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Perillos
et l'énigme des récits du Graal (partie II) |

Le
modèle de Saunière
Le modèle de paysage de Saunière – qui à première vue semble être Jérusalem – montre deux tombeaux : celui de Jésus et celui de Joseph d'Arimathea. La bible mentionne l'existence de seulement un tombeau : le tombeau de Joseph utilisé l'enterrement de Jésus, duquel il s'est levé d’entre les morts. Saunière a donc fait une erreur monumentale ; et, parce qu’il était prêtre, nous devons supposer qu'il a fait cette erreur exprès.
Joseph
d'Arimathie et le Graal
Joseph
d'Arimathie est un caractère de second rôle dans la bible.
Mais dans la légende du Graal, il prend une position de premier ordre.
Le premier qui débattit du rôle de Joseph – et établit
un rapport avec le Graal – fut Robert de Boron. Dans son récit
du Graal, Joseph d'Arimathie est le personnage principal. Il est comparé
à un décurion, qui est un titre militaire. Dans un récit
postérieur, « Perceval », l’on dit que Joseph sert
Pilate, l'homme qui a condamné Jésus à la mort, et
ceci pendant sept ans. A la mort de Jésus, il demande à recevoir
son corps, et le place dans son propre tombeau.
On dit également qu’il reçoit le Graal. La signification
de ceci dépend des récits. Dans l’un, c'est le plateau
de pain du Dernier Repas, donné à Pilate, qui le donne ensuite
à Joseph. Dans un autre, c'est un hôte mystérieux, qui
nourrit Joseph durant son séjour en prison.
Le
tombeau du Christ et la Messe
Gerbert de Montreuil écrit dans la dernière suite de l'histoire du Graal, c.-à-d. le récit de Chrétien, que la messe était "le plus glorieux des mystères, et le plus précieux. Là tu vois le corps même de Jésus Christ lors de l’Eucharistie quand le prêtre le tient dans ses mains… Si tu es un vrai croyant et que tu vas à la messe volontairement, je te le dis en mon âme et conscience, tu apprendras… tous les secrets de la lance et du Graal."
Bien
que peu connu, Joseph a joué le rôle important dans le sacrement
de la Messe. En. 850, Amalarius de Metz déclara que le diacre qui
aide le prêtre élever le calice était comparable à
Joseph d'Arimathie : "le diacre qui place le calice couvert sur l'autel
représente Joseph d'Arimathie, descendant le corps du Christ, couvrant
son visage d’un linge, étendant le corps dans la tombe, et
fermant le tombeau avec une pierre. La couverture du calice représente
le Sindonem Mundam (Suaire du Monde) dans lequel Joseph enveloppa le corps
du Christ ; le calice est la tombe ; et la patène est la pierre fermant
le tombeau."
Le thème a été par la suite approuvé par l'église,
et depuis, nous avons une série d'identifications intéressantes
:
le tombeau de Jésus vint s’identifier au Calice, car l'hôte
était le corps du Christ, à l'intérieur du calice –
et par conséquent à l'intérieur du tombeau. Le diacre
assistant est Joseph d'Arimathie, la couverture du Calice s’identifie
au suaire et la patène à la pierre fermant le tombeau. En
conclusion, pendant la messe l'autel lui-même a souvent été
considéré comme une autre représentation du tombeau
du Christ.
Avons-nous
des pistes ?
Nous nous nous devons de poser la question : Saunière aurait-il joué avec l'image de Joseph d'Arimathiea, pour attirer du monde à Perillos ? Est-ce un jeu de mots ? On ne peut l’appeler "logique", mais c'est une série de déductions bien étudiées : à partir de Joseph d'Arimathie, en passant par le Graal, par les récits de Périllos, pour arriver enfin à Perillos ? On ne peut que se poser des questions… et Saunière ne confirmera ni ne niera jamais plus rien.
Il est possible de faire d’autres incursions dans ce mystère. Albrecht dans Titurel déclare que Titurel descendait des Troyens Son grand-père Parillus se convertit au christianisme. Le nom est semblable à Perillos et à « périlleux ». Dans le récit, Titurel raconte l'histoire du Graal à Prester John. Quand il a fini, il prie Prester John de le cacher à sa vue, de sorte qu'il puisse mourir. Tout ceci se passa, et il fut enterré dans un splendide tombeau. Donc, nous voilà avec un tombeau et une cachette pour le Graal.
Ce ne sont que des variations sur le même thème et toutes annoncent l'accession à la renommée de la famille de Perillos, qui se produisit depuis la première partie du 14ème siècle. Les seigneurs de Perillos étaient-ils au courant de ces histoires ? Pensaient-ils que leurs terres étaient à l'origine de ces récits, ou bien ont-ils employé ces mêmes récits et les ont-ils façonné de façon à ce qu’ils concordent avec leur histoire ? Il y a une alternative : Saunière seul, que nous tenons pour autorité en matière de Graal, aurait-il joué sur ce fond riche en matériau, pour produire son modèle ?
Un
ajout moderne
Avançons
maintenant vers un mythe moderne. Ce que la plupart des gens oublient souvent
est que le Prieuré de Sion est un mythe du 20ème siècle.
Ce n'est pas un mythe Mérovingien, ni du Moyen-Age ; il fut construit
et médiatisé par des gens comme Pierre Plantard et son entourage.
Peu importe dans cette histoire, que le mythe contienne la vérité
ou non.
C’est un mythe mis en avant par Gérard de Sede et pris tout
à fait par hasard par Henry Lincoln, qui le transporta hors de son
vrai territoire : La France. Ce fut au Royaume Uni qu’une revue «
L’inexpliqué », ajouta à la consternation entourant
le sujet, et en rajouta une couche. Au début des années 80,
elle publiait :
"plus d'une des romances du Saint Graal indiquent que le Chevalier Gauvain est surpris par un terrible orage, et se réfugie dans l'Atre Perileus, la chapelle périlleuse. En parcourant les collines se situant à environ à 30 milles (50 kilomètres) de Rennes-le-Château l’on trouve le minuscule village d'Opoul, presque certainement sur les terres dont Francis d'Hautpoul tira son nom. Suivez une route étroite en épingle à cheveux qui s’élève parmi les rochers derrière le village l’on arrive à une antique chapelle, au-dessus laquelle surgissent, menaçantes les ruines décharnées – du château Perillos. Peut-être y a-t-il quelque chose dans cette théorie se liant au développement de la légende de Graal – et le mystère bizarre auquel elle est associée – ainsi que le pays autour de Rennes."
L'auteur de ce qui précède, Brian Innes, a fait la même erreur que le touriste moderne : Le château Perillos est réellement "château Opoul". Le vrai château de Perillos est un tout petit château, situé dans le village. Innes a-t-il fait le même rapprochement que Saunière ? En fait, ce serait la pierre tombale de Marie Hautpoul qui fournirait un indice essentiel pour Saunière. Peut-être que cet indice n'a rien à voir avec le tombeau lui-même, mais est beaucoup plus importante dans le lien qui unit cette personne et le village d'Opoul – et par extension, à Perillos.
Filip
Coppens
Traduction
: © Catherine Escarras