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Découverte
d’une médaille à Périllos |
Pour
situer l’endroit
Les
ruines du village abandonné de Périllos semblent vouées
à une étrange dualité entre l’abandon et quelques
désordonnés soubresauts de réhabilitation. D’un
côté, nous trouvons un bourg dont les ruines sont entièrement
à l’abandon dans leur gangue de ronciers et fourrés
épineux ; une sorte de lente agonie communale entretenue par un inconscient
collectif s’acharnant à refuser que quiconque se penche sur
le passé des lieux et de leur Histoire… C’est un peu
comme si la vérité contenue ici effrayait ceux qui en sont
les derniers détenteurs administratifs. Peut-être ces personnes
ont-elles des raisons d’être terrorisées par ce qu’on
pourrait trouver sous les vestiges visibles, ou invisibles, puisque les
anciens disaient que toute vérité, parfois, n’est ni
bonne à dire ni à entendre ? A moins, et ce serait encore
plus curieux, que ces mêmes ayants droit ne sachent rien de ce que
fut cette seigneurie oubliée… et pire, ne veuillent rien en
savoir ?
Cette lente descente volontaire, et bornée, dans les ténèbres
de l’oubli, se trouve parfois confrontée à de vagues
tentatives ponctuelles de ‘s’accrocher’ à un faux
semblant… comme celui de laisser supposer qu’ici un Phénix
renaîtrait de ses cendres. Hélas, si la noble Salamandre, autrefois
totem d’un roi, était censée y parvenir, pour Périllos
il en est tout autrement. La noblesse d’une résurrection que
l’on veut faire admettre pourrait n’être, en réalité,
qu’une opération promotionnelle dont le but est, pour l’instant,
de donner une vessie pour une lanterne. L’étrange dualité
agitant mollement le sommeil des vestiges se présente, tel le Baucent
dont elle n’aura jamais la splendeur, dans une ambiguïté
faite de ruines vacillantes et d’un vernis de rénovation accumulant
retard sur retard.
Quand
la négligence des uns fait le bonheur des autres
Cependant,
en toute chose, il y a un côté positif. L’état
de ruine, s’il attire le touriste nostalgique, évite la prolifération
des pillards en quête d’espoirs merveilleux. Une façade
de remise en état des lieux se veut valorisante. Aussi, est-il de
bon ton de débroussailler autour de l’îlot de la foi
qu’est l’église St Michel de Périllos. Ca ne mange
pas de pain et ça montre sporadiquement une volonté de nettoyage
augurant, pour certains, les prémices d’une rénovation
plus convaincante. Alors on débroussaille et on nettoie.
Nous avons vu que le nettoyage
avait radicalement ‘effacé’ les ‘croix
de clés’ dans les ruines d’une ancienne habitation.
Pourtant, nous avons vu également que cette radicale méthode
peut, dans d’autres circonstances, donner des résultats imprévus
pour les commanditaires et exécuteurs de la manœuvre. Ce fut
le cas pour la façade sud de l’église. Un énergique
débroussaillage avait libéré toute une plate-forme
d’un roncier qui jusque là nous empêchait de venir sur
ce côté. Il s’agit d’une minuscule place, sous
le niveau de l’église, sur laquelle donne l’avancée
de la petite sacristie. Cette sorte de jardin est de plein pied avec ce
qui fut une petite écurie sans doute pour le mulet du curé
local. Le hasard fait si bien les choses que les seuls arbres épargnés
par le nettoyage sont… des poiriers ! Les personnes ayant effectué
la manœuvre ne se sont pas soucié une seconde de ce qu’ils
pouvaient mettre à jour à ce moment-là. On ne peut
que rester perplexe devant cette conduite menée par des personnes,
ou associations, se vouant à la résurrection du village mort.
Cette dernière passe t-elle par la complète indifférence
de ce qui se trouve au sol et qui reste les derniers vestiges de cet hier
tant recherché.
C’est ainsi que, lors d’une promenade touristique, sur cette
petite surface, nous avions retrouvé directement sur le sol divers
objets dont le très beau petit taureau en corne. Nous avions donné
la liste sommaire de tout ce qui avait été retrouvé
à même le sol… jusqu’à ce qu’aux restes
d’un fer de lance ! La profusion de ces restes épars nous rend
septique quant au fait que les personnes ayant travaillé ici ne s’en
soient pas aperçues. Il est vrai que ce phénomène se
reproduit le long du chemin sous le bâtiment en cours de laborieuses
restaurations… et sur le lieu où furent effacées les
‘croix aux clés’. Après tout, nous ne pouvions
qu’être satisfaits de ces négligences répétitives
qui nous permettent de reconstituer les usages anciens dans le village de
Périllos autrefois. Nous pensions alors que ces trouvailles se limitaient
à ces lots éparpillés au fil des mises au propre.
Il n’en était rien car, il y a plusieurs semaines, une autre
découverte eut lieu de nouveau sur la petite esplanade. C’est
une personne qui, suivant les informations de notre site, fait une promenade
familiale dominicale et s’aventure sur le replat en question après
des journées de météo peu clémente. Les pluies,
nous le savons, ‘lavent’ le sol. Ainsi, une infime couche de
terre détrempée s’en va au fil des écoulements,
en libérant quelques cailloux et surtout de nouveaux petits vestiges.
C’est à cette occasion qu’a été retrouvée,
sur site, une très belle médaille en or sur laquelle nous
allons nous pencher maintenant.
S.
GEORGIUS
Il
s’agit d’une médaille dans un état de conservation
particulièrement remarquable. Elle est enserrée dans un cercle
par quatre pattes à trois griffes. Sur ce cercle est soudée
une petite boucle dans laquelle passe un petit anneau permettant le port
de la médaille.
Sur une face, se trouve un cavalier qui transperce un dragon de sa lance.
Autour de lui, on peut lire cette légende : « S.GEORGIUS EQUITUM
PATRONUS ».
Sur l’autre côté, une scène représente
un bateau avec sa voile gonflée. Deux personnages sont représentés
dans ce navire. Le premier au pied du mât semble penché sur
quelque chose. Le second lève les bras. Près de celui-ci,
de la nuée sortent plusieurs traits convergents. Une autre légende
entoure la scène : « INTEMPESTATE . SECURITAS ».
Les deux scènes sont prises dans une frise en bordure, faite de petites
boules en relief. Nous avons soumis cette découverte, une fois soigneusement
nettoyée, à un orfèvre. Bien qu’aucune des parties
ne soit poinçonnée, ce spécialiste assure qu’il
s’agit d’un or pur de trois teintes différentes pour
les trois parties de cet ensemble. Une fois la qualité du métal
assurée, nous avons demandé à un expert, en matière
de médaille, de nous apporter d’autres précisions. Ce
sont ces dernières que nous donnons texto ici.
L’avis
des spécialistes
«
Voici comme promis les résultats de mes premières recherches
concernant la médaille trouvée à Périllos.
Description affinée :
A l'avers: une représentation de Saint Georges à cheval terrassant
le dragon (symbole du mal), avec la légende « S GEORGIUS EQUITUM
PATRONUS » soit « Saint Georges patron des cavaliers ».
Au revers : 2 personnages dans un bateau à voile sur une mer démontée
& dont l'un tend les bras au ciel pendant que l'autre jette un filet.
La légende « IN TEMPESTATE SECURITAS » se traduit par
« en sécurité dans la tempête ».
Saint Georges était au Moyen-âge le saint patron des chevaliers
puis par extension celui de tous les cavaliers et à partir de la
fin du XVIIIème siècle, celui des militaires. Une autre tradition
fait de lui le protecteur des voyageurs (comme saint Christophe) et plus
particulièrement des pèlerins.
La scène du revers peut être rattachée à la parabole
de la pêche miraculeuse racontée dans la bible : Pierre et
Jésus sont pris dans une tempête sur le bateau de Pierre. Jésus
s'adresse alors à Dieu pour apaiser les flots et demande à
Pierre de jeter les filets à l'eau. S'ensuit une pêche miraculeuse
(qui symbolise la pêche aux âmes).
Interprétation
:
Lorsque ces deux scènes sont associées, on peut certainement
interpréter ces médailles comme des amulettes prophylactiques
emmenées par les pèlerins au cours de leur voyage pour se
protéger des dangers de la route. Beaucoup de ces médailles
ont d'ailleurs été trouvées le long de chemins du pèlerinage
vers Saint Jacques de Compostelle.
Par contre, il existe aussi des médailles (plus rares) comportant
seulement la représentation de Saint Georges terrassant le dragon
sur une seule ou sur les deux faces et qui ont été trouvées
plutôt en contexte militaire (champs de bataille ou casernements).
Dans
le cas de votre médaille, il semble qu'elle fut l'apanage d'un pèlerin
fortuné. Notez que le chemin jacquaire en provenance d'Italie et
du sud-est traverse les Corbières puis longe les Pyrénées
jusqu'aux cols du Pays basque.
Quant à sa datation, le style de la gravure ainsi que le costume
attribué à saint Georges pourrait la rattacher au XVIIIe siècle
(son armure ressemble étrangement à celle de Louis XIV sur
certaines représentations le glorifiant).
Comparaisons:
J'ai pu trouver, sans trop chercher, de nombreuses comparaisons pour ce
médaillon et j'en ai sélectionné les plus marquantes
dont je vous joins les photos. Tous ces exemplaires ont été
trouvés fortuitement et les renseignements parfois lacunaires qui
les accompagnent m'ont été fournis par leurs inventeurs respectifs.
Quant à l'intérêt de votre médaille, comme je
vous l'ai montré dans le topo que je vous ai envoyé, ce type
d'amulettes est assez courant entre le XVIIe et le XIXe mais la vôtre
sort du lot par sa qualité et le fait qu'elle soit en or.
Pour ce qui est de la présence ou non de poinçons, je vous
rappelle que leur usage ne se généralise qu'au XIXe siècle
quand l'or sera coté en bourse en tant que valeur de référence.
L'absence de poinçon sur votre médaillon n'enlève donc
rien à son intérêt ni à sa beauté ».
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Photo
no. 8
A
la suite de cette expertise, suit une série de photographies de médailles
représentant globalement les mêmes scènes, cependant
à chaque fois dans un style et un métal différent.
Visiblement, ce thème médaillé est le plus souvent
marqué sur des supports en laiton, bronze, cuivre, étain et
plomb… nettement plus rarement (une seule) en or. Nous ne pouvons
donner l’ensemble des vues en raison du fait qu’elles appartiennent
à des collectionneurs privées. Cependant, deux d’entre
eux ont accordé gracieusement leur autorisation pour illustrer le
travail de notre expert.
« n°8 : avers, revers & légendes identiques ; contexte
non précisé, étain, diamètre non précisé
».
« n°10 : avers & revers identiques mais avec légendes
abrégées ; trouvée en contexte XVIIIe or, 22mm de diamètre.
Cet exemplaire porte deux poinçons ; l'un en forme de diamant &
l'autre ‘4 S’ ».
D’autres
constats concordant
Photo
no. 10
Nous
pouvons, maintenant, apporter plusieurs autres éléments concernant
cette médaille retrouvée du sud de l’église.
D’abord, une similitude des deux patrons terrassant le dragon : St
Georges représenté sur l’avers, et St Michel patron
de l’église de Périllos précisément.
Mais ce n’est pas tout car, à cette similitude, s’en
ajoute une autre encore plus curieuse. Au revers, nous voyons un bateau
avec deux petits personnages que l’expert nous désigne comme
« Pierre et Jésus sont pris dans une tempête sur le bateau
de Pierre. Jésus s'adresse alors à Dieu pour apaiser les flots
et demande à Pierre de jeter les filets à l'eau ». Jusque
là, rien de bien notable dans cette explication. Cependant, il est
temps de nous souvenir de cette merveilleuse tradition attachée autrefois
à Périllos et qui, faute d’habitants, s’est déplacée
vers les anciens d’Opoul… et sur laquelle nous reviendrons en
détail le jour de la St Pierre. En attendant, nous pouvons dire qu’il
est question du bateau de St pierre qui s’en va pêcher au large
du Roussillon et qui remonte à Périllos au bout de trois jours.
Certes, la similitude peut être le simple fruit du hasard qui se montre
si bon enfant avec nous sur ce secteur et nos recherches. Il se pourrait,
par exemple, que ce bijou ait été simplement perdu par celui
qui le portait. En ce cas, il faut s’étonner que le propriétaire
ne se soit pas donné la peine de le chercher. Etait-il si riche pour
mépriser une pièce d’or ? Ajoutons à ceci qu’avant
le débroussaillage il était impossible, depuis des dizaines
d’années, de pouvoir accéder commodément à
ce petit terrain. Ce constat exclut d’office un touriste égaré
en mal d’exploration dans un massif d’épineux…
pour ce seul plaisir. Pour rester concret, il nous reste quelqu’un
qui se soit rendu ici à l’époque où le petit
espace était accessible sans difficulté. Cet enclos étant
fermé par une porte, il était réservé au curé
desservant et à… son mulet. On peut supposer que ni l’animal
ni le prêtre, bien que disposant de cette monture, ne portait ce genre
de médaille. On exclut aussi, à ce moment, quelqu’un
se rendant là pour profiter de la beauté du paysage, tout
comme un amateur de nostalgique tranquillité. Pour ce genre d’exercice,
les endroits, tant dans le village qu’à sa proche périphérie,
ne manquent pas.
Derniers
détails et similitudes
Il
nous reste le cas de figure d’une personne devant être là
pour une raison bien précise et qui perd sa médaille précisément
ici. Si on regarde de plus près ce bijou, on peut facilement constater
qu’il n’y a pas d’usure du système d’attache…
comme si l’objet n’avait pratiquement pas été
porté, ce qui est curieux si l’attache est neuve. On ajoute,
à ces hasards, les similitudes des St Georges et Michel à
celles du bateau de St pierre… auxquels se superpose Jésus
sur une médaille, d’une exceptionnelle qualité, retrouvée
derrière l’église de Périllos.
Puisque nous sommes derrière l’église St Michel de Périllos,
restons-y encore un peu. Nous savons que ce côté sud est le
prolongement de l’ancienne chapelle castrale. Le chevet du sanctuaire
primitif est formé par le mur d’enceinte de l’ancienne
motte féodale. Ce rempart est consolidé par plusieurs épais
renforts. A cet endroit, en regardant bien les niveaux de l’église,
du sol naturel, et de cet enclos, on observe plusieurs choses. Nous sommes
au seul endroit, entre deux renforts, pouvant permettre s’il le fallait,
le dégagement d’une hypothétique galerie basse pour
aller sous l’ancienne chapelle des seigneurs… entretenir une
sorte de ‘vide sanitaire’.
Quant au jardinet de l’écurie de la mule, on peut trouver étrange
que l’on voit quasiment en surface, après le débroussaillage,
un fer de lance, des monnaies, des médailles religieuses (celles-ci
en fer blanc) et un petit taureau en os mélangés à
diverses pièces en métal… et sans un seul fer à
mulet qui eut été pourtant la seule pièce de fer logique
sur ce terrain. Cet inventaire, à la Jacques Prévert, a de
quoi nous laisser perplexe. A la vue de ce qui est retrouvé, sur
un aussi petit périmètre, il est impossible de croire que
par hasard ici il y ait eu foule qui égare, sans s’en soucier,
des armes et des médailles en or… Ou encore, peut-on imaginer
que cet endroit soit une sorte de ‘poubelle’ ou les anciens
jetaient… des fers de lance, des médailles en or, des taureaux
en cornes ? Restons sérieux !
Pour l’instant, nous ne pouvons qu’établir une liste
de constats, d’objets et de concordance de lieu… en nous demandant,
dernièrement, pourquoi ‘on’ a fait débroussailler
le seul endroit pouvant permettre facilement d’ouvrir, sur un étroit
et bas passage, à hauteur du sous-sol de l’ancienne chapelle
castrale. D’ailleurs, curieusement, le mur en question au ras du sol
présente un éboulement, maladroitement rebouché, au
seul endroit potentiel pour ce genre de galerie… Bien entendu, tout
ceci n’est que pure spéculation et il est hors de propos, pour
nous, d’aller plus loin… ou alors avec un ou deux clichés
infra rouges et c’est ce que nous ferons prochainement.
Nous finirons notre sujet en revenant sur cette médaille. Nous avons vu qu’elle est légèrement différente de toutes celles répertoriées, bien que sur le principe elle puisse paraître être composée de manière identique. Pourtant, ne correspondant, en détail, à aucune de celles connues à ce jour, elle provient donc d’une autre matrice de frappe. Aurait-elle été fabriquée à petit nombre afin de servir, par exemple, de méreau de reconnaissance… ou réalisée en un exemplaire unique réservé à un riche aristocrate d’une caste militaire ? Sans réponses à ces ‘détails’, nous dirons seulement qu’ils convergent tous vers la chapelle castrale et certains aspects de l’énigme des Périllos que nous connaissons. Ses lettres, caractères et style anciens sur une réalisation estimée du XVIIe commémorant un événement plus ancien repris à cette époque des De Cassini, Perrault, Courtade, Delorme et de la fin des Périllos sur leurs terres oubliées? Peut-être d’autres éléments dans les semaines à venir viendront-ils s’ajouter à ceux dont nous disposons… pour nous éclairer un peu plus sur cette énigme ? Nous l’espérons.
Nous
exprimons toute notre reconnaissance pour son expertise à Pascal
V.W. ainsi qu’à messieurs « Janus » (photo
n°8) et Champaubert (photo n°10) pour nous autoriser à produire
leurs médailles dans ce texte. Les photos ‘8’ et ‘10’
sont extraites du « forum détection – passion ».
Une petite pensée sympathique aux personnes ayant nettoyé
le site et sans lesquelles nous ne disposerions pas de cette superbe découverte.
Précisons qu’une découverte fortuite en surface, et
sans l’usage d’instruments de détection de métaux,
semble appartenir à la personne qui la trouve… c’est
en tous cas ce qu’explique le législateur en la matière.
André
Douzet