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Société Périllos ©

Albezuno d’Occitanie

 

C’est toujours avec un plaisir renouvelé que nous lisons les ouvrages de notre ami Georges Kiess. Mais le plaisir en est encore accru lorsqu’il s’agit de ses travaux sur l’Ordre du Temple et le Razès.
Sur le terrain de ‘chasse aux mystères’ des deux Rennes, la présence énigmatique de l’Ordre se rencontre quasiment dans la moindre zone d’ombre de ce pays au passé aussi violent que fabuleux. Une interminable galerie de portraits, paysages, faits et personnages se déroule au gré des passions, des errances et des méandres du passé. Il est donc quasiment naturel que surgisse çà et là la marque du Temple et de ses fiers représentants dans ces énigmatiques contrées.
Cependant, ces sujets sont souvent auréolés d’exagérations effrénées, au point qu’il est hélas tout aussi fréquent de s’égarer sur des pistes aussi superbes que fausses. L’amplification débridée de ces ‘légendes’ arrive parfois à de tels paroxysmes qu’il suffit d’écouter pour comprendre que, malgré nos secrets espoirs, il n’y a rien ou si peu de tangible dans de tels récits. Certes, le Temple eut son mot à dire, ou à écrire, dans cette région ; cependant, ses signatures restent chaque fois bien perceptibles historiquement… et archéologiquement attestées. Pourtant, l’hypothèse d’une présence templière peut aussi se concevoir dans l’autre sens, à savoir par exemple une possession là où on ne l’y attend pas. Si à Rennes même le doute persiste en plusieurs points, il n’est toujours pas possible d’affirmer ou infirmer l’hypothèse. En d’autres endroits, le doute n’est pas permis, comme à Serres par exemple où d’étranges peintures ont été retrouvées sous le badigeon (voir notre chapitre sur ce sujet). Et il en est ainsi qu’au moment où une découverte templière est faite, cette dernière obscurcit le problème en lieu et place de l’éclaircir. Cet aspect est souligné à N.D. de Marceille, ayant appartenu à l’Ordre à plus des deux tiers sans que, malheureusement, rien d’autre d’immédiatement visible n’en reste (bornes, construction, calvaire, peinture, inscription, etc…). Une certitude documentaire ajoutée à une absence de vestiges sur le terrain donnent souvent naissance à toutes les débrides possibles, imaginables, voire inimaginables… Sans doute la vérité est-elle ailleurs, plus simple ou effarante.
Une immersion dans ce monde d’un autre temps, mais de notre Histoire, n’est jamais gratuite, et rares sont les chercheurs qui en ressortent indemnes de tous rêves, fantasmes ou incroyables réalités. Le pire nous attend lorsque les autorités, dont on se demande parfois si la fonction n’est pas l’exercice des mensonges et dissimulations voire les falsifications, ne s’évertuent pas à brouiller les cartes en niant l’évidence. Le plus bel exemple en la matière est celui de Montsaunès où on assiste à une sorte de braderie hissée à grands cris de « tout doit disparaître, on solde la mémoire usagée de l’Ordre ! ». A mieux y réfléchir, n’y aurait-il pas, à nos plus grands regrets, le même scénario dans les replis secrets et oubliés du vieux Razès ?
En ces moments où son envie d’explorer le temps templier est fortement perturbée de doutes profonds, le chercheur doit trouver un guide suffisamment cultivé en la matière et assez ‘froid’ et honnête pour ne délivrer que les pistes justes et accessibles… Dans cette optique existe précisément le guide qu’il nous faut, sous les traits de notre ami Georges Kiess dont le savoir et l’honnêteté culturelle ne font plus de doute en la matière. Les qualités de notre ami, dont l’intégrité n’est plus à démontrer, l’ont souvent conduit aux confins du doute à poursuivre sa mission. Combien de fois son intransigeance à ne pas céder au chantage, aux pressions politiques et culturelles, au chant des sirènes pourries, a conduit Georges à céder le pas ou à se trouver à la veille de tout abandonner ! Fort heureusement, notre homme est de la trempe de ceux qui, pour leur idéal, ne plièrent jamais devant la fourberie, l’ambition et la cruauté. A l’image d’un phénix templier renaissant chaque fois de ses cendres, il ressurgit plus fort que jamais, armé d’un sourire et d’un humour bien plus redoutables qu’une masse d’arme ou une épée.

C’est donc naturellement à lui que nous faisons appel cette fois pour nous guider et nous éclairer sur une des énigmes templières les plus intrigantes de ce secteur, celle du Bézu ! Nous voici, une fois le nom lâché comme un fauve dans une arène (ou une « à Rennes »), au plus profond d’une histoire bien difficile à démêler. Le Bézu, dont le nom illustre à présent un des personnages du roman ‘Da Vinci Code’… est sans doute le dernier retranchement de l’ombre du Temple. Et combien sont-ils de centaines à s’être laissé embarquer dans le ratissage du lieu au moment où l’ombre le disputa à la lumière… Combien sont-ils à s’être laissé bercer de la légende de la cloche d’argent des Templiers qui tinterait sourdement au fond d’un puits perdu aux tréfonds d’obscurs récits… Combien sont-ils à s’être laissé prendre au mirage fantomatique d’une poignée d’ombres remontant en gémissant jusqu’aux ruines depuis un lieu à l’orthographe galvaudée sentant bon le Templier ou… « le Tiplié »… Combien sont-ils à s’être laissé hypnotiser au bruit de pièces d’or « plus riches que celles de roi » écoulant leur lueur perfide et vénéneuse à leurs yeux enfiévrés… Combien sont-ils à s’être laissé, très volontairement d’ailleurs, entraîner à faire leurs les termes « boire et manger comme un Templier » en guise d’honneur à la mémoire de l’Ordre… devenu un crachat à cet instant. Combien sont-ils à s’être laissé aller à l’ivresse, non pas du savoir mais celle des alcools répandus à outrance sur l’ombre des Templiers sur fond d’odeur de fagots… ne servant qu’à griller quelques saucisses… Combien sont-ils à n’avoir pas senti que l’odeur, qu’ils croyaient être celle du gras de porc calciné, n’était en vérité que celle de chair d’hommes martyrisés pour l’amour de Dieu par notre Très Sainte Mère l’Eglise ?... Combien sont-ils à n’avoir pas senti que le goût, de ce qu’ils croyaient être le pinard local, n’était que celui de la coupe bue jusqu’à la lie par des hommes n’ayant jamais cédé le pas face à l’ignominie, au prix d’une mort épouvantable… Combien sont-ils à ne pas entendre que la cloche qui tinte sinistrement au fond d’un puits est celle annonçant bientôt le lever du voile de la vérité en lieu et place de la chute du rideau glauque sur la cupidité humaine… Combien seront-ils ceux qui accepteront la réalité des faits, souvent bien plus belle que celle de fantasmes dépassés et creux ? Ces derniers seront ceux qui voudront bien comprendre que la réalité, comme le confirme la sagesse populaire, est bien plus belle que la fiction.
Cette réalité commence au moment où nos pas emboîtent ceux de Georges Kiess qui passa des années, souvent sous les quolibets, à arpenter les replis de l’Histoire sur ce site du Bézu… Voici qu’aujourd’hui précisément les pas de notre ami sonnent plus clairs que jamais avec l’arrivée attendue de son dernier dossier sur le sujet du Bézu : ‘ALBEZUNO d’OCCITANIE’.

Certes, l’exercice est difficile et périlleux car il entraînera de houleuses controverses, n’en doutons pas ! En attendant, notre auteur fait son travail du mieux possible et assène ses documents comme des cartes d’atouts maîtres. Présenter ce dossier reviendrait à l’inclure entièrement ici, ce que nous ne pouvons faire, faute de place. Aussi, nous nous résignons à quelques extraits, mais surtout à dire que ce travail mettra de nombreuses pendules à l’heure !
On y retrouve tout d’abord une succession de constats historiques incontestables. Tout commence ici avec l’arrivée d’un certain Guillaume de Niort, en une belle fin d’été de l’an 1209, sur fond de paysage des Corbières et du Razès. Le récit nous rappelle de nombreux lieux émaillant cette énigme comme autant d’escarboucles… parfois couleur de sang : Montazellis, Peyrollan, Blanca-Forti, Mont-Ferrando, Constantiano, Reddas, Via Lassa et enfin Albezuno… Nous aurons vite compris que ces vieux noms sont extrêmement familiers dans l’énigme de Rennes. A ce stade, notre guide nous résume la force du lieu et surtout de ses défenses, usant de chaque détail de terrain apte à se transformer en autant de redoutes, mâchicoulis et barbacanes redoutées. Cependant, on se laisse prendre à rêver d’images lorsque Georges écrit qu’ « Albezuno veillait. Sa masse blanche, près des nuées, dans le voisinage des Dieux, silencieuse et pleine de majesté, voguait semblable à un vaisseau spatial en route vers les cieux »… Qu’ajouter de plus ?
Suit ensuite l’explication minutieuse des systèmes de l’époque permettant une communication entre points fortifiés à l’aide de signaux de fumées et de feux disposés au long des forteresses alliées. Ainsi est relayé le message de détresse de place en place, depuis le Bézu (la Perle Blanche) jusqu’aux forts capables d’envoyer une rescousse aux assiégés. Ces explications permettent de situer également, dans cette histoire, les sites bien connus de Arques, Puy-Vert, Las Brougos (ayant appartenu aux Templiers), Couiza et des hameaux perdus dont nous retiendrons surtout celui de Sauzilis. Depuis ce dernier lieu, notre pilote nous conduit : « en suivant les voies d’antan, vous y découvrirez, dans les bois profonds, les ruines d’un vieux château, lequel de nos jours se trouve totalement oublié de la mémoire collective »… Nous préférons laisser intacts, pour nos lecteurs, le plaisir et l’émotion de la découverte et du nom de ce lieu ayant sombré dans l’obscurité… Mais à mieux y réfléchir, cette ombre ne préserve-t-elle pas le vestige de la destruction et de la stupidité humaine ?
Arrive ensuite, au fil des pages, l’image tragique du Catharisme et des horreurs lugubrement éclairées par les flammes de bûchers, décrites ainsi par l’auteur : « De leur côté, les envoyés de Dieu, satisfaits du devoir accompli, les vêtements et les mains plus encore maculés de sang, blessés parfois, pouvaient montrer avec une légitime fierté, leur courage et leur encouragement dans la lutte pour la Justice et l’Amour Divin »… En ajouter plus reviendrait à en dire trop !

Le Bézu revient à notre attention par la citation de divers documents dont un relatant la procédure de 1242-1243 entre précisément les Templiers et Bernard Hoton de Aniort. Ce sujet permet ensuite d’aborder directement le moment toujours pénible de la reddition d’un bastion tel que celui qui nous intéresse. Notre guide nous dévoile que la chute du lieu se fit sous forme d’une étrange négociation secrète montrant que les maîtres d’Albezuno traitaient d’égal à égal avec le roi de France avec lequel ils étaient d’ailleurs apparentés. Les mystérieuses transactions furent conduites par Bernard Hoton qui se serait rendu pour cela à Electo (Alet), ou encore à Limoso (Limoux) ou Carcassonam (Carcassonne)… De tout ceci il serait résulté que les négociations laissent « aux seigneurs d’Albezuno la place forte dans son entier » ainsi que la propriété de ce « qu’ils avaient dans la vallée de Bugarac et au Quer de Maleto ». Etrange reddition qui n’enlève rien et laisse tout comme avant la rencontre… Il est vrai qu’ensuite notre historien nous explique que des relations familiales auraient considérablement apaisé la situation…
Ensuite, nous voyons Bernard Hoton de Niort condamné à porter la croix jaune d’infamie réservée aux hérétiques, pour avoir prêté son assistance aux « Chrétiens dissidents » tentant de rejoindre le refuge du « Mont Ségur ». G. Kiess nous explique également qu’il est judicieux de se rendre du Bézu à Montségur en passant par la vallée de Dornha, en haut du pays de Salto (Sault), certes difficile mais sous le contrôle des maîtres du Bézu.
Apparaissent ensuite les Templiers de Ste Marie des Cours et de Campanha qui auraient pu avoir des vues et raisons de les avoir sur Albézuno à leur époque. Et l’explication se poursuit avec des références faites à des attestations de séjours de membres de l’Ordre au Bézu, sans qu’on sache précisément si le lieu était à eux ou s’ils s’y trouvaient… de passage. Mais, en ce cas, nous nous demanderons judicieusement les raisons de ce passage insolite. A ceci s’ajoute que si le site était templier, il se serait trouvé sous la tutelle du grand Mas-Deus situé en terre catalane. Or aucun document à l’heure actuelle n’en fait état. Ceci évidemment ne veut pas dire qu’il n’en soit rien, mais il faut cependant en tenir compte correctement. L’énigme s’épaissit encore lorsque nous lisons qu’au moment de l’arrestation et de la chute du Temple, le fort est vide de toute garnison. Elle s’éclaircirait en faveur d’une non appartenance templière par le fait que les Hospitaliers n’en bénéficièrent pas non plus.

Ensuite, les fortifications seraient tombées en décrépitude par l’abandon d’une place devenue indéfendable ou… placée sous le manteau de l’ignorance pour des raisons encore un peu obscures, admettons-le bien. L’oubli couleur de poussière de temps aurait dû couvrir de son lourd manteau ce vestige du passé. Il en fut autrement car, pour finir, l’auteur nous conte l’étrange énigme de faux monnayeurs ayant eu la curieuse idée de frapper en fraude des monnaies royales plus vraies que l’originale en raison du fait qu’elles s’avéraient « plus riches en teneur d’or que celles du roi ». On admet que ce genre de détail a de quoi surprendre. Et notre surprise ira grandissante en lisant sur ce document qu’on ne sut jamais vraiment d’où provenait autant d’or, d’une telle bonne qualité qu’elle en déclencha les royales foudres. Cet or provenait-il de quelques mines secrètes dispersées dans la contrée… ou d’un fabuleux trésor, qui mettra rapidement le feu aux médias vers les années 1960, à la suite de l’édition de l’affaire Bérenger Saunière ? Toujours est-il que l’affaire de la fausse monnaie se serait terminée par l’absoute des malfaiteurs (mais l’étaient-ils tant que ça ?) qui avaient la chance d’être parents du pape Clément VI lui-même !
A propos du château d’Albeduno, ou du Bézu, Georges conclut son travail en décrivant nostalgiquement que « Les vents, les pluies, les neiges, les oiseaux et l’immense soleil n’y rencontrent plus les échos d’antan… » Nous ferons nôtre cette fin que nous espérons provisoire et prélude à d’autres dossiers supplémentaires sur cette question.
Dire que ce dossier est indispensable à toutes études sur le lieu et le sujet est le minimum que nous puissions affirmer. Georges Kiess est devenu maître en matière d’Ordre du Temple dans nos contrées. Son intégrité n’a d’égale que sa modestie et l’honneur qu’il se donne à ne pas être médiatisé… et c’en est bien regrettable pour notre connaissance. Un grand merci à Georges pour ce travail qui manquait sur le Bézu.

Ajoutons que, de cet auteur, on lira aussi avec profit:
- « Rennes le Château et les Templiers »
- « Templiers Oubliés »
- « Le gardien secret du Temple de Campanha »

Au tarif de 7,50 Euros, on se procure ce dossier, au format 21 x 29,7 cm, d’une vingtaine de pages illustrées d’une carte N.B. et de 7 illustrations en couleurs:
« ALBEZUNO d’OCCITANIE » chez l’auteur :

Georges KIESS
20 Bd de la Pinouze
11260 FA
Téléphone : 04-68-74-01-30