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De
fours en mines... (1ère partie) - 'Une rumeur ? Une hypothèse ? Ou une réalité ? |
De
l’espoir à la réalité
L’existence
d’un four à verre sur les terres de Périllos était
certaine depuis des années. Cependant, entre le fait d’en avoir
la certitude et celui de pouvoir le localiser, il y avait de nombreux facteurs…
en prenant même en compte que le site avait pu être entièrement
détruit à la fin de son exploitation, ou au fil des dégradations
naturelles…
L’exploration systématique était également une
chose impossible, même si nous tenions compte du fait que le four
ne pouvait être très loin des lieux habités, et d’une
obligation d’être accessible à des charrettes pour les
matériaux de base et les produits finis qui ne pouvaient être
emmenés à dos d’homme. En effet, les kilomètres
carrés formant le territoire plausible à ce genre d’exploitation
rendaient la mission titanesque.
Comme espoir de retrouver le vestige, il nous restait le hasard qui, plusieurs
fois, nous avait bien servis. Cependant, nous comptions plus sur la mémoire
des anciens habitants de la commune et la lecture des anciens documents
terriers et des cartes d’état-major.
Sur ces dernières, nous trouvons bien un lieu-dit « le four
à verre », mais quasiment sur le versant nord opposé
au village de Périllos et sur l’ancien territoire français.
Cependant, il ne pouvait pas y avoir de grandes chances que ce ‘four’
soit celui des Périllos, sur un territoire si proche de l’ennemi
français. De plus, si le lieu était resté près
du village, la mémoire des habitants en aurait gardé une trace
vive, et tout autant dans les archives de l’ancienne commune.
Des
juifs verriers ?
Les
rares informations de la carte I.G.N. nous poussaient à situer le
lieu vers la colline de Montailhou Perilhou. Dans ce secteur, nous possédons
déjà quelques éléments à propos d’une
petite population ayant vécu sur ces lieux reculés. On sait
que ce groupe d’individus était particulièrement composé
de juifs et s’était installé là en vivant apparemment
en autarcie quasiment complète et sans grand contact avec les habitants
du village.
Certes, ceci se passait il y a assez longtemps, aux environs des 17ème
et 18ème siècles, comme en attestent d’anciens documents
et une carte du secteur comportant une toponymie sur la base du mot ‘juif’
: « la juiverie », « la juive », etc. Il fallait
bien, pour ces individus, un moyen de subsistance quelconque, aussi nous
avons envisagé qu’ils aient pu s’assurer du minimum avec
la fabrication d’objets usuels en verre, tels que flacons et bouteilles.
L’idée de trouver ces vestiges était abandonnée
une fois encore, face à l’ampleur des hectares de friches à
prospecter.
La
preuve par le sol de l’église
L’existence
d’un four à verre pouvait aussi être le fruit d’une
légende ou de sombres traditions locales. Cependant, un détail
était, pour nous, un indice révélateur et déterminant
dans notre présomption. En visitant l’église St Michel
de Périllos, on s’aperçoit que son sol est formé
de plusieurs sortes de carreaux de terre cuite. L’ensemble forme un
mélange sans homogénéité, peu agréable
à la vue. On y trouve des carreaux de différentes formes,
tailles et époques. Cependant, à mieux y regarder, on distingue
que, parmi ces ‘carreaux’, il en existe de forme rectangulaire.
Ces derniers, si on les observe de plus près, n’ont pas l’aspect
‘mat’ des autres, mais offrent une apparence plus luisante.
Il ne s’agit pas d’une terre cuite vernissée, mais bel
et bien d’une sorte de briquetage enduit d’une pâte de
verre ! Le nombre et le regroupement localisé dans un seul coin du
dallage de l’église ne permettent pas de penser qu’il
puisse s’agir d’un choix capricieux ou d’une surface de
revêtement qui autrefois occupait une large étendue…
Cependant, cette pose est visiblement ancienne, car une ‘patine’
a fini par rendre ces carreaux, recouverts de verre, pratiquement indécelables
au touriste pressé…
Nous ne pouvons pas, non plus, supposer un choix délibéré
de ce matériau. En effet, il aurait été étonnant
qu’on choisisse une terre cuite vernissée de verre, pour mettre
au sol, en raison d’une certaine tendance à fissurer sous les
chocs et le mauvais usage. Non !... il s’agit plutôt d’un
geste de colmatage du sol avec un produit, en petite quantité disponible
immédiatement, ou à ne pas aller chercher très loin…
Ce qui, cependant, évitait de faire des frais d’achats pour
une communauté sans grandes possibilités financières…
Qui
va à la chasse… trouve un four à verre !
Plusieurs
personnes savaient à Opoul que nous recherchions ce lieu de production
verrière, toujours révélateur d’une époque
et de techniques particulières. Cependant, durant des années,
aucun indice notoire ne nous avait été apporté, montrant
ainsi que personne n’avait d’information sur l’endroit
et même la présence d’une telle installation sur le secteur
de Périllos, la mairie d’Opoul y compris.
C’est un nouvel adhérent à la SP, amateur de ce secteur
et habitant la commune, qui finit par trouver, par le plus pur hasard, un
site qu’il prenait tout d’abord pour l’entrée d’une
cavité, un puits, une galerie ou autre…
Notre ami, amateur de chasse, se postant en ce lieu qu’il connaissait
depuis des années, voit son chien quasiment disparaître dans
un roncier. Surpris par le comportement de son compagnon, il finit par dégager
brièvement le roncier afin de comprendre où était ‘tombé’
son chien… c’est alors qu’il se trouve face à un
orifice à ras de terre.
Inspectant de manière plus détaillée ce trou horizontal,
il convient qu’il se trouve devant une ouverture, appareillée
d’une double rangée de pierres soigneusement maçonnées.
Il nous transmet rapidement l’information et c’est ensemble
que, peu après, nous réalisons la première approche
de cette découverte.
Très vite, nous concluons qu’il vient de retrouver ce que nous
cherchions depuis des années… nous étions devant l’ouverture
du fameux four à verre. Il s’agit d’un ouvrage d’une
taille exceptionnelle et d’un volume réellement hors du commun.
Son état de conservation est satisfaisant, si l’on admet que
ce vestige est resté abandonné depuis certainement plus d’un
siècle, si ce n’est plus… Décision est prise d’établir
un petit dossier photographique et de dresser un premier constat des lieux,
sans pour autant divulguer l’endroit qui serait, comme de coutume,
pillé et saccagé dans les deux jours qui suivent !
Les
opérations de composition du verre
Les
matières premières du verre sont généralement
composées de cilice (sable) de carbonate de soude, de calcaire et
de dolomie. D’autres composants, et compositions, peuvent intervenir
selon les régions, les époques et les besoins.
Toutes ces matières se trouvent en abondance dans la plupart des
endroits à leur état naturel. La matière première
une fois mélangée prend le nom de 'mélange vitrifiable',
et est prête à être entrée dans le four pour sa
fusion. Les déchets de verre recyclé, dénommé
'calcin', sont ajoutés selon des proportions quantifiées données.
Le mélange vitrifiable et le calcin sont déversés dans
la goulotte d’alimentation du four chauffé, lequel doit fonctionner
à des températures supérieures à 1500° Celsius.
Arrivé à l’état pâteux, le verre est prélevé
en quantité voulue et à l’entrée du four est
prêt à la manipulation et à la création des objets
prévus… simples ou très sophistiqués.
Erreur
et invisibilité font les bons fours
Au
moment de la première visite du site, nous voyons que nous étions
dans l’erreur concernant l’endroit où nous supposions
le site. Il se trouve, environ, au sud ouest de Périllos, et à
plusieurs kilomètres de Montaillou de Perilhou, l’endroit que
nous estimions « logique » pour cette installation. On note,
toutefois, que le lieu du four à verre s’inscrit dans une logique
pratique : une possibilité de se trouver peu éloigné
des voix de communication, dans la perspective qu’il se situe également
près de ruines d’un « cortal »… comme on
en trouve dispersés sur le vieux territoire de Périllos, comme
celui de la Mourtre ! On peut alors supposer que ce cortal ait eu un lien
avec le chantier verrier.
Pourtant, maintenant, il nous
restera, à définir l’âge du four, les méthodes
de fabrication et les compositions des verres produits ici… et ce
ne sera certainement pas facile.
En arrivant au four à verre par l’ouest, on ne voit rien qu’un
monticule ayant toutes les apparences du naturel : forme, végétation
et environnement. D’où que l’on se soit placé,
avant la découverte, il était impossible de supposer que ce
petit bosquet ait abrité une activité verrière conséquente.
C’est, sans doute, pour cette raison que l’ensemble est parvenu,
sans trop de dégâts, jusqu’à nous, en restant
ignoré de tous, y compris des habitants locaux ! Aucun chemin, ni
même un sentier, ne conduit à proximité du site…
Dans ce milieu de garrigue épineuse, il faut admettre que, même
si le paysage vu de là est superbe, le touriste ou le randonneur
ne s’aventure jamais dans ce coin perdu et reculé.
L’ouverture de chargement du four se trouve sur la pente du versant
est. Cet orifice, après dégagement sommaire des ronciers environnants,
débouche sur un couloir, puis sur une voûte en dôme,
dont les pierres d’appareillage sont couvertes de pâte de verre
laiteuse… La présence de cette dernière confirme, s’il
le fallait encore, que nous sommes devant un four à verre.
Quand
une structure peut en cacher une autre ?
Nous
sommes retournés une seconde fois sur le site afin d’exécuter,
cette fois, une prospection des alentours et chercher les vestiges que nous
pourrions encore y trouver. Plus bas, à environ cinq mètres
de l’ouverture du four, on retrouve des déchets épars
sous les ronciers et la garrigue : des pierres calcinées, des débris
de chauffe (grosillons), des scories et aussi quelques petites pièces
de verre de couleur verte ou kaki. Nous avons retrouvé, évidemment,
l’endroit où les ouvriers dispersaient les divers résidus
de leurs travaux.
Après nettoyage du roncier couvrant l’ouverture d’accès,
on voit clairement une première voûte basse ouvrant sur la
coupole de chauffe destinée à la ‘culée’.
On note que cette voûte – ainsi que la totalité de la
structure intérieure – curieusement est double : une sorte
de partie « intérieure », semblant bien plus ancienne
et bien plus « usée » que celle englobant le volume de
chauffe. Le haut du ‘couloir’, et devant ce que nous appellerons
le four ‘primitif’, une deuxième série de pierres,
moins anciennes, est plus difficile à dater. Cependant, cette ‘couche’
secondaire de pierres semble avoir été mise en place afin
de poursuivre l’utilisation du four… comme une sorte de ‘chemise’
destinée à protéger et consolider un four plus ancien.
Le couloir d’accès semble avoir une longueur égale à
l’épaisseur des appareillages de construction de la demie sphère
du volume de chauffe. On peut donner une dimension d’environ soixante
quinze centimètres pour cette épaisseur. Ensuite, on se trouve
dans le dôme dont le sommet s’est effondré… ou
a été écroulé consciemment! L’intérieur
mesure près d’un mètre cinquante de diamètre,
pour une hauteur constatée de la même dimension.
On constate, alors, que les ouvriers pouvaient facilement entrer dans la
coupole afin de nettoyage, réparation, remplissage du combustible
et installation du creuset pour la ‘culée’. La partie
intérieure du revêtement, même écroulée
ou détruite, est entièrement recouverte des projections de
pâte de verre d’une teinte allant du vert pâle au vert
quasiment noir…
…
Où il est de bon ton de s’arrêter avant l’illégalité
Nous
sommes revenus une troisième fois sur le site pour finir de nettoyer
le roncier et ses alentours. Nous avons également trouvé en
surface, dans le couloir, un tas d’ossements d’animaux (gros
rongeurs et un petit sanglier). Sans doute des vestiges de nourriture d’autres
animaux, ou ultime refuge d’un animal blessé à mort…
Il semble que le couloir ‘descende’ dans le dôme où
la hauteur permet, alors, à un homme, de tenir debout. Cependant,
la hauteur définitive ne peut se définir à ce moment
où rien n’est dégagé à l’intérieur
de la construction.
Nous sommes, à ce stade de notre investigation, à la limite
de nos possibilités. Aller plus loin serait entrer dans le domaine
de la recherche archéologique… et nos travaux seraient alors
considérés comme des fouilles et, de fait… totalement
illégaux. Il n’était donc pas possible, ni souhaitable,
d’aller plus loin.
Du
bon usage d’un four à verre
Nous
pouvons pourtant, à ce stade, ajouter quelques commentaires intrigants:
Durant ce travail fastidieux, nous avons encore trouvé, à
l’extérieur et en surface, quelques petites pierres calcinées
couvertes de ‘mousse de verre’. Cette découverte anachronique
témoigne d’une ‘surchauffe’… inhabituelle
pour le travail du verre !
Quelques doutes persistaient, sur un autre sujet, après notre seconde
visite, à propos de la structure primitive. La structure de cette
dernière était-elle véritablement celle d’un
four ? Résumons notre interrogation : l’endroit est bien
utilisé en tant que four à verre, et cet emploi ne pose aucun
doute pour la dernière structure. Mais la question reste de savoir
si ce fut le même emploi pour la construction primitive… qui
ressemble à s’y méprendre à un four verrier…
tout en ne comportant aucune trace de pâte de verre ou autres de fontes
métallurgiques et même simplement de chauffe !
Ensuite, nous pouvons ajouter que l’importance de ce four devait permettre
une production conséquente d’objets en verre…dont il
devrait rester quelque chose dans la mémoire (ou les fonds de placards)
d’anciens habitants ou des archives de la commune. Or, rien n’a
persisté… pas même le lieu, comme nous l’avons
vu. Cette activité se déroulait-elle si clandestinement ou
discrètement pour disparaître à ce point du passé
local ? Pourtant, il suffit de regarder le sol de l’église
de Périllos pour constater qu’il garde les traces indiscutables
de la récupération des briques de parement couvertes de verre
de ce four… dans la plus complète indifférence de ceux
qui fréquentent et visitent les vestiges du village endormi.
Nous nous demanderons alors pourquoi ‘on’ se serait donné
le mal d’aller chercher seulement une dizaine de briques, et pas plus,
dans ce four dont l’origine ne peut être clairement défini
à ce stade ?
Enfin, nous laisserons le dernier mot de ce travail au hasard, en ajoutant
que le site se trouve dans un alignement extrêmement précis
qui concerne de très près nos travaux… et qu’il
était parfaitement visible depuis le donjon des seigneurs de Périllos.
De plus, à propos de ‘seigneurs’, il était de
coutume que les Maîtres verriers ‘portent l’épée’
et soient ainsi en mesure de ‘traiter’ à égalité
avec la noblesse… Ceci est-il ‘une autre histoire’ ou
une partie de celle qui nous intéresse précisément
?
André Douzet et Filip Coppens