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Société Périllos ©

« Et il est là, mort »
(1ère partie) - Un tombeau royal pour un prêtre monarchiste

 

Saunière le monarchiste

Pourquoi l’abbé Bérenger Saunière, après ses découvertes à Rennes-le-Château, se serait-il intéressé plus particulièrement à Périllos ? Pour ceux qui seulement concentrent leurs réflexions sur la géométrie sacrée, les passages vers d'autres dimensions… ou un trésor monétaire, il serait en effet difficile de proposer une réponse à cette question embarrassante.
Beaucoup, sinon la plupart, des auteurs ‘habituels’ ne prennent pas vraiment en compte l’aspect admis pourtant par bien des ‘sceptiques’ sur cette affaire: Saunière était un fervent royaliste. Bien des moments dans sa vie soulignent ses ardentes convictions politiques. Le fait le plus connu, historiquement incontestable, se passe à son arrivée à Rennes-le-Château, en 1885. Lors d’une messe, en chaire, il prêcha publiquement contre la République ! Ce fut un scandale et nous nous souvenons que Saunière fut suspendu de traitement par le Préfet. Son évêque, monseigneur Billard, lui procure un poste à Narbonne et plaide auprès des autorités pour que son bouillant abbé soit rétabli dans son traitement et son poste. D’autres aides, et non des moindres, viennent soutenir et aider le prêtre dans cette épreuve. Par exemple, la Comtesse de Chambord, veuve d'un prétendant au trône français (Henri V), lui fait remettre une somme conséquente que l’abbé Saunière utilise, dès son retour dans sa paroisse, pour faire exécuter les travaux d’urgence dans son église qui menace ruine. Il recevra d’autres ‘témoignages de sympathie’ du même ordre. Dans cet ordre de conviction politique, nous savons également que les Hautpoul, seigneurs de Rennes-le-Château, étaient très près de cette famille royale. Ce sont des faits certifiés, que certains ne manquèrent pas de prolonger au delà du vérifiable. Par exemple, nous savons que Saunière aurait adressé des courriers à la 'Banque Fritz Dörge' à Budapest. Pour quelques auteurs, dont Jean-Luc Robin, cet élément est aussitôt employé à se demander s’il ne s’agirait pas de la preuve d'un lien de connivence entre Saunière et les princes de Habsbourg. L’auteur semblant aller en faveur de cette solution finit son livre sur cette hypothèse envers les Habsbourg. Pour le moment, ce ne peut qu’être une pure spéculation, car nul ne connaît la teneur de ces lettres.
Pour le moment, pour nos recherches, nous nous contenterons du fait que l’abbé Saunière recevait fréquemment des aristocrates dans sa Villa Béthanie, avec lesquels il partageait des repas et des soirées exceptionnellement fastueuses. La liste des invités est longue et bien connue, et n’a aucun besoin d'être répétée ici. En bref : Saunière était un monarchiste reconnu par ce milieu, au devant duquel il devait aller volontiers. Peut-être même servait-il de ‘paravent’ ou ‘alibi’ pour que ces aristocrates puissent s'assembler sans être soupçonnés ou intrigués.

Le Prieuré

Un ‘dépôt royal’ semble se trouver au centre des attentions du Prieuré de Sion. Ce qu’est ce dépôt a été différemment interprété par plusieurs auteurs, y compris Pierre Plantard lui-même. A son origine, l'histoire est simple : diverses versions d'éléments sur ce ‘dépôt’ sont remises, en leur temps, à la Bibliothèque Nationale de Paris. Cependant, on trouve des variations dans les versions elles-mêmes. Ces ‘différences’ pourraient bien avoir plus d’importance qu’il ne le paraît, du fait qu’elles indiqueraient l’absence d’éléments absents… Ce qui reviendrait à dire que les personnes créant de toutes pièces ces « dossiers secrets » ne disposaient pas de l’intégralité des documents ou informations.
Le motif central du message retenu par tous les chercheurs en la matière est l'existence « d'un dépôt royal », que le Prieuré identifie parfois sous la forme d’un « tombeau ». Ce dernier est alors toujours présenté lié avec « un roi perdu »… sous-entendu inscrit dans la grande lignée des rois mérovingiens. Ce roi perdu, ce monarque oublié, évidemment aurait eu pour dernier descendant la branche finissant par Pierre Plantard. De fait, ce ‘montage’ suggère surtout que si ‘le tombeau perdu’ était récupéré… Pierre Plantard devenait le roi légitime de la France ! Bien entendu, cette hypothèse peut sembler s’avérer une ambition absurde, et bien des chercheurs identifient Plantard comme un ‘illusoire’ dont le seul intérêt n’était que matériel. A première vue, cette remarque est tout à fait recevable… mais peut-être n’est-ce seulement qu’un ‘trompe l’œil’ extérieur ?
Mais, continuons pour le moment à dépouiller cet aspect d’une partie de sa spéculation et considérons simplement que le Prieuré de Sion semble rechercher « un dépôt royal », qui pourrait être un tombeau… un tombeau royal !

Un dépôt royal

Retournons à la période de l’abbé Saunière et des familles de Chambord. Supposons qu’il y ait eu effectivement ‘un dépôt royal’ – un tombeau royal ? – dont plus personne ne peut retrouver la trace ou les éléments la constituant. Saunière aurait-il été intéressé par ceci ? Tout porte à penser que la réponse est oui ! Il était royaliste avéré et aurait été ainsi intéressé par tout ce qui pouvait contribuer à reconstituer la monarchie en France. S'il avait eu en son pouvoir d’aider la cause royaliste, il ne fait aucun doute qu’il se serait empressé de le faire.

Henri V, Comte de Chambord

La question principale serait, alors, de se demander s’il restait « quelque chose » d’oublié, ou prétendu tel, qui pouvait occasionner un revirement total de la situation au moment où la cause des royalistes semblait perdue à jamais ? Si oui, Saunière pouvait-il en prendre conscience? Tout porte à croire que la réponse soit favorable… Nous savons qu'il reçut directement cette importante somme d'argent de la famille de Chambord. Ce transfert n'est pas forcément un événement indépendant ou isolé. En effet, nous trouvons dans les notes privées de l’abbé des éléments se rapportant à des courriers adressés à « Carriere », qui n'est autre que le docteur Carriere, qui habitait Limoux. Carriere était le docteur « de la famille royale », c'est-à-dire celui de la famille de Chambord. Mais ce médecin était également un cousin de l’abbé Lasserre, qui est non seulement l'homme qui écrira un ouvrage sur l’histoire de Notre-Dame de Marceille, mais qui est également un ami intime d’Henri Boudet, le prêtre de Rennes-les-Bains… qui est également un très fidèle ami de Bérenger Saunière.
La famille de Chambord eut des alliances par le mariage avec celle de Habsbourg. Ajoutons que ce sont ces derniers qui ont ‘à voir’ avec la fabuleuse ‘lance du destin’. On dit que cet objet, véritable relique sacrée, en possession de cette famille de Habsbourg, contient des parcelles du sang du Christ… car selon la légende, il s’agirait du fer de lance qui aurait percé le côté du Christ sur la croix. La Tradition affirme que le propriétaire de la relique pourrait diriger le destin du monde… sinon la finalité du monde. Beaucoup de choses ont été dites, et de livres écrits, au sujet de l'influence de la lance sur Adolf Hitler. Nous retiendrons simplement le fait qu’Hitler n’était pas plus noble qu'un Plantard et qu'il put accéder au grade le plus élevé des puissances… Alors, pourquoi Plantard n’en aurait-il pas espéré autant ?

Un tombeau royal

Y aurait-il ‘un tombeau royal perdu’ quelque part en France ? Là encore, la réponse est oui ! A la question « mais alors où se trouverait-il? »… nous pouvons répondre qu’il se situe sur le territoire de Périllos, dans les Pyrénées Orientales ! Face à une telle surprenante affirmation, nous ajoutons qu’il ne s’agit pas de notre ‘vision’ du problème, mais de ce que nous lisons sur le fameux « Registre de Courtade ». Il s’agit d’un ‘registre’ manuscrit écrit dans la première moitié du XVIIe siècle, sur demande de la couronne de France, en préparation au transfert des territoires du Languedoc-Roussillon du roi d'Aragon à la Couronne de France. Tout en dressant minutieusement cet inventaire, le notaire royal Courtade énumère les lots ‘terriers’ des propriétés des Périllos. A l’issue de cette liste, il signale une parcelle ‘enclavée’ sur ce territoire, qu'il définit (depuis les documents à sa disposition !) comme abritant un… « tombeau royal ». En écrivant ces mots, Courtade ne fait que remplir son rôle et ne semble éprouver aucune émotion ou sentiment. Il ajoute également que ce lot est protégé par des lois spécifiques garantissant que personne n’en sera jamais propriétaire, héritier, légataire, vendeur ou acquéreur… En quelques mots, ce petit lopin n’est à personne et semble attendre quelqu’un ou un événement inconnu. Cependant, un siècle et demi plus tard, la Révolution française éliminera non seulement la monarchie, mais également les règles protégeant et gérant cette parcelle... Elle disparaîtra des registres, noyée dans les remembrements houleux de cette époque tumultueuse. L’endroit et ses contraintes disparaissent à jamais dans le chaos révolutionnaire.
Une révolution est venue à bout en quelques mois d’une mémoire vieille de dizaines de siècles… Une révolution ? Oui… et il s’agit de la même qui voit également le prêtre de la paroisse de Rennes-le-Château, Antoine Bigou, ayant refusé d’être ‘conventionné’, quitter la France et fuir vers l’Espagne, en passant précisément par Durban et… Périllos. En conclusion, notons que Courtade lui-même était notaire à Quillan et qu'un de ses descendants fut prêtre de Brenac… et ami de Saunière !

Une question embarrassante

Maintenant, il est temps de rassembler les divers éléments, et voir quels résultats ils peuvent nous donner. Nous savons que Saunière est un royaliste avéré, à un moment où la cause royale est considérée comme perdue. L’abbé de Rennes-le-Château est probablement mandaté pour un ‘travail’ précis, commandité par le cercle intérieur de la famille de Chambord. Cette même famille est également détentrice de la mythique ‘lance du destin’… la précieuse relique, liée à la mort de Jésus, accompagnée de sa puissante légende, déclarant que celui qui la possède commandera le destin du monde.
Voyons à présent un autre fait encore plus intéressant : l’abbé Saunière laisse (n’en déplaise une fois de plus aux grincheux habituels), à sa mort, un moulage topographique, qui identifie et situe précisément « le tombeau royal » inscrit sur le registre du notaire royal Courtade, sous le nom de… « Tombeau du Christ ». Nous devons aussi nous demander si Bérenger Saunière n’a pas cherché secrètement - ou n’a pas été payé par les Habsbourg pour rechercher - « un dépôt royal » perdu… Cette réflexion pourrait bien avoir eu pour but de renforcer et créditer leur cause. En allant encore plus loin, il est possible d’admettre également que la famille de Chambord ait demandé à Saunière de retrouver le « tombeau du Christ »… Ce qui revient à dire son ‘corps physique’, qui naturellement serait la relique la plus puissante qui puisse exister. Elle rejoindrait, en l’amplifiant de manière inconcevable, la lance du destin déjà en possession des Habsbourg.
Retenons deux choses. Tout d’abord, rien n'indique que le « Tombeau du Christ » abrite, en effet, le « Corps matériel du Christ ». Bérenger Saunière est un chercheur chevronné, qui a localisé l'endroit du ‘tombeau’, après que toutes traces en aient été perdues depuis les notes de Courtade… Cependant Saunière n’a pas pu trouver sans éléments notoires ce qui semblait irrémédiablement perdu et oublié de tous… Non ! Notre abbé devait forcément avoir retrouvé au moins de quoi reconstituer l’itinéraire permettant la nouvelle localisation avec toute la précision requise.
Ensuite, nous observons qu’à cet instant il est beaucoup question des Habsbourg… Pour Saunière, il ne semble pas important qu’il conduise ses recherches pour lui, pour un commanditaire inconnu ou si ce dernier est la famille de Habsbourg elle-même.

Bigou ?

Il y a un autre élément peu souligné dans ce mystère, c'est celui de l’abbé Antoine Bigou. Ce dernier est l'aumônier et le confesseur de la famille de Hautpoul… il est l'homme qui quitte la France pour l'Espagne en passant, au risque de grands dangers, par Périllos. C’est de ce prêtre qu’il se dit qu’avant son départ il laisse ‘quelque chose’… ‘quelque part’, que Saunière découvre (ou qu’on l’aide à découvrir) finalement. Le Prieuré de Sion suppose qu’il s’agit de la stèle de la dernière dame d’Hautpoul dans le cimetière de Rennes-le-Château même.
De quels éléments disposons-nous à propos de ce prêtre, Jean-Baptiste Bigou, prêtre de Sonnac, village de la région de Limoux ? Peu de choses … aussi citerons-nous Gérard Galtier: « Ce prêtre de la fin du XIXe siècle, qui portait le même nom de famille que les abbés Jean Bigou et Antoine Bigou, anciens curés de Rennes-le-Château de 1736 à 1774 et de 1774 à 1790, écrivit divers ouvrages d’inspiration millénarisme dans lesquels il prédisait l’établissement prochain du royaume de Jésus-Christ. […] Les titres en sont généralement très explicites : mentionnant par exemple ‘Avenir ou le Règne de Satan et du monde prochainement remplacé sur toute la terre par une domination indéfinie de Jésus-Christ et de l’Eglise’ (1887) ». Notons que cette personne vit près de Rennes-le-Château, en fait près de Limoux, véritable « centre » de ce mouvement… à un moment où Bérenger Saunière est prêtre dans le secteur.

Les pérégrinations du Dr. Courrent

Regardons maintenant en direction d’un autre personnage : le docteur Paul Courrent, un ami de l’abbé Henri Boudet. Courrent a laissé de nombreux souvenirs dans Rennes-les-Bains, où il vit à l’arrivée de Boudet, en 1895. Le 'jardin' au centre de la ville porte toujours le nom de ce riche individu. Paul Courrent connaît non seulement Boudet (dont il est le médecin), mais également l’abbé Saunière auquel, occasionnellement, il dispense aussi ses soins médicinaux. Courrent et Boudet ont beaucoup de choses en commun, y compris leur adhésion à divers organismes d'amateurs locaux de travaux scientifiques et historiques. Il est l’auteur de nombreux ouvrages locaux dont "Le Château du Bézu" qui devient un but d’excursion.
Boudet est mort en 1915. C'est Paul Courrent, et son collègue Roché, qui se rendront au chevet de Saunière, en janvier 1917, lors de la dernière attaque cardiaque, peu de temps avant le décès. Apparemment, pendant les cinq jours d’agonie de Bérenger Saunière, on dit que le docteur Courrent l’aurait assisté sans relâche.

Douze ans après le décès de l’abbé Saunière, Courrent, âgé de cinquante-six ans, se retire à Embres-et-Castelmaure, où il mourra beaucoup plus tard, en 1952. Retenons qu’Embres-et-Castelmaure est très près de Durban. Durban qui fut une destination favorite pour Saunière, dont Gélis et Boudet furent vicaires… et où Bigou fit halte sur son chemin de Rennes-le-Château à Périllos, avant son exil vers l'Espagne. Pour mémoire, précisons que c’est encore à l’église de Durban que seront déposées les archives religieuses de l’église de Périllos !
Le docteur Paul Courrent est l’auteur d’un manuscrit consacré à l'histoire des seigneurs de Durban, et de la généalogie au cours de laquelle on voit les barons de Durban devenir vicomtes de Périllos. Cette histoire des seigneurs de Durban est un traité généalogique particulièrement complet. Mais bien que ce dernier soit connu pour sa précision, il reste considéré comme "non scientifique" en raison du fait que les sources documentaires restent incomplètes ou curieusement non citées… ce qui est aux antipodes des travaux minutieux dont Courrent est un habitué. Il est clair que ce document généalogique, malgré une adaptation personnelle de son auteur, est issu d'un autre travail d’archives… dont l'existence et l’origine nous sont, hélas, actuellement toujours inconnues.

« Un secret »

On raconte que Saunière, sur son lit de mort, aurait soulagé son âme d’un secret important lors de son ultime confession à son collègue, l’abbé Rivière, venu pour lui donner les derniers sacrements. La légende dit qu’à la suite de cette ‘confession’ l’abbé Rivière en serait resté sans plus jamais sourire de sa vie… Il est clair que ce commentaire est sans doute exagéré… car, en fait, rien ne prouve que Bérenger Saunière se soit allégé de son secret à l’oreille ecclésiastique de son confrère… En effet, à la fin de sa vie, Saunière n’eut pas toujours d’excellents rapports avec les représentants de l’Eglise ou de l’évêché. De fait, pourquoi ferait-il confiance à un homme qu'il n'a pas vraiment connu ? S'il voulait dire quelque chose qu’il savait primordial, voire dangereux, ne préférait-il pas s’en remettre à un homme qu'il avait connu pendant de nombreuses années… et en qui il reconnaissait un ami de confiance ?... comme par exemple… le Dr. Paul Courrent qui serait resté près de lui durant toute son agonie?
Bien entendu, ce n’est peut-être que pure spéculation diront nos détracteurs… Mais en ce cas, que dire des mots de Marie Dénarnaud, la fidèle gouvernante de Saunière, qui dit à Noël Corbu qu'elle lui confiera ‘un secret’ tel qu’il fera de lui « un homme riche »… si ce n’est « un homme puissant ». Officiellement, Marie est morte sans jamais avoir pu transmettre ce « secret » à Corbu… qui lui-même décédera quelques ans après, dans un accident de voiture, à proximité du monastère de Prouilhe, qui, par une intrigante coïncidence, était un emplacement bien connu de l’abbé Saunière.
Saunière est certainement devenu un homme riche (largement plus qu'il n’était censé l’être), à un moment précis de sa vie, et il est clair qu'il avait découvert un important secret. Même si aux instants de la mort il n’a pas confié tout ou partie de son ‘secret’ à Courrent… il semble toutefois que le bon docteur soit allé à la recherche lui-même de ce savoir oublié et dangereux… peut-être suivant sa propre idée, ou d’autres origines. En outre, nous observons que Courrent est resté dans le secteur des deux Rennes pendant douze années après la mort de Saunière… et qu’il put mettre ce temps à profit pour partager lentement avec Marie certaines informations autour du secret de l’abbé. Longtemps avant l'arrivée de Corbu dans le village, la fidèle servante a pu, effectivement, s'être confiée au docteur Paul Courrent, ne fût-ce que parce qu'il pouvait être une des rares personnes amicales à qui elle pouvait faire confiance et capable de la comprendre... Pourquoi pas, après tout ?

Les archives de Chefdebien

L’écrivain Guy Patton est un des premiers chercheurs à s’être penché sur l'histoire de Paul Courrent. Il souligne que le frère de Saunière, Alfred, a travaillé pendant un certain temps pour la famille de Chefdebien, en tant que précepteur, avant d’être chassé de cette situation. Il a été expliqué qu’il aurait dérobé de nombreux documents ayant appartenu aux archives de cette illustre famille. Alfred Saunière et son frère Bérenger étaient très proches… si proches, qu'à la mort d'Alfred, son enfant (pas très légitime) restera avec son oncle Bérenger de temps à autre.
Deux composants, dans cette histoire, méritent notre attention.
Le premier est celui défendu par Roger-René Dagobert (auteur d’un remarquable ouvrage sur ses ancêtres : « Le Roi Dagobert. Histoire d'une famille et d'une chanson »). Alfred Saunière aurait confié les documents volés dans les archives de la famille des Chefdebien à son frère Bérenger, curé de Rennes-le-Château. Ce dernier aurait lui-même confié ces documents au Dr Courrent, alors qu'il le veillait au chevet de son lit de mort, en janvier 1917. Cette hypothèse ne peut pas évidemment être justifiée faute de plus de preuve, mais elle est néanmoins d’une solide ‘logique’.
Le second composant est vérifiable. En 1939, la famille de Chefdebien dépose ses archives auprès de la Société Archéologique et Historique de Narbonne, pour une série d'études approfondies. Ce lot de documents est alors passé à Courrent, comme le démontre un procès-verbal de réunion de cette société savante en 1940. Le compte rendu déclare que le lot de documents en question contient des éléments de deux autres archives, à savoir des familles Pailhoux et de Dagobert.
En 1952, Paul Courrent décède, à l'âge avancé de 91 ans. Nous pouvons lire, dans un nouveau procès-verbal de réunion, ce qui s'est ensuite produit: « lors d'une réunion de 3/02/1954, le secrétaire a indiqué que la famille de Chefdebien avait cherché à reprendre les archives de famille léguées par Marie-Louise, qui est morte à Narbonne en mai 1939. La Commission a été embarrassée puisque les précieuses archives avaient disparu peu de temps après la mort du Dr Courrent à qui elles avaient été confiées. ». La rumeur dit que les documents ont été volés au domicile même de Paul Courrent. Sur le propos, un membre de la famille du docteur croit que ce cambriolage s'est produit en raison de la valeur (monétaire) des documents. Si cette valeur financière n’est pas contestable… nous pouvons aussi nous demander si les documents ne représentaient pas également une autre valeur… plus « spirituelle » pour quelqu'un intéressé de très près par l’Histoire et… cette l'histoire. A ce sujet, n’oublions pas que le volume manuscrit du docteur Courrent ‘Généalogie de la Famille Treilles-Gléon-Durban’ a été retrouvé précisément à Durban avec d’autres documents de l’église de Périllos !!! Quel hasard, n’est-ce pas ?
Guy Patton note avec justesse plusieurs détails chronologiques pourtant bien connus : en 1953 meurt Marie Dénarnaud… en 1956 s’ouvre la campagne de publicité autour de Rennes-le-Château … et en 1964 se déroule la création du Prieuré de Sion… et cette même année aurait commencé à être déposés les « dossiers secrets » à la Bibliothèque Nationale. À ceci, nous ajoutons personnellement qu'au début des années 60, Plantard s’entretient avec un autre prêtre de cette époque, l’abbé Courtaly, qui vient à Rennes-les-Bains pour y suivre une cure thermale… Plantard, à partir de ce moment, effectivement pense aussi que Saunière détenait les fameux documents et en avait étudié le contenu avec précision.

Un épilogue qui n’est pas une fin : Le document Delmas

Nous en arrivons maintenant au ‘document Delmas’ qui est un des plus intrigants éléments au sujet de l'histoire de Rennes-les-Bains. Écrit en ancien français antique, ce texte est difficile lire. L'original était en possession de la Société des Arts et des Sciences de Carcassonne. Il lui aurait été apparemment remis par Paul Courrent (encore lui !). Ce dernier l'aurait apparemment reçu de la Société des Antiquaires qui elle-même l’avait obtenu d’un certain Dr. Julia.
Ce texte, de 1709, a pour auteur l’abbé Delmas, un prêtre qui vécut une soixantaine d’années au sein de sa communauté. C'était un autre document qui fut très apprécié par Plantard et ses acolytes. Dans cet écrit il est fait mention d'un tombeau et d'un « grand romain »… qui nous conduisent, de fait, à regarder en direction des ‘centuries’ de Nostradamus. Ce grand romain, qui aurait été enseveli sur le secteur de Rennes-les-Bains, pourrait être -ou lié avec- Pompelius Quartus, souvent considéré comme Pompeius le grand… un véritable ‘grand romain’ ! Ce curieux document parle également de certaines des tribus celtiques, comme les Tectosages, si chères à un des successeurs de l’abbé Delmas… Henri Boudet, curé de Rennes-les-Bains. Sur ce sujet, nous noterons également la présence de Notre-Dame de Marceille, tout près de Limoux, qui à son origine était une villa et -ou- un sanctuaire romain important.
Nous venons de parcourir, au fil de tous ces éléments, un scénario au cours duquel les diverses personnes semblent rechercher « un tombeau royal ». Cependant, il semble évident que plusieurs pièces de ce puzzle fassent cruellement défauts à certains de ces ‘limiers’. Cependant, à la fin du compte, parmi les solutions, il reste deux endroits et occupants possibles: un près de Rennes-les-Bains avec un ‘grand romain perdu’… et un autre dans le secteur de Périllos où il s’agit d’une sépulture royale et sacrée… S’agirait-il ici de celle du ‘grand roi’ perdu ?... peut-être celui capable de reconstituer le royaume du Christ sur terre ? En effet, dans une certaine théocratie, dans laquelle un roi divin est installé pour régner selon la volonté de Dieu (souvent par révélation directe), les ambitions d'un prêtre et d’un rassemblement de royalistes… iront parfaitement de paire.

Benben d’Héliopolis

Aujourd'hui, l'idée d'une théocratie semble inconcevable. Elle se rappelle, pourtant, ponctuellement, à notre attention, au fil de différents écrits ésotériques, tels que les éléments liés à l' « Ordre du temple solaire », ou ceux d'une « confrérie d’Héliopolis ». Cette dernière est une société secrète qui existait dans les années 1920, à Paris, et qui était aussi bien liée avec Fulcanelli que Schwaller de Lubicz.
Le concept d'une théocratie a besoin, comme nous l’avons mentionné, d’un ‘roi divin’ qui établit ‘une règle divine’ selon Dieu. On peut penser que le ‘représentant direct de Dieu’ sur terre illustrerait sa ‘divinité’ en disposant, en quelque sorte, d’une ‘possibilité de communiquer’ à volonté et directement avec Dieu… un téléphone rouge avant la lettre ! Aujourd’hui, ces explications peuvent sembler pour le moins bizarres. Mais dans l’ancien Egypte, on considérait comme rôle exclusif du roi que ce dernier, pour régner selon les « neuf principes », s'assure que ses actions soient parfaitement conformes à la volonté de Dieu.
Il ne reste pratiquement rien de cette époque. Cependant, les rares vestiges encore compréhensibles indiquent clairement que l'établissement de cette « règle divine » exigeaient certaines ‘reliques’, d’une extrême puissance, parmi lesquelles était inclus le corps du prédécesseur du roi… Dans les autres ‘témoins’ se trouvaient certains autres objets façonnés, dont un des plus importants était le prétendu ‘Benben d’Héliopolis’. Il s’agissait là d’une pierre sacrée guère différente, dans son principe, de celle du Graal, dans la légende de Wolfram von Eschenbach. Avant que nous abordions l’Egypte antique pour notre étude, nous ferons trois observations pour terminer cette première partie de notre travail.
- Premièrement: N'importe quel postulant réclamant son droit au trône de France, à la façon des ‘antiques rites égyptiens’, aurait absolument besoin ‘d'un corps de son prédécesseur’. Dans cette perspective, s’il y a un ‘corps reliquaire ancien’, il ne fait aucun doute qu’il puisse se trouver dans un sépulcre… par exemple sous la forme d’un ‘tombeau royal et sacré’ perdu sur les terres oubliées de Périllos ?
Deuxièmement: N'importe quel prétendant à la royauté désirant effectuer un tel rituel a besoin de parfaitement connaître l’intégralité du rituel… Mais ensuite, il est également indispensable, pour pratiquer ce rite, qu’il ait été maintenu, ou au moins mémorisé dans le temps… de sorte que le roi puisse être couronné selon la tradition et la coutume requises.
Troisièmement : Certains membres masculins de la famille de Chefdebien étaient bien instruits dans certains aspects ‘initiatiques’ et rituels liés à l’Egypte ancienne. Car ce sont eux qui, au XVIIIe siècle, furent pionniers de fondation d’un type de ‘Maçonnerie selon le rite égyptien’, et impliqué dans la création des rites maçonniques dit ‘de Memphis-Misraïm’. Cette remarque semble prendre toute sa place pour supposer que logiquement, tout ou partie des informations entourant ce rite et son déroulement puisse se trouver cachés dans les archives de la famille de Chefdebien. Ces informations qui pourraient fort bien, en ce cas, s’être retrouvées entre les mains de messieurs les abbés Alfred et Bérenger Saunière, aussi bien qu’entre celles du docteur Courrent… et expliquer une partie du déroulement de l’énigme de cette affaire selon le périple Rennes, Durban et Périllos.

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André Douzet
Le 2 juillet 2006