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Société Périllos ©

Fauteuils du diable
(1ère partie) - Un fauteuil bien connu au dessus de Rennes-les-Bains

 

Le fauteuil du premier rang dont Boudet ne veut pas

Dans l’affaire de Rennes-le-Château nous connaissons, par divers écrits, l’existence de mégalithes dans les secteurs environnant les deux Rennes… A ce propos, nous avons consacré un chapitre, sur nos colonnes, au superbe monolithe déposé et mis à l’abri à côté de la mairie de Rennes-le-Château où chacun peut le voir. Bien entendu les autres roches sont toutes assez bien connues et visitées régulièrement par les amateurs en la matière.
On trouve essentiellement, et avant tout, les pierres citées par l’abbé Boudet dans son incontournable « La Vraie Langue Celtique et le Cromleck de Rennes-les-Bains » publié à compte d’auteur en 1886. Un ouvrage qui fait encore couler des fleuves d’encre mais à propos duquel, présentement nous ne retiendrons que ce qui concerne les… mégalithes. A tort ou à raison, Henri Boudet semble voir l’œuvre de la main de l’homme des époques primitives s’échinant à dresser, aménager et vouer à quelques cultes, des monuments des âges obscurs de l’humanité. Ainsi, dans son livre nous trouvons aux planches iconographiques hors texte, entre les pages 244 et 245, une première série de quatre représentations des « Rouler du Pla de la Coste », un ‘ménir renversé’ et un autre ‘ménir sur Pied’ dont l’aspect phallique est tout aussi indéniable que surprenant sous le crayon de Boudet… La planche suivante représente un seul vestige intitulé « Pierre levée, située en face de la Borde-Neuve sur la rive gauche de la Sals ». Cependant, si on consulte la carte pliante à la fin du volume on trouve un nombre incroyable d’autres vestiges cités tantôt renversés ou debouts…
Le seul petit problème, soulevé à juste titre par de nombreux chercheurs, reste le fait que ces blocs rocheux peuvent tous être sujet à caution si on doit les considérer travaillés par l’homme, alors qu’il existe bel et bien un indéniable vrai menhir au-dessus de Serres sur le territoire de Peyrolles : la Peyro-Dreïto (une Pierre levée aussi improprement appelée « des Pontils »). Une erreur, un oubli de Boudet ? Il est difficile de le croire car il s’agit d’un homme minutieux montrant un grand intérêt pour le passé et l’antiquité de ce pays des ‘deux Rennes’. C’est un chercheur chevronné en matière d’archéologie et dont la fonction de prêtre devait lui permettre d’avoir avec ses ouailles un rapport de confiance privilégié tout comme avec ses confrères de Serres, Arques et Peyrolles précisément. Cet ensemble de détails fait qu’il reste curieux qu’il ait pu commettre un tel oubli, d’autant plus curieux qu’en fin de compte celui-ci ne se cantonne pas à ce seul exemple qui pourrait à la rigueur être accepté… s’agissant d’un mégalithe sur une autre paroisse que celle de Rennes-les-Bains.
Là où ce manque d’attention pourrait se compliquer c’est en ce qui concerne un autre vestige bien connu : le ‘Fauteuil du Diable’. Cette fois, l’absence est plus compliquée à justifier car ce site se trouve juste au dessus, à quelques centaines de mètres, du village thermal et ne pouvait qu’être bien connu des gens du cru et, de fait, de leur curé ! Cette connaissance est d’autant plus certaine qu’une source minérale jaillit sur ce site et était connue de longue date… Il était donc impossible que les habitants du lieu connaissent la source et pas ce vestige à quelques pas de cette dernière.

… et la source du Cercle

Certes, on peut répliquer qu’en fait il ne s’agit pas là d’un habituel mégalithe du type dolmen, menhir, ou d’une pièce incluse dans celles d’un cromlech… Cependant, il peut s’agir d’un bloc apporté par l’homme et planté en cours de pente, ou plus simplement encore d’un rocher d’une forme assez torse ayant finit par se détacher naturellement des masses natives supérieures. Quoiqu’il en soit c’est dans cette masse quasiment naturelle qu’est aménagé une sorte de siège où, il faut bien le reconnaître, il est confortable de s’installer…
A une époque reculée ce site a pu se trouver quelque peu dissimulé dans la végétation. Pourtant il est impossible de supposer qu’il soit resté oublié de tous, ou connu seulement de rares initiés adeptes de quelques cérémonies vouées au culte de quelques divinités à l’odeur de souffre. En effet, ce lieu, s’il abrite le fameux fauteuil, est également celui d’une source captée légèrement ferrugineuse comme nous l’avons signalé plus haut. Cette dernière nous montre, à l’évidence, que cette eau fut canalisée de façon solide et avec un appareillage, certes sommaire mais bien entretenu. Ce dispositif semble avoir fidèlement rempli sa fonction jusqu’aux moments des fièvres de la chasse au trésor RLCéen… moment où de convulsifs crétins, en hordes dévastatrices, saccagèrent l’assemblage de captage, sans doute dans le vain et stupide espoir d’y trouver on ne sait quoi et surtout rien du tout !

Un lieu ‘truqué’ dans lequel Asmodée n’y est pour rien

Hormis cet aspect évident du pillage, il ne peut qu’être certain qu’à l’époque des frères Boudet l’endroit ne pouvait qu’être connu de la population et de leur curé. Aujourd’hui il n’en est plus rien du rempart protecteur de la végétation et il est simple d’arriver sur ce site sans peine ni grand effort. Il suffit de suivre d’abord le chemin carrossable conduisant de Rennes-le-Château à Rennes-les-Bains et s’arrêter près du pylône servant d’émetteur et relais. De là, un peu plus bas et à gauche, partent des sentiers balisés qu’il faut suivre jusqu’au site. Il y a très peu de risque de se tromper et aucun de se perdre sur cette distance relativement courte.
Au bout d’un agréable périple on arrive par le haut du site, ce qui permet d’avoir une bonne vue d’ensemble du siège de pierre dans son environnement fait d’une clairière en terrasse.
A gauche, la ‘Source du Cercle’ s’épanche toujours dans son captage détérioré mais coloré d’un rouge ferreux attestant de ses composants minéraux. A propos de ce point d’eau, il semble que ce soit la forme de son réceptacle circulaire qui soit à l’origine de ce nom de « Cercle »… Nous ne sommes plus d’accord avec cette théorie depuis que nous sommes en possession d’une carte topographique des lieux à partir de laquelle nous pourrions peut-être émettre une autre hypothèse. Mais, de plus, il faut tordre le cou à l’idée soigneusement entretenue d’une docte relation entre ce vestige et la statue d’Asmodée terrassé à l’entrée de l’église de Rennes-le-Château. En effet, il est communément admis que ce démon représenté agenouillé, ou en posture quasiment assise, suggérerait le fauteuil du diable qui lui manque pour poser son démoniaque séant… A ceci est ajouté que les doigts de sa main droite forment un cercle qui illustrerait précisément… la source du cercle ! Tout ceci serait très beau et très hermétique si un détail d’importance ne venait tout flanquer par terre. En effet, si la main droite de ce sympathique démon, surélevée au dessus de son genou dénudé, forme un cercle parfait, c’est tout simplement que cette main était nantie d’une fourche ou trident… outil des plus traditionnels pour un démon réglementaire ! Cet ‘attirail’, sans doute des plus utiles pour tourmenter les damnés, s’étant avéré dangereux pour les visiteurs, fut tout bêtement supprimé afin de ne pas provoquer de blessure. Et ainsi naissent d’abord les imparables légendes, et ensuite les sottes et indéracinables certitudes…

Une diabolisation en forme de coup de gomme religieux

Et le visiteur de s’apprêter à s’en aller un peu déçu, si nous ne lui disions que ce ‘cercle’ n’est sans doute pas des plus innocents, mais une réalité que nous montrera plus tard une carte ancienne, très ancienne, des secteurs des deux Rennes et qui nous a été remise.
Toujours est-il que cette résurgence d’eau très minérale se situe bel et bien à proximité du fauteuil du diable qui nous intéresse présentement. Les deux pourraient aller ensemble, penserions-nous. Certes. Cependant, il ne faudra pas perdre de vue, dans notre présentation, que les deux éléments sont d’ordre naturel à leur origine. La source, certainement, coule là depuis la fin de la création de la nature à cet endroit. Quand au socle rocheux, ayant permis la confection de ce siège, on peut le supposer avoir été transporté, roulé ou basculé depuis le haut de cette pente. Précisément, si on regarde ce bloc depuis le côté ‘source’, il est quasiment évident qu’il s’agit d’une pièce rocheuse détachée naturellement du sol sous l’effet de quelques tremblements de terres, ou de la main de l’homme ayant choisi cet emplacement pour rendre son culte à quelques obscures forces ou divinités oubliées. Il est encore probable que la source et le mégalithe soit liés ensemble à cette dévotion car un mur de soutènement des plus rustiques et frustres les lie ensemble sur la courte distance qui les sépare.
Ce siège, pour notre part, n’est pas l’œuvre du malin… et c’est sans doute le postérieur d’un humain (femme ou homme…) qui devait à l’origine y prendre place pour siéger à diverses cérémonies, pas forcément aussi diaboliques qu’on veut nous le faire gober un peu trop facilement. L’étiquette démoniaque n’a, sans doute, été collée sur ce vestige respectable qu’au moment où l’Eglise, par le biais de ses arpenteurs évangélisateurs, récupérait à son profit les croyances locales. A ce moment, afin d’implanter son pouvoir, cette religion faisant flèches et bûchers de tout bois, répandait la peur et la terreur sur des lieux qui autrefois apportaient sans doute sérénité, justice et savoir. Le diable, à cet effet, était plus que désigné pour devenir le… bouc émissaire de bon ton pour infecter les lieux à fuir ou pour christianiser.

Est et soleil pour un savoir oublié

L’esplanade (et de fait le fauteuil et la source) se trouve orientée grossièrement à l’est ce qui fait du lieu, par excellence, un très intéressant point de repérage des événements solaires tels que les levers de soleil par exemple. C’est en tous cas dans cette direction que fut finement façonné le profond siège afin que la personne l’utilisant se trouve résolument orientée vers le levant. Cette démarche montre, à l’évidence, la volonté d’un savoir certainement solaire, en tous cas astronomique, précis, positif, et non diabolique, s’il fallait le prouver une fois de plus.
Une fois installé dans cette cavité, l’occupant se trouve également dans la direction potentielle d’emplacements disposés sur l’autre côté de la vallée du village de Rennes-les-bains. S’il ne doit pas rester grand-chose d’installations anciennes, on trouve toutefois précisément sur cette carte, en notre possession, des vestiges désignés sous le nom de… bergeries. Evidemment sur les cartes suivantes du type ‘Etat-major’ plus aucune indication ne superpose ces ruines… Oubli ? Volonté ? Manque d’information ? Autre ? Bien malin ou diabolique (?), à cet instant qui peut le dire ?

Détails de taille et de gravures farfelues

Le travail de taille dans cette pierre s’est à l’évidence destiné au seul creux permettant de ‘siéger’ le plus confortablement possible. Non seulement la forme du vide ainsi obtenue ne pose aucun doute sur son usage, mais elle est profonde et aménagée sur les deux côtés d’accoudoirs rendant la posture à la fois plus reposante mais également austère et majestueuse… Deux sortes de contremarches devaient permettre de s’y installer magistralement sans avoir à se hisser sur ce siège peut-être recouvert alors de peausseries ou tissus ornementaux, rituels ou symboliques.
L’emplacement, sur la face arrière, de grossières entailles peut suggérer l’amorce d’installation de pièces de bois, ou autre, pouvant tenir un dais ou plafond du fauteuil. Ceci, bien entendu, sous toute réserve d’interprétation car sans guère plus de preuve jusqu’à nouvel ordre.
Des gravures ornent ce témoin d’un passé sur lesquelles nous ne pouvons que rester perplexes. Nous considérons que seulement deux des faces principales comportent une sorte de signe. Le dos du mégalithe (ouest) est affublé d’un important cercle contenant une croix à quatre branches égales toutes terminées par deux pointes. Nous sommes là devant le saccage d’un malade mental s’illustrant par ce genre de vandalisme crétin… et ce sur d’autres vestiges du même ordre. La place de ce genre de détraqué est sans doute plus adaptée à un asile pour forcenés que dans la nature des deux Rennes. Il est donc utile de proscrire définitivement ce signe du registre des réalités archéologiques du lieu. Sur la face avant (est), sous l’accoudoir de droite pour le visiteur, on distingue un triangle bien gravé… Là encore rien ne prouve la moindre ancienneté dans le style, la profondeur et l’usure de cette petite gravure.
Un troisième signe se trouve, non plus sur les faces, mais sur le plat du siège lui-même. Il s’agit d’une sorte de croix longue finissant en haut par un cercle et dont le bas est agrémenté d’un X…
En ce qui nous concerne, mais surtout selon l’avis d’archéologues compétents, aucun des trois graffiti n’a la plus petite chance d’être plus ancien qu’un demi-siècle… ce qui rend totalement caduque l’interprétation de ces signes indiquant le moindre sens dans la grande ‘chasse maligne’ au trésor des deux Rennes… Tout comme nous l’avons vu, il est également temps de mettre aux oubliettes de l’idiotie le plus petit clin d’œil, de la part de l’abbé Saunière, permettant le renvoi du bon vieil Asmodée posté à l’entrée de l’église de Rennes-le-Château avec la source du Cercle et le siège démoniaque.

Après le nettoyage… le tangible

Ceci dit, une fois le nettoyage fait dans les inepties de cette affaire, nous pensons qu’il ne faut surtout pas perdre de vue quelques autres détails un peu trop vite oubliés. Nous pensons précisément, dans ce registre, à la fausse appellation du lieu de la ‘Source du Cercle’, correspondant à d’autres éléments précisés sur la vieille carte dont nous finirons par produire une copie à l’usage de nos adhérents. A ceci nous ajoutons le fait que l’abbé Boudet, ne pouvant ignorer ce témoin d’un passé des âges obscurs… l’ait toutefois soigneusement tenue à l’écart de ses propos et de sa carte. Le fait le plus troublant est que celle que nous avons est d’un tracé datant de la même époque où vivait l’abbé Boudet sur la paroisse de Rennes-les-Bains. Sachant la vivacité d’esprit de ce chercheur inlassable, il est difficile de croire qu’il puisse avoir ignoré le ‘siège du diable’ tout en visitant et signalant la ‘source du Cercle’… qui est tout sauf celle du « Cercle » !
Certes les détracteurs de service d’Henri Boudet iront bon train en nous disant qu’il n’en était plus à une ignorance et une erreur près dans un ouvrage si contesté… Certes les apparences vont dans ce sens, à moins qu’on suppose que ce personnage, hors du commun, sache un élément qu’il décide de tenir dans l’ombre ou… pour le dessert de son grand banquet du savoir. Pourquoi ne pas supposer, de sa part, une sorte de volonté délibérée de mettre hors d’atteinte une série d’éléments qu’il sait, à son époque, utiles ou indispensables non pas à l’usage d’une chasse effrénée à l’impossible trésor… mais bel et bien à la compréhension d’un autre message sans doute bien plus réel, permettant selon des critères bien établis d’arriver à bon port de ce qu’il finit par savoir, ou peut-être, qu’il eût la mission de transmettre à qui pouvant le lire… Pourquoi pas ?
Oui, pourquoi pas quand on sait que d’autres vestiges du même ordre, à savoir parmi ceux-ci celui d’un autre siège mégalithique, se trouvent à si peu de distance les uns des autres dans la plus parfaite et grande ignorance de quasiment tous les chercheurs… à l’exclusion d’une poignée (au sens propre du mot !). C’est donc un second siège proche de ce secteur que nous allons tenter de retrouver et visiter dans la seconde partie de ce petit chapitre.

A suivre : « un fauteuil au deuxième rang »

André Douzet