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Société Périllos ©

Recherches sur Gérone

 

Questions

Après la lecture de « City of Secrets », et ses extraordinaires révélations, il est tentant d’éprouver un peu de scepticisme. Cependant, à la réflexion cette sensation reste des plus fugaces.

Patrice Chaplin n’a jamais été précisément questionnée sur certains éléments de sa recherche. Après de longues heures de discussion, cet auteur apparaît d’une bonne foi entière, sans le moindre sentiment de s’être trompée… ou d’avoir été trompée.
Les lettres, l'histoire, les peintures… tout a été décortiqué et étudié au plus près. Le seul scepticisme envisageable resterait dans le fait que ses sources puissent provenir de sa vie sentimentale avec José Tarres, le prétendu gardien d'une société privée. Le vieil adage « Quand les amours et les Sociétés Privées se mélangent, tous les nombres du jour peuvent être joués », pouvait porter à la réflexion.
La gênante question pouvant également venir à l’esprit d’un chercheur sur ce sujet étant « La Ville des Secrets pourrait-elle être la main invisible du Prieuré de Sion » en raison du fait que ce dernier puisse n’être qu’un canular à la mode… Après l’étude de ce problème la seule solution possible restait que le déplacement à Gérone était la seule manière de faire le tri dans ces considérations.

L'arrivée

Que la conduite dans la ville de Gérone soit épouvantable n’est pas un secret... pourtant il n’est guère difficile de traverser la rivière Onyar et d'arriver au Rambla de la Libersat, une rue active du centre de la vieille ville, pas très loin de l'ancien quartier juif superbement restauré à présent.

L'ancienne ville est aussi romantique que mystérieuse avec son austère cathédrale dominant le paysage sous tous ses angles de vue.

Le musée Juif

Il est important de commencer notre enquête par une visite du musée d'Histoire Juive en raison, bien entendu de sa signification culturelle et des possibilités de pouvoir mieux cerner la personnalité de Tarres… pouvant apparaître comme un étrange personnage de la même veine que Pierre Plantard en seulement plus « authentique » ! Cette approche est facilitée par le fait que le musée juif est installé sur un ancien ‘centre’ pensé, réalisé et fondé par Tarres lui-même.
Si l’endroit peut être révélateur il est difficile de croire qu’en demandant au directeur des Etudes Juives où il est possible d’en savoir un peu plus sur José Tarres on s’entende répondre : « Qui ? Non, je n'ai jamais entendu parler de lui! »… Est-il possible de croire un seul instant, sans sourciller, à la véracité d’une telle réponse ?
Une telle remarque négative nous semblait d’autant plus bizarre que, précisément, Tarres venait de terminer les floralies annuelles de Gérone quelques jours avant. Ce détail anodin en soit reste étonnant si on estime qu’une telle manifestation culturelle, connue de toute la ville ait laissée dans l’obscurité un de ses ‘architectes’… A moins bien entendu que notre expression espagnole soit déplorable et compréhensible, il resterait à supposer que l’homme soit entouré d'un halo de protection, ce qui serait une autre histoire dans de telles circonstances.

Chaque fois que nous tentions de questionner, à l’aide d’une photographie, sur ce personnage la réponse était étonnamment toujours négative.
Déçus, mais pas désespérés, nous abordions une autre manière de poursuivre notre enquête. « Avez-vous d'anciennes photos de la Tour Magdala, cette tour d'allure médiévale construite en 1851 derrière la cathédrale à coté de la maison de la Femme Française ? ». Tous nos interlocuteurs, à nouveau, firent non de la tête… mais cette fois en semblant penser que cette question était folle.

Peut-être, oui, cette enquête était pure folie, du moins jusqu’au moment où un vieil homme nous signala qu’au bas d’une rue se trouvait une boutique où sont vendues de vieilles cartes postales et d'anciennes photos. « Essayez » nous dit-il brusquement en mettant fin à notre entretien. Et c’est ainsi que nous retrouvions le commerce d’anciens documents iconographiques.
Juan Cortez, que nous venions de trouver est un aimable vieil homme. Il connaissait bien Patrice et fut très fier de montrer une affiche d'elle et de son mari Michael. Cortez raconta des histoires passées avec ardeur. « Ainsi étaient les jours »… disait-il.

Cortez et la photo de Patrice et de son mari Michael

« Bien, savez-vous où il est possible de trouver Tarres? » avons-nous hasardé en fouillant négligemment à travers les vieux livres et vieilles photographies fanées en essayant de ne pas montrer un désespoir grandissant à l’énoncé de cette question devenue notre mantra !
« Non, mais il est là », réplique Cortez en montrant un homme de 85 ans. Le vieil homme sait non seulement où José vit - dans un village dans la périphérie de Gérone - mais se rappelle aussi de son adresse.

Devant ce succès une autre question arrive en avalanche « Pourrait-il faire partie de la fameuse Société ? ». La chance allait-elle sourire une fois encore bien que Patrice Chaplin, c’était certain, ne soit pas vraiment d’accord pour une rencontre à Gérone avec Tarres avant une introduction appropriée. C'était loyal et logique mais pouvait-on laisser une chance d’en savoir plus sur l’instant ? Il était cependant délicat de risquer de rompre « l’état de grâce » qui venait de s’installer entre nous et le vieil homme. Aussi une autre piste semblait plus appropriée à ce genre d’investigation.
« Avez vous quelques photos de la Tour Magdala, vous savez, la tour de type médiéval construite en 1851 derrière la cathédrale – après la maison de la Vieille Femme Française ? ». Les yeux de Cortez s'éclairèrent.
« Bien sûr », dit-il, et durant les 45 minutes suivantes, mon nouveau meilleur ami fouilla à travers les documents et vieux papiers remplissant ses dossiers avant de trouver pas moins de huit photos différentes de la Tour Magdala – prise sous différents angles, dont l'une avec la maison de la « Femme Française ».
« Je les prends toutes », dis-je, « oui les copies également, emballez-les moi ! ».
« Maintenant vous avez toutes les photos que je connaisse… sauf une », dit-il, avec une grimace irritante sur son visage.
« Quelle est-elle ? » demandais-je, incrédule à penser qu'il puisse y avoir une photo que je n'aurais pas.
« C’est celle qui est dans le livre que vous venez de me montrer (la Ville aux Secrets) » dit-il.
« Celle avec Roger Mathieu se tenant près de la Tour Magdala. J'ai l'original chez moi, sur un mur. Ce n'est pas une petite photo comme vous pouvez le penser ».
« Fantastique » pensais-je. « Je prends celle-ci également ! ».
Hélas et aussi incroyable que ça puisse paraître, cette photo n'était pas à vendre.

La Cène de la Cathédrale

Quittant, ravi, le magasin de Cortez, les 90 marches d’accès à la cathédrale rendent le souffle court… peut-être également en raison du fait de passer devant l'endroit où Patrice et José avaient été photographiés quelques 50 ans plus tôt.

La cathédrale de Gérone aujourd'hui, et lorsque Patrice et José étaient enfants.

La cathédrale est splendide. Sa nef est la seconde en taille, au monde, et ses peintures et sculptures sont de loin les plus exquises d'Espagne. Perfidement, la première image que nous retiendrons est indéniablement la peinture de la dernière Cène par Perris de la Roca en 1560 (Circa). Non seulement le portrait de la personne prés de Jésus est une femme, mais il est dépeint dans une attitude anormalement sexuelle.
La visite quelque peu oppressante dans cette gigantesque nef se poursuit, plus apaisante, par celle du cloître remarquable de fraîcheur et de paix. Cependant ces lieux propres à la réflexion ne peuvent nous détacher d’en savoir plus en ce qui concerne le jardin de la Femme Française… Ce site tant vanté évoquant la Tour Magdala put très bien être le modèle qui inspira Béranger Saunière pour construire celle de son domaine à Rennes le Château comme le suppose Patrice. Ce fut vers cet endroit que notre enquête se poursuivit après la visite du cloître.

Dans le cadre de notre enquête, le plus curieux est que où que nous allions dans la nef notre regard est capté par deux tours incorporées dans la noirceur d'une chapelle dédiée à Saint Michel. Avec notre esprit complètement absorbé par ces étranges soeurs jumelles et leur signification dans l'histoire de Patrice, en entrant dans le cloître notre attention ne peut qu’être attirée par une pierre tombale dépeignant quatre tours !

Le jardin de la Femme Française

Entrée de la Maison aux Canons
(L’entrée de la maison de la Femme Française est sur la gauche).

Après la visite de la cathédrale il faut, sans perdre plus de temps, se diriger vers le jardin de la Femme Française en essayant de ne pas trop laisser l’imaginaire galoper trop vite. En sortant du sanctuaire on parvient immédiatement à la « maison des Canons » (nom indiqué en latin sur l'arche d’entrée du jardin). Depuis le premier jardin (où se trouvaient les anciens bâtiments) on accède par l’ancien chemin de ronde jusqu'à la hauteur prés de la porte de la maison de la Femme Française.
La Tour Magdala se trouvait sur le côté droit du jardin. A sa droite, le long du mur en ruines était la maison de la Femme Française que Patrice avait visité durant son enfance. Un sol de graviers remplace à présent, sur le niveau inférieur, l'endroit d'un large palmier. C'est là que José creusa à la recherche de la « Pierre du Soleil »… un artefact d'importance considérable des rituels de la Société du Graal.
La Pierre du Soleil, que Patrice a vu à de nombreuses reprises, a été déplacée à Perpignan en France. Certes maintenant une théorie a pris forme sur la nécessité de ce transfert mais il n’est pas encore temps de l’exposer ici avant de pouvoir le faire de manière certaine.

Séparant le niveau supérieur du niveau inférieur du jardin se trouve un puits avec une sculpture au style tourmenté désigné comme étant la femme de Tarrès, Pia Crozet. Patrice m'avait indiqué que Crozet était également… tourmentée. Cette sculpture est-elle un autoportrait posé sur le puits que la Société utilisait pour les rituels du Graal. Les initiés accomplis étaient capables de rentrer dans ce puits et de voir les étoiles durant le jour...

Sculptures marquant le large puits où les rituels avaient lieu (La maison de la Femme Française se situe juste derrière la statue)

La tour se situait derrière une maçonnerie verticale du mur, près d’un angle. Le contrefort ruiné sur le mur de pierre est tout ce qu’il reste de cette construction. A l'arrière du jardin à l’issue des marches on a une remarquable vue d'ensemble de la plateforme où se situait la Tour Magdala dont l’ancien cheminement est quasiment intact.
Une fois revenu de ce périple, depuis les photos prises à cette occasion, il était alors possible de situer précisément l'orientation de ce que fut la tour en se servant du contrefort encore existant comme d'un guide. Ayant précédemment mesuré celle de Rennes-le-Château, je fus étonné de découvrir que l'angle de la Torre Magdala était parfaitement assorti, comme si l'une était la copie de l'autre… dans l’absolu ces concordances sont assez logiques.

Cynisme

Beaucoup de cynisme fut avancé en réponse aux travaux et constat de Patrice… en ce qui concerne les similitudes entre la Torre Magdala de Gérone et la Tour Magdala de Rennes le Château. « Il y a des tours identiques partout en Europe » disent les sceptiques. Une fois ces commentaires passés il n’est pas du tout certain que leurs arguments soient totalement recevables.

Photos du chemin menant à la Torre Magdala : avant et maintenant

En effet les tours avaient le même nom et leur style est pratiquement identique. Patrice a produit des lettres liant Béranger Saunière à chacune d'entre elles, et les signatures avaient été certifiées par des experts. Les tours avaient la même orientation. Des initiés dans les deux villes mesurèrent fanatiquement les deux tours parmi lesquels nous retiendrons Jean Cocteau pour Gérone et Alain Féral à Rennes le Château. Néanmoins, les sceptiques écartent toutes ces similitudes d'un seul revers de main, mettant d'autres tours en évidence, par exemple une en Italie. Il faut admettre que c’est un peu mince en échange des arguments avancés dans l’ouvrage de Patrice. L’ensemble de la levée de bouclier, habituelle dès qu’on trouve une piste innovante, laisse forcément un grand sentiment de frustration.

L’investigation de cette affaire ne peut laisser de côté le Cimetière noir. C'est ici que les prêtres de Gérone furent enterrés durant des centaines d'années et c'est sans doute pourquoi « la Société » choisit-elle cet endroit qui, d'après Patrice, est fortement « chargé ».

Sur la droite, à une certaine distance, se trouvait le vieux cimetière juif de Montjuïc. C'est là que José avait caché les artefacts du rituel lorsqu'il était ennuyé par les chasseurs de trésor ou les archéologues, afin de les induire en erreur. Aujourd'hui, le cimetière Juif est un endroit sacré dont le développement est important pour Gérone.

Vue de Montjuïc de la Torre Magdala : le cimetière Juif là où José cacha les artefacts des rituels du Graal.

C’est au moment ou la prospection commençait à stagner que Patrice annonçait « il y a quelqu'un que je veux te faire rencontrer ».

Le Loup

Le Loup est le personnage énigmatique d'un ouvrage de Patrice de 1979, « la Sieste ». Il y joue également le rôle, dans « la Cité des Secrets », de Lluis ami de Patrice et propriétaire d'un bar. Un rendez-vous fut convenu dans l'établissement dont il est propriétaire depuis des dizaines d'années. Patrice suggère alors que le personnage soit interrogé à propos d'Umberto Eco, pour amorcer l’entrevue sous de bons auspices. Le fameux auteur italien était un ami du Loup, durant quelque temps avant qu'ils aient une importante crise. Il semble, en effet, que le Loup ait montré à Eco quelques aspects ésotériques de la cathédrale et d'autres éléments qu'Eco utilisa dans son livre, sans que le Loup y ait consenti. Mais le Loup n'en aura cure ce soir, disant uniquement : « Eco n'est plus là, fini ! ». Probablement parlait-il de leur amitié…

Après une autre bière la discussion dérive sur le sujet politique jusqu’à ce que l’entretien vienne sur Patrice et José. Ces deux derniers étaient membres de « la société » de Gérone dans les années 50 et 60, et le Loup les connaissait très bien.

Portrait du Loup à l'époque, et maintenant

Les vieilles histoires devinrent rapides et vives pour le Loup qui évoque une belle femme dont le mari adorait Gérone par le passé. Elle était connue sous le nom de « la Divine ». Il faut donc supposer que notre interlocuteur fasse mention de Patrice ou de Beryl qui est un personnage du livre de Patrice.

Bien que ce personnage 'sonne' dans cette recherche de façon familière, nous consultions l’ouvrage « la Cité des Secrets » en pointant du doigt le portrait de Lucia Stillman… une mystérieuse initiée qui mourut sur le Mont Canigou, après avoir remis les artefacts du rituel de ‘la Société’ à leur place initiale à son sommet.

Lucia Stillmann : morte ou vivante ?

Malgré notre surprise, le Loup reconnaît la femme sur la photo et l'appelle de son vrai nom : « Après le décès de son mari, elle entra dans un couvent pour quelques années. Aujourd'hui, elle vit à Barcelone » dit-il sèchement. Notre personnage énigmatique serait donc encore en vie comme le montre l’ouvrage de Patrice. « Puis-je avoir des détails ? J'aimerais bien lui parler ! » ai-je ajouté...

« La Cité des Secrets mérite bien son nom» peut-on maintenant penser… Et soudainement, la cathédrale St Michel parait plus sinistre qu'austère.
Je me sentis brusquement épuisé et repartis dans le rêve que j'avais interrompu seulement quelques heures auparavant…

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Andy Gough