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Société Périllos ©

L’or de Rennes-le-Château n’est certes
pas ce que vous croyez !

 

Ce texte est celui de la préface du livre de Léon Gineste, faite par Jean-Pierre VANDEMOERE.

Jean-Pierre Vandemoere

Lecteur, souffre que je te tutoie.
Car je te sais, lecteur, passionné par les énigmes qui semblent insolubles, d’esprit libre, en quête qui plus est de connaissances secrètes.
Nous sommes donc du même monde, de la même espèce, et c’est ce qui justifie, à mon sens, cette familiarité que j’exprime en employant le tutoiement.

Un curé intrigant

Je ne doute pas, lecteur, que les noms de Rennes le Château et de son étrange curé, l’abbé Béranger Saunière, te soient familiers.
Tu sais sans doute que, dans ce coin perdu de France, l’homme défraya la chronique à la fin du XIXè siècle et au début du XXè.
Il restaura en effet l’église de son village à grands frais et de manière pour le moins « curieuse » (Ah ! ce diable rococo qui soutient le bénitier à l’entrée de l’église, ce chemin de croix si curieux et à l’envers, ce « mauvais goût » affiché de manière ostentatoire dès le porche d’entrée, pour ne te donner que quelques exemples de l’étrangeté qui saute aux yeux du visiteur).
Il se fit construire une villa flamboyante, une tour digne d’un château surplombant la vallée, un jardin d’hiver.
Rien n’était trop beau ni trop bon. Les fleurs du jardin, d’essence rare, coûtaient les yeux de la tête. Les vins fins, le rhum acheté par tonneaux et transporté depuis l’outre-mer jusqu’à la cave du curé, les mets exquis agrémentaient les fêtes fastueuses que Saunière organisait et où était conviée l’élite intellectuelle et même politique de l’époque.
Il acheta sans compter à sa servante – et peut-être maîtresse – Marie Dénarnaud, tous les terrains à vendre alentours.
Alors, après tant d’autres, pose-toi la question, lecteur : d’où ce curé de modeste extraction - qui n’avait théoriquement que son maigre traitement (soit environ 900 francs de l’époque par an) pour vivre - tirait-il les considérables revenus nécessaires à son train de vie fastueux (plusieurs millions par an, des factures acquittées le prouvent) ?
Patience, lecteur, tu vas bientôt le savoir.
De même que tu vas connaître ce qui éclaire les comportements étranges et les péripéties hallucinantes qui jalonnent la vie du curé de Rennes le Château.

En effet, non content d’être fabuleusement riche et de ne pas s’en cacher, Saunière ne peut manquer d’attirer l’attention de ses ouailles.
Ne déplace-t-il pas, nuitamment, avec l’aide de Marie, des pierres tombales du cimetière (les habitants du village s’en plaindront d’ailleurs au préfet) ?
Toujours en compagnie de sa servante, ne bat-il pas la campagne pour rentrer, le soir tombant, chargé comme un mulet de sacs emplis de certaines pierres (tu découvriras lesquelles et quelle était leur fonction exacte dans ce livre) ?
N’a-t-il pas, ô honte, alors qu’un incendie menaçait de réduire le village en cendres, fait tout ce qu’il pouvait pour empêcher les pompiers de puiser de l’eau dans sa citerne ? Il a fallu que le maire en personne intervienne pour pratiquement forcer sa porte. Qu’est-ce qui peut expliquer un tel manque de compassion chez un curé ?
Ne disparaît-il pas pendant des jours entiers, voire des semaines, sans donner d’explication, sans qu’on sache où il est, sans qu’on puisse prévoir quand il sera de retour ?
Peut-être que ces mêmes ouailles ignorent que Saunière, dès son premier voyage à Paris, fut reçu à bras ouverts par la fine fleur intellectuelle, artistique, mystique et même « ésotérisante » de la capitale – au sein de laquelle il rencontre la cantatrice de réputation internationale, Emma Calvé, avec laquelle on lui prête également une liaison charnelle.
Mais ce que constatent les paroissiens, c’est que des messieurs et des dames bien mis - de toute évidence des « gens de la haute » - n’hésitent pas à souvent grimper la forte pente escarpée et sinueuse qui mène au village (Emma Calvé, un archiduc d’Autriche, un ministre, etc.). Pourquoi faire un tel voyage ? Pourquoi se donner tant de mal ? Pas seulement, de toute évidence, pour admirer le panorama certes splendide que l’on découvre depuis Rennes le Château. Non, cela seul ne saurait justifier qu’ils viennent souiller leurs atours dans la poussière de ce qui n’est rien d’autre, tu me passeras l’expression, qu’un « trou du cul du monde ».
Et pourquoi l’abbé Rivière, venu visiter Saunière juste avant qu’il ne décède, est-il sorti totalement bouleversé de l’ultime entrevue qu’il eut avec son confrère ?

Tout cela, lecteur, je te le concède, semble sorti de l’imagination fertile et enfiévrée d’un romancier.
Mais pourtant, nous ne sommes pas dans la fiction : ce sont des faits avérés.
Et pour retrouver son chemin dans ce labyrinthe foisonnant d’anomalies, il faut un fil d’Ariane solide et cohérent. Celui que Léon Gineste déroule méthodiquement dans les pages qui suivent.

Un second curé bizarre… et riche lui aussi

Suivons-le ce fil et, depuis Rennes le Château, redescendons dans la vallée de la Sals. A cinq kilomètres environ du village où officiait Saunière se trouve Rennes-les-Bains, station thermale réputée depuis l’époque gallo-romaine pour ses sources d’eau chaude. Lorsque Saunière arrive à Rennes le Château, il y a déjà plusieurs années que l’abbé Henri Boudet exerce son ministère à Rennes-les-Bains.
Curieux personnage, là encore. Fin lettré, linguiste et archéologue amateur éclairé, il parcourt lui aussi inlassablement la campagne.
Boudet publie un livre : La vraie Langue Celtique et le Cromlech de Rennes-les-Bains. Première bizarrerie : il n’y a pas de cromlech à Rennes-les-Bains ou dans ses alentours, et Boudet ne pouvait l’ignorer. De plus, ce linguiste, spécialiste de la langue anglaise, y développe une thèse aberrante : toutes les langues, y compris l’hébreu classique, dériveraient de… l’anglais moderne !!! La date de publication du livre est erronée puisqu’elle renvoie à une année où l’éditeur… a fermé boutique !!!
Bien entendu, toutes ces anomalies ont une explication, une seule : celle que tu trouveras dans ce livre.
Henri Boudet meurt le 30 mars 1915. Sur sa tombe, dans le cimetière d’Axat (Aude), l’on voit, sculpté dans la pierre, un livre fermé (cf. les photos que Léon Gineste insère dans cet ouvrage). Sur ce livre, on lit la mystérieuse inscription grecque IXOIE, que nul avant Léon Gineste n’avait réussi à déchiffrer. Récemment, un auteur a cru y voir l’abréviation grecque, courante dans l’épigraphe chrétienne, de la phrase « Jésus-Christ, fils de Dieu, Sauveur. » Mais si c’était le cas, il y aurait un thêta (T ) et non un omikron (O).
Ce qui se cache derrière cette inscription devient évident… à la lecture de « Rennes le Château, les cartes des trésors » (car comme tu le découvriras, il existe bien plusieurs « trésors » à Rennes le Château et dans ses environs).
Enfin, cerise sur le gâteau : quoique lui aussi d’extraction modeste, l’examen des livres de comptes de Boudet après sa mort révèle une surprise de taille que le train de vie habituel de l’abbé ne laissait pas supposer : entre 1891 et 1893 d’une part, 1895 et 1901 d’autre part, Boudet a versé à Marie Dénardaud la somme colossale de 3.679.431 francs or.
Et en 1903, il verse à deux reprises la somme de 15 000 francs, soit 30 000 francs au total, à Alfred Saunière, frère de Béranger Saunière (autre personnage étrange que cet Alfred, vous le découvrirez dans ce livre).
Et un curé richissime supplémentaire dans le paysage !!!

Meurtre au village : et de trois !

Reprenons une fois de plus notre fil d’Ariane et rendons-nous maintenant à Coustaussa, un petit village encore plus insignifiant que Rennes le Château, situé sur une hauteur qui surplombe la route qui mène de Couiza à Rennes-les-Bains. De Rennes le Château, on aperçoit Couiza et vice-versa.
Là, nous retrouvons la trace d’un troisième curé, contemporain des deux autres, le plus âgé des trois : Antoine Gélis. Dans le cimetière en ruines de Couiza, on peut en effet voir encore la tombe de cet abbé, comportant de curieux symboles (comme te le montrera la photo de cette sépulture qui figure dans ce livre) et faisant face à Rennes le Château, c’est-à-dire face au Sud, contrairement aux autres tombes qui sont dirigées vers le couchant (bien entendu, tu trouveras, lecteur, la signification des dits symboles et la justification de cette disposition dans ce livre que tu tiens en main).

Autant Saunière est un personnage haut en couleurs, sensuel, bon vivant, sanguin, Boudet un intellectuel affable, autant Gélis, lui, est un ascète à l’apparence sévère que ses paroissiens n’aiment pas parce qu’ils le trouvent hautain et réservé. Il n’a pas, comme il est de coutume, une bonne ou un membre de sa famille à demeure pour tenir sa maison : une cousine lui apporte ses repas qu’elle laisse devant la porte et lui fait son ménage une fois par semaine. Et puis, quoi qu’il reçoive souvent lui aussi des personnes absolument inconnues dans les environs - mais contrairement à Saunière, il le fait dans la discrétion - il est d’une prudence qui confine à la paranoïa. Jour et nuit et en toutes saisons, il tient le presbytère fermé et volets clos et il a même installé un système compliqué de clochettes, qui le préviendrait de la moindre intrusion.
Pourtant, ce personnage austère, asocial et précautionneux va connaître une fin tragique. Alors que quelques jours ou semaines plus tard, il devait partir en retraite, au matin du 1er novembre 1897, on retrouve Gélis assassiné, baignant dans son sang.
Première constatation : sa mort a eu lieu vraisemblablement, selon le légiste, entre midi et 16 heures la veille.
Deuxième constatation : il est certain que Gélis connaissait son agresseur puisqu’il lui a ouvert (aucune trace d’effraction n’est constatée) et lui a même offert à boire (il y a sur la table une lampe à pétrole, un verre à vin ordinaire dans lequel on n’a pas bu, une demi fiole de vin doux et les lunettes de l’abbé ).
Troisième constatation, très étonnante, dont fait état le procès-verbal de transport sur les lieux, dressé par le juge Jean de Limoux :
« Dans le sang se trouvent des feuilles de papier à cigarettes réunies en forme de cahier… Monsieur le juge de paix nous remet aussitôt l’enveloppe cartonnée d’un cahier de papier à cigarettes… Cette enveloppe porte extérieurement et en diagonale « le Tsar »… Sur la feuille de papier qui reste intérieurement est écrit au crayon « Viva Angélina ». L’écriture est irrégulière, grossière et faite par une main peu habituée à écrire. »
Gélis ne fumait pas, c’est donc son assassin qui a laissé volontairement ce troublant mystère comme os à ronger aux enquêteurs. Troublant, parce que tout d’abord, cette marque de papier à cigarettes est totalement inconnue dans la région ou ailleurs et que, par ailleurs, les policiers, mais aussi les divers « chercheurs » qui leur succédèrent, n’élucideront jamais de manière vraiment satisfaisante cette inscription.
Mais ceci est une autre histoire.
4ème constatation : à l’étage, dans la chambre de Gélis, un porte-documents dans lequel se trouvent divers papiers personnels a été fouillé. Mais le vol d’espèces sonnantes et trébuchantes n’est pas le mobile du crime. En effet, toujours selon le rapport d’instruction précité.
« A droite, appuyé à la cloison, entre la porte et le mur qui est sur la rue, se trouve un bureau. On remarque que le tiroir de droite est ouvert, que la clé est à la serrure. Ce tiroir contient, bien en évidence et pouvant être aperçu de quiconque, la somme de 683 francs dont trois billets de cent francs l’un et 383 francs renfermés dans six paquets, soit en pièces d’or et d’argent de cinq francs, de deux francs et de un franc…Entre la croisée et le mur Est se trouve une commode. Le deuxième tiroir porte la clef et est mi-ouvert. Dans ce tiroir nous avons trouvé six petits paquets contenant diverses sommes se portant ensemble à 106 francs 90 centimes. »
Gélis est d’extraction modeste. On sait qu’il vit de son salaire de prêtre, soit 900 francs annuels, je l’ai déjà dit. Là-dessus, ses livres de compte montrent qu’il en dépense environ 700. Il économise 200 francs par an et ce que l’on retrouve chez lui représente peu ou prou 4 années d’économies.
Mais la véritable fortune de l’abbé Gélis va très vite s’éclairer d’un jour nouveau.

Tout d’abord, le 2 novembre, l’abbé Malot, neveu de l’abbé Gélis, fait la déposition suivante : « Il [l’abbé Gélis] ne m’a jamais fait connaître quelle était sa situation de fortune autrement qu’en disant : j’ai quelque chose que je vous laisserai. Je ne sais en quoi consiste ce quelque chose. Je sais que dans la faillite de monsieur Rieutort et dans la Pantographie voltaïque, il a perdu une somme de quinze à vingt mille francs. »
Ensuite, le 4 novembre, le juge Jean fait une curieuse découverte. Il trouve « épinglé à une note de dépenses faites par ledit Gélis, le 24 septembre dernier, à l’occasion d’un voyage à Carcassonne pour la retraite ecclésiastique, une feuille de papier sur laquelle il était indiqué qu’une somme de plus de 13 000 francs en or avait été cachée par portions dans divers endroits de la maison et à la sacristie de l’église. »
Jean diligente donc une fouille approfondie et effectivement, il est trouvé aux endroits indiqués des « sommes formant ensemble celle de onze mille quatre cent quarante francs ». Il en manque donc à l’appel, mais c’est tout de même un joli pactole !
Enfin, le 11 novembre, le curé doyen de Trèbes, l’abbé Gayda, ami de Gélis, fait la déposition suivante.
« Il y a environ trois ans, monsieur Gélis me pria de vouloir placer pour lui la somme de 1000 francs…. L’année suivante, il me redemanda le même service…. Le 24 septembre dernier, j’eus sa visite…. Il tira alors de sa poche une somme de douze cents francs pour acheter des obligations de chemin de fer. »
Faisons les comptes. Gélis
1. a perdu au bas mot 15 000 francs dans des faillites ;
2. disposait chez lui de 789,90 francs ;
3. avait caché au moins 11400 francs ;
4. avait placé en bourse 3 200 francs.
Total : 30 389,90 francs, soit, à raison de 200 francs d’économies l’an, 150 années d’économies !!!
Et de trois curés riches comme Crésus ! D’où venait donc la fortune de Gélis, autre prêtre richissime - mais pas dispendieux comme Saunière, discret comme Boudet - vivant à la même époque que ces derniers, près d’eux, dans un coin reculé et très déshérité du sud de la France ?
Tu conviendras avec moi, lecteur, que ces trois destins exceptionnels ne sauraient se retrouver ainsi dans un mouchoir de poche par le seul fait du hasard, d’autant plus qu’il est avéré qu’ils se connaissaient et se fréquentaient. Il y a forcément une explication à ce qui ne saurait être une simple coïncidence
Et tu la trouveras dans cet ouvrage.

Une enquête méthodique

Mais je ne veux pas déflorer dès cette préface, lecteur, la fabuleuse solution de l’énigme que Léon Gineste te dévoile au travers de « Rennes-le-Château, les cartes des trésors » en se fondant non sur des élucubrations, comme tant d’autres, mais sur des faits avérés et inscrits dans les pierres – ce dont l’abondante iconographie contenue dans ce livre qu’éclairent les commentaires lumineux de Léon Gineste te persuadera amplement.
Ce serait en effet te frustrer, ce serait comparable à dévoiler à un amateur de roman policier la fin du polar qu’il se propose de lire avant même qu’il ne l’ait ouvert (la comparaison n’est pas fortuite car, tel un Sherlock Holmes inspiré, c’est bien à une véritable enquête sur le terrain que Léon Gineste s’est livré pour dénouer les fils de l’écheveau embrouillé de cette histoire apparemment – apparemment seulement – incompréhensible).
Je me contenterai donc de te donner un aperçu de ce qui va te tenir en haleine des heures durant.
Mais auparavant, il nous faut faire ensemble un rapide tour d’horizon des principales hypothèses qui ont été échafaudées pour expliquer ces mystères, montrer en quoi elles sont soit incohérentes au pire, incomplètes au mieux, et ne font qu’effleurer la vérité, pourtant inscrite dans les symboles qui ne cessent de la clamer… à qui sait les lire, comme toi tu le pourras bientôt.
Grâce à ce livre.

Des hypothèses qui ne tiennent pas la route si on les confronte aux faits et à la simple logique

Tout d’abord, voyons ce que l’Église a pensé de cette affaire. Elle ne pouvait pas ne pas s’émouvoir de la fortune de Saunière qu’il affichait impudemment. Elle le fit effectivement, mais bien tardivement (et là encore, l’explication de ce retard vous est donnée dans « Rennes le Château, les cartes des trésors »). Et elle accusa Saunière de trafic de messes.
Ce qui, bien évidemment, ne tient absolument pas la route.
Tout d’abord, en admettant même que Saunière soit purement et simplement un escroc, qu’il eut encaissé le profit de messes qu’il n’aurait bien entendu jamais faites (il n’en avait matériellement pas le temps puisqu’il n’y a que 24 heures dans une journée), encore eut-il fallu qu’il trouve un nombre tellement extravagant de gogos à plumer que ce n’est même pas pensable.
Ensuite, ça ne justifie pas les fortunes elles aussi colossales de Boudet et de Gélis. Il y aurait eu une maffia de trois curés trafiquant les messes ? Soyons sérieux !
Enfin, quid du meurtre de Gélis ? On voit mal un catholique s’apercevant qu’il a été grugé, qu’il a commandé des messes qui n’ont jamais été dites, se rendre à Couiza, être reçu par le curé hyper méfiant, l’assassiner sauvagement pour cette raison, faire toute une mise en scène en se servant d’un papier à cigarettes, fouiller un porte-documents et repartir sans même se rembourser en laissant l’argent dans un tiroir.
Exit donc la thèse officielle.

Lorsque Béranger Saunière mourut en 1917, on s’aperçut qu’en fait, il ne possédait rien, toutes ses acquisitions ayant été mises au nom de Marie Dénardaud. Cette dernière décéda en 1953.
Avant cela, elle a vendu toutes ses propriétés à un dénommé Noël Corbu. Il va inaugurer là un hôtel « de la Tour ». Aux rares curieux qui s’y rendent, il raconte « l'histoire » de la fortune de Saunière pour mettre de l’animation, et certainement également pour se faire de la publicité, car, en avançant l’hypothèse d’un « trésor » caché dans les environs, il espère attirer le chaland.
Bien vu ! Car le bouche à oreille faisant son office, la rumeur arrive aux oreilles d’amateurs de mystère qui font le voyage. Ils s’appellent Robert Charroux, Cholet, Jean Pellet et avec lui Henri Buthion qui rachètera le domaine à la famille Corbu. Un premier article traitant du mystère de Rennes le Château paraît en 1956. Les rumeurs enflent, des documents dont l’authenticité est plus que douteuse commencent à circuler sous le manteau. Des sociétés discrètes et prétendument « initiatiques » ne tardent pas à s’agiter dans l’ombre. Les fouilles commencent, d’abord discrètes.
Elles ne devront plus jamais s’arrêter !

En 1967, coup de tonnerre dans le ciel de Rennes le Château. Journaliste de formation, ex membre actif du mouvement surréaliste au temps de la splendeur de ce dernier, Gérard de Sède publie un livre intitulé « L’or de Rennes », qui se vendra à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires.
Et là, c’est un véritable vent de folie qui souffle ! C’est l’affluence des grands jours sur les hauteurs des rives de la Sals. Et croyez-moi, les fouineurs ne font pas dans la dentelle. Le cimetière de Rennes le Château est dévasté, le sous-sol se transforme en gruyère, certains habitants ont la surprise de voir leur plancher s’effondrer… et des têtes émerger. Certains, qui explorent les alentours, n’hésitent pas à recourir à la dynamite. Les diverses municipalités qui se succèdent, pour tenter de mettre un terme aux méfaits de cette horde de vandales, publient décrets d’interdictions sur décrets d’interdictions.
En vain !

Cependant, le mouvement s’essouffle. C’est que dame, les terrassiers ont beau y mettre tous les moyens, ce qu’ils trouvent, ce sont des os, quelques pièces enfouies dans le sol et beaucoup, beaucoup de pierres.
Mais d’or et de trésor, point !

Patatras ! En 1984, paraît le plus gros tirage concernant l'affaire de Rennes: L'Énigme Sacrée. Et c’est reparti pour un tour ! Le pauvre diable qui orne le bénitier est décapité, un pilier ancien et ouvragé ayant soutenu l’ancien autel de l’église, et que Saunière avait placé à l’envers (découvre dans ce livre, lecteur, la véritable raison d’être de cette disposition pour le moins curieuse) dans le jardin extérieur est dérobé. Etc., etc., etc.
Enfin, depuis le récent succès du Da Vinci Code, dans lequel l’auteur, Dan Brown, mêle habilement à la trame de son intrigue « l’affaire de Rennes » (entre autres), des cars entiers de touristes affluent dès les beaux jours, venus des quatre coins de la planète.
La paisible bourgade du Razès, pointe d’aiguille sur une carte, devient un « must » des tours opérators alors que, n’eut été tout ce battage, rien ne devait lui conférer un tel destin.

Pendant que certains s’acharnent à manier la pelle et la pioche, n’y gagnant rien d’autre que des ampoules aux mains et des tours de reins, d’autres s’acharnent frénétiquement de la plume. Et certains se lâchent carrément.
Depuis que Gérard de Sède a fait son « gros coup », des centaines de bouquins sont publiés et d’innombrables sites internet viennent les relayer.
Force est de constater que la thèse d’un trésor bien réel, caché puis redécouvert, tient la tête et la corde.
Un trésor, admettons, mais lequel ? Oh, ce ne sont pas les trésors qui manquent, car reconnaissons au moins une chose à nos auteurs : ils font le plus souvent fi de la plus élémentaire logique, certains vont même jusqu’à délirer, mais ce n’est certes pas l’imagination qui leur fait défaut ! Citons donc pêle-mêle le trésor des Cathares, le trésor des Templiers, le trésor des Wisigoths, le trésor de Rome, le trésor de Blanche de Castille, l’Arche d’Alliance, le Saint Graal, et même… une base secrète d’ovnis !
J’en oublie forcément.

Examinons le plus impartialement qu’il nous soit possible cette hypothèse. Donc, Saunière, en restaurant son église, trouve de mystérieux documents (c’est un fait avéré, plusieurs ouvriers en ont été témoins) qui le mettent sur la piste d’une ou plusieurs caches. Il les découvre et fait main basse sur le magot.
Soit. Et nos deux autres curés, pourquoi sont-ils riches, eux aussi, à ne savoir quoi faire de leur argent ?
La réponse à cette question est simple : les compétences réunies des trois hommes (et d’autres, peut-être) ont été nécessaires pour déchiffrer les documents. Le partage va donc de soi.
Et le meurtre de Gélis ? Quelqu’un d’autre est sur la piste du trésor. Il s’attaque à Gélis. Gélis, dans cette hypothèse, a forcément parlé (à défaut Boudet, et surtout Saunière, par qui le « scandale » arrive, auraient également été agressés). Maintenant, y avait-il encore quelque chose à découvrir, ou l’intégralité du trésor a-t-il été négocié ? Ceci est une autre histoire ;
Jusque-là, ça se tient !
Mais deux grains de sable vont enrayer la mécanique ;

Tout d’abord, les partisans de cette thèse avancent avec un bel ensemble que l’abbé Boudet a codé son livre de telle sorte qu’il y indique l’existence de 12 caches dans la région.
Réfléchis deux secondes avec moi, lecteur. Toi, tu connaîtrais l’existence d’une ou plusieurs caverne(s) d’Ali Baba, tu perdrais ton temps à écrire un livre qui non seulement te couvre de ridicule, mais qui de plus risque de permettre à un lecteur avisé de partager ce fabuleux secret ?
Bien sûr que non !

Et il y a plus encore. Mais pour cela, lecteur, il faut que je te parle d’un quatrième curé, pas très « net » lui non plus.

A Saint-Laurent-de-Monferrand, dans les Basses Corbières, le curé est l’abbé Emile-François-Henri Géraud de Cayron (1807-1897). La rubrique nécrologique de la semaine religieuse de Carcassonne (30e année, n°2,15-01-1897, p. 40) souligne la figure mystérieuse de ce prêtre : « Son église, il en avait fait sa maison, il l’avait reconstruite à peu près tout entière dans de belles proportions gothiques et, à part ce que lui donnait la famille de Raynes , on n’a jamais su d’où il a tiré les ressources pour combler les dépenses d’une aussi grosse réparation ». Et encore un riche curé ! Comme Saunière, il dépense des fortunes d’origine plus que mystérieuse pour refaire son église. Et ce, note-le, lecteur, avant que Saunière ne découvre les documents qui, dans l’hypothèse du trésor, seraient à l’origine de tout ! Chronologiquement, ça ne tient pas.
Une autre particularité de ce prêtre, c’est d’avoir pris en charge un enfant dont il remarqua l’intelligence. Il le fit entrer au séminaire et l’aida financièrement. Ce jeune étudiant qui devait acquérir les connaissances nécessaires à la prêtrise en même temps qu’une licence d’anglais n’était autre que… Henri Boudet, le futur curé de Rennes-les-Bains, ami de Béranger Saunière.
Pour toutes ces raisons, exit également la thèse d’un trésor matériel que les faits contredisent.

L’imagination des faussaires et des illuminés battant comme il se doit la campagne, d’autres « explications » fantasques ont éclos comme bourgeons au printemps, les plus délirantes étant, paradoxalement, celles qui rencontrent le plus d’écho.

Ne nous emportons pas cependant trop vite : en cette affaire, il a bien existé, et il en est encore, des chercheurs sincères et honnêtes. Certains ont même parfois effleuré la vérité. Que leur manquait-il pour aller au bout de leur quête ? Ce qui, justement, n’a pas fait défaut à Léon Gineste, né dans le Razès, et qui, de ce fait, fut intégré, « beaucoup plus qu'un chercheur étranger ou un journaliste aux fonds privés culturel et historique de la région. Ces connaissances, qui sont impossibles à acquérir lors d'une enquête même très approfondie, permettent d'éviter bien des pièges que la littérature foisonnante ajoute à la difficulté initiale de cette affaire… Les très anciennes archives de Mgr Roger Caro, dont certaines pièces dataient de 1317, des éléments vinrent consolider encore nos convictions. Enfin, des écrits inestimables et inconnus du grand public, découverts dans une bibliothèque privée du Razès, nous persuadèrent définitivement de l'existence d'une cache exceptionnelle au cœur de ce pays. ».

L’enquête de Léon Gineste, commencée en 1972, trouve avec ce livre son achèvement. Et elle permet de répondre à bien des questions dont certaines, portant sur des faits fort éloignés dans l’espace et le temps, sont cependant intimement liées au drame épique qui, non par hasard mais par nécessité, a mis en scène trois curés atypiques dont le voisinage ne fut certes pas fortuit, dans un décor lui-même explicite.

Donnons ci-dessous quelques exemples de ces questionnements qui éclairent d’un jour singulier les mystères de Rennes le Château et de sa région.

En quoi le massacre de 18 chevaliers du Temple au XIVème siècle est-il lié à cette affaire ? Pourquoi la tombe de l’un d’eux, Pierre Phoebus, est-elle une des clés de l’énigme ?

Que viennent faire là-dedans des personnages aussi divers que saint Vincent de Paul, Nicolas Pavillon, évêque d’Alet, Pascal, le mystérieux Mgr Félix-Arsène Billard, évêque de Carcassonne… et l’écrivain Maurice Leblanc ?

Quel fut le rôle exact de la mystérieuse AA, une société semi secrète ?

En quoi les disparitions, au même endroit, du trésor de Napoléon et d’une vierge noire mystérieusement subtilisée, sont-elles révélatrices ? Qu’indique un ancien bâtiment appelé « l’observatoire » qui pourrait nous éclairer sur ces deux affaires ?

Pourquoi Alfred Saunière, frère de Béranger, a-t-il volé les archives du marquis de Chefdebien, le fondateur de l’ordre des Philadelphes qui l’avait employé comme précepteur ?

Comment expliquer les anomalies de l’inscription figurant sur la pierre tombale de Marie de Négri d’Able ? Et sur celles de Paul Urbain de Fleury et de Jean Vié (ce dernier fut curé de Rennes-les-Bains) ?

Pourquoi faut-il absolument faire étape à Notre-Dame-de- Marceille ? Est-il bien vrai qu’un dénommé Gustave Vison, s’y rendant en pèlerinage, est décédé non loin de là, le 2 mai 1886 ? Et si c’est faux, que se cache-t-il derrière l’épitaphe qui semblerait commémorer un événement imaginaire ?

Quel message les Hautpoul ont-ils voulu léguer à la postérité ?

Toutes les constructions de l’abbé Saunière, aussi étonnantes soient-elles, ne sont-elles rien d’autre qu’un ‘mutus liber’ ? Comment le déchiffrer ? Pourquoi, lors de la réfection du chemin de croix de l’église de Rennes le Château, a-t-on fait disparaître… un œuf sur la première station ?

Léon Gineste écrit : « le Razès qui berça notre enfance est un point de convergence, un aboutissement, ne contenant rien d’autre qu’un message à déchiffrer pour arriver au but. Quel message ? Quel but ? La grille de décryptage, repose essentiellement… » (voyez la suite dans ce livre)

Il est bien vrai qu’il est des lieux où souffle « l’Esprit ».
Rennes le Château et ses environs sont de ceux-là.
Et c’est cet « Esprit » qui est la clé de l’énigme de Rennes.
Tu veux savoir en quoi il consiste, lecteur ?
Rien de plus facile, car l’extraordinaire réponse à cette question se trouve dans ce livre.
Mais permets-moi de te donner quelques conseils.
Accorde-toi du temps – plusieurs heures – car dès que tu auras commencé à lire « Rennes le Château, les cartes des trésors », tu ne pourras plus le refermer avant d’avoir pris connaissance de la dernière page, tant c’est passionnant.
Débranche ton téléphone et la sonnette de ta porte d’entrée : tu ne supporterais pas non plus que l’on te dérange durant ta lecture.
Installe-toi confortablement.
C’est fait ? Alors, ose tourner la page et entamer ainsi un fabuleux périple initiatique qui te fera découvrir – preuves à l’appui – l’essence réelle de « l’or de Rennes le Château ».

Jean-Pierre Vandemoère