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Société Périllos ©

Perillos, lis-le aux trente cercles œil

 

« Il faut toute l’éclatante lumière de la vérité pour rendre à
ces événements la marque d’une réalité, somme toute assez simple »
Maurice Leblanc

Introduction

« Périllos, lis-le aux 30 cercles œil ». Les lecteurs de Maurice Leblanc auront bien sûr retrouvé là la démarque d’un titre de leur auteur favori, « l’île aux trente cercueils », démarque qui se veut à la manière de Raymond Roussel qui dévoile (si peu) sa méthode dans « Comment j’ai écrit certains de mes livres ».
Oui, effectivement, Périllos doit être lu, décrypté, comme le fait si bien ce monsieur Douzet que je n’ai pas le plaisir de connaître, ou seulement à travers ses écrits, si intéressants. Si intéressants soient-ils, ils ne vont pas assez loin, car il faut savoir jusqu’où aller trop loin, toujours… C’est ce que je vais m’efforcer de faire ci-après. Remarquons que André Douzet utilise à plein pot sa chère langue oiselée puisque son adresse Internet : ‘delbaeth’, n’est autre que l’anagramme du latin ‘dealbate’ qui signifie ‘blanchir’ ; or, suivant les phylactères, « il faut blanchir Latone et déchirer ses livres ». Gageons que monsieur Douzet travaille activement à la deuxième partie de cette injonction. A moins qu’il ne préfère être enterré avec sa bibliothèque, ce qui est une autre histoire, comme nous le verrons plus bas.
Décryptons tout d’abord le titre que j’ai choisi (choisi ? croyez-vous ?). Périllos est, notez-le bien, pour un temps, pour un temps seulement, un Centre. M. Chalandon, dont j’ai écouté la conférence il y a quelques années, y voyait le futur Pôle Nord du prochain cycle, cet invariable milieu autour duquel la rotation des pôles allait s’effectuer selon la prophétie de Maître Philippe de Lyon et les délires contrôlés de Salvador Dali. Je n’irai pas aussi loin, et je penserai simplement à l’image du char de La Rose Croix monté sur des roues et qui, sans cesse, se déplace.
Or donc, il faut déchiffrer Périllos, et qui de mieux placé qu’un collège de trente adeptes à l’œil cerclé, c’est-à-dire porteurs d’un monocle. Que nos lecteurs se reportent à la célèbre illustration des romans consacrés à la geste d’Arsène Lupin, ils y verront un gentleman à haut-de-forme qui étudie un document codé à l’aide d’un monocle. Qui dit ‘monocle’ dit œil unique, non pas celui du cyclope mais au contraire celui de l’homme qui a ouvert son troisième œil, le vrai Initié, celui qui est arrivé au faîte de la pyramide d’où il peut contempler 50 siècles peut-être mais surtout la nature entière composée des quatre éléments. Dans le roman de M. Leblanc avec ses 30 cercueils, qui est vraiment mort dans cette île de Lazares où on renaît sans modération ? Ne s’agit-il pas plutôt de cercueils de Maîtres-Maçons ?
Le roman, donc, comporte 30 cercueils bien sûr, mais également quatre femmes crucifiées. En fait, trois crucifiées plus une attachée contre un tronc mal ébranché. Trois crucifiés comme au mont des Oliviers… suivez mon regard vers un tout petit coin des Pyrénées-Orientales…Trois femmes liées à la Croix, de qui peut-il bien s’agir ? Des trois Maries, les Saintes Maries. Quant à la quatrième, dans la légende dorée, il s’agit de la servante Sarah, la kali, c’est-à-dire la sombre. Sombre comme la vierge noire, elle aussi, elle trouve son logis naturel sous terre, comme une truffe, le diamant noir.
Aux yeux du grand public, cette quatrième femme ne compte guère devant les trois Maries et pourtant, comme la pierre brute rejetée du chantier, elle devient pierre d’angle, clef de voûte. Les Gitans, qui ne s’y trompent pas, lui rendent un culte fervent. Dans le roman, ce personnage n’est pas crucifié mais lié au tronc d’un arbre, les bras le long de celui-ci comme pour faire corps avec lui, comme Notre-Dame du Coral fait corps avec le tronc d’arbre non équarri qui lui sert de … tronc ! Il est d’ailleurs piquant que le héros démoniaque du roman de M. Leblanc soit traité de « vieille branche » ; serait-il un « rameau ardent », ce soi-disant polonais(et pourquoi ne viendrait-il pas des Carpates, comme le Comte de Saint-Germain ?) et de sang royal. C’est un « prophète rouge » et l’on n’a jamais beaucoup insisté sur le fait que Pierre Plantard rêvait de mettre en place une monarchie « populaire » (avec l’aide de Moscou) et que le cercueil de Gérard de Sède était recouvert par le drapeau de la (peu) regrettée Union Soviétique.
Evidemment, cet avatar de Sarah dans l’île de Sarek (anagramme d’arkes ou arcas ; chacun connaît à présent ces variations sur le thème de l’arche et de l’ours) est habillé de blanc, pour qu’en miroir (car tout ici est miroir), on ne puisse songer qu’au noir qui la constitue, au noir même de cette truffe, fruit souterrain qui lui aussi est attaché à l’arbre, au chêne qui est son support. Son nom est « Véronique d’Hergemont » ; il faut lire « verre onyx du mont D’Hergé ». Messieurs Douzet et Berlier révèleront bientôt les mystères qui relient Tintin au Pilat, que les fours à verre servent aussi aux alchimistes pour leurs coctions, je veux bien le croire ! Soyons patients ! En ce qui concerne ‘R.G.’ ce sont les initiales du grand ésotériste René Guénon, appelé -d’après Jean Robin, élève de Michel Valsan- à jouer un rôle de premier plan lors de l’apocalypse, en étant avatar, si je me souviens bien, d’Henoch ou d’Elie de retour pour les temps parousiaques. Qui dit RG dit également GRG, en doublant, en miroir, la première lettre. La Kabbale, avec un K pour cette fois, étant bien entendu d’origine juive, n’utilise que les consonnes (les voyelles en hébreu sont représentées par des points) ; elle est facilement transposée avec notre alphabet, à la grande horreur des puristes évidemment. GRG constitue donc la racine d’un nom comme GaRGantua ou bien de la GoRGe d’une importance primordiale pour qui veut prononcer la « parole perdue » chère aux francs-maçons ; je reviendrai plus bas sur ce point.
Bref, le fameux collège de 30 membres ci-dessus imaginé n’aurait-il pas au dessus de lui un triumvirat ayant subi l’initiation suprême ? Plus un égrégore brochant le tout ? Leblanc en passe pour trois femmes, qui évoquent irrésistiblement les Saintes Maries liées à la Passion du Christ. J’en tiens pour ma part pour une femme et deux hommes. Le fameux ménage à trois cosmique si bien décrypté par Pierre Gripari dans « Le canon », ou encore Jean Markale dans son livre sur Chartres. Isis-Osiris-Horus, par exemple, et restons en là pour ne pas offusquer les Chrétiens s’il en reste. Les Kabbalistes ayant bien saisi le sens du Yod-Hé-Vau-Hé m’auront compris. Mais comme toujours en ésotérisme, l’un n’empêche pas l’autre et tout réductionnisme est à proscrire.

Le réductionnisme règne en maître dans la pensée de nos contemporains amateurs de « mystères », c’est une sorte de confort intellectuel que de choisir une partie seulement d’un problème pour tenter de le résoudre. Dans l’affaire de Rennes-le-Château, ce fut vraiment une aubaine lorsqu’on prit au mot Philippe de Chérisey déclarant qu’il était l’auteur des célèbres parchemins, ce qui est faux. L’ombre de Francis Blanche et le passé surréaliste de Gérard de Sède ont suffi pour qu’on décide que tout cela n’était qu’une blague plus ou moins littéraire. C’est tellement reposant pour certains d’évacuer un casse-tête potentiel, « circulez, y’a rien à voir ! » Si ce n’est pas le cas de M. Douzet qui, lui, en est plutôt friand, beaucoup sont littéralement pris de panique devant un mystère et sont prêts au mensonge pour l’oublier, l’évacuer. D’autres ‘spécialistes’ encore préfèrent éloigner les curieux pour continuer les recherches seuls, comme feu Descadeillas. Une dernière catégorie tient un certain temps et finit par craquer. N’ayant rien trouvé de valable, ils forment alors l’armée de « debunkers », personnages aigris pour qui le savoir est fermé et qui tentent d’en détourner les autres. Il y a peu, M.de Closets, du haut de sa suffisance, et au bout de quelques heures d’« enquête », déclarait sur Antenne 2 que toute l’Affaire se réduit au sempiternel « trafic de messes » ; c’est en partie vrai, mais ces gens-là sont véritablement enragés de prendre une partie pour le tout ! L’un n’empêche pas l’autre tout de même ! Cela semble inconcevable à nos contemporains que l’affaire de Rennes-le-Château implique plaisanteries, manipulations, trafic de messes, services secrets, sociétés également secrètes, prospections minières, mystères historiques et religieux et j’en passe, tout cela à cause de l’orgueil de bien des chercheurs qui sont persuadés d’avoir trouvé seuls la clé de l’énigme. Bref, je m’énerve, passons, ou plutôt, revenons à nos « bergers ».

Un autre trio infernal est ici encore de mise : dans les vieux mélos, il y avait le bon, la brute et non pas le truand mais l’héroïne. Freud n’étant pas encore né, l’héroïne en tenait pour le bon, essayant d’échapper à la brute. Chez Wagner (Freud n’étant pas encore opératif), le trio suivant : ‘Parsifal-Klingsor-Kundry’ était déjà plus élaboré. Certes, Parsifal était le bon, Klingsor, le méchant, quant à Kundry elle était plutôt ambivalente, créature déchue penchant tantôt vers l’un, tantôt vers l’autre. Ce trio est la transposition évidente des trois crucifiés : ‘Jésus-le mauvais larron-le bon larron’, ce dernier étant décliné cette fois au féminin. Qu’un psychodrame initiatique du plus haut niveau reprenne ce schème, je le subodore. Géographiquement même, tout s’éclaire grâce à M. Douzet. J’ai compris en lisant son article paru dans les « Carnets Secrets » sur le château de Quermanço. Evidemment ! « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà » comme disait Montesquieu ! Dans les Pyrénées Orientales, le château du Graal, et en Catalogne espagnole, le château du mage noir Klingsor… Où se trouve alors Kundry qui est, le lecteur l’aura deviné, le double de la pécheresse Marie Madeleine ? Eh bien, sur le faîte de la montagne des Pyrénées, regardant soit vers le Sud soit vers le Nord, et pourquoi pas vers ce fameux Coral, dont M. Douzet nous a judicieusement indiqué que ce nom était l’anagramme de l’étoile Alcor, si chère à Maurice Leblanc ?
En effet, non loin de là, un lieu dit : « la ferma mort », en catalan : la femme morte. Les connaisseurs de l’ « homme mort » de Rennes-le-Château, et autre « siège de la Mourtre » de Périllos, pourront se rendre sur place pour chercher la véritable Sainte Baume et le troisième tombeau, celui de Marie Madeleine. Ainsi placée, sur les sommets, en équilibre éternellement instable, elle peut rouler tantôt vers le nord, le Bien, l’origine, tantôt vers le sud, le mal, tel le rocher de Sisyphe. Sisyphe étant l’image du cherchant dont la voie est sans fin et qui dialectiquement avance entre les deux pôles du monde : au Nord, le Bien avec Parsifal, qui, comme on le voit n’est pas le personnage principal de cette histoire, ni le but de la Queste, mais une borne invariable et immobile : l’étoile polaire. Quant au pôle Sud, le Mal que le Baron Julius Evola nommait « la lumière du sud », pélasgique, pré-indo-européenne, pour (officiellement) la dédaigner, elle trouve sa représentation stellaire dans la Croix du Sud, emblème de l’Alpha Galates puis du Prieuré de Sion. Le personnage le plus important est, là encore, la pierre rejetée qui finit par supporter l’édifice, Kundry elle-même qui indique la voie, la voie du serpent, ondulante. Et Sisyphe est, comme je l’écris plus haut, la représentation symbolique du « Questeur » dont la voie est serpentine, luciférienne, oscillant entre le Bien et le Mal lesquels ne sont que des illusions qu’il se doit de dépasser pour se Réaliser.
Mais, me direz-vous, Sisyphe, cher à Albert Camus, est un personnage de la mythologie alors qu’avec Marie Madeleine, la Carissima, nous sommes en plein Evangile !
Certes, mais voyons de plus haut. La Pécheresse est, en effet, l’hypostase d’un principe éternel (et cultuellement mondial) qui n’a pu que s’incarner pour accompagner le Rédempteur dont elle était la parèdre. On peut penser aux couples d’Eons qui constituent une de ses « Syzygies » chères à l’enseignement du néo-cathare Jules Doinel. Ce que notre époque dégénérée ne peut traduire qu’à son bas niveau sous la forme : « Jésus a couché avec Marie Madeleine et ils ont eu un enfant ». Hasardons-nous encore un peu plus loin… ce que nos contemporains entrevoient, du fond de leur boue, n’est-t-il pas le très lointain écho d’une réalité transcendante? Un principe pour s’incarner a besoin d’une Sophia et quand leur union porte un fruit, c’est alors l’Enfant Alchimique de la Lune et du Soleil, le Rébis, le mystérieux Elie, Artiste des hermétistes. De plus, en astronomie, le terme gnostique de syzygie, couple cosmique, signifie conjonction soleil-lune !
La Carissima est donc la femme seule qui vit dans les Pyrénées. De nombreuses légendes dont on peut trouver trace dans le guide Tchou consacré à cette région font état de femmes qui vivaient maritalement avec un Ours. Elisabeth van Buren, écrivain bien connu dans la littérature de Rennes-le-Château, dans son ouvrage « Le cygne noir », reproduit un bois gravé allemand du XVe siècle représentant Marie Madeleine non pas vêtue simplement de son ample chevelure mais carrément velue comme un ours. Existait-il jadis des collèges de femmes-ours dont l’enseignement remontait au Néolithique ? Pour écrire cela, on peut se baser sur les écrits de Pierre Gordon, publiés par les éditions Arma Artis et voyager dans l’espace, jusqu’au …pôle nord ! Les Inuit, en effet, rapportent la légende d’une femme qui avait des relations adultérines avec un ours pendant que son mari était à la chasse… à l’ours. Cet ours bien particulier avait donné à sa maîtresse un enseignement qu’elle devait garder secret : l’emplacement de la tanière de la bête. Elle perdit l’amour du monstre en divulguant à son époux, chasseur malheureux, l’itinéraire (cosmique) qui menait au gîte. Nous retrouvons là le fameux trio : le mari, la femme, l’amant (ici initiateur) dont on voit qu’il vient de plus loin que le théâtre de boulevard où il a trouvé son incarnation moderne, adaptée à la bassesse de l’époque, et va infiniment plus loin.
Or donc, pour conclure (de la façon la plus hasardeuse, bien entendu, mais est-il question d’autre chose ici ?) le cherchant, le questeur gnostique, pour trouver ce qu’il cherche devra tromper le mari (le Christ) avec la « femme » de celui-ci (Marie Madeleine) pour connaître les arcanes de la voie qui mène à l’intérieur de la Terre à la recherche de l’«occultum lapidem » ou de la Truffe !!! Qui a parlé de la « résurrection du Grand Cocu » ?

Le B.A. BA des OS

« L’île aux 30 cercueils » entr’ouverts. Revenons-en au roman de Maurice Leblanc. Je vais tenter de démontrer que ce roman a pour but de raconter l’histoire du village de Périllos et de montrer l’intérêt énorme qu’il présentait et représente encore aujourd’hui pour les Sociétés Secrètes qui pratiquent l’alchimie.
M. Patrick Ferté a démontré jadis, de façon remarquable, que les aventures de son héros, Arsène Lupin, situées en Normandie et en Bretagne dans la région de Rennes, étaient en fait centrées autour d’un autre Rennes, voire de deux autres : Rennes-le-Château et Rennes-les-Bains. Dans « l’île… » nous n’avons plus, bien entendu, affaire au continent mais à une bande de terre située au delà de la frontière que constitue la plage normande. Si l’on opère le transfert suivant : ‘Normandie, Bretagne’ = ‘département de l’Aude’, par delà la frontière que constituent les Corbières se trouvent les Pyrénées-Orientales = la mer pour M. Leblanc. Quiconque aura visité le village mort de Périllos ne pourra que le comparer à une île au milieu d’une désespérante mer de buissons rabougris. L’île symbolise le détachement du monde, un territoire en dehors de ses lois. On y trouve une « chapelle de Sainte Barbe, perchée dans le site le plus extravagant » (Maurice Leblanc). L’île de Leblanc est désertée, ses habitants ont fui, l’île est morte comme Périllos est mort. Ils ont fui, effrayés par des hommes venus de sous la terre, des Druides c'est-à-dire des Initiés qui sont reparus à la surface du globe. Les lecteurs des articles de M. Douzet ne peuvent plus désormais en douter, il existe une « certaine activité », pour ne pas dire une « activité certaine » sous terre, encore et toujours « sous terre » ! Le fameux transformateur électrique alimente qui ou quoi? Pour ma part, je pense que le fameux Biglotron de Pierre Dac (gaulliste et franc-maçon) qui ne sert tellement à rien qu’il doit bien finir par servir à quelque chose et ronronne dans le véritable ‘gruyère’ (il est question d’un ‘gruyère qui tue’ dans les feuilletons de ce personnage hors normes !) occitan que constitue le sous-sol de ses montagnes. Est-il sous la surveillance du SDUC comme dans son célèbre feuilleton « Bons baisers de partout » ? M. Douzet aurait tendance à nous le laisser croire lorsqu’il relate les tournants mystérieux autant que ‘gendarmesques’ que prennent les moindres activités dans le secteur. « Agence Dutreillis. Renseignements confidentiels. Discrétion » écrit Leblanc dans son roman. Certes, les agents de renseignement de notre République ne sont pas des Initiés, du moins, je le crois. Mais rien n’empêche qu’une entente ait pu s’établir entre les différents pouvoirs qui nous… protègent, et ceci à des fins d’exploitations minières d’un certain type, échange de bons procédés !
Malraux aurait pu continuer cette entente, en bon élève de René-Louis Doyon, biographe de Joséphin Péladan et membre du groupe des « Polaires » (c’est lui qui s’ennuie sur l’illustration de couverture d’un livre de Pierre Gueyraud) et en supposant qu’elle ait été préexistante et s’y intéresser de près comme il s’est intéressé au Verdon d’Alfred Weysen. Les raisons d’une aussi belle curiosité? On peut même nommer l’absence de cette formation universitaire « formatage » tant elle rétrécit les cerveaux.
L’auteur de « Lazare » ne pouvait que traîner ses guêtres dans cette région où, dans le roman-miroir de Leblanc, les hommes morts ressuscitent. Et si résurrection il y a, c’est grâce à la « Pierre dieu », roche encastrée dans le plafond d’une salle souterraine et surplombant deux autres pierres sacrées dont la plus inférieure servait jadis aux sacrifices sanglants. La salle est éclairée de façon admirable et l’on ne peut que se souvenir de la théorie manichéenne qui veut que la lumière du « dieu bon » soit enfermée dans l’obscure matière du « mauvais démiurge ». Et comme une belle endormie de contes de fées, elle doit être éveillée, sortir de son tombeau pour rejoindre la lumière du Plérome. Ce trésor architectural est gardé par un simili vieux druide qui manie à merveille la « langue verte » ; c’est lui l’auteur du « vieille branche » ; il est armé d’une hache gravée d’un swastika. C’est donc le maître de la foudre, véritable « feu du ciel » que la hache symbolise, et même du « feu de roue » cher aux alchimistes, la croix gammée est en effet un ensemble de quatre « gammas » autrement dit, quatre haches tournoyantes (tiens ? Comme pour le rébus de « La comtesse de Cagliostro » du même Leblanc). Le personnage, si bien maître du feu du ciel que les… coups de feu ne l’atteignent pas. Ce druide est en réalité Arsène Lupin lui-même qui se présente sous le pseudonyme espagnol de Luis Perenna qu’il faut comprendre comme « Louis le pérenne » ce qui signifie soit l’incarnation présente d’une lignée royale (Louis) soit un roi qui n’est pas assujetti aux lois humaines et bénéficiant d’une vie plus longue que la normale. Sur la pierre de sacrifice repose Véronique, nommée pour l’occasion « Velléda », dormant comme la belle au bois ce qu’elle fut auparavant en étant liée à un arbre. A propos d’arbre, précisons qu’on accède à ce souterrain en passant entre les racines d’un chêne creux ; à ce propos, je renvoie mes lecteurs avides à « L’alchimie » d’Eugène Canseliet qui traite longuement de ce sujet.

Arrêtons-nous un moment sur le problème de la résurrection, si je puis dire. Il y a deux moyens, semble-t-il, de ressusciter ; tout d’abord avoir rencontré sur sa route le Christ en ayant pris soin de préalablement décéder. Alchimiquement parlant, le Christ occupe la place du cinquième élément, alors que ses évangélistes symbolisent la Terre, l’Air, le Feu et l’Eau. Il est la Pierre vivante, le Graal personnifié. Le contact du mort même avancé dans ses processus, dixit l’Evangile, avec Celui qui est la Vie, le ramène illico dans cette vallée de larmes. Deux mille ans plus tard, un autre moyen s’offre à nous, retrouver l’état christique en partant à la Queste du Graal. Les chemins sont multiples et le Graal étant soit du « sang », soit une pierre, ou encore un écrit, les moyens de s’en rendre dignes le sont également.

Maurice Leblanc

Une fois obtenu, ce que nous allons désigner sous le vocable de « Pierre », doit être absorbé sous forme « potable », soit être stocké dans le tombeau à côté de la dépouille de son heureux obtenteur. Dans le premier cas, on obtient un Adepte tel que Eugène Canseliet a décrit Fulcanelli dans sa retraite espagnole : ayant arrêté le processus de vieillissement et d’une nature physique telle qu’il ne vaut mieux pas s’en approcher de trop près. Il invite d’ailleurs son ancien élève à ne pas le toucher, à l’instar du Christ en Corps de Gloire, après la résurrection et vis-à-vis de Marie Madeleine. Dans le deuxième cas, plus mystérieux, évoqué par M. Gineste dans son ouvrage sur Rennes-le-Château, la pierre est placée dans une sphère de bois ou d’ivoire, doublée de métal à côté d’un cadavre qui n’est pas sans évoquer un vampire de série B.
C’est ainsi qu’Edward Kelly, sombre compagnon de John Dee, le magicien de la reine Elisabeth Première, s’était procuré la fameuse poudre de projection. En passant, signalons qu’un homme voulant se faire enterrer avec ses livres souhaiterait par là, soit soustraire de la connaissance à la lumière du Monde pour l’enfermer symboliquement dans les ténèbres du mauvais dieu, soit bénéficier de la Connaissance figurée par les livres pour en faire un instrument de résurrection, étant donné que Graal=Graduale=livre. Soyons logiques : un Adepte ayant obtenu la Pierre, et se faisant enterrer avec, n’agit pas par égoïsme. Je pense qu’il souhaite que la « présence » de celle-ci agisse sur ses restes physiques afin que ceux-ci soient l’ « ancre » qui retient le vaisseau que constitue la coagulation âme+esprit formant le « corps de Gloire ». Cette coagulation a permis à l’Adepte d’échapper à la « seconde mort » si redoutée des anciens égyptiens. Il se trouve dans la situation de certaines momies égyptiennes. De même qu’un débris de la Pierre permet la transmutation de vils métaux en or, la présence de celle-ci dans un tombeau permet d’opérer la Chrysopée sur celui-ci. Nos lecteurs trouveront une belle illustration de ceci avec le roman de M. Bourre « le serpent rouge ».

Histoire de Toto

Deux excellents articles de notre confrère M. Ben Jacob ont attiré notre attention sur les implications possibles de l’Abbé Saunière, dans d’obscures affaires de rites funéraires d’origine manichéenne et sur l’omniprésence d’une croix particulière nommée Tau. L’usage qu’en faisait M. Ben Jacob était à mon avis légèrement outré puisqu’il assimilait le Tau avec l’Ankh (ou croix égyptienne) qui mériterait d’autres développements littéraires. Entre parenthèses, quelle n’a pas été ma surprise lorsque j’ai vu, en visitant la basilique de Vézelay, un prêtre prêt à célébrer l’office et qui arborait sur la poitrine la croix ansée des adorateurs d’Isis ; il me fit un grand sourire avant de disparaître !
Les lecteurs de M. Douzet auront compris que deux thèmes sont récurrents dans les résultats de ses recherches : l’Egypte et les miroirs. Or, quelle est l’image en miroir de la syllabe TAU ? C’est AUT. Et, en accolant ces deux syllabes, on obtient TAU-AUT, soit TO-OT, autrement dit, le dieu égyptien Thoth ! Dieu qui a soit l’aspect d’un ibis, soit celui d’un babouin, un singe à tête de chien, ce qui donne, en termes choisis, un « papion cynocéphale ». Ce papion est le compagnon de route du Docteur Faustroll dans le très rabelaisien récit d’Alfred Jarry : « Gestes et opinions du Docteur Faustroll, pataphysicien ». Cet animal de roman ne pousse qu’un seul cri que les lecteurs de cette revue apprécieront : « Ha-ha ». Cela peut évoquer l’AA, société secrète à propos de laquelle M. Douzet a si bien glosé, « L’Amour Absolu » roman du même Jarry ou bien les « Arcana Arcanorum » de la Franc-maçonnerie dite égyptienne, travail très secret qui permet ce que l’ésotériste anglais Aleister Crowley nommait, le « passage de l’abîme », haute expérience psychique dont les effets sont analogues à ceux produits par l’absorption de LSD : explosion de l’illusoire unité personnelle et collusion avec le grand tout. Dans la géographie corporelle, cette expérience est produite par le passage de l’Energie dans le chacra de la gorge nommé Visuddha en sanskrit.

En ce qui concerne la gorge, si j’ai des lecteurs peu attentifs, qu’ils se reportent à la fin de l’ « Introduction » ci-dessus. Pour utiliser des symboles plus familiers aux chrétiens, la montée de cette énergie serpentine et ses effets ci-dessus sommairement décrits sur la conscience ne peuvent être mieux schématisés, un petit dessin valant un discours, que par le serpent d’airain dressé par Moïse dans le désert.

Et ce, sur un tau justement. J’ai utilisé plusieurs fois l’idée de « miroir » , ne nous gênons pas, et, de même que TAU a donné UAT, l’ombre projetée sur le sol d’un tau donnera une barre horizontale surmontée d’une verticale, un pal en quelque sorte. Le pal qui était justement la torture préférée du Père UBU (autre palindrome) d’Alfred Jarry. Ce Tau inversé ressemble à s’y méprendre au marteau du dieu nordique Thor à propos duquel je ferai plus loin une digression particulière et que portaient et portent encore en pendentif les païens ou néo-païens qui se réclament de la lumière du Nord. Autre marteau également, celui de Charles Martel qui a installé sur le trône de France une dynastie qui n’est que l’ombre portée au sol, dans le bas monde matériel, d’une dynastie occulte, mérovingienne, symbolisée par le roi caché Arsène Lupin. N’opposons pas le Tau et le Pal, ce serait aussi banal qu’un paletot. De même qu’un corps sans ombre est soit un vampire soit pour une femme le signe de la stérilité (voir « La femme sans ombre » opéra de Richard Strauss), l’un ne peut aller vraiment sans l’autre. De plus, réunis, le Tau au-dessus et le Pal en dessous, on obtient la lettre I majuscule, c’est-à-dire la troisième colonne du Temple, la centrale, la colonne vertébrale, l’axe. Axe autour duquel s’enroule le S majuscule du Serpent de l’Energie, en sanskrit Kundalini. Or, qui dit S majuscule et I majuscule n’est pas très loin du « Supérieur Inconnu », grade suprême du Martinisme que portèrent, entre autres, René Guénon ou Emma Calvé. Doublé, ce S I donnera ISIS l’égyptienne.

En revenant du côté de Carcassonne, on se souvient également que Jules Doinel, fondateur de l’ « Eglise gnostique » utilisait le Tau en guise de crosse d’évêque gnostique, évêque dont le nom était précédé de « tau », par exemple, René, encore lui, était « Tau Palingénius ».
Important pour les gens coptes, Tau ! Un reportage de la cinquième chaîne nous a montré, il y a peu, un reportage sur la religion copte en Egypte : la crosse de leurs évêques est un tau ; de plus, ils prétendent, comme d’autres, détenir le Graal. Ce Graal est gardé jour et nuit par un moine solitaire dont c’est la seule fonction et qui n’a aucun contact avec l’extérieur. L’Egypte est proche du Désert où, dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, les fameux « Pères de l’Eglise » méditaient et professaient un christianisme primitif et, peut-on le dire ? « Authentique », comme celui de Saint Antoine le saint, au cochon bien connu des visiteurs de l’église de Rennes-le-Château et qui est à l’origine de l’Ordre des Antonins… Ordre sur lequel il sera utile de revenir.

Toto