Plan du site | Recherche | Forums | Publications | Actualités

Société Périllos ©

L’enigme de Marie Madeleine

 

De la bible à la légende, de la légende à la tradition

L’église de Rennes-le-Château est dédiée à Sainte Marie-Madeleine: c’est une raison suffisante pour s’attarder sur ce personnage, même si nous devons pour cela nous écarter provisoirement de notre colline et du “mystère du Razès”. Nous allons découvrir d’ailleurs d’autres mystères, tout aussi passionnants...

Trois saintes en une ?

L’église ne connaît qu’une seule Sainte Marie-Madeleine, mais les évangiles par contre en distinguent trois: la pécheresse repentie (dont le nom n’est pas cité), Marie de Béthanie, et Marie de Magdala. Les quatre évangélistes n’étant pas toujours d’accord entre eux sur certains détails, et comme ces trois femmes présentent de nombreux points communs, l’Eglise les a amalgamées en une seule et unique sainte. Pour juger, le plus simple est de se reporter aux textes évangéliques (dans leur traduction par le chanoine Osty).

La pécheresse repentie

Luc 7, 37-38: “Et voici une femme, qui dans la ville était une pécheresse. Et ayant su qu’il (Jésus) était dans la maison du Pharisien, elle avait apporté un flacon de parfum. Et se trouvant en arrière, à ses pieds, pleurant, elle se mit à lui arroser les pieds de ses larmes; et avec ses cheveux elle les essuyait, et elle les couvrait de baisers et les oignait de parfum.”
Aucune précision sur l’identité de cette femme, par contre le Pharisien est nommé Simon, on l’apprend quelques versets plus loin.

Marie de Béthanie

Mathieu 26, 6-7: “Tandis que Jésus se trouvait à Béthanie dans la maison de Simon le lépreux, s’avança vers lui une femme, avec un flacon de parfum d’un prix élevé, et elle le versa sur sa tête, alors qu’il était à table.”

Le repas chez Simon. Saint-Maximin (1536)

Il s’agit de l’épisode dit “onction de Béthanie” que Marc raconte exactement de la même façon (14, 3). On pourrait croire que cette femme de Béthanie (on ignore son nom jusqu’alors) est la pécheresse décrite par Luc: même nom du maître de maison, et presque la même scène. D’ailleurs Jean, qui semble bien mieux connaître cette femme et sa famille, vient semer le doute...
Jean 11, 1-2: “Il y avait un malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur. C’est cette Marie qui oignit le Seigneur de parfum et lui essuya les pieds avec ses cheveux.”
Jean 12, 3: “Marie donc, prenant une livre de parfum de vrai nard d’un grand prix, oignit les pieds de Jésus et lui essuya les pieds avec ses cheveux.”
Marie de Béthanie et la pécheresse sont-elles une seule et même personne? Non semble-t-il, car Luc connaît aussi très bien Marie de Béthanie.
Luc 10, 38-39: “comme ils faisaient route, il entra dans un village, et une femme du nom de Marthe le reçut dans sa maison. Et celle-ci avait une sœur appelée Marie qui, s’étant assise au pied du Seigneur, écoutait sa parole.”
Si la pécheresse était Marie de Béthanie, Luc ne l’aurait-il pas appelée par son nom?

Marie la Magdaléenne

Luc 8, 1-2: “Les douze étaient avec lui, ainsi que quelques femmes qui avaient été guéries d’esprits mauvais et d’infirmités: Marie, appelée Magdaléenne, de laquelle sept démons étaient sortis.”
C’est la première mention de cette Marie, dite de Magdala (nom d’une ville au bord du lac de Tibériade) que Luc distingue bien de la pécheresse et de Marie de Béthanie (en fait seul Luc cite les trois Marie). Les quatre évangélistes mentionnent ensuite sa présence au pied de la croix, parmi les autres “saintes femmes” qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée. Seul Luc parle, en quelques lignes, de cet entourage féminin... Car il est beaucoup question dans les Evangiles des hommes qui accompagnaient Jésus, mais peu des femmes qui devaient aussi le suivre pour le servir, jusqu’au tombeau...
Jésus avait-il une compagne? Les textes saints ne le précisent pas, mais n’affirment pas le contraire non plus...
Le surlendemain de la mort du Christ, ces femmes qui avaient préparé des parfums pour embaumer son corps se présentent au sépulcre qu’elles trouvent ouvert. Des anges leur apprennent la résurrection, mais c’est à Marie la Magdaléenne que Jésus choisit d’apparaître en premier... Qui est réellement cette Marie de Magdala? Pourquoi est-ce à elle que Jésus apparaît, la plaçant ainsi dans son cœur bien avant les apôtres?
De ces trois femmes, l’Eglise n’a fait qu’une seule sainte... Nous oserions presque dire que cette femme est à l’image de Dieu, une sorte de Sainte-Trinité au féminin. Le Missel Romain rédigé par les moines de l’abbaye d’Hautecombe conclut ainsi:
« Toutes trois parfument, en divers occasions, le corps du Christ. La liturgie Romaine voit en elles une seule femme, femme perdue si pleinement purifiée par l’amour de Jésus qu’elle est devenue l’amie privilégiée de son sauveur ».

Jésus résuscité apparait à Marie-Madeleine. Saint-Maximin (1536)

“Amie privilégiée”, le terme est choisi avec justesse, car Marie-Magdeleine fut sans doute la femme qui connaissait le mieux le Christ, et qui en était la plus proche. Pendant l’office de la Sainte-Marie-Madeleine le prêtre lit cette épître:
« Je me lèverai et parcourrai la ville, rues et places publiques, à la recherche de celui que mon cœur aime: je l’ai cherché en vain. Les sentinelles qui gardent la ville m’ont rencontrée: « Avez-vous vu celui que mon cœur aime?» A peine les avais-je dépassées que j’ai trouvé le bien-aimé de mon cœur. Je l’ai saisi et ne le laisserai pas s’éloigner que je ne l’aie conduit dans la maison de ma mère, dans la chambre de celle qui m’a donné la vie. » On ne peut pas être plus clair...!
En 325, le concile réuni à Nicée décida, sous l’impulsion de l’empereur Constantin, du caractère divin de Jésus, malgré l’avis contraire d’une immense majorité d’évêques qui ne voyaient en Jésus qu’un homme, inspiré par Dieu peut-être, mais pas Dieu lui-même. Marie-Madeleine aurait-elle eu connaissance de la vraie nature de Jésus?

Le roman merveilleux de marie-Madeleine

L’Eglise voit la Marie-Madeleine “unifiée” suivre la Sainte Vierge et saint Jean à Ephèse (ville grecque d’Asie Mineure) et s’éteindre dans cette ville. Là le culte de Marie-Madeleine commence à se confondre avec celui de la déesse Artémis dont le temple, à Ephèse, constituait l’une des “sept merveilles du monde”. La mythologie connaît DEUX Artémis: la déesse grecque de la chasse et de la lumière lunaire, qui avait fait de l’Arcadie son territoire privilégié, l’équivalent de la Diane romaine et de l’Artios celtique, et la déesse de la fécondité, honorée à Ephèse et introduite ensuite en Gaule par les navigateurs grecs. Les deux sont souvent confondues. C’est aussi à Ephèse que viendra se jouer, plus tard, l’épisode des “sept dormants”, raconté à la fois par les récits hagiographiques chrétiens et par le Coran: sept jeunes martyrs chrétiens sont emmurés vivants dans une caverne, mais ils s’y endorment et se réveillent deux siècles plus tard. La caverne était sacrée, c’est là en effet que Marie-Madeleine aurait été enterrée...

La traversée sans voile ni rames

La Sainte-Baume

Mais une légende la voit traverser la mer sur une barque sans voile ni rame en compagnie de Lazare son frère, Marthe sa soeur, Maximin, Marie-Jacobé la soeur de la Sainte-Vierge, Marie-Salomé la mère des apôtres Jacques et Jean, et leur servante Sara. La barque aborde la côte de Camargue. Marie-Salomé et Marie-Jacobé, avec Sara, restent sur place et vont devenir les célèbres “Saintes Maries de la mer”. Les autres se séparent et chacun part de son côté. Marie-Madeleine longe la côte vers l’est, puis se dirigeant toujours vers le levant arrive au pied d’une vaste montagne qu’elle va escalader, espérant y trouver un refuge pour continuer à y expier ses péchés. Une étoile la guide jusqu’à une grotte, l’archange Saint Michel vient tuer le dragon qui l’habitait. Commence alors la belle histoire de la Sainte-Baume, grotte humide et sombre où elle va vivre pendant 33 ans, vêtue uniquement de ses longs cheveux, ne se nourrissant que de racines et se désaltérant de l’eau du ciel. Sentant sa mort prochaine, elle fait avertir Saint Maximin qui lui donne la communion et place son corps dans un mausolée. “Mausolée” est le mot exact utilisé par les hagiographes, et c’est curieux car ce mot désigne, à l’origine, une autre des “sept merveilles du monde”, le tombeau élevé à son frère-époux Mausole par la reine... Artémise II.

Le tombeau de marie-madeleine à St Maximin

A l’emplacement de la tombe de Marie-Madeleine s’élève la basilique Saint-Maximin, où l’on vénère encore des reliques de la sainte.
Il y a cependant une analogie certaine entre la légende de Sainte Marie-Madeleine à la Sainte-Baume et les récits concernant la vie de Sainte Marie-l’Egyptienne (qui vécut au 5è S.): prostituée et pécheresse repentie, inondant de ses larmes la croix du christ, puis vivant dans une retraite solitaire seulement vêtue de ses cheveux, pendant 47 ans, avant de recevoir la communion des mains de Saint Zosime. Cette scène fit l’objet d’un tableau dû au talent de... Nicolas Poussin! Fort heureusement, la comparaison entre les deux saintes, et le tableau, passèrent inaperçus des “romanciers” de Rennes-le-Château...
Quant à la grotte, elle devait tout d’abord servir d’abri à “Maître Jacques”, l’architecte du Temple de Salomon, le père spirituel au Moyen-Age des compagnons bâtisseurs, “enfants de Maître Jacques”, dont l’emblème était une patte d’oie ou “pédauque”. Puis elle fit l’objet d’une ardente vénération religieuse, qui subsiste encore aujourd’hui. Mais le plus curieux c’est que la grotte fut aussi un centre très fréquenté lié à un culte de la fécondité... identique à celui qui entourait Artémis d’Ephèse! Le rite provençal se manifestait par des reliquaires en coquilles d’œufs, les “coucounets”, et Artémis est représentée arborant sur la poitrine un collier d’œufs d’autruches... La légende de la Sainte-Baume ne serait-elle qu’un récit hagiographique où se mêlent Artémis et Marie l’Egyptienne?

Marie-Jacobé et Marie-Salomé arrivée en barque sans rames...

Un culte démesuré

L'abbaye de Vezelay fondée par Girart de Roussillon pour le culte aux reliques de M. Madeleine

Le culte de Marie-Madeleine fut, à une certaine époque, immense et démesuré: si Jésus avait pardonné à une pécheresse notoire, tous les espoirs d’arriver au ciel étaient permis aux pauvres gens, qui prièrent “la Madeleine” d’intercéder en leur faveur. Il y eut en France un autre centre de pèlerinage qui rivalisa avec la Sainte-Baume: l’abbaye du Vézelay, en Bourgogne. Fondée vers 860 par le comte Girard de Roussillon et primitivement dédiée aux saints Pierre et Paul, l’abbaye connut son heure de gloire lorsqu’au XIe S. le bruit se répandit qu’elle abritait les reliques de la Madeleine. D’où venaient-elles? Les moines entretinrent le mystère fort longtemps puis prétendirent qu’un certain Baidilon était allé les ravir à Saint-Maximin sur l’ordre de Girard de Roussillon. Le problème, c’est que les moines de Saint-Maximin, excédés par le “tapage” fait autour du Vézelay, entreprirent en 1279 de vastes fouilles pour vérifier ces affirmations. Or ils trouvèrent une tombe et surtout un corps qui pour eux, à n’en pas douter, était la vraie relique de la sainte! Y avait-il, comme semble l’indiquer la bible, plusieurs Marie-Madeleine? (Il y en aurait une aussi en Angleterre!). Comment, et où, Girard de Roussillon découvrit-il les premières reliques?
Notre enquête nous amènera à constater de singulière “parités” géographiques, de part et d’autre du Golfe du Lion, qui pourraient expliquer la “double” tradition de l’abordage de Marie-Madeleine sur les côtes de la Gaule. Et après avoir visité la Provence, nous repartirons vers Rennes-le-Château, en passant par la Catalogne française, c’est à dire la province de Roussillon !