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Société Périllos ©

Les Faiseurs d’Or de Rennes-le-Château

 

Encore un livre sur le sujet ?… pourrait-on dire d’un air blasé. Et bien oui… encore un livre ! Mais d’un genre assez hors du commun sur le propos pour que nous le soulignions avec plaisir. Le thème abordé, l’énigme de Rennes-le-Château et de l’abbé Saunière, n’est pas traité de manière anodine ou habituelle. Quelques explications s’imposent. Tout d’abord, l’auteur n’est pas un inconnu des rayons de littérature puisqu’à l’origine d’une solide quinzaine d’ouvrages de haute volée. Cependant, certains de ces derniers méritent toute notre attention puisque ces ouvrages s’impliquent directement dans des facettes inédites du sujet.
L’annonce de l’ouvrage ici présenté donne parfaitement le ton. Il s’agirait, en résumé, d’un véritable thriller métaphysique ; plus troublant que le ‘code da Vinci’, ‘les Faiseurs d’or de Rennes-le-Château’ vous invite à un voyage entre terre et ciel.

Ensuite, tout s’enchaîne au fil de constats pour le moins étonnants :
« ‘Il est là, mort…’, tel est le message découvert par l’ex-chanteur du groupe ‘Les Enfants Terribles’ et filleul de Jean Cocteau, après qu’il eut déchiffré les documents ayant appartenu à l’abbé Saunière, curé de l’église de Rennes-le-Château.
Qui est la victime ? Qu’est devenu le corps ? Mystère !
Pour comprendre, il est nécessaire de connaître l’entourage de ce prêtre aux activités ‘’peu catholiques’’ et qui scandalisa ses contemporains par ses agissements singuliers et ses dépenses pharaoniques.
- Qui fut Henri Boudet, curé de l’église de Rennes-les-Bains, personnage érudit et auteur d’un étrange livre codé ?
- Quelles furent les relations de Saunière avec son supérieur hiérarchique Monseigneur de Bonnechose, curieux prélat vénérant Saint Hermès et Saint Lupin et qui baptisa un enfant nommé Maurice Leblanc ?
Au fil des pages, le lecteur croisera la diva Emma Calvé, grande amie de Georgette Leblanc, Gérard de Nerval (le poète qui en savait trop et le paya de sa vie), Edmond Rostand (via ‘Cyrano de Bergerac’)… et, se profilant en arrière plan, l’ombre des Cathares, des Templiers, des Roses-Croix, du Comte de Saint-Germain, de l’énigmatique Masque de Fer, des alchimistes Nicolas Flamel et Fulcanelli.
Enfin, et se laissant guider par les toiles, Les Bergers d’Arcadie de Nicolas Poussin, et La Joconde de Léonard de Vinci, le lecteur découvrira l’identité de la victime, la seule menant au Nom de la… Rose. »
Ce n’est ici qu’une trop simple et modeste présentation. En effet, à la lecture de cet ouvrage, une quantité impressionnante d’éléments est offerte au lecteur. Si le livre commence assez laconiquement ce n’est, sans doute, que pour mieux nous préparer à prendre de la vitesse au fil des chapitres. Une vitesse qui ira en s’accroissant jusqu’à un final qui en fin de compte nous semble arriver bien trop tôt. L’ensemble de ce travail est composé comme une mosaïque dont on aperçoit l’ampleur globale seulement au dernier moment… une sorte de puzzle complet dont on ne comprend la forme finale qu’avec le recul, au moment de la pose du dernier élément.

Tout commence sur des données classiques concernant le Razès et les bases sommaires de l’affaire de Rennes-le-Château… C’est ensuite la lente remontée, de manière récurrente, du tableau des Bergers d’Arcadie, du pape Léon XIII qui, nous l’apprenons, appartenait à l’Académie des Arcades… Suivent en filigrane Maurice Leblanc, la reine Christine de Suède et ses passions alchimiques, ainsi que différents ouvrages de Jules Verne, agrémentés d’autres concernant non seulement la Géographie sacrée… mais une autre bien moins connue qui serait ‘sidérale’, sans oublier la célèbre ‘langue des oiseaux’ avec un clin d’œil des plus curieux à l’auteur Gaston Leroux. Un dernier détour incontournable par la célèbre ‘Enigme Sacrée’ d’Henry Lincoln et les nautoniers du Prieuré de Sion éclairés par l’opinion de Jean-Luc Chaumeil à propos de Jean Cocteau qui nous est si cher dans nos études… et le Général De Gaulle.

La suite de l’ouvrage s’accélère avec l’étrange ‘Serpent Rouge’ à propos duquel R. Khaitzine nous donne de nouvelles informations peu usitées comme celles tenues dans le Livre des Morts Egyptiens, l’ Ancien Testament, le Graal et Vincent Van Gogh expliquant avoir cherché à exprimer avec le rouge et le vert les terribles passions humaines…
L’énigme ensuite nous emmène curieusement sur les pas des Cathares et particulièrement sur le site du château de Montségur, et plus curieusement derrière l’abbé de Villars, auteur du célèbre ‘Comte de Gabalis’, pour se poursuivre par le mystère de l’abbé Bigou, particulièrement mis en lumière à l’heure actuelle grâce aux travaux de Patrice Chaplin dont nous faisons largement mention sur nos colonnes.

Le lecteur s’interroge également sur le titre insolite de cet ouvrage : ‘Les faiseurs d’or’… S’agirait-il de fausse monnaie dont il est question dans le secteur du Razès… d’un commerce des plus juteux mis en place dans le plus grand des secrets… mais rapportant à qui, en ce cas ? Evidemment, ces deux hypothèses entrent facilement dans le droit fil de l’énigme. Cependant, il reste la piste alchimique semblant la plus suggestive dans ce livre. S’il ne s’agit pas d’une description complète du Grand Œuvre, nous en retrouvons les éléments et les notons en filigrane, au long d’habiles rappels et remarques, quand il ne s’agit pas de plusieurs chapitres des plus instructifs dans ce domaine, se rattachant effectivement à divers événements de l’affaire de Rennes-le-Château…
Avec l’autorisation de l’éditeur, nous présentons une partie du chapitre XIII, qui nous semble significatif en la matière.

Chapitre XIII: Le corps mort… à ressusciter

Si Saturne pense qu' « il a l'R mort », Mars sait que pour les alchimistes « le cadavre et le sépulcre ne font qu'un », aussi a-t-il deviné qu'il est l'A mort. Lorsque Mars désigne la lettre A, c'est pour une raison précise. En latin, on plaçait la diphtongue AV devant les voyelles et A devant les consonnes pour exprimer l'éloignement et la séparation. En suivant servilement cette règle et en réintégrant le S manquant, la devise mystérieuse adopte une signification totalement différente :

ET-A-IN ARCA DIES GO

Ce qui se traduit par 1' Étain est le coffre (ou le cercueil) de la lumière du Grand Œuvre. Ce métal, traditionnellement est associé à Zeus-Jupiter. C'est lui qui fournit l'élément mercuriel qui souffre la Passion.
Le peintre, ayant exécuté la toile figurant le Christ pantelant, et visible dans l'église de Rennes-les-Bains, savait donc ce qu'il faisait en peignant le corps de Jésus-Jupiter en gris, évoquant la couleur reconnaissable du métal dont il est question. Ceci est d'autant plus assuré que le fils de Dieu a l'air éteint et que de sa main abaissée en direction du sol, il montre un plat en or, signalant ainsi que le métal triste et gris est susceptible d'en produire un autre plus précieux. C'était, également, sans doute, l'avis de Gérard de Nerval, à en juger par la phrase qu'il intercala au sein de son ultime texte La Pandora, texte incluant, justement, une énigme Alchimique (1), et contenant la célèbre phrase : « Enfin, la Pandora, c'est tout dire, car je ne veux pas dire tout ». On peut y lire ce cri très révélateur: -Jupiter! Quand finira ton supplice?» Nerval pouvait-il se montrer plus direct? Certainement pas, quand on sait - ainsi que le précise le mythe de la conquête de la Toison d'Or, effectuée par Jason et ses Argonautes - que ladite Toison était suspendue à un chêne, arbre consacré à Pan et à Zeus. Le lecteur se souviendra, aussi, de la recommandation de Flamel : « Note ce chêne ! » En provençal, autrefois, cet arbre était désigné par le mot cass, racine de cassitérite. La cassitérite est un minerai riche en étain, et que les Grecs allaient chercher dans des îles mythiques, baptisées Cassitérides. Le coq, surplombant le clocher de nos églises, n'a pas d'autre origine ; il est un vestige de la culture hellénique et était dédié à Zeus-Jupiter. Mais, dans ce cas, pourquoi l'Alchimie fut-elle qualifiée d’art d'Hermès ? Parce que, dans l'Antiquité, le coq était à la fois dédié à Zeus et à Hermès. De même, l'étain était attribué aux deux dieux. Après la victoire de la chrétienté, l'église substitua au Panthéon grec son propre légendaire, tout en diabolisant les dieux de ceux qu'elle considérait comme des païens. De là naquit le mythe de Satan, nom dérivé de celui de Saturne. Il est curieux de constater que la première lettre et la dernière lettre de Satan forment le sigle Sn, lequel est le symbole chimique actuel de l'étain. Auparavant, ce métal était désigné par le symbole St, abréviation utilisée également pour le mot saint. Quelques lignes, extraites des Demeures Philosophâtes de Fulcanelli, vont achever de nous convaincre de la véracité de cette démonstration : « Ce diable, image de la grossièreté matérielle opposée à la spiritualité, est l'hiéroglyphe de la première substance minérale, telle qu'on la trouve aux gîtes métallifères où les mineurs vont l'arracher. On la voyait jadis représentée, sous la figure de Satan, à Notre-Dame de Paris, et les fidèles, en témoignage de mépris et d'aversion, venaient éteindre leurs cierges en les lui plongeant dans la bouche qu'il tenait ouverte. C’était, pour le peuple, maistre Pierre du Coignet, la maîtresse pierre du coin, c'est-à-dire notre pierre angulaire et le bloc primitif sur lequel tout l'œuvre est édifié (2). Les Évangiles nous parlent de la même chose en évoquant « la pierre d'angle et de faîte qui a été rejetée par les bâtisseurs ». Quant à la statue de maistre Pierre du Coignet, François Villon, dans ses œuvres, en atteste la présence.
L'apostrophe du Christ envers Simon-Pierre « vade rétro satana », si on la rapproche de l'annonce du reniement, ponctué par le chant du coq, adopte une singulière résonance, dans ce contexte. Les constructeurs d'églises et de cathédrales n'étaient pas sans connaître ces ramifications. Ainsi, à l'intérieur de l'église Saint-Merry, lieu de rendez-vous, au Moyen-Âge, des Alchimistes, qui s'y réunissaient le dimanche, peut se voir un curieux vitrail incluant un pentagramme inversé, image parlante du bouc, animal associé au Diable. Ledit vitrail a été placé au nord, endroit ne recevant jamais la lumière solaire. Cette position géographique autorise un calembour, bien dans l'esprit du temps : « de ce côté, tout est ...éteint », et pouvant se traduire, après permutation de la formulation : - l'étain est tout ». Ce calembour se double d'un second, lequel a mis à rude épreuve la compréhension des étudiants en Alchimie. Il serait peu vraisemblable que l’Antimoine des Philosophes soit le minéral commun et encore moins que Basile Valentin lui ait consacré un livre entier sans en voiler la nature. En fait, il s'agit de se poser la question suivante : quel est le plus grand adversaire des moines (l'anti-moines) ? Il s'agit de Satan, dont l'anagramme livre stana et son prolongement stanum : l'étain. Il est curieux de constater que les initiales de Saint-Merry - S.M. - sont celles du Soufre et du Mercure. Il est possible également d'y voir l'abréviation de Spiritus Mundi. À noter que merry est l'ancienne forme de joyeux, adjectif dérivé de Jovis : Jupiter! La boucle se trouve bouclée.
Cette constatation nous amène à nous interroger sur une singularité propre à l'Histoire de la monarchie française. Comment se fait-il que nous ayons eu vingt-deux monarques prénommés Louis ? Il est vrai, qu'au premier abord, ils ne furent que dix-sept. En effet, le fils de Louis XVI, l'enfant du Temple ne régna pas. Toutefois, à Louis XVIII succédèrent Louis-Philippe, puis l'Empereur Louis- Napoléon (nous savons que le 4 est le chiffre à la fois de Jupiter et de l'étain, et que le symbole de ce métal affecte la forme de ce chiffre et la position de l'Empereur, 4e arcane majeur du jeu de Tarots). À ces dix-neuf Louis - prénom dérivant de Lovis, Jovis, Jupiter - il convient d'ajouter les trois Clovis. Clovis - mais qui le sait encore de nos jours? - est l'ancienne forme du prénom Louis. Quant au C qui le précède, n'est-il pas évocateur du croissant lunaire, celui de l'astre des nuits permettant de rendre les métaux morts philosophiques, d'assurer leur résurrection. Jules Verne devait parfaitement le savoir, lui qui écrivit un ouvrage intitulé Clovis Dardentor. Sans doute s'est-il souvenu qu'il existait, autrefois, une maladie redoutable, qualifiée de mal des ardents, et suscitée par l'ergot de seigle ou blé cornu. En conséquence, le titre de son roman serait à comprendre comme étant consacré à l'or ardent obtenu par Clovis, ou Jovis (l'étain, métal de Jupiter) rendu philosophique par son exposition à C ou la lune.
Il existe un prolongement à ces hypothèses. Le Mat ou Fou du jeu de Tarots, première ou 22e lame majeure est l'emblème du Mercure des Sages. Si ce point est relativement connu, ce n'est pas le cas de l'information ci-après. Cyrano de Bergerac invoquait fréquemment Saint Mathurin, patron des bouffons, des fous de cours et des... orfèvres travaillant l'étain ! Poursuivi jusque sur son lit de mort par les « grenouilles de bénitier » qui formaient l'entourage de sa cousine Roxane, Cyrano se plaignit que ces dernières lui aient dérobé ses écrits. Tous ne furent pas retrouvés et le pauvre Cyrano se lamenta, en vain, sur la perte irrémédiable de son Histoire de l’Estincelle. Ce titre n'est pas sans rappeler ce que Fulcanelli disait du Mercure : « Le Mercure est un sel ». Il n'est d'ailleurs pas besoin d'aller chercher si loin afin d'identifier le métal si jalousement occulté par les alchimistes. Dans son Dictionnaire Mytho-Hermétique, Dom Antoine Joseph Pernety nous en dit que : « l'étain vulgaire a une propriété qu'on ne remarque pas dans les autres métaux, c'est d'augmenter de poids quand on le calcine, au lieu que les autres métaux diminuent. On dirait qu'il absorbe les parties ignées des charbons, ou que sa chaux est un aimant de l'esprit universel qui se corporifie avec lui ». N'est-ce pas le but des travaux?
Ces assertions sont définitivement corroborées par un tableau visible en l'église Saint-Paul et Saint-Louis, à Paris. Qui dira pourquoi ce lieu de culte fut dédié à ces deux personnages? Saint Paul n'a jamais existé que dans l'imagination fertile des scribes de l'église qui l'ont fait sortir de Saul (à prononcer Shaoul), le persécuteur des chrétiens qui, loin de se convertir, en fut un ennemi acharné jusqu'à la fin de son existence. Les scribes commencèrent par ôter le tréma sur le u de son nom, afin d'en faire Saul. Dans un second temps, ils remplacèrent le S par un P... et le tour fut joué. Quant à Saint-Louis, on se demande bien ce qui lui valut sa réputation de sainteté, sans doute le fait d'avoir croisé la chevalerie et de l'avoir envoyée exterminer les Albigeois.
Traditionnellement, Saint-Paul est figuré avec une épée et la présence de ce fer attise l'intérêt de tout hermétiste. La lumière devient aveuglante, quand, ayant poussé la visite jusqu'au fond de l'église, et levant la tête, nous contemplons les superbes caissons alchimiques sculptés sur les plafonds. Combien sont parlants ce vase pyrogène, emblème du Gardal ou Graal, ce bateau guidé par l'étoile du matin, indice de la voie humide, cette Rose et ce Palmier, ce dernier placé dans un jardin clos, emblèmes de la Pierre Philosophale! La stupeur se trouve portée à son comble, alors que regagnant la sortie, le regard se pose sur la grande toile figurant la Mort de Saint-Louis.
Le roi Louis IX, revêtu du manteau royal bleu, semé de lys d'or, est allongé, agonisant... Il s'éteint. Louis ou Lovis, représentant de Jupiter (Dieu pour les catholiques) sur Terre, en porte la couleur, ce bleu jupitérien auquel est associé l’étain, métal conduisant celui bénéficiant du Donum Dei, le Don de Dieu ou la Grâce vers l'or lumineux, emblématisé par les lys dont l'étymologie luz est claire, la Kabbale hébraïque confirme ce symbolisme puisque la sephira dénommée chêsed (la Grâce) est associée à Zeus-Jupiter, à la couleur bleue et à l'étain.
Ladite toile est signée Jacques Ninet de Lestain. Peut-on encore invoquer le hasard concernant une telle prédestination? La recherche d'éléments biographiques relatifs à ce peintre ne ménage pas son lot de surprises. En effet, si les annuaires nous livrent les noms de Jean-Baptiste Lestain et de Nicolas Ninet, en revanche nous ne trouvons aucune trace d'un Jacques Ninet de Lestain. Bizarre! À Jean-Baptiste Lestain, le lexicographe nous renvoie à Lestin Jacques. Quant à Ninet Nicolas, on nous en dit : « Peintre né à Troyes (Aube) travaillant dans cette ville au XVIIe siècle. Confondu à tort avec Jacques de Lestin- Voir à ce nom ». Étant de nature disciplinée - uniquement lorsque les circonstances m'y contraignent - j'ai obéi à l'injonction, croyant pouvoir éclairer ma lanterne. Là, loin de s'éclaircir, cette ténébreuse affaire alla s'obscurcissant, atteignant le noir le plus opaque. Je vous laisse le soin de juger du caractère ambigu de ces explications laborieuses que j'eusse souhaité plus lumineuses de la part du rédacteur de la notice : « Lestin (Jacques), peintre né à Troyes en 1597, mort dans la même ville en 1661». La toile indique 1662 pour Ninet de Lestain. La plus grande confusion - on ne lui fait pas dire ! - a régné jusqu'à il y a peu, sur l'identité de ce peintre. La principale source de confusion à son sujet vint de l'existence d'un autre peintre troyen contemporain : Nicolas Ninet et il se produit une contraction entre les deux artistes sous le nom de Jacques Ninet de Lestin, ou Letin ou Lettin. En somme, les experts ne semblent pas très bien fixés quant à l'identité de ce peintre évanescent; mais rassurez-vous, ça va encore... empirer! En 1636, un Jean-Baptiste Lestain, peut-être également identique à Jacques de Lestin fit son apprentissage à Troyes, demeuré un centre artistique très actif depuis la Renaissance. On a ensuite retrouvé sa trace à Rome, entre 1622 et 1625, où il profita certainement des conseils de Simon Vouet, dont l'influence apparaît dans ses propres œuvres, qui ne se distingueraient guère de l'abondante production de peintures religieuses des disciples de Vouet, s'il n'y mêlait une sincérité, que l'on peut dire provinciale, voire paysanne, du sentiment de la réalité. Revenu à Troyes, en 1626, il partagea son temps et son activité entre la Champagne et Paris, multipliant les grandes compositions religieuses réclamées par l'officialisation de la religion. Travailla pour la cathédrale de Troyes. Musées : - Paris (Église Saint-Paul et Saint-Louis) : La mort de Saint-Louis. Troyes (Musée) : Autoportrait - Adoration des Bergers - La Visitation ».
Tout ceci est d'une clarté limpide, - n'est-ce pas? - et seuls les experts en peinture peuvent se contenter d'une notice aussi inepte. Nous sommes en présence d'une oeuvre allégorique et véhiculant des données symboliques. Quant à la confusion entretenue sur l'identité réelle de l'artiste, elle semble volontaire et uniquement destinée à attirer l'attention du visiteur sur certaines singularités, exposées ci-dessus, et permettant de qualifier cette toile de Demeure Philosophale, c'est-à-dire de support de l'art hermétique. Ultime précision, Simon Vouel tint une école à Rome, durant son séjour en Italie et il reçut la visite de son confrère et rival Nicolas Poussin. Poussin, auteur des Bergers d’Arcadie, était à Rome en 1624 el le peintre de La Mort de Saint-Louis et de L'Adoration des Bergers y résida entre 1622 et 1625. Se rencontrèrent-ils chez Simon Vouel ?

Eugène Canseliet

Si le lecteur se souvient de ce qui a été dit à propos du billet de 50 francs, à l'effigie d'Antoine de Saint-Exupéry, il appréciera certainement la précision suivante. Eugène Canseliet, au sein du Mutus Liber, fit quelques commentaires abscons concernant la proximité du prénom Antoine et du mot antimoine. Comme il est probable que les lecteurs de Monsieur Canseliet sont restés sur leur faim, il est peut-être utile d'éclairer ses propos. D'Antoine à antimoine, la distance n'est pas bien grande qui se trouve comblée par l'ajout de deux lettres : M et I. Mais qui s'est avisé que ces deux caractères sont les initiales de Mars et de Iovis (Jupiter)? Naturellement, mes propos ne manqueront pas de susciter les sourires entendus de ceux qui pensent que l'on peut déceler du symbolisme partout, y compris dans ce qui en est dépourvu. Que les rieurs m'expliquent, dans ce cas, les raisons qui présidèrent au choix de cette coupure, plutôt qu'une autre, afin d’y associer le serpent attribué à Zeus-Jupiter et le petit personnage solaire, muni d'une épée de fer.
Afin de couper court aux polémiques que ne manqueront pas de soulever mes assertions, j'en appellerai, de nouveau, à l'arbitrage de Fulcanelli. Au sein du chapitre qu'il consacra à la demeure de Louis d'Estissac, après avoir dévoilé les secrets de l’épisémon, le dernier des alchimistes français apporta une confidence dont la précision est de nature à faire taire un microcosme aussi prétentieux qu'incapable de comprendre ce qu'il lit. «... notre devoir étant avant tout d'aider ceux qui ne se nourrissent point de chimères, nous écrirons pour ceux-là seuls, sans nous préoccuper davantage des autres. Rappelons donc qu'une autre similitude de mots permettrait également d'inférer que la pierre philosophale pourrait provenir de l'antimoine. On sait que les alchimistes du XIVe siècle appelaient Kohl ou Kohol leur Médecine universelle, des mots arabes alcohol, qui signifient poudre subtile, terme qui a pris plus tard, dans notre langue, le sens d'eau de vie (alcool). En arabe, Kohl est, dit-on, l'oxysulfure d'antimoine pulvérisé, qu'emploient les musulmanes pour se teindre les sourcils en noir. Les femmes grecques se servaient du même produit, qu'on appelait platyophtalmon, c'est-à-dire grand oeil ; parce que l'usage de cet artifice leur faisait paraître les yeux plus larges. Voilà pensera-t-on de suggestives relations. Nous serions certainement du même avis, si nous ignorions qu'il n'entrait pas la moindre molécule de stibine dans le platyophtalmon des Grecs (sulfure de mercure sublimé), le Kohl des Arabes et le Cohol des Turcs. Les deux derniers s'obtenaient par calcination d'un mélange d'étain grenaille et de noix de galle. Telle est la composition du Kohl des femmes orientales, dont les alchimistes anciens se sont servis comme terme de comparaison pour enseigner la préparation secrète de leur antimoine... ».
Assurément, Arsène Lupin, pardon, Maurice Leblanc, avait parfaitement lu Fulcanelli car, ainsi que le relève Patrick Ferté, au sein de son ouvrage précité : « Dans la Dame blonde, Lupin fait jouer un rôle important à maître DETINAN, son avocat-conseil dont M. Leblanc précise gratuitement, donc de manière suspecte, que c'est un député radical. De prime abord, detinan est alléchant : il arbore les cinq premières lettres, et en bon ordre, de la formule ETINArcadia ego. Mais quand, quelques lignes après, M. Leblanc éprouve le besoin de préciser son appartenance politique, l'hypothèse devient certitude: en effet, le RADICAL DETINAN donne, si l'on ôte deux lettres (D et N) l.'ET IN AKCADIA. - Cela aurait pu être, mais cela n'est pas et, si les prémisses sont justes, il n'en va pas de même de la solution. Lisant Maurice Leblanc, servilement et à la lettre, il va de soi qu'il convient de s'enquérir de la raison d'être de ce radical. S'agissant d'un radicalisme politique, à l'époque il se situait au centre, entre la gauche et la droite, en toute logique, et donc entre le D et le N de Detinan, ce qui nous laisse cinq lettres: ETINA... anagramme d'ETAIN.

(1) « Aelia Laetia, nec vir, mulier, nec androgyna, etc… « Ni homme, ni femme, ni androgyne, ni fille, ni jeune, ni vieille, ni chaste, ni folle, ni pudique, mais tout cela ensemble… ».
(2) Page 121 – tome 2–.

Comme nous pouvons effectivement le constater à cette brève lecture, il s’agit là d’un ouvrage considérable, à de nombreux titres, dont la particularité est d’être composé de chapitres complets qui, bien que formant une suite logique, peuvent se lire indépendamment les uns des autres sans nécessité de chronologie… Nous recommandons à nos habitués, visiteurs et amateurs d’Alchimie, ce livre documentaire indispensable qui offre une approche inédite, dans sa présentation, de l’affaire de Rennes-le-Château en se montrant cependant bien adapté aux moments de ‘studieuses’ détentes estivales.

325 pages au format 14 x21, agrémentées d’un cahier de 21 illustrations en couleurs. Couverture cartonnée et glacée en couleurs.
Au prix de 19 euros, majoré de 3,50 euros pour les frais de port.

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