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Société Périllos ©

Marie de Magdala
La Passion de Jésus et sa résurrection

 

Apres la mention de Marie de Magdala dans l’Evangile de Luc, à la suite de l’épisode de la femme pécheresse de la ville, son nom ne réapparaît qu’à la fin de la vie de Jésus et, cette fois, chez les quatre Evangélistes.

Marie de Magdala, à Coruña
© José Luis Jimenez

Entre temps, un épisode tout a fait semblable au récit de la pécheresse de Luc est rapporté par les trois autres Evangiles 32 et attribue a une femme de Béthanie qui est, d’après St Jean, Marie, la soeur de Marthe et de Lazare, celle dont Luc avait parlé comme étant assise aux pieds de Jésus et écoutant sa parole. Matthieu et Marc disent qu’elle répandit le parfum sur la tête de Jésus, mais Jean précise au contraire que c’était sur ses pieds et, comme dans le récit de Luc, cette Marie de Béthanie essuie les pieds de Jésus avec ses cheveux (Jean 11, 2 et 12. S). II y a une telle imbrication entre les récits des quatre Evangélistes qu’il est difficile de ne pas les attribuer a la même personne. Mais comme ce point de vue n’est pas celui de notre étude, on se contentera de souligner l’identité du geste et de noter qu’à la veille de la Passion il est unanimement mis en relation avec l’onction posthume sur le corps du défunt qui, après la mort de Jésus, sera attribuée à Marie de Magdala. On en vient donc aux passages des Evangiles où ce dernier nom revient dans les textes.

Auprès de la croix

C’est d’abord auprès de la croix de Jésus avant sa mort :
Matthieu 27, 56 : « Il y avait là beaucoup de femmes qui de loin regardaient, celles-là même qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée pour le servir. Parmi lesquelles Marie la Magdaléenne et Marie mère de Jacques et Joseph et la mère des fils de Zébédée. »
Marc, 15, 40 : « Il y avait aussi des femmes qui regardaient de loin, parmi lesquelles Marie la Magdaléenne et Marie (mère) de Jacques le petit et de Joset et Salomé qui le suivaient et le servaient depuis la Galilée. »
Luc qui raconte la rencontre avec les filles de Jérusalem ne mentionne pas Marie de Magdala, mais ajoute :
« Tous ses familiers se tenaient au loin, ainsi que des femmes qui l’accompagnaient depuis la Galilée et qui voyaient cela. »
Jean, 19, 25 : « Près de la croix de Jésus se tenait sa mère et la soeur de sa mère, Marie (femme) de Clopas et Marie la Magdaléenne. »
Pourquoi ce rôle prééminent donné à des femmes et, plus spécialement, à l’une d’elles ? Est-ce par reconnaissance de Jésus aux soins qu’elles donnèrent à son corps ? Qui pouvait, si ce n’est-elles, s’occuper de ses vêtements, faire cuire la nourriture qu’elles avaient achetée de leurs biens, comme il est dit dans Luc, 8, 3 ? C’était Judas qui recevait cet argent et qui en prélevait pour lui (Jean, 12, 6). Aussi l’achat de parfum précieux ne passa-t-il pas par lui. N’est-ce pas aussi parce que ces femmes, et notamment Marie de Magdala, avaient été guéries par lui d’infirmités et d’esprits mauvais et, par conséquent, l’aimaient plus que les autres, suivant l’expression même de Jésus dans l’épisode de ta pécheresse?

C’est d’ailleurs un leit-motiv dans le Judaïsme, que la repentance en hébreu teshuva, conduit a un état de perfection supérieur à l’absence de péché. La repentie, dans la Kabbale, correspond à la sefira Malkhut la Reine, l’Epouse, le Royaume ; la repentance est le nom même de la sefira Bina, la Mère, attribut divin par lequel tout entre dans la manifestation et tout y retourne.
« Le retour, dit G. Sholem s’accomplit dans l’élévation de ta kawwana, dans l’introversion de la volonté qui, au lieu d’exercer son influence vers l’extérieur, dans la multiplicité, se concentre et, se purifiant de tout égoïsme, gagne le contact avec la Volonté de Dieu, le contact entre la ‘volonté inférieure’ et la ‘volonté supérieure’. »
La sefira Bina a pour nom le Jubilé, c’est-à-dire le nombre 50 de l’année jubilaire, faite de semaine de semaines de d’années, et ce nombre est celui du mot kol « tout », C’est la liberté, deror, mot qui exprime aussi l’écoulement du parfum de la myrrhe et, d’après Rachi, le droit d’habiter n’importe quel endroit. Cette liberté du Jubilé s’étendait à toute la terre (Lév. 25, 10) et à la plupart des catégories d’esclaves.
Les femmes qui regardaient Jésus crucifié avaient donc en mémoire la délivrance qu’elles lui devaient, alors que leur Maître leur apparaissait au contraire enchaîné, rivé à la croix et que les assistants l’insultaient en disant : « Il en a sauvé d’autres (ces femmes en particulier), il ne peut se sauver lui-même. Qu’il descende maintenant de la croix » (Mat, 27, 42). Le sentiment d’amour et de reconnaissance qu’elles avaient Jusqu’alors envers lui se nuançait de pitié, comme chez les « Filles de Jérusalem », et aussi d’espoir par la connaissance de la Cène du Seigneur et de la nourriture qu’il annonçait par son sacrifice.
Parmi ces femmes, Marie de Magdala se détache pour être nommément désignée et pour devenir, chez St Jean, non plus l’observatrice lointaine, mais l’accompagnatrice de la mère de Jésus qui se tenait au pied de la croix. C’est pourquoi l’iconographie la représente toujours à genoux, embrassant cette croix, les cheveux dénoués. De même que Jésus avait reçu l’onction des larmes de la pécheresse et du parfum de Marie de Béthanie, larmes et parfum essuyés de leur chevelure, Marie Madeleine est dans l’interprétation chrétienne, ointe du sang et des humeurs issus du corps de Jésus, comme l’est aussi la terre du Golgotha recouvrant le crâne d’Adam.

Après la mort de Jésus

Après la mort de Jésus, son corps est descendu de la croix et mis dans un sépulcre. Là encore apparaît Marie de Magdala :
Matthieu 27, 61 : « Il y avait là Marie la Magdaléenne et l’autre Marie, assises en face du sépulcre. »
Marc, 1S, 47 : « Marie la Magdaléenne et Marie (mère) de Joset regardaient où il était mis. »
Luc. 23, 55, mentionne sans les détailler « les femmes qui étaient venues de Galilée... Elles regardèrent le tombeau et comment son corps avait été mis. S’en retournant, elles préparèrent aromates et parfums ».
Jean ne dit rien des femmes à ce moment-là.

L’Evangile de Matthieu précise que Marie de Magdala et l’autre Marie étaient assises en face du sépulcre. C’est le geste même de Marie, soeur de Lazare qui, dans Luc, 10, était assise aux pieds de Jésus et chez Jean, était assise dans la maison, près du sépulcre de son frère. Marc et Luc mentionnent le regard des femmes sur la sépulture. C’est ce regard qui est représenté dans les monuments de « mise au tombeau », regard sur le mort et souvenir du vivant.
L’iconographie représente toujours Marie de Magdala présente à la mise au tombeau et tenant un vase à la main. Souvent ce vase est ouvert, comme à Chaource Sur certaines peintures, elle est avec son vase, agenouillée aux pieds du corps et ce vase paraît rempli de sang. Si l’on se réfère aux Evangiles, les femmes ne pouvaient, à ce moment, pas porter d’aromates. D’après Luc, elles en achetèrent après être reparties et Marc dit qu’elles en achetèrent le surlendemain. Pour concilier le texte des Synoptiques avec celui de Jean disant que Nicodème apporta une quantité prodigieuse, – cent livres – de mélange de myrrhe et d’aloès, l’exégèse Juive est précieuse. Elle permet de rapprocher l’indication : « Nicodème était celui qui, au début, était venu de nuit » (Jean, 19, 39) et d’interpréter que Nicodème est encore venu de nuit, à un moment où les femmes étaient reparties pour acheter des aromates sans savoir que Nicodème devait en apporter pour les fixer sur le corps, avec les bandelettes.
Que peut alors contenir le vase tenu par Marie de Magdala sur les représentations de la descente de croix et de la mise au tombeau ? Dans les traditions moyen-âgeuses relatives au saint GraaL ce vase a recueilli le sang de Jésus non pas sur la croix, mais au lieu de la sépulture. C’est donc Marie de Magdala qui, en apportant son vase, l’aurait rempli de la liqueur d’immortalité. N’était-elle pas elle-même une coupe, lorsqu’au pied de la croix elle ne pouvait pas ne pas être déjà imprégnée du sang de Jésus ? Allégoriquement, c’est à la mère de Jésus qu’est, par trois fois, attribué le nom de vase dans les litanies : vas « tour » qui lui est commun avec Marie de Magdala : turris Davidica, turris eburnea –. De même que la Vierge Marie, Marie Madeleine est ainsi dispensatrice des grâces divines et gardienne de la mémoire de Jèsus.

Au lendemain du sabbat

Au lendemain du sabbat, c’est le premier jour de la semaine et le matin de la Résurrection.
Matthieu. 28, I : « Après le sabbat comme le premier Jour de la semaine commençait A luire. Marie la Magdaléenne et l’autre Marie vinrent regarder le sépulcre. »
Marc. 16, I : « Et le sabbat passé, Marie la Magdaléenne et Marie (mère) de Jacques et Salomé achetèrent des aromates pour venir l’embaumer. Et de grand matin, le premier jour de la semaine, elles viennent à la tombe dès le lever du soleil. Et elles disaient entre elles : Qui nous roulera la pierre hors de l’entrée du tombeau ? Et levant les yeux, elles s’aperçoivent que la pierre avait été roulée sur le côté. »
Luc. 24. I. comme précédemment, ne détaille pas les femmes, « Et le premier jour de la semaine, à la pointe de l’aurore, elles vinrent à la tombe en apportant les aromates qu’elles avalent préparés. Elles trouvèrent la pierre roulée de devant le tombeau ».
Jean. 20. I : « Le premier jour de la semaine, Marie la Magdaléenne vient au tombeau le matin, alors qu’il faisait encore sombre et elle voit la pierre enlevée du tombeau. »

Marie Madeleine, cathédrale de Toledo
© José Luis Jimenez

Pourquoi les femmes sont-elles les premières à aller au tombeau, de grand matin, le premier Jour de la semaine ? Cela reposerait-il sur une méprise ? Venant embaumer le corps de Jésus selon Marc et Luc, elles Ignoraient donc que, d’après Jean, Joseph d’Arimathie et Nicodème y avaient procédé le noir du vendredi.
Matthieu dit seulement que Marie la Magdaléenne et l’autre Marie vinrent regarder le sépulcre. Elles voulaient donc aussi en voir l’Intérieur, puisque, d’après Marc, elles se demandent comment rouler la pierre ; elles voulaient revoir le corps de Jésus. Et elles voulaient le revoir sans les autres disciples auxquels elles auraient pu demander de rouler la pierre.
Il y a ainsi de leur part une sorte d’intimité proprement féminine, jointe au besoin pressant de revoir Jésus et de lui donner les soins mortuaires, comme s’ils relevaient d’elles et non des hommes. Ayant suivi Jésus jusqu’au Calvaire, elles avaient accompagné son corps le soir du vendredi jusqu’au sépulcre où elles retournent le matin, dés qu’elles ne sont plus sous la contrainte de la loi du sabbat. Cette fidélité leur vaudra la joie des retrouvailles.
Or elles trouvent la pierre roulée. Les gardes mis par les autorités juives (Mat., 27, 66) sont partis, puisque les femmes n’en trouvent pas. Si les disciples étaient venus de nuit dérober le corps pendant le sommeil des gardes pour faire croire à la Résurrection, ils auraient refermé le sépulcre. Si les premiers venus à l’aube du premier jour avaient été des hommes, leur témoignage aurait été suspect ; Ils auraient pu rouler la pierre. Il était donc nécessaire que le témoignage de la Résurrection ait été réservé à la faiblesse humaine et plus spécialement féminine.

L’apparition des anges

L’apparition de Jésus est précédée de celle d’un ou de deux anges, selon les versions :
Matthieu, 28, 2 : « Et voilà qu’il y eut une grande secousse car l’Ange du Seigneur était descendu du ciel et, s’avançant, avait roulé la pierre et il était assis dessus … Prenant la parole, l’Ange dit aux Femmes : ‘Soyez sans crainte… Et vite allez dire à ses disciples qu’il s’est relevé d’entre les morts et voici qu’il vous précède en Galilée’. »
Marc, 16, 5 : « Et entrées dans le tombeau, elles virent un Jeune homme assis à droite, vêtu d’une robe blanche et elles furent saisies de frayeur. Mais il leur dit : ‘Ne vous effrayez pas... mais allez dire à ses disciples et à Pierre qu’il vous précède en Galilée’… Etant sorties, elles s’enfuirent du tombeau… et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. »
Luc. 24, 4 : « Voici que deux hommes se présentèrent à elles en habits étincelants ... Et s’en ‘retournant du tombeau, elles annoncèrent cela aux onze et à tous les autres. C’étaient la Magdaléenne Marie et Jeanne et Marie (mère) de Jacques. »
Jean. 20. 11 : « Marie se tenait prés du tombeau tout en pleurs. Donc comme elle pleurait, elle se pencha vers le tombeau et elle voit deux anges en blanc, assis où avait été placé le corps de Jésus, l’un à la télé et l’autre aux pieds. Et ceux-ci lui dirent : ‘Femme, pourquoi pleures-tu ?’ »

En ce matin de Pâques, comme à celui de Noël, deux groupes se trouvent en présence, l’un céleste, l’autre terrestre, le monde angélique représente par un ou deux anges et celui des femmes. Les anges ont une apparence masculine : certains Evangélistes disent « des hommes ». Et parmi les femmes il n’y a aucun homme.
Ange veut dire « messager », angelos en grec, maléak en hébreu. El puisque les femmes sont chargées d’un message, c’est donc qu’elles participent a la fonction angélique.

II y a, dans l’histoire de Jacob, un épisode où il est question de « deux groupes d’anges », Jacob, alors employé chez son beau-père Laban, avait reçu le message divin de « retourner » au pays de ses pères.

L’apparition de Jésus

Après l’apparition des anges, a lieu celle de Jésus :
Matthieu. 1, 9-10 : « Et voici que Jésus vint au-devant d’elles et leur dit : ‘Salut’. Elles, s’avançant, lui saisirent les pieds et se prosternèrent devant lui Alors Jésus leur dît : ‘Soyez sans crainte. Allez annoncer à mes frères qu’ils doivent s’en aller en Galilée, c’est là qu’ils me verront’. »
Marc, 16, 9-10 : « Ressuscité le matin, le premier jour de la semaine, il apparut d’abord à Marie la Magdaléenne dont il avait chassé sept démons. Celle-ci partit l’annoncer à ceux qui avaient été avec lui. »
L’Evangile de Luc ne mentionne pas d’apparition de Jésus le matin, la réservant au soir de Pâques.
Alors que, d’après Matthieu, Jésus est apparu au groupe de femmes, Marc réserve la première apparition à la seule Marie de Magdala, au matin de ce premier jour de la semaine qui, dans la tradition juive, ouvre l’ère messianique.

L’Evangile de Jean privilégie de même Marie de Magdala. C’est à elle que sont adressées les premières paroles de Jésus ressuscité : Les anges viennent de lui dire : « Femme, pourquoi pleures-tu ? »
« Elle leur dit : ‘C’est qu’on a enlevé mon Seigneur et je ne sais où on l’a mis.’ » Ayant dit cela, elle se retourna en arrière, et elle voit Jésus qui se tenait là. Mais elle ne savait pas que c’était Jésus. Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Que cherches-tu ? » Elle, pensant que c’était le jardinier, lui dit : « Seigneur, si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et moi Je l’enlèverai. » Jésus lui dit : « Mariam. » Se retournant elle lui dit en hébreu : ‘Rabbouni’, c’est à dire ‘Maître’. Jésus lui dit : « Cesse de me toucher », car Je ne suis pas encore monté vers le Père, mais va-t’en vers mes frères et dis-leur : « Je monte vers mon Père et votre Père vers mon Dieu et votre Dieu ». Vient Marie la Magdaléenne. qui annonce aux disciples : « J’ai vu le Seigneur et voilà ce qu’il m’a dit » (Jean, 20, 13 18).

Les anges avaient demandé à Marie Madeleine : « Pourquoi pleures-tu ? » Jésus ajoute : « Qui cherches-tu. » Les deux pronoms’quoi’ et ‘qui’, en grec ti et tis, l’un neutre, l’autre masculin, correspondent à l’hébreu mah et mi. Ce sont, dans la Kabbale, deux attributs divins, mah est la sefira Hokhma, la Sagesse, le Père, mi la sefira Bina, le Discernement, la Mère. Elles s’unissent en la sefira Tiferet, le fils, l’époux, le saint, beni soit-il. L’Epouse est la Sefira Malkhut, la Reine, la Fille. Ce jeu du ‘qui’ et du ‘quoi’ est familier à St Jean. On le retrouve quand les Juifs s’enquièrent de l’identité de Jean-Baptiste (I, 22) et de celle de Jésus (8, 25).

Ici Jésus a l’apparence d’un Jardinier. L’iconographie le représente en face de Madeleine, tenant une bêche dont la partie inférieure pénètre en terre et celle d’en haut porte une banderole avec les paroles qu’il adresse. L’image est la même que celle de St Georges avec sa lance, le nom de Georges, en grec geôrgos, signifiant « celui qui travaille la terre, qui agit sur la terre ». Claude Gaignebet fait remarquer qu’ici Jésus a les attributs de Caïn qui était cultivateur, alors que, dans sa Passion, il portait l’image d’Abel le pasteur. Mais, à vrai dire, déjà Noé était appelé cultivateur, « époux de la terre », ish adamah (Gen. 9, 20) et Adam, dès sa formation, avait été mis dans un Jardin où il fut plongé dans un profond sommeil. C’est de ce sommeil qu’est sortie la femme. La scène décrite par St Jean évoque celle de la Genèse, avec le face-à-face de l’Homme se relevant du sommeil et de la Femme qu’il trouve devant lui.

On a pu voir une inclusion dans le Jeu du ‘qui’ et du ‘quoi’. Il s’en ajoute une autre dans la répétition du ‘retournement’ de Marie de Magdala. Elle s’était ‘retournée en arrière’ pour voir Jésus et elle se retourne quand Jésus l’appelle par son nom. Or, au début de l’Evangile de Jean, quand, après l’interrogation sur Jean-Baptiste mentionnée plus haut, Jésus "se retourne" pour voir les deux disciples qui le suivaient, il leur dit : « Que (grec ti) cherchez-vous ? », expression complémentaire de celle de Jésus à Marie : « Qui (grec tis) cherches-tu ? »
Jésus lui dit : ‘Mariam’. Auparavant Jésus s’adressant à Marie de Magdala avait employé la même désignation que les anges : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » ‘Femme’, c’est, en hébreu ishah, formé des lettres alef (voyelle ‘I’), shin, hé. Ishah est le premier mot que prononça Adam quand il eut devant lui une partenaire, mot formé de lui-même, ish : alef (voyelle ‘i’), iod, shin, le iod qui vaut 10 se dédoublant pour donner le hé = 5. C’est pourquoi Rachi fait observer, à cette occasion, que « le monde a été créé avec la langue sainte ». Cette fois-ci Jésus lui donne le nom de Mariam. Ishah était ‘l’épouse’, Mariam est le nom de la mère de Jésus, en hébreu Miryam, mot qui contient le M initial, ouvert dans l’écriture hébraïque et pour cela, symbole de l’Epouse, Malkhut, la dernière sefïra tandis que le M final est formé comme Bina la Mère « dont les voies sont cachée » (Zohar. 111, 66 b). Il en est de même de la lettre N (nun en hébreu) dont on a vu qu’elle signifiait le ‘poisson’. Le Zohar (I, 50 b) commente ainsi les « deux maisons d’Israël » d’Isaïe 8, 14 : « La première est suprême, enfermement, l’autre se dévoile davantage. » II cloute que leurs relations entre elles sont comme la ‘grande voix’, qôl gadol, la ‘voix de Jacob’, audible seulement lorsqu’elle est sortie de la voix qui ne l’est pas. C’est cette « voix de Jacob » qui exprima le nom ‘Mariant’ pénétrant, chez Marie de Magdala, Jusqu’au plus profond de son être. Denys le Chartreux, dans son commentaire sur St Jean, dit à ce sujet :
« Marie sentit avec quelle affection et douceur Jésus lui dit : ‘Marie’, et sitôt qu’elle entendit ce nom et connut le maître, toutes ses entrailles s’émurent et son âme aussi se liquéfia à la parole de l’aimé et sa douleur suprême se changea soudain en joie Ineffable. »

« Elle, se retournant, lui dit en hébreu : Rabbouni, c’est-à-dire Maître. Jésus lui dit : ‘Cesse de me toucher (ou ‘saisir’, ou ‘retenir’).’ »

Comment Interpréter le terme "se retournant", puisque Marie doit alors faire face à Jésus qui lui parle ? La suite du texte l’explique. Marie a dû se prosterner devant Jésus, comme il est dit, dans Matthieu 26, 9, que l’ont fait les femmes « qui s’avançant, lui saisirent les pieds et se prosternèrent devant lui ». Mais dans l’Evangile de Matthieu ? Jésus venait de loin, tandis qu’ici Marie suppliait Jésus ? Donc se trouvait tout près de lui. Pour se prosterner, elle a dû faire nécessairement un mouvement en arrière et de côté, afin de lui saisir les pieds. Un tel geste a été plusieurs fois mentionné dans l’Evangile : de la part de la pécheresse de Luc, de la part également de Marie, au banquet de Béthanie. Il s’agissait de femmes que la critique actuelle n’identifie pas avec Marie de Magdala.
Marie lui dit : Rabbounl, ‘mon Maître’ et c’est alors que Jésus lui dit de ne plus le toucher La terminaison ‘i’, en hébreu, désigne le possessif. Marie veut posséder pour elle son Maître et celui-ci l’invite a se détacher encore et à remonter après la descente en entraînant les autres avec elle.

Après avoir dit à Marie : « Je ne suis pas encore monté, comme s’il voulait l’attendre, comme s’il voulait dire : Ne me retiens pas car je ne peux encore te faire monter avec moi, Jésus ajoute : Dis à mes frères : ‘Je monte vers mon Père et votre Père, mon Dieu et votre Dieu’. »
Jésus s’était adressé à Marie avec la « voix de Jacob », la voix de celui qui avait vu les anges monter et descendre sur l’échelle, image que Jésus avait reprise pour lui au début de l’Evangile de Jean : « Vous verrez les anges de Dieu montant et descendant sur le Fils de l’Homme » (l, 51) ; Marie reçoit la première vision de l’Ascension et Jésus l’associe à cette ascension qui se produit dans son être à lui et dans celui de Marie, car son Père est aussi le sien et son Dieu est aussi son Dieu.

Pour la fête de l’Ascension, l’ancien bréviaire Romain cite, aux 2° et 3° Nocturnes, des extraits des homélies des papes Léon et Grégoire qui, toutes deux, interprètent l’Ascension de Jésus comme la montée à travers des états angéliques et St Léon l’associe à celle du fidèle, « Car I’Ascension du Christ, dit-il est notre avancement (provectio), et là où a précédé la gloire de la tête, il y a l’appel de l’espoir pour le corps. Aujourd’hui non seulement nous avons été établis dans la possession du Paradis, mais encore nous avons pénétré les hauteurs des cieux dans le Christ. »

En invitant Marie à ne pas retenir ses pieds, Jésus fait de Marie l’annonciatrice de son ascension, de ce processus qu’il met en mouvement dans le coeur de ses disciples, et d’abord dans celui de la messagère. Cela n’est-il pas dans la destinée de celle qui est dite Marie de Magdala, c’est-à-dire de la ‘tour’, comme aussi de l’autre Marie, celle du Magnificat, ‘magnifiant’ le Seigneur, en hébreu tegadel mot dérivé de la même racine que Magdala ?

Jacques Bonnet
Extrait de son ouvrage « Marie-Madeleine et son mystère »
Avec son aimable autorisation.
Le 8 avril 2006