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Le meilleur ami du prêtre : Grassaud

 

L’équipe

Eugène Grassaud

Dans le mystère de Rennes-le-Château, une énorme attention est réservée à un petit groupe de personnes. En tête de liste, l'homme qui incarne le mystère comme personne d'autre : Bérenger Saunière. Certains de ses amis intimes, souvent des prêtres, ont partagé « l'aventure » avec lui. Henri Boudet, le prêtre de Rennes les Bains, était de ceux-ci et aux yeux de certains, son maître. Son livre, « La Vraie Langue Celtique », a été intensivement étudié. Antoine Gélis, prêtre du village voisin de Coustaussa, a été assassiné dans des circonstances bizarres. En deuxième ligne : Marie Denarnaud, la servante de Saunière ; Monseigneur Billard, l'évêque qui semblait approuver ses travaux et Monseigneur De Beauséjour, son successeur qui l'emmena au procès à la Cour Ecclésiastique.

Seulement deux personnes pouvaient être à même de savoir ce qu'il en était et où était le trésor matériel et s'il y en avait un, l'immatériel aussi. Il s'agit de Bérenger Saunière lui-même et de sa servante Marie Denarnaud. Saunière s'est confessé avant de mourir mais il est tout à fait incertain de savoir ce qu'il a dit à son collègue l'Abbé Rivière d'Espéraza. S'il a dit quelque chose, Rivière paraît avoir fait voeu de l'écouter sous le secret de la confession.
Marie Denarnaud mourut plus de trente ans en janvier 1953. Elle n'avait parlé du secret de Saunière qu'en termes très vagues, laissant suggérer aux gens qu'ils marchaient sur de l'or sans le savoir et que Saunière aurait pu nourrir le village entier pour un long moment.

Tout n'a pas été étudié dans l'énigme de Saunière. Restent probablement un ou deux chemins d'investigation non exploités. En voici un.

Grassaud, le meilleur ami

Je pense que certains ont probablement connu au moins une partie des secrets de Saunière. Le premier candidat est parfois mentionné mais aucune des investigations majeures a traité de sa vie ou de sa contribution. Peut-être est-ce faux. A quel type d'homme confierait-on ses secrets ? A son meilleur ami. Hormis son frère Alfred, mort en 1905, Bérenger Saunière a un autre véritable ami : l'abbé Eugène Grassaud. Celui-ci a conseillé Saunière à maintes occasions et pour toutes sortes de matières.
En fait, leurs liens étaient si étroits qu'il prenait conseil à Marie Dénarnaud bien après le départ de Saunière. Il lui écrivait fréquemment, l'aidant financièrement et cherchant un acquéreur pour le domaine de Rennes-le-Château. Quelle ironie!
Cet excellent ami voulait donner des conseils financier à Marie parce qu'elle refusait ou parce qu'elle était incapable d'aller ponctionner dans les ressources de Saunière même si toutes les possessions de l'Abbé lui étaient laissées en héritage.
De toute évidence, elle savait ce qu'était et où se trouvait le trésor, mais elle détruisait toute preuve et refusait de l'approcher. Une telle occasion fut lorsque Antoine Beaux, abbé de Campagne sur Aude était attendu à dîner à la table de Saunière. Il fit remarquer : « mon ami, à voir la façon dont vous vous portez, on pourrait penser que vous avez trouvé un trésor ». A ceci, l'hôte est réputé avoir répondu : « me l'an donat, l'ai panat, l'ai parat é bé lo téni ». En français, cela veut dire : « Ils me l'ont donné, je l'ai pris, je l'ai conservé ; hé bien je le tiens bien ».

Un village

St-Just-et-le-Bézu

Il est peut-être temps de prêter une attention plus particulière à cet homme respectable et à ce qu'il a fait durant sa vie. Peut-être que cela nous donnerait les traces d'un secret qu'il partageait avec son ami.
Pour débuter ce voyage, je visitai deux endroits importants dans sa vie : St-Juste-le Bezu où il est né et St-Paul-de-Fenouillet, à mi chemin entre Rennes-le-Chateau et Perillos, où il laissa sa plus grande empreinte.
St Juste-le-Bezu est un petit village aux pieds de la montagne et des ruines templières de Bezu. Les quelques vieilles personnes qui vivent là ont encore une tradition orale vive et une mémoire des événements qui se sont déroulés les cents dernières années. Ils parlent de la tourmente causée par la révolution et comment le prêtre local acheta toutes les propriétés des nobles en fuite pour un prix dérisoire, devenant l'homme le plus riche du village, juste avant de s'enfuir lui-même.

Un village et son église

Dans le village, comportant seulement soixante âmes à ce jour, se trouve une petite église tout près de la nature où on peut encore trouver des références aux templiers, sans doute en relation avec la proximité de la commanderie templière. Les plus remarquables sont les deux croix sur l'autel qui ressemblent à des croix templières mais à l'étude approfondie elles semblent avoir été faites avec de la corde. Comme de nombreuses églises de la région, l'église contient les statues habituelles de Saint Antoine de Padoue et Saint Pierre, mais également de Saint Just dont le village porte le nom, et de Sainte Eugénie après quoi Eugène Grassaud fut nommé. Jeanne d'Arc est également là.
L'autel est une des pièces les plus originales de l'église. Tout le reste a été remis en place après qu'un prêtre ait détruit l'intégralité du décor intérieur dans un accès de rage après la promulgation de la Séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905. Apparemment il ne fit pas cela correctement.

Un dernier dispositif dans l'église et une plaque gravée dans le Sudarium de 1897 avec la phrase :

VERA EFFIGIES SACRI VULTUS DOMINI NOSTRI JESU CHRISTI
QUAE ROMAE IN SACROSANCTA BASILICA S.PETRI IN VATICANO RELIGIOSISSIME
ASSERVATUR ET COLITUR.

L'autel

Ce qui veut dire approximativement : « la peinture de Véronique de la figure de notre Roi Jésus Christ, conservée dans la Basilique Saint Pierre au Vatican. » Vous regardez assez durement, vous pouvez toujours acheter une copie de cette plaque sur Ebay dans l'état original. La présence de cette plaque n'est pas remarquable en soi, mais ceci gagne en poids lorsqu'un réalise combien de nombreuses chapelles dans la région ont cette même inscription dans un mur. J'en comptabilisais non moins de quatre en une seule journée.
A Brenac, cette plaque a été encastrée dans l'autel de l'exquise chapelle de côté qui fut payée par le notaire royal Courtade, dont la famille laissa de nombreux signes à Brenac. Ceci concerne le même notaire Courtade. Il est établi que Saunière visita Brenac et son église à de nombreuses occasions.

Grassaud, en détail

Guillaume Joseph Eugène Grassaud est né dans ce village en 1859. Ces parents Baptiste Grassaud et Marie-Louise Flamand étaient des membres très respectés de cette communauté. Le jeune Eugène Grassaud était destiné à aller à l'école du Séminaire et après fut admis à Saint Sulpice à Paris, où il obtint un doctorat en théologie. Peu de temps après, il retourna dans le sud de la France pour donner cours à Perpignan. En 1900, il devint le prêtre d'Amélie-les-Bains, pour finalement s'installer à St-Paul de Fenouillet en 1908.

Grassaud était un homme érudit. Saunière le garda évidemment dans un très haut respect. Il lui donna un morceau du trésor de l'église de Rennes-le-Château : un calice d'or de grande qualité, donné à l'église par l'ordre des Chevaliers de Malte aux alentours de 1750 (et caché dans l'église par son successeur Antoine Bigou avant qu'il ne parte pour l'Espagne durant la Révolution en 1792). On pose la question pourquoi les Chavaliers de Malte ont donné un tel calice à Rennes-le-Château. Ce fut Eugène Grassaud qui proposa à Saunière de prendre Eugène Huguet pour le défendre durant les procès de Carcassonne, qui bouleverse la vie de Saunière entre 1908 et 1915.

Mémoires

De nombreuses personnes vivant toujours à Saint-Paul de Fenouillet gardent un souvenir vif de l'Abbé Grassaud. En fait, il fit assez d'impression pour avoir une place sur le côté de l'église qui lui est dédiée depuis 1972. Son nom orne également le foyer voisin, logement de la petite école du dimanche.
Grassaud était un homme instruit sur bien des points. Il était un documentaliste et un historien fanatique, qui chercha dans l'histoire du village et ses environnements. Sa bibliothèque personnelle contenait de nombreux ouvrages médiévaux rares qu'il étudia durant de longues périodes. Il écrivait en latin archaïque.
L'église du 14ème siècle de St Paul de Fenouillet était très importante pour lui. Il est allé jusqu'à acheter les maisons avoisinantes, démolissant les taudis immédiatement autour du bâtiment. Il abandonna ses fonctions en 1945, lorsqu'il sentit sa fin arriver. Il décéda un an après dans le village de Caudiès de Fenouillèdes, où son frère pratiquait la médecine dans la maison familiale.

St Paul de Fenouillet avec son église du 14ème siècle

Durant sa vie, Grassaud a effectué de nombreux travaux dans son église. En plus des restaurations, de nouvelles statues et un nouveau confessionnal, il ajouta de nombreuses et énormes fresques peintes sur les murs. Malheureusement, elles ont été couvertes après sa mort car les villageois ne les aimaient pas beaucoup. Qu'est-ce qui rappelle aujourd'hui une église extraordinaire avec de nombreux et beaux tableaux ? Nous n'avons abordé que la surface d'une vie et de travaux de cet homme extraordinaire. La prochaine étape sera celle de sa bibliothèque et de ses archives.

Corjan de Raaf