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L’or de Rennes-le-Château
n’est certes |
Ce
texte est celui de la préface du livre de Léon Gineste, faite
par Jean-Pierre VANDEMOERE.
Jean-Pierre Vandemoere
Lecteur,
souffre que je te tutoie.
Car je te sais, lecteur, passionné par les énigmes qui semblent
insolubles, d’esprit libre, en quête qui plus est de connaissances
secrètes.
Nous sommes donc du même monde, de la même espèce, et
c’est ce qui justifie, à mon sens, cette familiarité
que j’exprime en employant le tutoiement.
Un curé
intrigant
Je
ne doute pas, lecteur, que les noms de Rennes le Château et de son
étrange curé, l’abbé Béranger Saunière,
te soient familiers.
Tu sais sans doute que, dans ce coin perdu de France, l’homme défraya
la chronique à la fin du XIXè siècle et au début
du XXè.
Il restaura en effet l’église de son village à grands
frais et de manière pour le moins « curieuse » (Ah !
ce diable rococo qui soutient le bénitier à l’entrée
de l’église, ce chemin de croix si curieux et à l’envers,
ce « mauvais goût » affiché de manière ostentatoire
dès le porche d’entrée, pour ne te donner que quelques
exemples de l’étrangeté qui saute aux yeux du visiteur).
Il se fit construire une villa flamboyante, une tour digne d’un château
surplombant la vallée, un jardin d’hiver.
Rien n’était trop beau ni trop bon. Les fleurs du jardin, d’essence
rare, coûtaient les yeux de la tête. Les vins fins, le rhum
acheté par tonneaux et transporté depuis l’outre-mer
jusqu’à la cave du curé, les mets exquis agrémentaient
les fêtes fastueuses que Saunière organisait et où était
conviée l’élite intellectuelle et même politique
de l’époque.
Il acheta sans compter à sa servante – et peut-être maîtresse
– Marie Dénarnaud, tous les terrains à vendre alentours.
Alors, après tant d’autres, pose-toi la question, lecteur :
d’où ce curé de modeste extraction - qui n’avait
théoriquement que son maigre traitement (soit environ 900 francs
de l’époque par an) pour vivre - tirait-il les considérables
revenus nécessaires à son train de vie fastueux (plusieurs
millions par an, des factures acquittées le prouvent) ?
Patience, lecteur, tu vas bientôt le savoir.
De même que tu vas connaître ce qui éclaire les comportements
étranges et les péripéties hallucinantes qui jalonnent
la vie du curé de Rennes le Château.
En
effet, non content d’être fabuleusement riche et de ne pas s’en
cacher, Saunière ne peut manquer d’attirer l’attention
de ses ouailles.
Ne déplace-t-il pas, nuitamment, avec l’aide de Marie, des
pierres tombales du cimetière (les habitants du village s’en
plaindront d’ailleurs au préfet) ?
Toujours en compagnie de sa servante, ne bat-il pas la campagne pour rentrer,
le soir tombant, chargé comme un mulet de sacs emplis de certaines
pierres (tu découvriras lesquelles et quelle était leur fonction
exacte dans ce livre) ?
N’a-t-il pas, ô honte, alors qu’un incendie menaçait
de réduire le village en cendres, fait tout ce qu’il pouvait
pour empêcher les pompiers de puiser de l’eau dans sa citerne
? Il a fallu que le maire en personne intervienne pour pratiquement forcer
sa porte. Qu’est-ce qui peut expliquer un tel manque de compassion
chez un curé ?
Ne disparaît-il pas pendant des jours entiers, voire des semaines,
sans donner d’explication, sans qu’on sache où il est,
sans qu’on puisse prévoir quand il sera de retour ?
Peut-être que ces mêmes ouailles ignorent que Saunière,
dès son premier voyage à Paris, fut reçu à bras
ouverts par la fine fleur intellectuelle, artistique, mystique et même
« ésotérisante » de la capitale – au sein
de laquelle il rencontre la cantatrice de réputation internationale,
Emma Calvé, avec laquelle on lui prête également une
liaison charnelle.
Mais ce que constatent les paroissiens, c’est que des messieurs et
des dames bien mis - de toute évidence des « gens de la haute
» - n’hésitent pas à souvent grimper la forte
pente escarpée et sinueuse qui mène au village (Emma Calvé,
un archiduc d’Autriche, un ministre, etc.). Pourquoi faire un tel
voyage ? Pourquoi se donner tant de mal ? Pas seulement, de toute évidence,
pour admirer le panorama certes splendide que l’on découvre
depuis Rennes le Château. Non, cela seul ne saurait justifier qu’ils
viennent souiller leurs atours dans la poussière de ce qui n’est
rien d’autre, tu me passeras l’expression, qu’un «
trou du cul du monde ».
Et pourquoi l’abbé Rivière, venu visiter Saunière
juste avant qu’il ne décède, est-il sorti totalement
bouleversé de l’ultime entrevue qu’il eut avec son confrère
?
Tout
cela, lecteur, je te le concède, semble sorti de l’imagination
fertile et enfiévrée d’un romancier.
Mais pourtant, nous ne sommes pas dans la fiction : ce sont des faits avérés.
Et pour retrouver son chemin dans ce labyrinthe foisonnant d’anomalies,
il faut un fil d’Ariane solide et cohérent. Celui que Léon
Gineste déroule méthodiquement dans les pages qui suivent.
Un second curé bizarre… et riche lui aussi
Suivons-le
ce fil et, depuis Rennes le Château, redescendons dans la vallée
de la Sals. A cinq kilomètres environ du village où officiait
Saunière se trouve Rennes-les-Bains, station thermale réputée
depuis l’époque gallo-romaine pour ses sources d’eau
chaude. Lorsque Saunière arrive à Rennes le Château,
il y a déjà plusieurs années que l’abbé
Henri Boudet exerce son ministère à Rennes-les-Bains.
Curieux personnage, là encore. Fin lettré, linguiste et archéologue
amateur éclairé, il parcourt lui aussi inlassablement la campagne.
Boudet publie un livre : La vraie Langue Celtique et le Cromlech de Rennes-les-Bains.
Première bizarrerie : il n’y a pas de cromlech à Rennes-les-Bains
ou dans ses alentours, et Boudet ne pouvait l’ignorer. De plus, ce
linguiste, spécialiste de la langue anglaise, y développe
une thèse aberrante : toutes les langues, y compris l’hébreu
classique, dériveraient de… l’anglais moderne !!! La
date de publication du livre est erronée puisqu’elle renvoie
à une année où l’éditeur… a fermé
boutique !!!
Bien entendu, toutes ces anomalies ont une explication, une seule : celle
que tu trouveras dans ce livre.
Henri Boudet meurt le 30 mars 1915. Sur sa tombe, dans le cimetière
d’Axat (Aude), l’on voit, sculpté dans la pierre, un
livre fermé (cf. les photos que Léon Gineste insère
dans cet ouvrage). Sur ce livre, on lit la mystérieuse inscription
grecque IXOIE, que nul avant Léon Gineste n’avait réussi
à déchiffrer. Récemment, un auteur a cru y voir l’abréviation
grecque, courante dans l’épigraphe chrétienne, de la
phrase « Jésus-Christ, fils de Dieu, Sauveur. » Mais
si c’était le cas, il y aurait un thêta (T ) et non un
omikron (O).
Ce qui se cache derrière cette inscription devient évident…
à la lecture de « Rennes le Château, les cartes des trésors
» (car comme tu le découvriras, il existe bien plusieurs «
trésors » à Rennes le Château et dans ses environs).
Enfin, cerise sur le gâteau : quoique lui aussi d’extraction
modeste, l’examen des livres de comptes de Boudet après sa
mort révèle une surprise de taille que le train de vie habituel
de l’abbé ne laissait pas supposer : entre 1891 et 1893 d’une
part, 1895 et 1901 d’autre part, Boudet a versé à Marie
Dénardaud la somme colossale de 3.679.431 francs or.
Et en 1903, il verse à deux reprises la somme de 15 000 francs, soit
30 000 francs au total, à Alfred Saunière, frère de
Béranger Saunière (autre personnage étrange que cet
Alfred, vous le découvrirez dans ce livre).
Et un curé richissime supplémentaire dans le paysage !!!
Meurtre au village : et de trois !
Reprenons
une fois de plus notre fil d’Ariane et rendons-nous maintenant à
Coustaussa, un petit village encore plus insignifiant que Rennes le Château,
situé sur une hauteur qui surplombe la route qui mène de Couiza
à Rennes-les-Bains. De Rennes le Château, on aperçoit
Couiza et vice-versa.
Là, nous retrouvons la trace d’un troisième curé,
contemporain des deux autres, le plus âgé des trois : Antoine
Gélis. Dans le cimetière en ruines de Couiza, on peut en effet
voir encore la tombe de cet abbé, comportant de curieux symboles
(comme te le montrera la photo de cette sépulture qui figure dans
ce livre) et faisant face à Rennes le Château, c’est-à-dire
face au Sud, contrairement aux autres tombes qui sont dirigées vers
le couchant (bien entendu, tu trouveras, lecteur, la signification des dits
symboles et la justification de cette disposition dans ce livre que tu tiens
en main).
Autant
Saunière est un personnage haut en couleurs, sensuel, bon vivant,
sanguin, Boudet un intellectuel affable, autant Gélis, lui, est un
ascète à l’apparence sévère que ses paroissiens
n’aiment pas parce qu’ils le trouvent hautain et réservé.
Il n’a pas, comme il est de coutume, une bonne ou un membre de sa
famille à demeure pour tenir sa maison : une cousine lui apporte
ses repas qu’elle laisse devant la porte et lui fait son ménage
une fois par semaine. Et puis, quoi qu’il reçoive souvent lui
aussi des personnes absolument inconnues dans les environs - mais contrairement
à Saunière, il le fait dans la discrétion - il est
d’une prudence qui confine à la paranoïa. Jour et nuit
et en toutes saisons, il tient le presbytère fermé et volets
clos et il a même installé un système compliqué
de clochettes, qui le préviendrait de la moindre intrusion.
Pourtant, ce personnage austère, asocial et précautionneux
va connaître une fin tragique. Alors que quelques jours ou semaines
plus tard, il devait partir en retraite, au matin du 1er novembre 1897,
on retrouve Gélis assassiné, baignant dans son sang.
Première constatation : sa mort a eu lieu vraisemblablement, selon
le légiste, entre midi et 16 heures la veille.
Deuxième constatation : il est certain que Gélis connaissait
son agresseur puisqu’il lui a ouvert (aucune trace d’effraction
n’est constatée) et lui a même offert à boire
(il y a sur la table une lampe à pétrole, un verre à
vin ordinaire dans lequel on n’a pas bu, une demi fiole de vin doux
et les lunettes de l’abbé ).
Troisième constatation, très étonnante, dont fait état
le procès-verbal de transport sur les lieux, dressé par le
juge Jean de Limoux :
« Dans le sang se trouvent des feuilles de papier à cigarettes
réunies en forme de cahier… Monsieur le juge de paix nous remet
aussitôt l’enveloppe cartonnée d’un cahier de papier
à cigarettes… Cette enveloppe porte extérieurement et
en diagonale « le Tsar »… Sur la feuille de papier qui
reste intérieurement est écrit au crayon « Viva Angélina
». L’écriture est irrégulière, grossière
et faite par une main peu habituée à écrire. »
Gélis ne fumait pas, c’est donc son assassin qui a laissé
volontairement ce troublant mystère comme os à ronger aux
enquêteurs. Troublant, parce que tout d’abord, cette marque
de papier à cigarettes est totalement inconnue dans la région
ou ailleurs et que, par ailleurs, les policiers, mais aussi les divers «
chercheurs » qui leur succédèrent, n’élucideront
jamais de manière vraiment satisfaisante cette inscription.
Mais ceci est une autre histoire.
4ème constatation : à l’étage, dans la chambre
de Gélis, un porte-documents dans lequel se trouvent divers papiers
personnels a été fouillé. Mais le vol d’espèces
sonnantes et trébuchantes n’est pas le mobile du crime. En
effet, toujours selon le rapport d’instruction précité.
« A droite, appuyé à la cloison, entre la porte et le
mur qui est sur la rue, se trouve un bureau. On remarque que le tiroir de
droite est ouvert, que la clé est à la serrure. Ce tiroir
contient, bien en évidence et pouvant être aperçu de
quiconque, la somme de 683 francs dont trois billets de cent francs l’un
et 383 francs renfermés dans six paquets, soit en pièces d’or
et d’argent de cinq francs, de deux francs et de un franc…Entre
la croisée et le mur Est se trouve une commode. Le deuxième
tiroir porte la clef et est mi-ouvert. Dans ce tiroir nous avons trouvé
six petits paquets contenant diverses sommes se portant ensemble à
106 francs 90 centimes. »
Gélis est d’extraction modeste. On sait qu’il vit de
son salaire de prêtre, soit 900 francs annuels, je l’ai déjà
dit. Là-dessus, ses livres de compte montrent qu’il en dépense
environ 700. Il économise 200 francs par an et ce que l’on
retrouve chez lui représente peu ou prou 4 années d’économies.
Mais la véritable fortune de l’abbé Gélis va
très vite s’éclairer d’un jour nouveau.
Tout
d’abord, le 2 novembre, l’abbé Malot, neveu de l’abbé
Gélis, fait la déposition suivante : « Il [l’abbé
Gélis] ne m’a jamais fait connaître quelle était
sa situation de fortune autrement qu’en disant : j’ai quelque
chose que je vous laisserai. Je ne sais en quoi consiste ce quelque chose.
Je sais que dans la faillite de monsieur Rieutort et dans la Pantographie
voltaïque, il a perdu une somme de quinze à vingt mille francs.
»
Ensuite, le 4 novembre, le juge Jean fait une curieuse découverte.
Il trouve « épinglé à une note de dépenses
faites par ledit Gélis, le 24 septembre dernier, à l’occasion
d’un voyage à Carcassonne pour la retraite ecclésiastique,
une feuille de papier sur laquelle il était indiqué qu’une
somme de plus de 13 000 francs en or avait été cachée
par portions dans divers endroits de la maison et à la sacristie
de l’église. »
Jean diligente donc une fouille approfondie et effectivement, il est trouvé
aux endroits indiqués des « sommes formant ensemble celle de
onze mille quatre cent quarante francs ». Il en manque donc à
l’appel, mais c’est tout de même un joli pactole !
Enfin, le 11 novembre, le curé doyen de Trèbes, l’abbé
Gayda, ami de Gélis, fait la déposition suivante.
« Il y a environ trois ans, monsieur Gélis me pria de vouloir
placer pour lui la somme de 1000 francs…. L’année suivante,
il me redemanda le même service…. Le 24 septembre dernier, j’eus
sa visite…. Il tira alors de sa poche une somme de douze cents francs
pour acheter des obligations de chemin de fer. »
Faisons les comptes. Gélis
1. a perdu au bas mot 15 000 francs dans des faillites ;
2. disposait chez lui de 789,90 francs ;
3. avait caché au moins 11400 francs ;
4. avait placé en bourse 3 200 francs.
Total : 30 389,90 francs, soit, à raison de 200 francs d’économies
l’an, 150 années d’économies !!!
Et de trois curés riches comme Crésus ! D’où
venait donc la fortune de Gélis, autre prêtre richissime -
mais pas dispendieux comme Saunière, discret comme Boudet - vivant
à la même époque que ces derniers, près d’eux,
dans un coin reculé et très déshérité
du sud de la France ?
Tu conviendras avec moi, lecteur, que ces trois destins exceptionnels ne
sauraient se retrouver ainsi dans un mouchoir de poche par le seul fait
du hasard, d’autant plus qu’il est avéré qu’ils
se connaissaient et se fréquentaient. Il y a forcément une
explication à ce qui ne saurait être une simple coïncidence
Et tu la trouveras dans cet ouvrage.
Une enquête méthodique
Mais
je ne veux pas déflorer dès cette préface, lecteur,
la fabuleuse solution de l’énigme que Léon Gineste te
dévoile au travers de « Rennes-le-Château, les cartes
des trésors » en se fondant non sur des élucubrations,
comme tant d’autres, mais sur des faits avérés et inscrits
dans les pierres – ce dont l’abondante iconographie contenue
dans ce livre qu’éclairent les commentaires lumineux de Léon
Gineste te persuadera amplement.
Ce serait en effet te frustrer, ce serait comparable à dévoiler
à un amateur de roman policier la fin du polar qu’il se propose
de lire avant même qu’il ne l’ait ouvert (la comparaison
n’est pas fortuite car, tel un Sherlock Holmes inspiré, c’est
bien à une véritable enquête sur le terrain que Léon
Gineste s’est livré pour dénouer les fils de l’écheveau
embrouillé de cette histoire apparemment – apparemment seulement
– incompréhensible).
Je me contenterai donc de te donner un aperçu de ce qui va te tenir
en haleine des heures durant.
Mais auparavant, il nous faut faire ensemble un rapide tour d’horizon
des principales hypothèses qui ont été échafaudées
pour expliquer ces mystères, montrer en quoi elles sont soit incohérentes
au pire, incomplètes au mieux, et ne font qu’effleurer la vérité,
pourtant inscrite dans les symboles qui ne cessent de la clamer… à
qui sait les lire, comme toi tu le pourras bientôt.
Grâce à ce livre.
Des
hypothèses qui ne tiennent pas la route si on les confronte aux faits
et à la simple logique
Tout d’abord, voyons
ce que l’Église a pensé de cette affaire. Elle ne pouvait
pas ne pas s’émouvoir de la fortune de Saunière qu’il
affichait impudemment. Elle le fit effectivement, mais bien tardivement
(et là encore, l’explication de ce retard vous est donnée
dans « Rennes le Château, les cartes des trésors »).
Et elle accusa Saunière de trafic de messes.
Ce qui, bien évidemment, ne tient absolument pas la route.
Tout d’abord, en admettant même que Saunière soit purement
et simplement un escroc, qu’il eut encaissé le profit de messes
qu’il n’aurait bien entendu jamais faites (il n’en avait
matériellement pas le temps puisqu’il n’y a que 24 heures
dans une journée), encore eut-il fallu qu’il trouve un nombre
tellement extravagant de gogos à plumer que ce n’est même
pas pensable.
Ensuite, ça ne justifie pas les fortunes elles aussi colossales de
Boudet et de Gélis. Il y aurait eu une maffia de trois curés
trafiquant les messes ? Soyons sérieux !
Enfin, quid du meurtre de Gélis ? On voit mal un catholique s’apercevant
qu’il a été grugé, qu’il a commandé
des messes qui n’ont jamais été dites, se rendre à
Couiza, être reçu par le curé hyper méfiant,
l’assassiner sauvagement pour cette raison, faire toute une mise en
scène en se servant d’un papier à cigarettes, fouiller
un porte-documents et repartir sans même se rembourser en laissant
l’argent dans un tiroir.
Exit donc la thèse officielle.
Lorsque Béranger Saunière mourut en 1917, on s’aperçut
qu’en fait, il ne possédait rien, toutes ses acquisitions ayant
été mises au nom de Marie Dénardaud. Cette dernière
décéda en 1953.
Avant cela, elle a vendu toutes ses propriétés à un
dénommé Noël Corbu. Il va inaugurer là un hôtel
« de la Tour ». Aux rares curieux qui s’y rendent, il
raconte « l'histoire » de la fortune de Saunière pour
mettre de l’animation, et certainement également pour se faire
de la publicité, car, en avançant l’hypothèse
d’un « trésor » caché dans les environs,
il espère attirer le chaland.
Bien vu ! Car le bouche à oreille faisant son office, la rumeur arrive
aux oreilles d’amateurs de mystère qui font le voyage. Ils
s’appellent Robert Charroux, Cholet, Jean Pellet et avec lui Henri
Buthion qui rachètera le domaine à la famille Corbu. Un premier
article traitant du mystère de Rennes le Château paraît
en 1956. Les rumeurs enflent, des documents dont l’authenticité
est plus que douteuse commencent à circuler sous le manteau. Des
sociétés discrètes et prétendument « initiatiques
» ne tardent pas à s’agiter dans l’ombre. Les fouilles
commencent, d’abord discrètes.
Elles ne devront plus jamais s’arrêter !
En
1967, coup de tonnerre dans le ciel de Rennes le Château. Journaliste
de formation, ex membre actif du mouvement surréaliste au temps de
la splendeur de ce dernier, Gérard de Sède publie un livre
intitulé « L’or de Rennes », qui se vendra à
plusieurs centaines de milliers d’exemplaires.
Et là, c’est un véritable vent de folie qui souffle
! C’est l’affluence des grands jours sur les hauteurs des rives
de la Sals. Et croyez-moi, les fouineurs ne font pas dans la dentelle. Le
cimetière de Rennes le Château est dévasté, le
sous-sol se transforme en gruyère, certains habitants ont la surprise
de voir leur plancher s’effondrer… et des têtes émerger.
Certains, qui explorent les alentours, n’hésitent pas à
recourir à la dynamite. Les diverses municipalités qui se
succèdent, pour tenter de mettre un terme aux méfaits de cette
horde de vandales, publient décrets d’interdictions sur décrets
d’interdictions.
En vain !
Cependant,
le mouvement s’essouffle. C’est que dame, les terrassiers ont
beau y mettre tous les moyens, ce qu’ils trouvent, ce sont des os,
quelques pièces enfouies dans le sol et beaucoup, beaucoup de pierres.
Mais d’or et de trésor, point !
Patatras
! En 1984, paraît le plus gros tirage concernant l'affaire de Rennes:
L'Énigme Sacrée. Et c’est reparti pour un tour ! Le
pauvre diable qui orne le bénitier est décapité, un
pilier ancien et ouvragé ayant soutenu l’ancien autel de l’église,
et que Saunière avait placé à l’envers (découvre
dans ce livre, lecteur, la véritable raison d’être de
cette disposition pour le moins curieuse) dans le jardin extérieur
est dérobé. Etc., etc., etc.
Enfin, depuis le récent succès du Da Vinci Code, dans lequel
l’auteur, Dan Brown, mêle habilement à la trame de son
intrigue « l’affaire de Rennes » (entre autres), des cars
entiers de touristes affluent dès les beaux jours, venus des quatre
coins de la planète.
La paisible bourgade du Razès, pointe d’aiguille sur une carte,
devient un « must » des tours opérators alors que, n’eut
été tout ce battage, rien ne devait lui conférer un
tel destin.
Pendant
que certains s’acharnent à manier la pelle et la pioche, n’y
gagnant rien d’autre que des ampoules aux mains et des tours de reins,
d’autres s’acharnent frénétiquement de la plume.
Et certains se lâchent carrément.
Depuis que Gérard de Sède a fait son « gros coup »,
des centaines de bouquins sont publiés et d’innombrables sites
internet viennent les relayer.
Force est de constater que la thèse d’un trésor bien
réel, caché puis redécouvert, tient la tête et
la corde.
Un trésor, admettons, mais lequel ? Oh, ce ne sont pas les trésors
qui manquent, car reconnaissons au moins une chose à nos auteurs
: ils font le plus souvent fi de la plus élémentaire logique,
certains vont même jusqu’à délirer, mais ce n’est
certes pas l’imagination qui leur fait défaut ! Citons donc
pêle-mêle le trésor des Cathares, le trésor des
Templiers, le trésor des Wisigoths, le trésor de Rome, le
trésor de Blanche de Castille, l’Arche d’Alliance, le
Saint Graal, et même… une base secrète d’ovnis
!
J’en oublie forcément.
Examinons
le plus impartialement qu’il nous soit possible cette hypothèse.
Donc, Saunière, en restaurant son église, trouve de mystérieux
documents (c’est un fait avéré, plusieurs ouvriers en
ont été témoins) qui le mettent sur la piste d’une
ou plusieurs caches. Il les découvre et fait main basse sur le magot.
Soit. Et nos deux autres curés, pourquoi sont-ils riches, eux aussi,
à ne savoir quoi faire de leur argent ?
La réponse à cette question est simple : les compétences
réunies des trois hommes (et d’autres, peut-être) ont
été nécessaires pour déchiffrer les documents.
Le partage va donc de soi.
Et le meurtre de Gélis ? Quelqu’un d’autre est sur la
piste du trésor. Il s’attaque à Gélis. Gélis,
dans cette hypothèse, a forcément parlé (à défaut
Boudet, et surtout Saunière, par qui le « scandale »
arrive, auraient également été agressés). Maintenant,
y avait-il encore quelque chose à découvrir, ou l’intégralité
du trésor a-t-il été négocié ? Ceci est
une autre histoire ;
Jusque-là, ça se tient !
Mais deux grains de sable vont enrayer la mécanique ;
Tout
d’abord, les partisans de cette thèse avancent avec un bel
ensemble que l’abbé Boudet a codé son livre de telle
sorte qu’il y indique l’existence de 12 caches dans la région.
Réfléchis deux secondes avec moi, lecteur. Toi, tu connaîtrais
l’existence d’une ou plusieurs caverne(s) d’Ali Baba,
tu perdrais ton temps à écrire un livre qui non seulement
te couvre de ridicule, mais qui de plus risque de permettre à un
lecteur avisé de partager ce fabuleux secret ?
Bien sûr que non !
Et il y a plus encore. Mais pour cela, lecteur, il faut que je te parle d’un quatrième curé, pas très « net » lui non plus.
A
Saint-Laurent-de-Monferrand, dans les Basses Corbières, le curé
est l’abbé Emile-François-Henri Géraud de Cayron
(1807-1897). La rubrique nécrologique de la semaine religieuse de
Carcassonne (30e année, n°2,15-01-1897, p. 40) souligne la figure
mystérieuse de ce prêtre : « Son église, il en
avait fait sa maison, il l’avait reconstruite à peu près
tout entière dans de belles proportions gothiques et, à part
ce que lui donnait la famille de Raynes , on n’a jamais su d’où
il a tiré les ressources pour combler les dépenses d’une
aussi grosse réparation ». Et encore un riche curé !
Comme Saunière, il dépense des fortunes d’origine plus
que mystérieuse pour refaire son église. Et ce, note-le, lecteur,
avant que Saunière ne découvre les documents qui, dans l’hypothèse
du trésor, seraient à l’origine de tout ! Chronologiquement,
ça ne tient pas.
Une autre particularité de ce prêtre, c’est d’avoir
pris en charge un enfant dont il remarqua l’intelligence. Il le fit
entrer au séminaire et l’aida financièrement. Ce jeune
étudiant qui devait acquérir les connaissances nécessaires
à la prêtrise en même temps qu’une licence d’anglais
n’était autre que… Henri Boudet, le futur curé
de Rennes-les-Bains, ami de Béranger Saunière.
Pour toutes ces raisons, exit également la thèse d’un
trésor matériel que les faits contredisent.
L’imagination
des faussaires et des illuminés battant comme il se doit la campagne,
d’autres « explications » fantasques ont éclos
comme bourgeons au printemps, les plus délirantes étant, paradoxalement,
celles qui rencontrent le plus d’écho.
Ne nous emportons pas cependant trop vite : en cette affaire, il a bien existé, et il en est encore, des chercheurs sincères et honnêtes. Certains ont même parfois effleuré la vérité. Que leur manquait-il pour aller au bout de leur quête ? Ce qui, justement, n’a pas fait défaut à Léon Gineste, né dans le Razès, et qui, de ce fait, fut intégré, « beaucoup plus qu'un chercheur étranger ou un journaliste aux fonds privés culturel et historique de la région. Ces connaissances, qui sont impossibles à acquérir lors d'une enquête même très approfondie, permettent d'éviter bien des pièges que la littérature foisonnante ajoute à la difficulté initiale de cette affaire… Les très anciennes archives de Mgr Roger Caro, dont certaines pièces dataient de 1317, des éléments vinrent consolider encore nos convictions. Enfin, des écrits inestimables et inconnus du grand public, découverts dans une bibliothèque privée du Razès, nous persuadèrent définitivement de l'existence d'une cache exceptionnelle au cœur de ce pays. ».
L’enquête de Léon Gineste, commencée en 1972, trouve avec ce livre son achèvement. Et elle permet de répondre à bien des questions dont certaines, portant sur des faits fort éloignés dans l’espace et le temps, sont cependant intimement liées au drame épique qui, non par hasard mais par nécessité, a mis en scène trois curés atypiques dont le voisinage ne fut certes pas fortuit, dans un décor lui-même explicite.
Donnons ci-dessous quelques exemples de ces questionnements qui éclairent d’un jour singulier les mystères de Rennes le Château et de sa région.
En quoi le massacre de 18 chevaliers du Temple au XIVème siècle est-il lié à cette affaire ? Pourquoi la tombe de l’un d’eux, Pierre Phoebus, est-elle une des clés de l’énigme ?
Que viennent faire là-dedans des personnages aussi divers que saint Vincent de Paul, Nicolas Pavillon, évêque d’Alet, Pascal, le mystérieux Mgr Félix-Arsène Billard, évêque de Carcassonne… et l’écrivain Maurice Leblanc ?
Quel fut le rôle exact de la mystérieuse AA, une société semi secrète ?
En quoi les disparitions, au même endroit, du trésor de Napoléon et d’une vierge noire mystérieusement subtilisée, sont-elles révélatrices ? Qu’indique un ancien bâtiment appelé « l’observatoire » qui pourrait nous éclairer sur ces deux affaires ?
Pourquoi Alfred Saunière, frère de Béranger, a-t-il volé les archives du marquis de Chefdebien, le fondateur de l’ordre des Philadelphes qui l’avait employé comme précepteur ?
Comment expliquer les anomalies de l’inscription figurant sur la pierre tombale de Marie de Négri d’Able ? Et sur celles de Paul Urbain de Fleury et de Jean Vié (ce dernier fut curé de Rennes-les-Bains) ?
Pourquoi
faut-il absolument faire étape à Notre-Dame-de- Marceille
? Est-il bien vrai qu’un dénommé Gustave Vison, s’y
rendant en pèlerinage, est décédé non loin de
là, le 2 mai 1886 ? Et si c’est faux, que se cache-t-il derrière
l’épitaphe qui semblerait commémorer un événement
imaginaire ?
Quel message les Hautpoul ont-ils voulu léguer à la postérité ?
Toutes les constructions de l’abbé Saunière, aussi étonnantes soient-elles, ne sont-elles rien d’autre qu’un ‘mutus liber’ ? Comment le déchiffrer ? Pourquoi, lors de la réfection du chemin de croix de l’église de Rennes le Château, a-t-on fait disparaître… un œuf sur la première station ?
Léon Gineste écrit : « le Razès qui berça notre enfance est un point de convergence, un aboutissement, ne contenant rien d’autre qu’un message à déchiffrer pour arriver au but. Quel message ? Quel but ? La grille de décryptage, repose essentiellement… » (voyez la suite dans ce livre)
Il
est bien vrai qu’il est des lieux où souffle « l’Esprit
».
Rennes le Château et ses environs sont de ceux-là.
Et c’est cet « Esprit » qui est la clé de l’énigme
de Rennes.
Tu veux savoir en quoi il consiste, lecteur ?
Rien de plus facile, car l’extraordinaire réponse à
cette question se trouve dans ce livre.
Mais permets-moi de te donner quelques conseils.
Accorde-toi du temps – plusieurs heures – car dès que
tu auras commencé à lire « Rennes le Château,
les cartes des trésors », tu ne pourras plus le refermer avant
d’avoir pris connaissance de la dernière page, tant c’est
passionnant.
Débranche ton téléphone et la sonnette de ta porte
d’entrée : tu ne supporterais pas non plus que l’on te
dérange durant ta lecture.
Installe-toi confortablement.
C’est fait ? Alors, ose tourner la page et entamer ainsi un fabuleux
périple initiatique qui te fera découvrir – preuves
à l’appui – l’essence réelle de «
l’or de Rennes le Château ».
Jean-Pierre
Vandemoère