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Guillaume de Roussillon

 

Il serait trop fastidieux, ici, d’énoncer les longs détails historiques et généalogiques de ce seigneur connu sous le titre ‘seigneur de Châteauneuf’ dont le fief s’étend au pied du massif du Pilat en suivant la vallée du Gier. Nous nous contenterons d’apporter uniquement les éléments utiles à l’épisode de Ste Croix en Jarez.

St Croix en Jarez

Artaud de Roussillon de son second mariage avec Artaude de Forez, fille de Guy IV Comte de Forez, eut cinq enfants. L’aîné, Guillaume, hérite du nom patronyme. Emancipé le 10 février 1258, il reçoit la seigneurie de Châteauneuf en pleine propriété avec l’intégralité de ses dépendances. Il prend pour épouse Béatrix de la Tour qui lui donne huit enfants.

Guillaume se montre sage, juste et humain pour les habitants de ses terres. Tout se déroule heureusement pour le seigneur de Châteauneuf jusqu’au concile général de 1274 que conduit le pape Grégoire X. A ce moment la chrétienté ne possède guère plus que St Jean d’Acre en Palestine. Durant ce concile, Aymar, frère de Guillaume, est élevé au siège archiépiscopal de Lyon en présence du roi Philippe le Hardy... Toutes ses raisons font qu’il est demandé à Guillaume de commander les dernières troupes envoyées en renfort aux chrétiens d’Outremer à la fin de cette huitième et ultime croisade. Guillaume mesure la gravité et l’enjeu de cette proposition: la mission est périlleuse et pratiquement sans issue de retour... il en se dérobe pas.
Le 11 août 1275, il établit son testament à Annonay. A l’ouverture de ce dernier, le 3 janvier 1278, le document montrera Guillaume avec des volontés ‘post mortem’ égales à sa vie: généreux, juste et droit pour tous.

St Jean d'Acre

Nous disposons du texte de l’ordre royal donné à Guillaume par ‘ly légat Symons, messire Erard de Valery et ly connétable de France’. Sur ce document on remarque une ordonnance pour ‘cent hommes à cheval c’est à scavoir XL archers; XXX arbalestriers et XXX sergents à cheval. Item, l’on luy baille trois cent sergent à pied’ le tout envoyés outre mer sous le commandement de Guillaume de Roussillon en 1275. On ne peut que constater la ‘minceur’ de ces renforts, aussi motivés soient-ils, pour redresser une situation catastrophique et sans issue. Gageons que les affaires chrétiennes ne durent guère en être améliorées... A. Vachez souligne justement “alors même qu’il avait le concours des chevaliers du Temple et de l’hospital. Le vaillant chevalier eut du moins la gloire de maintenir la situation et d’inspirer aux infidèles une terreur que justifiait sa bravoure”. Guillaume, pourtant succombe dans une embuscade fin de l’an de grâce 1277...
Pourtant très curieusement l’abbé Filhiol ‘fait revenir’ Guillaume des croisades et précise encore que ce seigneur fut enseveli au château d’Annonay le 21 décembre 1277. Il semble que cette information, pour le moins insolite, ne soit fondée sur aucun document et qu’il y ait eu malentendus sur la personne du seigneur de Roussillon.
Une autre remarque se pose: ces renforts hélas dérisoires, à quoi pouvaient-ils bien servir puisqu’on sait que cette poignée d’hommes ne peut plus rien changer en Palestine et qu’il ne reste que St Jean d’Acre et encore en état de siège! Mais allons plus loin: à lire le testament de Guillaume il est net qu’il est conscient de ne jamais revenir de cette mission littéralement suicidaire. Cette expédition n’avait-elle, en fin de compte, pour seul but que d’envoyer ce chevalier servir au côté des templiers et de mourir en leur compagnie? Quel étrange destin!

Blason de Guillaume de Baujeu

Revenons une fois encore sur cette ordonnance royale et suicidaire: à son arrivée nous lisons qu’il doit se ranger avec 'ly maistre du Temple’. Or, le maître du Temple en fonction à ce moment n’est autre que Guillaume de Baujeu (1253 - 1291) qui se trouve en Palestine depuis le 29 septembre 1274 et qui trouvera la mort sur les remparts de St Jean d’Acre le 18 mai 1290... Les deux hommes ne purent manquer de se rencontrer. Il est encore notable que les familles de Baujeu interviennent fréquemment sur le chapitre de Lyon, dans le Jarez, le Pilat, dans l’ordre des Chartreux... et auront des relations avec les Roussillon et surtout avec les De Vassalieu. Ajoutons enfin que l’on sait par les annales des Baujeu que Guillaume de Baujeu, Maître du temple en Palestine revient précipitamment d’orient au mois de février 1278, pour de très courtes périodes: octobre 1279, de janvier à avril 1280 et une dernière fois de juin à juillet 1283. Or... ces dates correspondent toutes étroitement avec les ‘moments’ de la naissance de Ste Croix. Chartreuse de Sainte Croix sur laquelle nous reviendrons en détails par ailleurs.