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La
troisième de couverture de cet ouvrage nous présente l’auteure,
Mary Ange Tibot, « passionnée de symbolisme et d’iconographie
». Certes, mais comment pouvions-nous deviner qu’elle nous plongerait,
sans avertissement, dans une insolite réalité… où
tout commence curieusement à Tautavel… Ce qui pouvait être
un roman est un cheminement historique, hagiographique et symbolique.
Où
tout commence à Tautavel…
On aurait pu dire… «
où tout commence dans un recoin du musée de Tautavel ».
Je me souviens du retour de Mary Ange Tibot après la visite de ce
musée ancestral. Elle n’eut de cesse que nous retournions voir
une statue hors du commun, et surtout hors du sujet de fond de ce lieu d’exposition
et d’explication de l’humanité. Et précisément
du fond de cette vitrine, une étrange statue, à la fois double
et unique, allait devenir le début double et unique d’une véritable
enquête policière, scientifique, anecdotique, hagiographique
et… sentimentale. Sentimentale car cette auteure allait, depuis ce
‘coup de foudre de l’esprit’, vivre des moments que seule
la passion pouvait engendrer et entretenir au-delà de la raison même.
Qu’importaient alors les obstacles puisque notre enquêtrice
allait aller au bout de son chemin avec une détermination exceptionnelle.
Décrire un ouvrage… en faire le ‘chapeau’ quand
on connaît l’auteur et en avoir parfois âprement discuté,
voire disputé les tenants et aboutissants n’est pas chose facile
tant on peut se prendre au jeu de la partialité, et en subir les
risques. Quand on connaît l’auteur, il faut également,
et c’est le plus difficile, oser ouvrir son ouvrage, le lire, le décortiquer
et le critiquer… et on appréhende cet instant comme le pire
de tous.
Les
Saintes Puelles… une histoire oubliée
Le
moment d’ouverture passé, le préambule ne déflore
en rien le sujet annoncé, pour nous laisser savourer toute l’intensité
et la surprenante valeur historique du contenu. Et, très vite, les
pages nous captivent et nous emprisonnent dans une cascade de renvois d’instants
pris dans le temps, en un zig-zag allant de l’histoire à la
légende, sans jamais quitter une seule fois une rigueur rationaliste
inattendue…
La première immersion nous plonge au 3ème siècle dans
les ombres du Christianisme naissant dans d’importantes douleurs au
fil de la Grèce, la Gaule des mondes du paganisme et de la foi. Et
tout à coup, nous sommes là dans un autre temps, prisonnier
d’une foule houleuse rassemblée sur le capitole, à Toulouse.
C’est le moment tendu où un homme est ligoté à
un taureau furieux qui va l’entraîner dans la lumière
douloureuse du martyre tout au long du ‘cardo maximus’ de cette
ville extraordinaire.
Très vite s’agglutinent, pêle-mêle, autour de nous,
des dieux, bourreaux, saints, danseurs de corde, oracles, bêtes, hommes
et femmes, deux futures saintes et un homme qui va mourir… et nous
sommes là, emportés par les cris et les saluts.
Ensuite, très vite, la scène rebondit 50 kilomètres
plus loin, vers Recaudum qui deviendra … le Mas Stes Puelles !
Et notre meneuse de jeu de nous informer, au moment où nous nous
y attendons le moins : « Ici s’arrête le mythe, la légende,
l’histoire », et nous plonge dans le rationnel du sujet. Une
nouvelle galerie s’ouvre alors devant nous. Elle est composée
du savoir d’experts en religion, histoire, Antiquité et langue
latine.
Un antique roi de Huesca serait le père de ces deux femmes…
deux ? une ? aucune ?... et puis , en est-il vraiment le géniteur…
Dieu seul le sait, pourrions-nous dire. Saint Saturnin est maintenant notre
premier fil conducteur pendant que l’auteur nous explique les péripéties
du lointain passé de l’église de la Dorade et du passage,
pas toujours évident à suivre, de St Saturnin à un
St Sernin, si cher aux toulousains.
De
Saint Saturnin à St Sernin ?
Des
pages d’explications faciles à suivre sur des sujets retors
ou difficiles bien qu’indispensables, si on veut comprendre les méandres
des premières origines de cette région du sud. Et tout ceci
se déroule agréablement au fil de l’identité
possible de ces deux personnages, leur martyre, la mise en valeur de reliques
qui seraient, ou non, les leurs… Sans oublier Saturnin sans qui elles
ne peuvent avoir de consistance. Un Saturnin qui affirmait connaître
« l’unique et vrai Dieu ». C’est le corps martyrisé
du saint qu’elles ensevelissent nuitamment, ce qui leur vaut d’être
martyrisées à leur tour, en un lieu qui deviendra un des grands
sanctuaires du sud de la France. De cette histoire, Mary Ange nous montrera
que 112 sites se placeront sous le patronage du saint patron… et d’ajouter
que les saintes femmes n’en auront certainement pas autant.
C’est ensuite le chapitre de la ‘dispersion du culte des Saintes
Puelles’ qui se produit depuis Toulouse, le Mas Stes Puelles, jusqu’aux
alentours de Tautavel. Notre guide nous emmène contempler des reliquaires
oubliés sur lesquels « plane l’ombre du taureau »,
des arrêts au long d’antiques voies romaines ayant colporté
le légendaire sacré jusqu’à Saint Papoul, et
enfin au cœur du sanctuaire de St Hilaire, où l’auteur
nous fait une description du moindre détail d’un autel qui
ne serait autre, en réalité, qu’une cuve reliquaire
de St Saturnin. La description complète à elle seule vaut
le livre tout entier, car chaque personnage, sa posture, sa place sont voulues
prépondérantes par l’auteur de la sculpture qui ne serait
autre que le Maître de Cabestany en personne !
Notre voyage se termine à Tautavel où l’énigme
s’épaissit encore un peu plus au moment où l’auteure
découvre une statue montrant une rareté quasiment unique dans
l’art religieux sous la forme d’un personnage siamois où
deux femmes sont collées par leur hanche. L’auteure nous rappelle
qu’une telle infirmité était souvent considérée
comme une injure aux dieux auxquels les innocentes victimes étaient
sacrifiées à la naissance… puis, peu à peu, il
y eut la considération que cette anomalie pouvait être une
sorte de « don de dieu » pouvant opérer des miracles…
Mary Ange nous explique qu’à Tautavel on prétendait
que la statue avait été volée mais à la suite
de son enquête, elle apprit qu’il n’en était rien,
et que l’extraordinaire originale reposait paisiblement loin des cupidités
et des sottises humaines capables de vol ou de destructions idiotes et habituelles…
comme à Rennes-le-Château ou à Notre-Dame de Marceille
!
L’odyssée
siamoise à portée d’un livre
L’auteur
nous conduit une fois de plus à la suite de ce que fut cette formidable
odyssée de deux femmes, une maîtresse et l’autre peut-être
sa servante, pouvant n’en être qu’une seule comme le sous-entendrait
une statue pour deux sujets… ou encore une simple idée…
un symbole… ou autre encore moins explicable comme nous le verrons
à la fin du livre.
La dernière partie de cet ouvrage est pour nous une véritable
révélation de l’art et de ses pouvoirs symboliques…
A travers un ouvrage des plus rares, qu’elle put se procurer, l’auteure
nous projette dans d’autres statues au porche d’une église
dont chaque détail est une leçon de symbolisme profond à
la fois mystique, hermétique et ésotérique. Au cours
de cette explication, nous apprenons à distinguer, dans les détails
et les postures de ces deux statues, « le toit du ciel » en
forme de solstice d’hiver et depuis une tête de lion l’image
du plein été… et ce n’est rien de donner cet exemple.
Le dernier chapitre « Le tour des maisons » est une étrange
leçon d’alchimie qui nous est assénée depuis
une remise à jour d’un portail à Toulouse conduisant
son lecteur attentif au fil de rebondissements dont maintenant l’auteure
a la maîtrise, de Mithra au taureau, au soleil invaincu pour arriver
à St Michel… jusqu’à une démonstration
d’alchimie qui ferme, provisoirement nous l’espérons,
cet ouvrage…
On ne sort pas indemne des pages de ce voyage sur les traces des Saintes
Puelles en compagnie de Mary Ange Tibot qui, pour ce coup d’essai,
nous offre un coup de maître ! Cet étrange duo hagiographique,
qui n’en est peut-être pas un, est tombé dans l’oubli
le plus triste. Et cette sorte de remise en lumière de ces épisodes
toulousains se prolongeant jusqu’aux portes du Roussillon est un bien…
une leçon de mémoire fascinante et mystérieuse.
L’été est là et nous propose de flâner
au long de l’histoire humaine du sud de la France. Ce livre nous a
été fascinant et nous ne saurions que le conseiller aux amateurs
de notre passé mystérieux, de notre histoire obscure et des
recoins de nos anciennes églises oubliées… Nous le recommandons
à tous les explorateurs attentifs du passé.
Les
Saintes Puelles Edition
France Secret 2008 |