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Le
meurtre de l’abbé Gélis |

«
Au meurtre ! A l’assassinat ! »
Le meurtre de l’abbé Gélis, prêtre du village de Coustaussa et qui servait également la messe à Cassaignes, est bien connu dans le mystère de Rennes-le-Château. Cet événement y est souvent inclus, principalement pour une raison très simple : il était un prêtre proche géographiquement de Saunière et par conséquent « pourrait » avoir fait partie du mystère.
Gélis
a vécu pendant 40 années dans le village de Coustaussa ; il
n’a jamais fait de travaux ni écrit quoi que ce soit, contrairement
à ses deux célèbres confrères, Saunière
et Boudet. Un livre seulement, « Le Secret de l’abbé
Gélis, la piste Corse», par J. Rivière, G. Tappa et
C. Boumendil, en 1996, a été écrit sur cet assassinat,
sans arriver à des conclusions fermes.
Les auteurs suspectent une relation avec la Corse, mais ne peuvent trouver
d’explication plausible. Ils n’étaient ni les premiers
ni les seuls à être incapables d’expliquer le mystère
de la mort de Gélis en cette nuit du 31 octobre au 1er novembre 1897.
Comme la porte du presbytère était toujours fermée
et qu’il ne laissait entrer que des personnes qu’il connaissait,
il semble clair que l’assassin de Gélis lui était connu.
Comme rien ne semble avoir été volé, – tout l’argent
qui était dans la maison a été retrouvé –
l’éventualité d’un cambriolage qui aurait mal
tourné semble également peu probable.
Il est clair que la police doit faire face à un meurtre énigmatique. Rien ne semble avoir été volé. Le prêtre semble avoir connu son assaillant. La police par conséquent, utilise la bonne vieille logique qui veut que l’assassin doive être quelqu’un de la famille proche de Gélis, et que la cause du meurtre soit sans doute tout à fait banale, comme un échange de mots avant d’en venir aux mains. Cependant, sa famille et ses amis proches dirent aux inspecteurs qu’en certaines occasions, Gélis recevait des visiteurs qui leur étaient inconnus et dont Gélis ne leur disait rien. Il semble que Gélis avait un cercle d’amis et de connaissances avec lesquels sa famille n’avait aucun contact. Il semble que la police n’ait jamais tenté de savoir qui ils étaient, ce qui montre sa nonchalance dans cette enquête.
Naturellement,
en 1897, la police était ignorante – nous devons le supposer
– de l’affaire de Rennes-le-Château. Même si Saunière
n’est impliqué que dans un trafic de messes, pour un homme
comme lui, qui parait avoir besoin d’argent pour vivre luxueusement,
au contraire de la vie plus spartiate de Gélis, c’eut été
une raison suffisante de meurtre. En outre, car nous savons maintenant que
Gélis a sponsorisé Saunière, nous devrions également
nous demander si Saunière a pu perdre son sang-froid en n’obtenant
pas l’argent supplémentaire qu’il demandait.
Néanmoins, nous ne pensons pas que Saunière ait été
l’assassin – bien que naturellement il ait pu savoir quelque
chose.
Le
suspect principal
Le
presbytère, avec l'église derrière
Pour
la police, le principal suspect était Joseph Pagés, un membre
de la famille de Gélis. Pagés affirma que la soirée
de l’assassinat, en revenant tardivement de chez son épouse
sérieusement malade, il frappa à la porte de Gélis,
mais personne ne lui ouvrit. Il vit bien de la lumière à l’intérieur,
mais supposa que Gélis, pour une raison quelconque, ne pouvait pas
venir lui ouvrir. Il aurait à nouveau essayé plus tard, puis
finalement abandonné.
Pagés affirma qu’en redescendant la rue il avait parlé
à une personne du village, mais celle-ci nia le fait lors de leur
confrontation.
Il est réellement peu probable que Pagés ait assassiné Gélis. Il n’aimait pas Gélis, mais il y a une différence entre ne pas aimer un membre de sa famille et le tuer. En outre, l’épouse de Pagés était grièvement malade et pouvait mourir d’un instant à l’autre. Nous pouvons seulement supposer que dans des circonstances pareilles, il n’ait pas voulu lui causer un choc qui eut pu être mortel.
Par contre, un détail de la scène du meurtre pourrait suggérer que Pagés ait frappé à la porte pendant que le meurtrier commettait son crime. Gélis a été frappé au moins 13 fois, ce qui provoqua une énorme perte de sang. Il a été assassiné dans sa cuisine, pourtant du sang a également été trouvé en haut, dans sa chambre à coucher. Il est alors possible que lorsque Pagés ait frappé à la porte, le meurtrier soit allé en haut pour voir par la fenêtre qui frappait ; ceci pourrait expliquer le sang sur le rebord de la fenêtre.
Enquêtes
Certains
des détails trouvés sur la scène de crime finirent
par prendre une importance gigantesque. Il y a le fameux papier à
cigarettes Tzar. La police, dans ses recherches, n’arriva à
trouver aucun magasin qui puisse les vendre dans la région. Dans
le livre de 1996 sur ce meurtre, les auteurs ont découvert que la
marque avait existé, qu’elle était faite à Paris,
mais que la majorité était destinée à l’exportation,
dans des pays tels que la Roumanie, la Bulgarie, la Serbie, la Belgique
et l’Autriche-Hongrie.
Gélis n’était pas fumeur et apparemment peu indulgent
pour ceux qui voulaient fumer à l’intérieur de sa maison.
Ce point rattache les cigarettes à l’assassin – et signifie
aussi qu’il y a peu de chances que ce soit Pagés. L’assassin,
semble-t-il, pourrait être un parisien, un étranger, ou une
personne ayant récemment voyagé dans l’un des pays cités
plus haut, et ayant toujours ces papiers à cigarette sur lui.
La trouvaille la plus intrigante était une note, sur laquelle était (mal) écrit « Viva Angélina ». La police a recherché si une « Angélina » quelconque – on soupçonne que c’est une femme – était connue, et a également enquêté dans les bordels des villes voisines. Comment comprendre ce texte ? « Gélis est mort, longue vie à Angélina » ? Si Gélis avait été sur le point de parler, alors Angélina aurait été un avertissement de l’assassin, conseillant aux éventuels bavards de se taire: « Angélina est bien vivante, comme tu peux le voir au cadavre de Gélis – que nous avons supprimé. »
Des
preuves indirectes
Ce
qui moins est connu est qu’au moment où Gélis a été
assassiné, il était sur le point de prendre sa retraite. C’est
une coïncidence remarquable, car il avait une maison à sa disposition
à partir du 1er novembre et il a été assassiné
la soirée précédente.
Le 24 septembre 1897, pendant une retraite à Carcassonne, il avait
demandé à son cousin (prêtre également) Maurice
Malot de lui trouver une maison, disant qu’il souhaitait passer ses
dernières années – ou au moins les années à
venir – dans une location proche de la maison de son cousin.
Le 24 octobre, son cousin lui a envoyé une lettre, l’informant
qu’il lui avait loué une maison à Grèzes, la
banlieue de Carcassonne où lui-même était curé,
et que Gélis pourrait y venir dès le 1er novembre. Même
si Gélis n’y serait certainement pas venu le 1er novembre (il
devait dire les messes de Cassaignes et Coustaussa pour la Toussaint), certains
ont pu penser que le 31 octobre serait sa dernière nuit à
Coustaussa – et si « ils » devaient le voir, c’était
leur dernière chance de le trouver là.
Pendant sa retraite à Carcassonne, il a également parlé de « son trésor ». Il a également travaillé à une carte de « son trésor ». Cette carte sera retrouvée dans ses papiers personnels, accrochée à son cahier de comptes de 1897. Sa famille, y compris Maurice Malot, a déclaré que son oncle lui a souvent dit qu’il lui laisserait « quelque chose », bien qu’on ne lui ait jamais précisé ce qu’était ce « quelque chose », ou quand il le recevrait – si ce serait par testament ou avant sa mort. Naturellement, nous sommes obligés de nous contenter des paroles de Malot; peut-être se rendait-il parfaitement compte de ce qu’il recevrait, mais sans vouloir le mentionner à la police. Nous notons que le 24 novembre, on a autorisé Malot à vider la maison de Gélis, devenant ainsi le propriétaire légal de tout ce que Gélis a pu vouloir lui laisser – et peut-être ainsi, propriétaire de « quelque chose » d’important.
Des
menaces anciennes ?
Dans
sa déposition à la police du 7 juillet 1898, Pagés
a déclaré à propos de Gélis « …
en 1881 il se crut victime d’une tentative d’assassinat ».
Pagés a pensé que les meurtriers pourraient avoir été
ceux qui ont menacé Gélis en 1881. Pagés pourrait simplement
avoir essayé d’éloigner les soupçons de lui,
mais s’il disait la vérité, alors il suggère
que Gélis ait su quelque chose qui pourrait lui coûter la vie.
Peut-être, en 1897, a-t-il pensé qu’il était finalement
hors de danger – ce qui n’était pas le cas.
Si Gélis était menacé en 1881, c’est qu’il
se passait quelque chose à cette époque. Vers la fin de 1897,
peu avant sa retraite, Gélis donne des références cryptées
autour d’un « trésor ». La veille de sa retraite,
il est assassiné. Une note énigmatique, que la police ne peut
expliquer, mais dont l’existence est révélée
au public, est laissée sur la scène du crime. Est-ce un avertissement
à d’autres – tels Gélis - pour garder le silence
?
Le
cadre plus large
Le
tombeau de Gélis, avec Rennes-le-Château sur l'horizon
Gélis
entrerait-il dans le cadre plus large du mystère de Rennes-le-Château
? Nous notons que Boudet et Gélis étaient des prêtres
de Durban. Dans le cas de Gélis, il est arrivé à son
poste dans les années 1850. Nous notons que Gélis était
ainsi également le curé de Périllos. En outre, nous
disposons du témoignage personnel d’André Douzet qui
nous dit que Gélis a voulu acheter ou louer une maison à Opoul,
ce qui n’a apparemment jamais été réalisé.
En conclusion, nous savons que Saunière lui-même est venu chez
une famille à Durban, ce qui signifie
que tous ces prêtres ont au moins une chose en commun – une
fascination pour cette ville ; c’est une constatation importante,
car il n’y a aucun rapport évident entre Gélis et Rennes-le-Château
! Alors, si Gélis fait partie d’un puzzle, ce serait plutôt
celui de Durban !
Les auteurs du livre sur l’assassinat supposent que le secret de Gélis
était « ancien » et non pas « récent
» ; qu’il datait d’avant Saunière, c’est
pourquoi les théories standards suggèrent que Saunière
a trouvé d’une façon ou d’une autre un objet en
1891, ce qui a alors lancé l’affaire de Rennes-le-Château.
Les auteurs ne croient pas que cette histoire ait un rapport avec le mystère
du meurtre de Gélis.
Nous savons que Gélis et Boudet étaient des membres de l’AA,
un organisme très secret réservé aux prêtres
; Saunière n’en était pas membre. Gélis et Boudet
en auraient-ils obtenu certaines informations privilégiées
que Saunière a vainement essayé d’obtenir ? Ou
ont-ils partagé cette information avec lui ?
Nous remarquons que c’est après la mort de Gélis que
Saunière commence à visiter Lyon. Il est naturellement possible
qu’il ait visité Lyon avant 1897, mais il n’y en a aucune
trace, et il vaut mieux établir des hypothèses sur des preuves
que sur des spéculations.
Nous pouvons à l’heure actuelle – seulement – nous
demander si Saunière a vu le meurtre de Gélis comme un tournant
dans sa vie, qui l’a placé dans la direction de Lyon…
où nous savons qu’il assurerait les incursions qui mèneraient
par la suite à la création d’un modèle d’un
paysage de Périllos, qui est le diocèse dont Gélis
avait été le curé près de 50 ans avant sa mort.
Filip
Coppens
Mes remerciements à Maurice Monnot