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Société Périllos ©

‘JEAN XXIII’ dans l’affaire de Bérenger Saunière
(1ère partie) - L’énigme Jean 23

 

Une énigme qui commence par la fin

Saunière, soi-disant sur son lit mortuaire – selon certains ouvrages. En fait, l’illustration représente le père Jean, du monastère de Fontfroide.

C’est le 5 janvier 1917 que l’abbé Saunière signe le devis de nouveaux projets de travaux démesurés sur sa propriété. On dit, maintenant, que non seulement il est en prise à de grosses difficultés financières, mais qu’il se trouve démuni au point de se défausser de certaines valeurs fiévreusement accumulées. Aurait-il trouvé d’autres sources financières pour assurer ses nouvelles constructions dont l’ampleur est difficilement imaginable ?... sans doute puisque le projet est signé pour une somme qui aurait, dit-on, atteint les dix-huit millions d’anciens francs.
Cette manne providentielle provient-elle de ses dernières découvertes vers Périllos, d’un reliquat qu’il se décide à écouler ou d’un ‘avoir’ cédé par un commanditaire ? Nous ne le saurons sans doute jamais. Toujours est-il que la fortune semble lui sourire à nouveau. Ce sera, hélas, le sourire de la mort car, le 17 janvier, Bérenger Saunière s’effondre, frappé par une nouvelle attaque cardiaque vers sa tour Magdala. Ce grave incident lui est fatal et, malgré la science des docteurs Roché et Courrent, la médecine ne peut plus rien pour lui. Saunière s’éteint douloureusement le 22 janvier, à l’âge de 65 ans, et seul le secours de sa religion adoucit, sans doute, les derniers instants de cet homme hors du commun par qui l’énigme de Rennes-le-Château sera révélée. On imagine difficilement ces ultimes instants où l’abbé dut remémorer le fil de certains événements majeurs de sa vie qui lui permirent d’accéder à un secret, un savoir, une découverte sans doute incroyable et dangereuse dans ses manipulation et exploitation. C’est à ce pénible instant que nous arrivons discrètement.

Une terrible confession

Reconstitution de la confession de Saunière par l'abbé Rivière

C’est l’abbé Rivière, resté fidèle en amitié à Saunière aux moments de ses graves ennuis avec l’évêché, qui assiste le mourant dans ces derniers instants.
Certes, le secret de la confession ne fut jamais transgressé, aussi il est impossible – peut-être est-ce sans doute mieux ainsi – de savoir ce que Saunière confia au moment de son agonie. Gérard de Sède affirme qu’à ce moment de dernière vérité, ce qu’entend le confesseur l’aurait laissé dans un grand désarroi. Cet auteur, spécialiste en moments de forte intensité, ajoute : « quand Rivière quitta son ami, expirant, il était blême et bouleversé. Son émotion ne fut pas fugitive : il devint renfermé, taciturne, muet ; jusqu’à sa mort, on ne le vit plus jamais rire. Quel terrible secret avait-il reçu en confidence ? ». Certes, on sait que l’abbé Rivière n’est pas resté effaré aussi longtemps que le prétend de Sède. Cependant, on peut supposer que ce qu’il a entendu de Saunière, soulageant d’un coup toute sa conscience, dut au moins produire un choc compréhensible.
Par contre, ce qui transpira de ce triste moment est un curieux détail. On dit que dans un dernier souffle, Saunière aurait murmuré « Jean vingt-trois »… S’il n’y avait que Gérard de Sède pour tenir cette affirmation, nous pourrions peut-être avoir quelques craintes sur la véracité du fait. Non pas des doutes sur le fond, mais, peut-être penser qu’emporté par sa passion pour cette énigme l’auteur puisse avoir amplifié un ou deux détails. D’autres sources font mention de ces derniers mots et de toutes manières, leurs raison ou exploitation, jusque là, n’ont quasiment pas été exploitées ou développées. Nous pouvons donc approcher cet élément avec confiance puisque on le retrouve par le biais d’un des deux médecins qui assistèrent l’abbé dans ces derniers moments de vie. Ensuite, lors du décès de Saunière, on peut dire que l’affaire Rennes-le-Château n’existe pas, en tous cas telle que nous la connaissons. A ce moment, il s’agit, tout au plus, de la fin d’un épisode auquel personne ne comprit grand-chose… une sorte d’incident qui d’ailleurs pouvait être considéré clos avec la mort du principal acteur. Nous devons bien admettre également que, sans l’ouvrage de Gérard de Sède, cette énigme serait restée inconnue du public et n’aurait jamais fait autant de bruit. Cependant, il est également certain que dans quelques milieux très ‘fermés’, comme nous l’avons déjà démontré, l’affaire était suivie de très près et se poursuivait cette fois avec le plus de discrétion possible.

Un Jean 23 et des JEAN XX-III

Quant à Saunière, s’il prononce vraiment ces mots dans son dernier souffle, c’est qu’ils représentent pour lui quelque chose d’important à confier en un ultime message. En ce cas, plusieurs possibilités se présenteraient à nous, sans omettre plus simplement qu’il serait envisageable qu’un prêtre, à l’article de la mort, se tourne naturellement vers un modèle religieux qui lui reste cher à ce dernier instant. Pour les autres solutions, nettement plus ‘ciblées’, nous allons tenter d’en trouver les essentielles et surtout celles qui pourraient converger vers les attentions de Saunière ou de cette affaire.
Nous avons en premier lieu la solution la plus simple qui serait celle d’une innocente référence biblique chère à l’esprit du prêtre.
« Jean 23 » pourrait donc s’interpréter: « Evangile de Jean, chapitre 20, 3ème chapitre ». De prime abord, cette déclinaison biblique en vaut bien d’autres et inversement. Pourtant, à mieux y regarder, plusieurs éléments sont à retenir dans ce passage : « Pierre sortit donc, ainsi que l’autre disciple, et ils venaient au tombeau ». Nous retiendrons de cette phrase deux mots que nous retrouverons plus précisément à propos de Périllos : ‘Pierre’ et ‘tombeau’. Si pour le mot ‘tombeau’ il y a un lien évident, le prénom biblique Pierre prendra, comme nous le verrons prochainement, un éclairage des plus particuliers. Ce chapitre 20, des versets 1 à 9, n’est autre que la narration de la résurrection de Jésus. Il y est aussi question de Madeleine, de Jean (‘l’Autre Disciple’) et de Simon-Pierre qui s’en vont tous deux au tombeau après que Madeleine y ait constaté l’absence de la dépouille de Jésus. Madeleine se retrouve donc seule près du tombeau et aperçoit un homme, un jardinier, qui n’est autre que le christ ressuscité et qui l’appelle par son nom. Ce verset numéro trois est l’axe du chapitre où Madeleine apparaît enfin comme le plus proche personnage biblique de Jésus… pour ne pas dire le plus intime !

L’ombre et le reflet ‘SP’ sur l’énigme de RENNES

Eglise St Benoit

Mais ce n’est pas tout, car nous trouvons aussi Pierre… surtout Pierre. Oui, Pierre, prénommé aussi Simon : Simon-Pierre. Simon-Pierre… et Jean -le disciple tardif- qui, accompagnant Pierre, n’est autre que Paul. Oui, il s’agit de ce Paul qui se prénommait précédemment Saul. Ce qui nous montre les deux seuls personnages bibliques placés sous les initiales P et S… Pierre-Simon et Paul-Saul ! ‘P et S’, selon la bible… sortiraient-ils et viendraient-ils au tombeau… de Jésus ??? Il y aurait tout lieu de le croire. Mais ce ne doit pas être tout car ces lettres P et S sont présentes sur la dalle de la seconde tombe des Hautpoul, celle près du mur de l’église et de son clocher. Ces mêmes lettres seraient celles du personnage sur les tableaux de l’église, que nous avons présenté dans un chapitre, concernant l’église de St Benoît, dans l’Aude, où l’abbé Saunière se rendait pour y célébrer la messe selon ses dires. Soulignons que l’intérieur de cette église comprend des détails décoratifs rigoureusement identiques à ceux dans le sanctuaire de St Michel de Périllos… éléments que nous présenterons en détail plus tard.
Ces remarques sont pour le moins curieuses sur le plan hasard entre cet Evangile, ces personnages et le passé secret des terres de Périllos. Ces remarques nous amènent, le lecteur l’aura compris, à une autre lecture des lettres P et S pouvant être simplement les initiales de Prieuré de Sion. On imagine ce que peut représenter un tel pont entre l’écrit biblique et cette société aux origines lointaines, pourtant si présentes dans l’affaire de Rennes-le-Château et surtout celle de Bérenger Saunière. Pour ce dernier, sur ce registre, effectivement, les ‘grands nautoniers’ auraient tous pris le titre de JEAN. Si Saunière faisait mention de cette ‘filière’, il faudrait penser à celui qui était le vingt troisième du nom, l’écrivain Charles Nodier. Le problème essentiel est que ce dernier est décédé en 1844 et qu’en ce cas, notre abbé ne pourrait que faire mention d’un fait lié à ce grand maître remontant au début du 19e siècle et étroitement lié à l’affaire en référence. Pourquoi pas, puisque le début de ce siècle marque aussi la fin des troubles de la Révolution, comme par exemple ‘l’enlèvement’, pour la sauvegarder, de la croix des Haupoul dans le cimetière de Rennes. Les personnes, impliquées dans cette époque où s’apprêtent à être modifiées également certaines tombes de ce même cimetière, sont toutes liées plus ou moins avec des sociétés discrètes, secrètes ou carrément sectaires. Hasard, ou réalité potentielle ?

Les signes de l’Apocalypse de la bête et de l’ange

Cependant, à propos de St Jean, on ne le retrouve pas seulement dans les Evangiles mais aussi dans l’Apocalypse et quelques épîtres. Nous ne retiendrons que le célèbre Apocalypse et surtout le chapitre 20 ainsi que le verset 3. En principe, si le hasard était à notre rendez-vous concernant l’Evangile, il devrait s’abstenir de nous servir avantageusement par deux fois consécutives...
Cependant, afin « de ne rien négliger » nous le lirons attentivement : « Et il le jeta dans l’Abîme, qu’il ferma et scella sur lui, pour qu’il n’égare plus les nations, jusqu’à ce que fussent achevés les milles ans après cela, il doit être délié pour un peu de temps ». Rien de bien extraordinaire dans ce texte, sinon que de comprendre que celui qui fut jeté dans l’Abîme n’est autre que le démon… serpent monstrueux ou… dragon diabolique ! Cette bête faramine aurait été terrassée par un ange et par lui jetée dans un gouffre sans fond.
Observons que nous pourrions facilement superposer à cette image une autre bien moins… biblique, plus locale, folklorique (au sens noble), traditionnelle. Par exemple, nous pourrions facilement confondre l’ange avec un archange comme Saint Michel, et la bête diabolique avec une autre du nom de… Babaos ! Tous les ingrédients seraient alors rassemblés pour se superposer à l’étrange légende d’un seigneur de Périllos terrassant un monstre démoniaque qu’il trucide (là où tant d’autres seigneurs ont échoué) et précipite au fond d’un des gouffres de ses terres. N’est-ce pas cette identification représentée en une seule statue sur le maître autel de l’église St Michel de Périllos, où son saint patron (maître des sommets coniques) terrasse le démon d’un coup de lance… Mais, bien entendu, tout ceci n’est que pure coïncidence, diront nos détracteurs habituels. Il reste évidemment le temps de 1000 ans d’emprisonnement, à l’issue duquel la ‘créature’ serait réveillée … « pour un peu de temps » et qui pourrait « égarer les nations ».
Certes, à ce stade, il reste une question embarrassante. S’il y eut volonté de poser, sur un remarquable récit biblique, celui de faits ‘calqués’ sur le lointain passé secret du site de Périllos, ce qui fut précipité dans ‘l’Abîme’ est-il une incroyable créature… ou ce que nous schématiserions sous l’apparence d’un dépôt ? Derrière cette image globale, il peut s’agir peut-être d’un objet, un document, un fait, un être d’une telle exception que sa remise à jour soit capable « d’égarer les nations », et en ce cas, son importance serait fabuleuse ! Quant à ce délai de mille ans, il doit correspondre à une réalité ou à une autre image liée à une durée. Serait-ce le ‘moment’ où un orifice doit être descellé ?... ouvert ?... puis refermé ?
Dans cette optique, il s’agit d’un récit écrit par un personnage, Jean, vivant il y a près de 2000 ans, et de lui superposer un autre temps limitant un espace entre la mise en place d’un… dépôt et son ouverture pour peu de temps. Soit l’événement se produit dix siècles après l’écrit biblique, soit il se produit plus tard et recule d’autant la date d’ouverture !

Les dangers d’un dernier chapitre

Nous aurions encore, en forme d’ultime possibilité, la perspective d’un écrit de ‘Jean’ qui comporterait au moins 23 chapitres ou 23 parties bien spécifiques. En la matière, ce genre d’ouvrage n’existe pas. L’Apocalypse ne dispose que de 22 chapitres. Ce nombre a-t-il été repris bien plus tard comme verrou symbole pour limiter, par exemple, les arcanes du jeu de Tarot et la liste des grands maîtres de l’Ordre du Temple ? Nous n’en avons aucune certitude mais la remarque mérite d’être soulignée. Pourtant, Jean donne un avertissement terrible à propos d’un dernier chapitre ajouté qui, de fait, porterait le numéro 23 : « Je proteste à quiconque entend les paroles de la prophétie de ce livre : si quelqu’un y ajoute, Dieu fera tomber sur lui les plaies qui sont décrites dans ce livre » (extrait de La Sainte Bible, version d’Ostervald révisée – Paris 1885).
Il est vrai que cette ‘prophétie’ a de quoi décourager les plus audacieux qui se trouveraient directement châtiés, par Dieu lui-même, avec sept plaies terrifiantes que certains ont voulu voir comme la description d’un itinéraire permettant d’aller « délier » ce secret « pour un peu de temps » : « Ces sept plaies pourraient être en fait, sous forme symbolique, les étapes d’un parcours. Interprétation donnée sous toute réserve et uniquement à titre d’hypothèse récréative : Un trou (ulcère) difficile à franchir - près d’un ruisseau dont l’eau est couleur de sang - on passe du soleil aux ténèbres – suivre le cours desséché d’un fleuve - attention aux éboulements. Aucune localisation géographique n’est vraiment précisée. La notion ‘couleur de sang’ peut aussi désigner une coloration rouge ou ‘rousse’ » (Lumières nouvelles sur Rennes-le-Château).
Il est évident que ces possibilités brièvement survolées ne font état que d’interprétations axées sur un écrit de St Jean donné comme dernier indice par l’abbé Saunière à sa mort. Il doit forcément y en avoir d’autres que nous n’exploitons pas ici et que le lecteur attentif aura soin de retrouver.

Le pape JEAN XXIII est-il le bon numéro ?

Puisque nous sommes dans le domaine religieux, nous allons y rester encore au moment où Saunière rend son dernier souffle. Si effectivement l’ultime pensée du prêtre est présentée sous une image religieuse illustrée par « Jean 23 », il nous reste une autre solution non négligeable, car la plus haute dans la hiérarchie de l’Eglise, celle d’un pape du nom de Jean XXIII.
Avant de prendre ce nom papal, il s’appelle Angelo Roncalli. Il s’agit d’un homme remarquable, au parcours des plus intrigants, que nous allons seulement effleurer, mais qui mériterait beaucoup plus qu’un chapitre à lui seul dans cette affaire. Angelo naît le 25 novembre 1881 (la même année que Teilhard de Chardin) et décède le 3 juin 1963. Concernant l’instant de la mort de l’abbé Saunière à Rennes-le-Château le 22 janvier 1917, Angelo, ordonné prêtre depuis 1904, se trouve à Bergame, encore bien loin de se douter – à moins que ???… – que plus tard, le 4 novembre 1958, il sera élevé à la plus haute charge de l’Eglise, sous le nom, qu’il choisit, de JEAN XXIII.
Saunière a-t-il anticipé, dans les affres de l’agonie, un événement ?... ou, pire encore, était-il à propos de ce qu’il pourrait advenir 40 ans plus tard ? Bien entendu, cette idée peut prêter à sourire, sauf en ce qui concerne précisément Angelo Roncalli qui semble bien avoir été ‘piloté’ jusqu’à un point programmé de longue date…

Initiation ésotérique pour un futur pape

En 1908, il est tout d’abord secrétaire de Mgr Radini Tedeschi. Il se rend en terre Sainte pour, explique t-il, « y étudier la géographie des Lieux Saints ». Cette remarque prendra pour nous, plus tard, un éclairage des plus particuliers car ensuite il affirme aller « étudier les écritures » en Suisse, en Allemagne et en Autriche. Nous ne douterons pas qu’il soit aisé dans ces trois pays de pratiquer ‘l’étude des écritures’… cependant on pouvait s’attendre, pour la pratique des ‘écritures’ saintes, à une recherche plus précisément près des sites de… la géographie des Lieux Saints où la langue est encore assez proche des origines et où se trouvent de nombreuses ‘écoles’ particulièrement désignées pour y « étudier les écritures ». A moins, bien entendu, que se trouvent des registres écrits très particuliers en Suisse, Allemagne et Autriche. En l’occurrence, nous n’en doutons pas un seul instant ! Cependant, ces deux tâches que le religieux se donne (ou qu’on lui recommande ou impose) ont de quoi surprendre par le fait qu’elles entrent tout à fait dans l’affaire liant Périllos au secret de Rennes-le-Château, via de trop nombreux détails. Pourtant, jusque là, nous abonderons dans le sens de nos détracteurs en alourdissant le fardeau du hasard déjà passablement sollicité…
Ensuite, notre surprise ira grandissante en voyant qu’en 1931 « Angelo Roncalli voyage inlassablement. Il aura à vaincre la méfiance des gouvernements locaux mais aussi les obstacles que le Vatican met sur son chemin – rappel à l’ordre, avertissements. Quatre ans durant, il visitera les communautés les plus lointaines, organisera des rencontres secrètes, créera un réseau important de sympathies et d’amitiés qui ouvriront à l’Eglise catholique un monde qui semblait perdu pour elle ». A la lecture de tels propos (Pier Carpi) on peut se demander de quel registre sont les avertissements, rappels à l’ordre du Vatican dans cette mission, somme toute plutôt louable que répréhensible, et surtout ce qu’il faut entendre par « rencontres secrètes »… Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises !

Avalanche de faits insolites pour l’avènement d’un pape

Charles de Gaulle

Nous sommes à présent en 1944 lorsque « voilà Angello Roncali nommé nonce apostolique en France, pour une mission des plus difficiles /…/ Il devint l’ami de ministres francs-maçons /…/ De Gaulle lui témoigne la plus grande admiration. Après la mort de Pie II, au moment du conclave, le général, qui entre-temps est revenu au pouvoir, rappellera spécialement l’ambassadeur de France auprès du Saint-Siège pour lui demander d’agir au mieux en faveur de Roncalli. Le futur Jean XXIII n’a jamais su cela ». Là encore, il y a lieu de nous poser d’autres questions à propos de ces contacts avec la Maçonnerie et aussi sur le fait que Charles de Gaulle soit intervenu personnellement à un tel si haut niveau et, de plus, sans que l’intéressé ne puisse le savoir. Ajoutons qu’à ce moment il lance des contacts avec les hongrois et surtout avec les arméniens au point qu’il rencontre leur métropolite. En France, il reçoit tous les milieux, même les plus anticléricaux, à sa table, et s’affiche avec le prince de Bourbon, ultime descendant des Bourbon - Naundorff. Certes, on peut frileusement supposer la mise en place d’un tissu diplomatique ou relationnel, mais ce serait sans compter avec la personnalité de cet homme direct et ouvert qui ne semble pas avoir besoin d’une telle arrière garde dans ses perspectives. Il est lié à un tel point avec la plus haute instance de la France qu’il recevra sa barrette de cardinal (selon l’usage antique) des mains même du président de la République, Vincent Auriol, qu’il fait baptiser trois jours avant la cérémonie… il y a là de quoi rêver.
S’il y a là effectivement de quoi rêver… il y a surtout à se demander ce qui put provoquer une telle avalanche de faits surprenants pratiquement toujours couronnés de succès.
Nous avons une réponse à cette question et elle vient de Jacques Duchaussoy qui écrit, en 1981, cette révélation des plus surprenantes pour expliquer le phénomène Roncalli : « Pour le comprendre nous devons le retrouver à l’époque où il est délégué apostolique en Turquie et faire état des révélations que des membres élevés de la Fraternité ont fait à Pier Carpi pour qu’il révèle au monde une partie de la Vérité, la seule capable d’être assimilée sans danger par l’humanité actuelle. Et pourtant, ce que cet auteur condense dans son livre ‘Les Prophéties du pape Jean XXIII’ a dû provoquer en haut lieu des réactions terrifiantes ou terrifiées car dans la semaine qui suivit la parution en français du livre, celui-ci disparut de chez tous les libraires et l’éditeur répondit « épuisé ». Mais le plus intrigant est qu’en 1935, lorsqu’il se trouve en Turquie, Angelo Roncalli « qui semblait mûr pour servir fut contacté par un vieillard envoyé par une des plus importantes loges de la Fraternité ». Pier Carpi raconte encore qu’Angelo aurait été conduit dans ‘un temple secret’ où il aurait subi ce qu’il décrit comme ‘les initiations majeures’. A la suite de ce rituel secret, il obtint le statut de maître et son nom mystique d’adepte : Johannes. Ce serait depuis ce critère qu’Angelo Roncalli aurait porté son choix de nom papal sur Jean XXIII, et aussi sans doute en raison d’un autre pape en Avignon qui, lui, eut pour conseiller un Ramon de Périllos ! A ce propos, et celui de la région du sud, on est toutefois étonné de voir encore Pier Carpi affirmer que le rituel appliqué au futur pape « rappelle curieusement par certains détails la cérémonie d’initiation décrite par Spencer Lewis dans un centre initiatique Languedocien » !... Que penser de ce commentaire dans le contexte qui nous concerne, et d’où peut venir une telle information en rapport avec le Languedoc?
Enfin, avant de quitter Angelo Roncalli, que nous rejoignons au moment de parler de ses fameuses ‘prophéties’, signalons qu’on trouve trace de son passage en plusieurs fois dans la région lyonnaise, où il rencontre des membres d’une société religieuse discrète, pourtant bien connue de certains milieux en quête d’éléments justement proches du prénom de ce cardinal remarqué. Nous ne pouvons passer également sous silence qu’il se soit rendu dans trois paroisses… du Massif du Pilat et qu’il y reçut un accueil des plus chaleureux.

Angelo (le bien nommé), Johannes et Jean XXIII

Le 4 novembre 1958, Angelo Roncalli devient le Pape Jean XXIII. Vingt jours plus tard, il nomme… vingt-trois cardinaux ! Le choix de ce nom viendrait d’abord d’un hommage à l’Evangéliste et au Baptiste, mais aussi pour ‘exorciser’ le fait qu’un autre pape de ce nom soit devenu ensuite un anti-pape. On dit aussi qu’il aurait tenu au nom Jean en raison de celui qu’il reçut lors de ses ‘initiations majeures’ à l’issue desquelles « il obtint le statut de maître et son nom mystique d’adepte : Johannes ».
Mais ce qui reste le plus surprenant dans cet événement est le fait que ce pape ait été impliqué dans une initiation de 1935, en Turquie, qui n’aurait pas vraiment grand-chose de… catholique, au sein d’une ‘fraternité’ qui, non plus, n’a rien d’étroitement lié à l’Eglise. Il est difficile ici de parler d’un ‘pêché de jeunesse’ car ce rite initiatique ne s’est pas fait innocemment mais en toute connaissance de cause. De fait, il nous semble impossible également que ces épisodes soient restés inconnus du milieu religieux et des services internes du Vatican.
Faudrait-il admettre, en ce cas, que personne n’ait émis d’objections sur ces… détails, ou pire encore, qu’on ait obligé l’oubli à ceux qui pouvaient ‘savoir’… ou trouvé le moyen d’imposer le silence et, si oui, avec quel moyen de pression ? Nous ne dirons pas qu’on a ‘imposé’ Angelo Roncalli pour qu’il puisse être élu, mais nous proposerons l’hypothèse qu’il fallait à tous prix qu’il accède au plus haut de l’Eglise catholique. Cependant, il est plus difficile de savoir pourquoi… Aussi, et hélas, nous serons réduits à de simples suppositions. Parmi ces dernières, nous retiendrons, par exemple, qu’il fallait impérativement que ‘certaines’ vérités prophétiques, pour être crédibles et reconnues, passent sous le titre de ‘Prophéties de Jean XXIII’. Pourquoi pas, puisque rien ne prouva jamais qu’il soit vraiment le véritable auteur de ces textes, remarquables au demeurant.
C’est ainsi qu’on pouvait, de ce point, rendre acceptable un important élément : que les prophéties du pape préviennent que la fin de Rome ait lieu « il y a vingt siècles plus l’âge du sauveur ». Cette affirmation rejoindrait ainsi une autre prophétie bien connue, celle de Saint Malachie qui annonce l’anéantissement de Rome en même temps que le Jugement Dernier pour 2032 de notre ère. Par ce jeu des deux prophéties elles s’authentifient mutuellement. Ajoutons que l’Eglise et ses hautes instances n’ont jamais interdit ou condamné les prophéties des deux… hommes de Dieu.

Le silence des divinations religieuses

Un étrange silence entoure ces ‘divinations religieuses’ et, à chaque conclave, tout est fait pour les laisser poursuivre leur destin, et entrer sans à-coups dans la légende de l’Eglise. Ainsi, depuis fort longtemps les cent onze prévisions de Saint Malachie sont considérées comme tangibles, même et surtout par l’Eglise, et c’est dire si l’élément qu’elles véhiculent est pris au sérieux. Car, comme l’écrit si justement Jean-Luc Maxence dans son formidable ‘Les secrets de la prophétie de saint Malachie’ (éditions Dervy), « si la prophétie des papes a ‘tenu’ durant plusieurs siècles, c’est qu’elle n’est jamais apparue à qui voulait vraiment l’analyser comme une série d’incohérences. La logique des devises 106, Pastor angelicus, et 107, Pastoret naut, le démontre bien. Sans prophète ni prophéties, l’Eglise n’aurait aucun sens ».
Le problème, en ce qui concerne les prophéties et la religion, reste que nous approchons du moment où il ne doit plus y avoir de pape… du moins l’échéance du dernier ne serait plus très loin. Ceci signifie qu’il doit se produire un événement d’une telle force qu’il soit capable de bouleverser l’ordre des fondements même de l’Eglise !
Pourtant, si les prophéties annoncent la fin des papes, elles ne précisent pas les raisons, les causes, ni qu’elles soient la suite d’une catastrophe naturelle mondiale ou d’un bouleversement sociale, populaire ou… les conséquences d’une révélation religieuse sans précédent et irréversible qui mettrait un pape dans une situation difficile, voire simplement intenable. Dans cette éventualité, ce serait la fin des papes ‘traditionnels’ et l’ouverture d’une nouvelle religion avec une nouvelle série de ‘Nautoniers de Pierre’ d’un autre ordre… si on peut dire ainsi.
Ces événements nous montreraient-ils des parallèles entre la « prophétie des papes de saint Malachie » et l’Apocalypse de Jean ? Pourtant, à première vue, il s’agit de deux choses différentes. La première ne serait qu’un sommaire tableau synoptique dont seule la conclusion concerne les temps d’aujourd’hui, et le second une immense fresque. Pourtant, à mieux y regarder, il y a une corrélation indiscutable. Les deux éléments concluent à la destruction de Rome, donc celle de l’Eglise Romaine sur fond de jugement dernier… peut-être prophétisé par Pie XII déclarant en 1947 : « Il faut que les hommes se préparent à affronter des épreuves comme l’humanité n’en a jamais connues ». Ces épreuves ne signifient-elles pas la même chose que les nombreuses ‘tribulations’ prophétiques ? A ce propos, et pour revenir à Jean XXIII, n’oublions pas que la troisième partie du fameux ‘Secret de Fatima’, devant être donnée à la connaissance de tous en 1960, est restée dans l’ombre du pape. C’est précisément Jean XXIII qui, au lieu de la divulgation promise, choisit de la repousser à 1980 en réunissant le concile. Ce pape aux péripéties multiples semblait avoir d’excellentes raisons de dissimuler ce secret de Fatima. Ces motifs, peut-être les connaissait-il de longue date, et sa fonction lui permettaient-ils de repousser une échéance ou d’en donner le moment et la cause… qu’il avait fixés énigmatiquement dans sa dernière propre prophétie que nous retrouverons à la fin de notre chapitre suivant. Jean XXIII, Angelo Roncalli au moment de la composition de ses prophéties, semble à cet instant parfaitement inscrire ses ‘visions’ dans le droit fil de leur définitions puisque selon Michel Gorgeu, Parisien des P.P. Minimes (en 1656) « LA PROPHETIE est une inspiration, ou une révélation de Dieu, laquelle prédit ou annonce les événements des choses naturellement inconnues (quant à la manière pour le moins) aux hommes ou aux Anges ; avec tant de vérité & assurance, qu’il ne peut y avoir aucune fausseté, ni mesme (si la prédiction est absoluë,& d’une chose invariable) s’y rencontrer changement quelconque…//…Et cela est un don gratuit, qui de soy ne sanctifie pas la personne, à laquelle il est concedé, mais qui sert à la sanctification de ceux ausquels Dieu envoye ses Prophètes & qui témoigne aussi souvent la sainteté de ces envoyez. Don qui consiste principalement en la vision ou en la connoissance des choses, que l’on ne peut ordinairement connoistre, au moins en al matière, en laquelle elles font pour lors découvertes de Dieu à sa créature & qui contient encore l’énonciation extérieure des mesmes choses déclarées à l’intérieur : mais en seconde considération seulement laquelle n’est pas si essentielle à la Prophétie, que la vision intime. »…

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André Douzet