notre
devoir étant avant tout d'aider ceux qui ne se nourrissent point
de chimères, nous écrirons pour ceux-là seuls, sans
nous préoccuper davantage des autres. Rappelons donc qu'une autre
similitude de mots permettrait également d'inférer que la
pierre philosophale pourrait provenir de l'antimoine. On sait que les alchimistes
du XIVe siècle appelaient Kohl ou Kohol leur Médecine universelle,
des mots arabes alcohol, qui signifient poudre subtile, terme qui a pris
plus tard, dans notre langue, le sens d'eau de vie (alcool). En arabe, Kohl
est, dit-on, l'oxysulfure d'antimoine pulvérisé, qu'emploient
les musulmanes pour se teindre les sourcils en noir. Les femmes grecques
se servaient du même produit, qu'on appelait platyophtalmon, c'est-à-dire
grand oeil ; parce que l'usage de cet artifice leur faisait paraître
les yeux plus larges. Voilà pensera-t-on de suggestives relations.
Nous serions certainement du même avis, si nous ignorions qu'il n'entrait
pas la moindre molécule de stibine dans le platyophtalmon des Grecs
(sulfure de mercure sublimé), le Kohl des Arabes et le Cohol des
Turcs. Les deux derniers s'obtenaient par calcination d'un mélange
d'étain grenaille et de noix de galle. Telle est la composition du
Kohl des femmes orientales, dont les alchimistes anciens se sont servis
comme terme de comparaison pour enseigner la préparation secrète
de leur antimoine... ».
Assurément, Arsène Lupin, pardon, Maurice Leblanc, avait parfaitement
lu Fulcanelli car, ainsi que le relève Patrick Ferté, au sein
de son ouvrage précité : « Dans la Dame blonde, Lupin
fait jouer un rôle important à maître DETINAN, son avocat-conseil
dont M. Leblanc précise gratuitement, donc de manière suspecte,
que c'est un député radical. De prime abord, detinan est alléchant
: il arbore les cinq premières lettres, et en bon ordre, de la formule
ETINArcadia ego. Mais quand, quelques lignes après, M. Leblanc éprouve
le besoin de préciser son appartenance politique, l'hypothèse
devient certitude: en effet, le RADICAL DETINAN donne, si l'on ôte
deux lettres (D et N) l.'ET IN AKCADIA. - Cela aurait pu être, mais
cela n'est pas et, si les prémisses sont justes, il n'en va pas de
même de la solution. Lisant Maurice Leblanc, servilement et à
la lettre, il va de soi qu'il convient de s'enquérir de la raison
d'être de ce radical. S'agissant d'un radicalisme politique, à
l'époque il se situait au centre, entre la gauche et la droite, en
toute logique, et donc entre le D et le N de Detinan, ce qui nous laisse
cinq lettres: ETINA... anagramme d'ETAIN.
(1)
« Aelia Laetia, nec vir, mulier, nec androgyna, etc… «
Ni homme, ni femme, ni androgyne, ni fille, ni jeune, ni vieille, ni chaste,
ni folle, ni pudique, mais tout cela ensemble… ».
(2) Page 121 – tome 2–.
Comme nous pouvons effectivement le constater à cette brève lecture, il s’agit là d’un ouvrage considérable, à de nombreux titres, dont la particularité est d’être composé de chapitres complets qui, bien que formant une suite logique, peuvent se lire indépendamment les uns des autres sans nécessité de chronologie… Nous recommandons à nos habitués, visiteurs et amateurs d’Alchimie, ce livre documentaire indispensable qui offre une approche inédite, dans sa présentation, de l’affaire de Rennes-le-Château en se montrant cependant bien adapté aux moments de ‘studieuses’ détentes estivales.
325
pages au format 14 x21, agrémentées d’un cahier
de 21 illustrations en couleurs. Couverture cartonnée et
glacée en couleurs. |