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Société Périllos ©

« Et il est là, mort »
(3ème partie) - Qui est là, mort ?

 

Indices de la maquette – 1

Les écrits contenus dans la Bible nous indiquent, de manière formelle, que Jésus a été enterré, après sa crucifixion, dans le tombeau de Joseph d'Arimatie. L’évangile de Marc s’arrête à cet épisode, alors que d’autres écrits évangéliques poursuivent leurs récits sous la forme d’un épilogue. Pour résumer, il est dit qu’après le ‘Sabbath’, le corps du Christ s'avère absent du tombeau. Et c’est ainsi qu’au fil des siècles, l’Eglise affirme qu’il s’agit là de la résurrection de Jésus. Cet extraordinaire événement est devenu le point central du christianisme et chacun, croyant ou non, sait ceci. Depuis la redécouverte de la maquette de l’abbé Saunière, beaucoup de choses ont été écrites à son sujet … y compris, le fait majeur qu'elle montre des endroits identifiés sous les noms de « tombeau de Joseph d'Arimatie » et « tombeau du Christ ». Au début de cette affaire, il a d’abord été avancé que l’objet était un faux manifeste. Ensuite, devant l’évidence de son authenticité, il fallait aux détracteurs habituels convenir d’une autre tactique de démolition. C’est ainsi que les plus virulentes critiques s’appuyèrent essentiellement sur le fait que ce ‘moulage’ soit seulement un support pédagogique ludique pour l’enseignement religieux… et, par conséquent, que cet objet ne devait pas susciter l’attention particulière qui lui fut consacré, par tous, dans la décennie passée. Il n’y a aucune difficulté pour démontrer la sottise d’un tel raisonnement. Comment pourrait-on nous faire croire, une seule seconde, que le moindre religieux (l’abbé Saunière ou un religieux chargé de ‘penser’ cet objet à fins d’enseignement) n’ait pas assez de connaissances pour avoir commis, stupidement, une erreur monumentale sur le point crucial du christianisme ? Car pour l’Eglise catholique, et ses fondements, il n’y a jamais eu qu’un seul tombeau ayant hébergé le corps du Christ durant deux nuits, et moins de deux jours!
Mais dans une perspective purement « logique », et juive, la maquette est néanmoins correcte dans ses indications. Les enterrements juifs, à l'heure de Jésus, se déroulaient en deux étapes bien distinctes : un premier enterrement primaire et un suivant un peu plus tard. D'abord, le corps est lavé et oint avec des essences et des épices et enveloppé dans un suaire d'enterrement. Il est, ensuite, placé sur une étagère en pierre ou dans une sorte de loge connue sous le nom de loculus, un emplacement entaillé dans la paroi rocheuse du tombeau. Le corps, ainsi, se décompose et dessèche durant toute une année. La plupart du temps, seulement les os sont laissés sur place. Ces derniers sont recueillis et placés dans un ossuaire, ou « boîte des os », habituellement découpée dans de la ‘pierre à chaux’. Cet étui est ensuite entreposé parmi toutes les autres ‘boîtes des os’ des défunts membres de la famille. Le plus souvent, l'emplacement du loculus se trouve à l’intérieur même du tombeau et de l’ossuaire.

Des circonstances exceptionnelles

La mort de Jésus - si tant est qu’il soit mort sur la croix - s'est produite précisément au moment délicat qu’est celui des quelques heures précédant le Sabbath. L'épreuve entière est évidemment un événement qui se déroule au fil d’étapes quasiment imprévues. On voit, par exemple, des juges rassemblés au beau milieu de la nuit… pour donner, à la hâte, des verdicts sans sérénité ni réflexion. Quasiment tous les observateurs notent que l'ensemble du jugement, et son application, n’ont aucune validité et que tout se trame pour aboutir à la condamnation, sans appel, de Jésus. Les experts estiment que Jésus est resté environ six heures cloué sur la croix avant de mourir de ce supplice. Ajoutons que les écrits sont formels sur le fait qu’il n’ait pas eu les os des tibias fracassés, comme le voulait la coutume romaine, pour abréger l’agonie du condamné. Ensuite, le légionnaire romain plante sa lance dans le flanc du Christ pour s’assurer qu’il est là… mort. Cependant, le fait que tous ces épisodes se soient déroulés, en cascade, quelques heures avant le Sabbath, nous fait admettre que quelque chose d’extraordinaire s’est produit.
Dès sa descente de la croix, le corps de Jésus, d’abord replié dans un linceul, est temporairement placé dans un tombeau voisin, « dans un jardin », où il demeurera toute la durée du Sabbath. Le dimanche matin, les femmes arrivent avec les aromates et trouvent la pierre du tombeau roulée et déplacée. Cet épisode, bien connu, suggère simplement que Jésus pourrait avoir été emporté, par quelqu'un, à son tombeau définitif. A ce sujet, les archéologues supposent que le tombeau de la famille de Jésus se trouvait en Galilée. Quant à l'endroit où le tombeau de Joseph d'Arimatie a été localisé, il s’agit actuellement de l'endroit où se situe l'église du Saint Sépulcre.

L'énigme de Joseph d'Arimatie

On affirme que le tombeau ayant provisoirement recueilli la dépouille de Jésus était celui que Joseph d'Arimatie prévoyait à son usage. Ce personnage insolite est, comme Marie Madeleine, un ‘acteur’ de cette tragédie qui apparaît seulement pendant les derniers jours de la vie de Jésus… du moins semble t-il.
Cependant, non seulement Joseph offre son tombeau, mais il réclame également le corps de Jésus à Ponce Pilate. Bien qu'on connaisse peu ce personnage, si bienveillant pour la dépouille de Jésus, il faut toutefois qu’il soit un membre de sa famille pour procéder à son enterrement. Bien que dans la bible il soit évident que Joseph est simplement un étudiant de Jésus, selon le Talmud… il s’avère qu’il est le plus jeune frère du père de la Vierge, c'est-à-dire l'oncle de Marie et, donc, le grand-oncle de Jésus. Et c'est précisément ce lien familial qui lui permet de pouvoir toucher le corps d'une personne morte de son clan, en conformité avec la loi juive. De plus, cette demande justifiée et recevable permet également à Pilate de se défausser officiellement du corps de Jésus...
Ajoutons, enfin, que Joseph est également un membre du Sanhedrin… ce groupe de chefs juifs qui confirmèrent la culpabilité de Jésus. Cependant, on dit aussi que Joseph n'aurait pas voté. Les catholiques ont vu dans ce refus qu’il était chrétien et qu’il ne pouvait se prononcer contre son chef… En fait, Joseph a tout simplement été convié à condamner un membre de sa famille. Ce constat fait que personne ne lui aurait tenu rigueur de ne pas avoir émis de décision dans ce jugement. En outre, le verdict du Sanhedrin était simplement le point final d’une façade d’actions conduites par un régime de marionnettes, à la solde de l’occupant romain.

Un scénario mortel

Le scénario, si Jésus n'était pas ‘ressuscité’, était donc qu’il meurt sur la croix, et que Joseph récupère son corps pour l'ensevelir en toute hâte dans un tombeau très proche du lieu du supplice. Il se peut d’ailleurs que ce tombeau ne soit pas nécessairement le sien en propre, mais qu’il ait pu, dans l’urgence, l’acquérir ponctuellement. Après le Sabbath, les plus proches parents enlèveraient le corps de ce tombeau pour le transférer dans celui de la famille… Ce qui fait deux tombeaux pour un homme. Ce nombre est curieusement celui, assez incongru pour avoir été choisi par un religieux, des tombeaux représentés sur la maquette géographique de Saunière. Il est clair que le lieu des deux tombeaux comporte une anomalie notoire. En effet, la distance entre les deux sépultures, très courte sur la maquette, devrait obligatoirement être extrêmement plus conséquente à Jérusalem. Cependant, si l’on en croit la maquette (puisque nos détracteurs prétendent qu’en effet elle serait seulement le reflet de la réalité topo du secteur), nous devrions retenir l’option de la courte distance entre les deux lieux. En ce cas, il n’y avait aucune raison de placer le corps de Jésus dans un… tombeau de Joseph d’Arimatie, alors que le sien était si proche.

Le message

Notons que, sur son modèle, l’abbé Saunière fait mention d'un « Etat Primitif », écrit sur l’intitulé du cartouche. En ce cas, la présence de deux tombeaux serait en conformité avec la tradition ‘primitive’ du rite des morts. En outre, certains archéologues bibliques n'adhérent pas à la doctrine chrétienne de la résurrection. Ils pensent que le vrai tombeau de Jésus - celui de sa famille - se situait quelque part en Galilée. Plusieurs de ces chercheurs scientifiques estiment cette localisation comme plausible, en partie en raison de très anciens récits médiévaux (ou légendes) énonçant la présence d’« un » tombeau de Jésus dans cette région. Ainsi, si Saunière ne croyait pas en la résurrection, il était persuadé, en échange, de l’existence de « deux tombeaux ».

Sur son modèle, Bérenger Saunière emploie un système astucieux d’images à regarder dans un effet ‘miroir’ pour délivrer son message : le paysage représenté en relief est le reflet inversé d'une section du pays de Périllos. Au cas où nous choisissons d’appliquer une telle inversion, pourquoi ne pas l’adapter à d’autres ‘messages’ contenus dans cet objet ? Ainsi, quand il nous est dit « Etat Primitif », ne pouvons-nous pas supposer plutôt un « Etat Final » ? Les deux endroits sur le modèle ne seraient-ils pas l’illustration de l’« état final » des événements du déroulement de la Passion ? Dans ce scénario, de plus en plus acceptable, on pourrait arguer que le ‘tombeau du Christ’ identifie, en effet, l'endroit final où la dépouille de Jésus fut déposée après avoir été enlevée du tombeau de Joseph d'Arimatie… et que cet endroit se trouve sur le territoire de Périllos !
Sur ce difficile sujet, le professeur David Flusser, invité à présenter ses remarques sur le lieu historique du tombeau de Jésus, expliquait : « Il y a de nombreuses années, un représentant de la BBC, venu me rencontrer, me demande si les rouleaux de la Mer Morte nuiront au christianisme. Je lui ai dit que rien ne peut nuire au christianisme. La seule chose qui pourrait être dangereuse au christianisme serait de trouver un tombeau avec le sarcophage ou l’ossuaire de Jésus… si celui-ci contient toujours ses ossements. Alors j'ai ajouté que j’espère seulement qu'on ne fera pas une telle découverte sur le territoire de l'état d'Israël. »

Indices de la maquette – 2

Il y aurait une autre manière de ‘lire’ cette affaire. Pour ceci, nous avons besoin de savoir si l’abbé Saunière a été commandité par La Sanch. Cette dernière est une archiconfrérie constituée par un groupe de laïcs et de… « prêtres des morts ». Ceux-ci se donnaient pour devoir de préparer les condamnés à mort à affronter dignement et religieusement leur exécution. Leur mission se poursuivait également jusqu’à donner une sépulture décente à ces malheureux. A cette fin, La Sanch recueillait l’argent nécessaire à l’enterrement auprès de la foule ou de généreux donateurs. On note déjà certaines similitudes avec les événements arrivés à Jésus… ainsi que le rôle important de Joseph d'Arimatie après la mort. Jésus a été condamné par la justice romaine, et par conséquence, il est mort en tant que criminel. Si l’on en croit les écrits bibliques, rien ne laissait prévoir cette condamnation, ni l’exécution dans la foulée du même jour. Tout s’est déroulé si rapidement qu’il est évident qu’aucune préparation funéraire ne semble avoir été mise en place en prévision de cette mise à mort. Nous pourrions presque dire que l’intervention de Joseph d’Arimatie, proposant à la hâte ‘son’ tombeau, a sans doute sorti tous les acteurs de ce drame de l’embarras pour ne pas avoir prévu de sépulture! Nous noterons la similitude entre la ‘sollicitude miséricordieuse’ de Joseph pour Jésus, mis à mort comme un criminel, et les pratiques de la Sanch, pour les condamnés à la peine capitale, dans le secteur de Perpignan. Ce petit constat doit nous amener à poser une question importante : La Sanch, dans son rôle funéraire, s'identifiait-elle à celui de Joseph d'Arimatie ?
Dans ce cas, nous pourrions voir dans cette coïncidence un élément révélateur à retenir. Il serait alors envisageable de supposer le moulage de Saunière comme le réceptacle d’un indice supplémentaire entre cette affaire et les intérêts profonds de La Sanch. En ce cas, cette archiconfrérie pourrait fort bien avoir beaucoup d’intérêt dans la localisation, la surveillance, ou l’exploitation des endroits définis par Saunière. A ceci, nous ajoutons le fait que cette fraternité fut fondée par Vincent Ferrer, qui était en liaison étroite avec les seigneurs de Périllos… cette nouvelle suite de coïncidences ne devrait plus tellement nous surprendre.

Le Roi Jésus

A présent, rappelons-nous ce que Courtade (notaire royal) mentionne sur ses registres au sujet du fameux emplacement ‘inaliénable’. A aucun moment il ne fait état, ou allusion, d’un « tombeau du Christ ». Sa qualité professionnelle lui permet de donner, simplement, à cet endroit, son statut juridique approprié… celui d'un « tombeau royal ».
Les chrétiens savent que Jésus a été prétendu « roi des juifs »… Ce fut, d’ailleurs, la charge principale et le chef d’accusation retenus contre lui par les Romains. Et pour ces derniers, ce motif était intolérable pour celui qui se prétendrait être le prochain chef de l’insurrection qui soulèverait et conduirait les juifs vers la liberté. Jésus, en la matière, n'était ni le premier, ni le dernier, et tous ont souffert le même dramatique et mortel destin.
Le professeur James Tabor, dans son ouvrage « la dynastie de Jésus », précise que Jésus était, effectivement, le fils aîné d'une famille royale. Il s’agit d’un titre par descendance de la lignée du Roi David, dans l'antique Israël, qui fut proclamé « roi des juifs ». De fait, Jésus pouvait réclamer légitimement ce trône et le titre qui allait avec, bien qu’il soit nécessaire de préciser qu’il n’en fut pas le seul prétendant.
Nous trouvons, dans la bible, des propos retenus dans le sens d’une lignée royale de Jésus, telle Luc -1:32- affirmant qu’il « s'assiérait sur le trône de son père David ». Il ajoute encore que « plutôt que d'être le fondateur d'une église, Jésus réclamait un trône ». Pour Tabor, les apôtres étaient des membres de son conseil… cependant celui-ci ne pouvant qu’être une sorte de gouvernement de l'ombre. Ensuite, la référence au ‘Messie’ (et ‘Christ’ provient d'un rituel sacré au cours duquel une huile était versée sur la tête d'un individu choisi pour être désigné, puis confirmé officiellement, en tant que « prêtre » ou « roi ». Le premier Messie juif était Aaron, suivi de nombreux autres Messies… Jésus ne fut donc pas le seul à prétendre à ce titre, ou l’utiliser.

Indices de la maquette – 3

Jusqu'ici, nous avons pris les indices extraits en lecture directe sur la maquette. Nous savons que ceux-ci conduisent, d’abord à une conclusion logique, et ensuite à la possibilité d’une indication précisant un emplacement du tombeau du Christ sur un territoire précis du Roussillon.
Ce moulage signifie donc que Saunière est sans doute le seul à pouvoir identifier cet emplacement avec précision et à connaître l’importance extraordinaire du contenu. Néanmoins, il faut aussi savoir que d’autres personnages, ne sachant plus le point précis, n’ignorent ni l’existence de ce secret ni ce que contient le ‘tombeau’. Pourtant, nous ne savons pas si nous devons lire les indications sur la maquette telles qu’elles sont inscrites, ou si nous devons les considérer à travers une image ou un symbolisme particulier… En fait, sans le très court texte du notaire royal Courtade, indiquant sur les terres des Périllos l'endroit d’ « un tombeau royal », nous pourrions considérer un seul élément. Ce dernier serait de conclure que Saunière avait décidé de se servir de l’événement de la Passion comme d’un écran de fumée destiné à voiler astucieusement la transmission d’un savoir capital complètement différent de celle-ci…

Bien que Courtade nous apporte une certaine confirmation, il va de soit que nous ne saurons jamais, dans tous les détails, le contenu de ce site funéraire, jusqu'à ce qu’il soit archéologiquement ouvert et fouillé. En attendant, nous avons la possibilité d’étudier tous les indices potentiels et voir s'ils nous entraînent vers une solution plausible.
Nous trouvons un cartouche avec un titre en plusieurs descriptions. Le rôle d’un cartouche est d’être un condensé bref, mais précis dans son contenu, de ce que présente le plan, ou l’objet concerné. Dans ce titre, on lit « tombeau du Christ »… et non pas « tombeau de Jésus Christ ». L’étiquette d’origine est collée et ne peut avoir été ‘faussée’. En tant que tel, l’objet délivre « tout simplement » une indication concernant l’emplacement du tombeau d'un Messie… c’est à dire de quelqu'un qui a été oint… comme un roi ou un prétendant au trône. Quoi qu’il en soit, il s’agit toujours d’un tombeau royal, et cette affirmation est involontairement confirmée par le notaire Courtade. Cependant, le court commentaire – contenu dans son inventaire – de ce notaire royal du 17e siècle ne signifie pas que ce ‘tombeau’ soit celui de Jésus Christ. Avant d’aller plus loin dans cette étude, il faudra toujours considérer que les inscriptions contenues sur la maquette sont celles décidées par un religieux parfaitement au courant des événements de la Pâques de Jésus et de son issue… qu’il s’agisse de l’abbé Saunière, d’un commanditaire ou d’un autre auteur de ce modèle. N’en déplaise à nos détracteurs habituels !
La lecture des indications peut fort bien indiquer, effectivement, un ‘tombeau’ pouvant contenir la dépouille, ou les restes « d'un personnage royal par onction ». Ce constat a de fâcheux qu’il nous emporte dangereusement près des rives de la mythologie du Prieuré de Sion… qui recherchait désespérément un « monarque perdu ». Comme nous l’avons vu dans une partie précédente de notre étude, nous pourrions également lire l'inscription comme « tombeau de l’oint » ; dans ce cas, l'endroit sacré ferait partie d'une tradition attachée à « roi couronné », peut-être en conformité avec les rites égyptiens de couronnement (vu au chapitre précédent).

Pour conclure sur ce sujet, nous devons noter que la tradition Rosicrucienne, elle aussi, fait appel à la nécessité, bien connue, de « trouver un tombeau » pour accéder au savoir. La tradition Rosicrucienne est essentiellement basée sur la découverte de Christian Rosenkreutz. Les brochures au sujet du mouvement Rosicrucien sont parues au début du XVIIe siècle, et principalement en Allemagne. Cette fraternité employait l'expression « découvrir un tombeau » pour signifier l’ouverture d’une nouvelle loge Rosicrucienne. Ainsi, quand l’abbé Saunière énonce, par le biais de son moulage, qu’il a « trouvé un tombeau », il pourrait vouloir signifier - s'il était Rosicrucien - qu'il vient de fonder une nouvelle loge Rosicrucienne. Cependant, ajoutons tout de suite qu’il n’y a aucun indice qui permettrait de dire, ou même soupçonner, que Bérenger Saunière était Rosicrucien. Il faut ajouter, également, qu'il pouvait tout à fait être à propos des traditions Rosicruciennes… et avoir employé cette expression pour donner son message à qui de droit pouvant le comprendre sur le propos de la connaissance de cet endroit spécifique.

Le royaume de Dieu

Bien que nous ne puissions pas, dans l’état actuel des choses, être certains de la nature spécifique du tombeau… ou de son occupant (potentiel), il est clair que tous les « indices » de cette affaire tombent dans la même catégorie : tous font allusion à certains tombeaux royaux, ou des tombeaux pour un « roi couronné ». Ce dernier, dans la tradition égyptienne, peut s’entendre comme un possible passage dans une autre dimension… Cet aspect s’inclurait dans la conclusion de Ramon de Périllos, revenant de son pèlerinage en Irlande, au sujet de la particularité (accès à l’autre monde) qu’il vient d’apprendre concernant son territoire. La mort, naturellement, est un passage vers un autre monde. Retenons qu'on a suspecté des organismes, tels que le Prieuré de Sion et d'autres, d'avoir employé des méthodologies synarchiques pour établir une théocratie placée au-dessus d'une Europe unie. Une telle théocratie est également présente dans la bible : c'est le « royaume de Dieu » et c’est ce que Jésus s’était attaché à instaurer. Ce n'était pas un certain « royaume spirituel », mais tout simplement l'accomplissement d'un ordre juif de toute première puissance.

Tabor, et d'autres chercheurs, arguèrent que Jésus avait rejoint « le mouvement messianique » de Jean-le-Baptiste. Ce dernier prêchait afin que tous, et chacun, se repentent de leurs péchés et soient « baptisés »… ou, plus précisément, immergés dans l'eau baptismale pour y être ‘lavés’ de leurs péchés. Ces ‘rachetés’ deviendraient ainsi les « membres de la mission ‘Way’ (en anglais) ».
Plusieurs parallèles intrigants sont à souligner ici. D'abord, ‘Way’ était le pseudonyme employé par Plantard. Ensuite, le mot ‘mission’ est bien connu dans cette affaire, y compris en ce qui concerne l’édification d’un monument à Rennes-le-Château, sous l’impulsion de l’abbé Saunière. En outre, Picknett et Prince notent que Plantard utilisait un langage figuré concernant le prieuré qui était étroitement lié avec Jean-le-Baptiste. Par exemple, il déclare que les nautoniers du Prieuré -leurs Grands Maîtres- étaient également identifiés sous le prénom ‘Jean’. Cela signifie que Plantard s'est non seulement imaginé en tant que ‘Jean’, mais également comme ‘Way’ ! Ceci rend tout à fait logique de supposer qu'il s'est, en effet, identifié à « un » Jean-le-Baptiste… et, en tant que tel, missionné à préparer la mise en place d’une ‘route’ ! Mais en ce cas… pour qui cette route ? Plutôt que croire stupidement que Plantard se voyait en dernier descendant des rois mérovingiens, peut-être faut-il imaginer qu’il préparait l’avènement de quelqu'un d'autre parfaitement habilité à tenir cette ‘royale’ place?

Un deuxième parallèle est naturellement à faire avec La Sanch. La ‘mission’ essentielle de cette archiconfrérie était celle spécifiquement voulue par son fondateur, Vincent Ferrer. Celui-ci, précisément comme Jean-le-Baptiste, exhortait tous les peuples d'Europe à se repentir de tous péchés… de sorte qu'un « nouvel âge » puisse enfin arriver.
Ferrer est souvent considéré comme un prédicateur apocalyptique, en raison du fait qu’il ait prêché la fin des temps. Cette vision devrait, surtout, être perçue comme « une » fin, et non comme « la » fin des temps… car il clamait : « avouez vos péchés, car le royaume de Dieu est près, et le jugement est actuel ». Comme Jean et Jésus, il espérait que l’arrivée d’un monde sans péché soit imminente et marque l'arrivée du « royaume de Dieu ». Ajoutons qu’il s’agit là, plus ou moins, d'une théocratie, dans laquelle l’humanité serait ‘régentée’ selon des principes divins, venant de Dieu, plutôt que d'une douteuse succession de politiciens ou de juges.
Plaçons ceci à l’époque de Jésus : Dieu a promis à David que son ‘trône’ durerait pour l’éternité et que seulement ceux de sa ‘descendance’ pourraient l'occuper pour régner sur les nations d'Israël. Cette promesse a été vue comme un engagement éternel que rien ne pourrait jamais dévier ou changer… exactement comme les conditions ‘administratives’ retenues par le notaire Courtade concernant le lieu du ‘tombeau’ sur le domaine des Périllos! Pour beaucoup de croyants et de disciples, on voit que ce principe sacré reste le coeur de la religion juive… mais aussi celui de la ‘mission’ de Jésus. Nous pouvons seulement nous demander si, depuis les premiers siècles, d'autres ont construit sur ce langage figuré, un pouvoir fondé sur des ambitions théocratiques. Soulignons encore, sur le sujet, que plusieurs chercheurs spécialisés sur le thème du Prieuré de Sion pensent sérieusement qu'il y eut, effectivement, de telles ambitions politiques.
Nous pouvons seulement nous demander si cet ‘ordre du jour’ était simplement en activité dans les années 50 et 60, au moment où cette campagne a émergé… ou si cette ‘mission’ est encore active, ou en cours de planification ?…

Filip Coppens