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Société Périllos ©

Perillos et l'énigme des récits du Graal
(partie I)

 

Perillos fait-il partie des légendes de Graal ou pas ? Bien que les récits de Chrétien de Troyes et de Wolfram von Eschenbach ne comportent aucune référence "à une chapelle périlleuse", un siège ou un cimetière, certains auteurs postérieurs présentent ces endroits comme faisant partie du mythe du Graal. Le nom apparaît dans l'histoire de Perceval du Graal. Perceval fut écrit entre 1192 et 1225, d’où la datation de 1205 souvent donnée pour étude. Leur signification et la question de savoir si elles peuvent se référer à Perillos est une question importante que peu de gens se sont posé.

La Chapelle Périlleuse

La chapelle périlleuse est en général liée au Roi Arthur ou un chevalier qui décida de partir pour une quête – un pèlerinage – vers la chapelle périlleuse. La chapelle fonctionnerait comme un oracle. Lorsqu’il atteint Perillos, on dit à Arthur que son pays est sur le déclin car l'un des chevaliers n'a pas posé la bonne question concernant la Lance et le Graal. Arthur essaie de corriger la situation et, de retour chez lui voit ses terres régénérées.
La découverte de la chapelle se fait souvent par accident. L’on cite l’exemple de Gauvain qui cherche refuge dans une chapelle, située à un croisement au milieu d'une forêt, pour s’abriter d'un orage. A un autre endroit, les visiteurs sont la soeur de Perceval, Sire Lancelot et la jeune reine de Garadigan. Dans tous les récits, le chevalier passe la nuit à cet endroit.

À l'intérieur de la chapelle se trouve un cadavre sur l’autel, un grand chandelier d'or à ses pieds. En principe le cadavre est celui d'un chevalier mort. Parfois une main noire éteint les cierges, bien que l’on dise qu’une tête, et d’étranges voix menaçantes et même le diable aient pu faire une peur mortelle aux vivants, au travers de la brume. Pour cette raison, elle est considérée comme un endroit malsain; nous ne sommes pas loin de la comparaison avec la bête de l'apocalypse, identifiée par le nombre "666".

Le Cimetière Périlleux

En outre connu sous le nom d’ "Atre périlleux", le cimetière périlleux est une variante de la chapelle périlleuse. Le cimetière est l’endroit où sont enterrés les chevaliers morts, tués par le mal.
La première mention du cimetière apparaît dans la section de Château Orgueilleux de Perceval, là où Arthur et ses chevaliers, sur leur chemin pour le siège de cet endroit, arrivent au Verger des Sépultures, où ils dînent avec les ermites, qui sont très nombreux.
Dans Perceval, le héros doit également faire face à un gardien terrible dans un cimetière près du château du Graal, où les mauvais esprits combattent à sa place. A minuit, on lui annonce que le roi Pêcheur est mort et que le mauvais Roi de Château Mortel s’est emparé du château de Graal ; le Graal a disparu et seul Perceval pourra le remettre à sa place. C’est cependant, la soeur de Perceval, et non un chevalier, qui entreprend cette recherche. Pour arriver à conquérir ses ennemis, il lui faudra trouver un morceau de tissu qui couvre l'autel dans la chapelle du cimetière périlleux. « C'est un tissu très saint, car c’est le drap qui enveloppait Jésus dans le tombeau sacré, quand il est revint la vie le troisième jour." De telles références sont à l'origine de la fascination postérieure du "suaire du Christ", caractérisée par le suaire de Turin.

Le Siège Périlleux

Dans les récits de la table ronde, l’on compte l'histoire "du siège périlleux" ou du "périlleux siège". C'est un siège de la table ronde qui demeure vide. Il est périlleux car ceux qui s’assoient dessus, sans l’approbation du Graal, rencontreront la mort.
Le siège périlleux est considéré comme la propriété du "plus grand des chevalier", et par conséquent a été maintenu vide jusque à ce que le juste, l’Elu, en fasse réclamation. Au final, un chevalier – appelé Gauvain, Perlesvaus, Perceval ou Galaad – prendra ce siège. Dans l’un des récits, l'occupant du siège part au loin à cheval pour découvrir le Graal, tandis que dans un autre, l'occupant dégage un tel rayonnement que les autres chevaliers décident de rechercher la raison de ce rayonnement.
Ailleurs, une inscription apparaît sur le siège vide de la table ronde, sur lequel aucun chevalier ne s'est jamais assis sans conséquences mortelles, prévoyant que le siège trouvera son maître. Plus tard, l’inscription change et l’on lit sur le siège les mots : "ce siège appartient à Galaad".

Une origine Arthurienne ?

Dans l'histoire de Gauvain, la chapelle périlleuse est bel et bien liée au secret du Graal. Il est dit que si Gauvain n'avait pas été fidèle et courtois, il n'aurait pas survécu la nuit dans la chapelle.
Jessie L. Weston dans « Du rituel à la romance » croit que l'origine de l'histoire vient de la légende Arthurienne selon laquelle Guenièvre l'invite à visiter la chapelle de Saint Austin. Il décide alors de prendre avec lui juste un écuyer, Chaus, fils de Yvain le bâtard. Sur le chemin, il croit suivre Arthur. Sa course le mène à trouver une chapelle, où il trouve un être de la nuit sur une cercueil, entouré de chandeliers d'or à la tête et pieds. Il prend un chandelier et continue à chercher son roi. Mais il est alors confronté à un homme, qui l'accuse d'être un voleur, et qui l'attaque avec un couteau. Peu après, Chaus se réveille, dans le hall de Cardoil, blessé à mort, le couteau à ses côtés et le chandelier d'or tout près. Il vit assez longtemps pour raconter l'histoire, se confesser et puis meurt.
Ceci révèle une croyance selon laquelle le monde des rêves existe et peut avoir un impact physique sur le plan terrestre. Weston a étiqueté cette l'histoire comme une initiation, mais sur le plan astral : le chevalier est confronté aux forces du bien et du male, pas par les hommes… C'est une initiation du plus haut niveau, après que le chevalier ait été initié au niveau inférieur. Il peut arriver qu’un homme soit digne d'autres hommes, mais donc pas de Dieu… ou du Graal. L'histoire précise que l’initiation est un événement dangereux, à ne pas prendre à la légère, et qui peut avoir des résultats mortels si le chevalier échoue – peu ont été choisis… beaucoup croient qu'ils sont appelés…

Double initiation

Nous sommes ainsi confrontés avec l'image d'une double initiation.
Un tel voyage dans les mondes de l’au-delà était considéré comme une aventure spirituelle tout a fait probable ou plausible – une entreprise à pour ceux qui, se trouvant assez audacieux, sentaient que l'accomplissement de la connaissance réelle de la vie future vie valait tous les risques encourus, et c’était des personnes brillantes et formidables, que réclamait une telle entreprise.
La double initiation est également référencée dans la littérature chrétienne, bien que le plus souvent dans les documents gnostiques ou apocryphes. La première initiation
Fut le baptême par l'eau, accompli par Jean le Baptiste. Mais tout au long de la bible, l’on trouve des références indirectes à un baptême par le feu. C'est le baptême spirituel – la deuxième initiation. Dans l'Evangile selon Saint Jean, document gnostique, nous lisons : "afin d'atteindre le royaume d'un dieu, il faut renaître à la vie. Ceci nécessite une double initiation par l'eau et par l'esprit." C’est cette dernière qui est symbolisée par "l'essai périlleux".

Une "chapelle périlleuse" bien réelle

Weston continue : « Est-ce que n'importe lequel de mes lecteurs trouverait difficile à croire que, même si initiations il y eu, et même si elles comportèrent un caractère impliquant un test sévère au niveau du mental et de la résistance physique – et je pense que la plupart des disciples admettraient qu'il y en avait, probablement, encore plus dans les premières institutions, que, disons, lors d’une admission moderne en franc-maçonnerie – nous sommes pourtant à des lieux des initiations des premiers Chrétien et du roman médiéval, et un lien entre les deux tiendrait presque de l’hérésie, j'appellerais leur attention sur le fait que, tout à fait indépendamment de nos textes sur le Graal, nous possédons un roman qui est, simplement, et d'une manière flagrante, rien de plus ou de moins qu'un tel rapport. Je me réfère, naturellement, à Owain Miles, ou à son « Purgatoire de Saint Patrick », où nous trouvons un héros, qui, après purification par le jeûne et la prière, descend dans le monde du Néant, en passant par les demeures des Perdus, atteint finalement le paradis, et retourne sur terre après trois jours, homme reformé et régénéré."

« Suivi de ces moines cités, le Prieur va
Portant croix et Gonfanon bas
S’en va direct vers la tranchée
Par Sire Owain utilisé
Là, comme un feu qui se consume
Un rayon de lumière fume
Et en plein dans son milieu
Vint Owain, chevalier de Dieu
Alors tous crurent en cet avis
Qu’il revenait du Paradis
Ayant du Purgatoire, toutes les douleurs vues
Et donc un saint homme il fut. »

Ramon de Perillos et la chapelle périlleuse

En nous référant au « Purgatoire de Saint Patrick », nous sommes face à face avec l'histoire de Ramon de Perillos. Est-ce un simple coup de chance que notre Ramon de Perillos puisse se rendre en Irlande, pour visiter un endroit qui en nature est identique à la chapelle périlleuse ? Qui plus est, que penser de sa déclaration, faite à son retour d'Irlande, qu’il "comprenait" maintenant que son territoire comportait un "passage vers l'au-delà" ? Se rendait-il compte que Perillos avait en effet eu "une chapelle périlleuse" ?
Perillos est phonétiquement très près de "périlleux". On pense que le nom tire son origine dans "petites poires" (poron ou peron) mais Perillos pourrait-il également un "perron", qui est un passage pour entrer dans quelque chose ? Dans le dernier cas, Perillos est en effet une porte…

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