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Société Périllos ©

Les monolithes dans l’affaire de Rennes-le-Château

 

L’énigme d’une civilisation perdue

L’occupation du secteur, de ce qui deviendra le Razès, remonte à l’aube de l‘Humanité. Diverses découvertes locales attestent d’une présence précoce de l’homme dans cette région, et le plateau qui nous intéresse est riche en petits sites où furent remis à jour de nombreux vestiges humains (ossements et ‘mobiliers’). De fait, le ‘culte de la pierre’ s’est trouvé mis en valeur comme en tant d’autres régions de France. On sait peu de choses, en vérité, sur les premières croyances liées au monde minéral, et seuls les témoins rocheux retrouvés çà et là permettent d’en reconnaître les détails, le plus souvent inexplicables.
En fin de compte, même avec ce que peuvent nous expliquer l’archéologie et les scientifiques, il faut bien admettre que l’on ne sait pas trop la raison profonde de ces témoins devenus muets ou amnésiques depuis des temps immémoriaux. Servaient-ils de dernière demeure pour certains notables ? Témoignaient-ils d’un culte, d’un savoir, d’une philosophie, d’une tradition ? Etaient-ils les sanctuaires d’une connaissance oubliée ? Ce dont on peut être certain, c’est que parfois ces austères gardiens lithiques héritèrent de dépouilles qui ne leur étaient pas destinées. Ces énigmes de pierres étaient-elles les ancêtres de sphinx interrogateurs, ou parfois… ‘Dévorateurs’, sur le devenir de l’Humanité ? Quelle obscure civilisation laissa sur le passé de nos contrées, et sur notre planète entière, l’empreinte de son savoir et ses connaissances ?... et disparut aussitôt après en avoir figé le temps?
Si personne ne peut rien dire avec certitude, il semble en tous cas certain que nombreux soient ceux et celles qui, au fil des temps, se soient interrogés ou ‘fait piéger’ sur ce ‘pourquoi’ resté farouchement insoluble. Ce fascinant sujet est si vaste que nous ne pouvons même envisager de vaguement le survoler en ouverture de ce chapitre. Pour l’instant, modestement, nous nous contenterons de ‘cerner’ ce qu’il est possible de retrouver, à ce sujet, sur le théâtre des éléments liés à l’affaire qui nous intéresse.

Des mégalithes dans l’affaire de Rennes-le-Château

C’est donc par le secteur de Rennes-le-Château que nous entamons ce chapitre, puisque, concernant celui de Périllos, nous avons déjà ouvert ce riche thème depuis longtemps. Pour visiter ces témoins énigmatiques, qui chaque fois nous interpellent de manière ou d’une autre, nous commencerons par celui qui est le plus accessible de tous. Ainsi, tout un chacun peut le contempler à loisir et sans grande difficulté car le bloc rocheux se trouve précisément à côté de la mairie du village.
Le flot touristique se limite généralement au périmètre de l’église et du domaine de l’abbé Saunière. L’intérêt, en la matière, ne comprend pratiquement jamais l’ensemble du village… fort heureusement pour la tranquillité des habitants. Tout au plus certains poussent-ils timidement jusqu’à l’ancien chemin, sous les murs du château et du cimetière, dans le cadre de leurs investigations ou découverte du site. Nous constatons ce phénomène de ‘masse’ particulièrement en ce qui concerne l’église primitive (St Pierre aux liens) de la paroisse de Rennes que peu de chercheurs connaissent ou à laquelle peu portent un intérêt qui, pourtant, s’avérerait largement récompensé ! Au demeurant, les vestiges de cet édifice roman se trouvent proches de la nouvelle et belle mairie de la commune qui ne semble pas, non plus, offrir de curiosité notoire à nos amateurs d’énigmes. C’en est bien dommage car un petit détour par ce bâtiment récent permettrait de découvrir facilement un bien étrange mégalithe.
C’est à droite de l’entrée de la mairie que se situe un abri, édifié récemment, qui protége l’énorme bloc rocheux… objet de notre chapitre. Il s’agit là d’un mégalithe indéniablement remanié de main d’homme.

Mais où était donc le mégalithe ?

Il est utile de dire, avant tout, que ce témoin lithique ne s’est jamais trouvé sur le site même du village ou le plateau de Rennes-le-Château. Tout comme il est faux qu’il fût remis à jour lors de récents travaux de terrassement, comme certaines rumeurs en font état parfois. En vérité, le bloc se trouvait en pleine nature, comme plusieurs autres que nous verrons plus tard. Au fil des temps, et surtout de la sottise des hommes, il avait été basculé dans une petit ravin par quelques chercheurs indélicats… comme à l’habitude atteints des fièvres ‘Rennes-le-Châteauéennes’… en raison d’obscures légendes faisant état d’une trésor dissimulé dessous. Scandalisée par cet acte, il semble que ce soit la mairie - et plus particulièrement monsieur le maire - qui prit la décision et l’initiative de faire déplacer le mégalithe afin de l’extraire de sa situation précaire et le mettre en sécurité près de la mairie.
Certes, les habituels grincheux diront à propos de cette manœuvre qu’il ne fallait rien déplacer et tout laisser dans l’état d’origine. Nous répondrons que sans doute, en ce cas, c’est le mégalithe entier qui serait entré dans la légende car plus personne ne l’aurait situé… Ou, pire encore, que ce vestige des temps oubliés pouvait être éclaté par quelques prétendus chercheurs, avides de le dépecer pour en emporter des morceaux en forme de trophées de chasse au trésor… sans oublier, également, des déprédations consistant à ajouter des signes personnels ou gravures douteuses aptes à conforter quelques thèses fumeuses.

Où il est question d’un « Bloc gravé préhistorique »

Nous ne pouvons, donc, qu’applaudir à cette initiative dont le seul but était de sauver ce témoin de l’oubli et de l’idiotie tout en le mettant à la portée de ceux, et celles, souhaitant en prendre connaissance.
Un panneau fixé sur la poutre de l’abri décrit sommairement le vestige :

 

Bloc gravé préhistorique

Sur ce bloc creusé d’un bassin naturel, ont été réalisés,
par martelage au silex une dizaine de signes cruciformes : 3 croix
sur triangle et 8 croix simples
Il s’agit de représentations anthropomorphes représentant des
silhouettes humaines stylisées, selon les conventions de l’art
schématique préhistorique. Elles sont caractéristiques du
néolithique du sud de la France et dateraient de 4000 à 4500 ans

Son emplacement d’origine se trouvait en surplomb de la ‘Vallée de Couleurs’ pas très loin de la grotte site de ‘la Madeleine’, elle-même au-dessus du ruisseau de Couleurs, sujet sur lequel nous avons présenté un article précédemment. On peut résumer son ancienne localisation en disant qu’elle se situait dans le secteur du hameau de ‘Païlheres’ (avant Granes), soit vers la ‘vallée des Bals’. Ce surplomb semblait occupé par plusieurs autres roches (encore en place), moins spectaculaires mais ornées de croix du même type que celles du bloc en question. On peut donc parler d’un ensemble mégalithique avec son autel. Ceci évidemment n’a rien d’extraordinaire si ce n’est qu’il s’inscrit dans le site de Rennes-le-Château et son mystère sans pour autant y participer forcément. D’autres détails, cependant, méritent encore notre attention. Les signes cruciformes, ou simplement en forme de ‘barres droites’, sur les autres pierres, auraient été gravés de telle sorte qu’ils soient visibles seulement au moment du soleil couchant. Evidemment, nous ne saurons sans doute pas si les gravures sur le mégalithe déplacé étaient faites pour se ‘lire’ aussi sous la lumière du crépuscule… mais pourquoi ne pas le supposer ?

Un site oublié mais énigmatique

Revenons encore un peu sur ce site oublié dont le secteur le fut peut-être moins que nous pouvons l’imaginer. En effet, nous ne sommes, à cet endroit, pas très loin de vestiges d’une construction effondrée dont l’épaisseur des murs (pour ce qu’en montrent des fondations proches d’un mètre d’épaisseur) était anormalement excessive pour un simple bâtiment perdu dans la campagne. De plus, ce qu’il reste des ouvertures montre qu’à un niveau il s’agissait plus de ‘meurtrières’ que de fenêtres ordinaires. Cependant, il peut s’agir d’une sorte de petite ‘redoute’ avancée ou d’un poste de contrôle correspondant à l’ancien village de Rennes… Une autre ruine, à proximité, nous est plus connue que la première. Il s’agit de celle dans laquelle furent mis à jour des restes de statuettes en or, partiellement fondues. Certes, il serait téméraire de faire l’amalgame entre ces bâtiments, leurs raisons, ce qu’on a pu y retrouver (sans avoir d’informations sur tout ce qui fut sans doute récupéré et dont nous ignorons tout), le site mégalithique, et surtout son autel monolithique… Cependant, bien que sans doute il n’y ait pas de lien direct entre ces éléments, nous pouvons toutefois supposer une autre hypothèse. En effet, si un dépôt a été caché sommairement dans la précipitation d’un événement, il fallait, pour en retrouver l’emplacement, un point de repère capable de supporter les épreuves du temps… un énorme bloc rocheux sur un promontoire par exemple ! De plus, les gravures dont il est orné pouvaient lui assurer une sorte de protection. D’abord, une superstition populaire souvent attachée à ce genre de pierre préhistorique, et ensuite un respect religieux du fait de la série de croix formant le motif essentiel de décoration. Dans les deux cas, il devait y avoir lieu de croire ce témoin archaïque hors d’atteinte d’actes destructifs… c’était mal connaître l’idiotie humaine en matière de déprédation.

Effacement volontaire ou vandalisme gratuit ?

Mais, après ce constat sommaire, il serait pertinent de se demander si le fait d’avoir basculé le mégalithe au fond d’un ravin est un acte de vandalisme irresponsable et gratuit ou… volontaire ? Nous pouvons, dans ce cas, supposer qu’effectivement le fait ‘d’effacer’ ce témoin peut signifier que le but final était peut-être de supprimer un ‘jalon’ indispensable pour identifier un point précis. Mais en ce cas lequel ?… celui permettant de localiser un dépôt, un cheminement, ou seulement un élément important dans l’affaire qui nous intéresse ?... ou simplement de retrouver ces objets d’or qui furent partiellement fondus au fond d’une construction oubliée à proximité d’une autre à l’aspect fortifié ? Même si ces théories ne sont pas les meilleures, elles ne sont pas forcément les plus mauvaises ou délirantes, et demandent probablement au moins une réflexion… et la reprise d’une recherche minutieuse sur l’emplacement de ce mégalithe et ses gravures. Sans doute cette enquête pourrait-elle nous réserver quelques surprises !? Comme, par exemple, nous apprendre (depuis, pourquoi pas, d’anciens documents terriers retrouvés en Italie…) que nous sommes face à une roche ayant servi, il y a des siècles, de borne limitrophe à deux ou trois territoires dont les maîtres et confins sont oubliés à présent.

Des représentations anthropomorphes ?

Après avoir survolé l’emplacement du monolithe sur le terrain, et sa probable réutilisation, poursuivons l’observation de ses gravures.
Fort heureusement, la chute de ce bloc ne l’a ni éclaté ni même amputé de ses inscriptions. Ces dernières méritent que l’on s’y arrête. L’inscription sommaire ajoutée sur la poutre de son abri nous parle de « gravures cruciformes, dont trois sur une base triangulaire ». Sur ce type de tracé, nous pourrions abandonner l’idée d’une représentation anthropomorphe. En effet, si pour une simple croix cette possibilité est acceptable, elle ne l’est plus si un triangle lui est ajouté à sa base. En échange, nous retiendrons que c’est ce genre de dessin qui se trouve sur le pilier d’un local, prétendu ‘boulangerie’, de la chartreuse de Ste Croix en Jarez… dont le passé rejoint le fond de l’énigme de Rennes-le-Château. On retrouve également ce motif sur un tableau de fenêtre du château cathare d’Albière. Mais tout ceci n’est probablement qu’un hasard… Ce sera la providence, bien entendu, si sa forme générale nous fait irrésistiblement songer au ‘palet de Sem’, dans la vallée de Sos, qui pointe la direction du Montréal et la grotte contenant la peinture du Graal… souvenir si cher aux cathares (Albière ?) et à un certain Joseph d’Arimathie. Il s’agirait alors de classer ce mégalithe dans la catégorie des dolmens dont la ‘table’ fut séparée de ses ‘porteurs’… comme celui, éclaté lui aussi, qui surplombait la chapelle de Sainte Barbe à Périllos.
Certes, toutes ces roches, très légèrement remaniées par l’homme en des temps si lointains qu’on en a perdu la notion, ne peuvent être considérées comme intégrées, à leur érection, dans la trame d’une énigme qui prendra naissance des siècles plus tard. Ce serait irraisonnable. Cependant, il est envisageable que ces roches, déjà en place, aient servi de points de repère en raison de leur possible tradition avec le fond d’un culte repris à la fin de l’Antiquité par exemple… pour l’édification d’un sanctuaire aux raisons immédiatement occultées. Pourquoi pas ???

Un instrument de visée ou de sacrifice humain

Comme on peut le constater sur place à Rennes-le-Château, le monolithe a sans doute été dégrossi (on distingue par endroit les traces de retaille) jusqu’à lui donner une forme vaguement parallélépipédique. La roche est d’une nature qu’on retrouve en général sur le secteur des deux Rennes. La seule petite particularité est une large trace d’oxyde, ocre rougeâtre, que l’on peut voir sur la face opposée à l’écoulement du bassin. Celui-ci est peut être d’origine naturelle mais visiblement remanié de manière à provoquer l’évacuation d’un fluide. De cette trace ‘rouge sang’ et de la grande cupule dite ‘sacrificielle’, l’hypothèse commune, et superstitieuse, d’une pierre dite « à sacrifices humains » s’est peu à peu imposée… ce qui est loin d’être une certitude, comme on peut le voir aux Roche de Marlin, au-dessus de la fameuse chartreuse de Sainte Croix en Jarez.
Ensuite, nous prenons les croix simples parsemant le dessus du mégalithe. Nous en dénombrons neuf et non huit comme l’indique le petit panneau explicatif. De dimensions chaque fois différentes, elles ne semblent pas répondre à un ordre, un format ou une distribution particulière, mais plutôt à un remplissage ponctuel.
L’aménagement se répartit en une zone de chaque côté du bassin à écoulement. La plus grande partie, très plane, comprend la plupart des gravures, dont celles sur une base triangulaire (une seule l’est parfaitement), en opposition à l’autre composée d’une surface plus étroite où se trouvent seulement deux des gravures.
Une de ces dernières se distingue particulièrement par le fait qu’elle soit nettement plus conséquente que toutes les autres. Cette gravure profonde et large est également la seule à montrer une croix aux branches légèrement évasées à leur terminaison. La base s’achève directement à l’extrémité de la roche en un creux ou écoulement profond.
Ajoutons qu’en lumière ‘arasante’ (peut-être au couchant) la forme paraît s’inscrire imperceptiblement dans une sorte de carré creux. Elle est également la seule entourée de petites cupules (4 ou 5) à la forme indiscutablement taillée de main d’homme. Ces détails rassemblés en un seul point du bloc ne pourraient-ils pas avoir eu pour mission de ‘s’orienter’ sur une direction particulière ? Cette dernière croix, plus prononcée et profonde que toutes les autres, ne peut-elle pas avoir été, soit considérablement agrandie bien plus tard que les autres au tracé plus superficiel… soit résolument ajoutée, puis inscrite dans ce léger carré semé de petites cupules, de manière à accrocher le regard sur un point précis ?... une direction par exemple ? Le saurons-nous un jour ? Toujours est-il qu’il y a bien un côté peu occupé par les gravures (deux croix seulement et toutes deux finissant au bord de la roche) sur lequel ‘on’ a pu vouloir attirer l’attention du visiteur averti… averti oui… mais de quoi ?

Une conclusion en forme de questions

Beaucoup de questions posées qui resteront sans doute sans réponse. Face à ces vides, nous ne pouvons qu’émettre des suppositions. Nous pouvons en échange chercher à savoir si ce site mégalithique est relié aux autres sites du même ordre dans la région ; époque, mise en place, usage, etc… Nous soulignerons ici le fait que plusieurs points ‘mégalithiques’, bien connus (réels ou moins), se situent particulièrement sur le périmètre de Rennes-les-Bains et de Serres. Ajoutons l’observation que ces derniers sont bien souvent censés être en corrélation avec l’affaire Rennes-le-Château - Saunière et ses dérives. Celui qui nous intéresse ici, nettement moins connu mais dans son état naturel, pourrait-il s’inscrire à son tour dans la périphérie ‘mégalithique’ de l’énigme ? C’est ce que nous tenterons d’élucider au fil des prochaines approches de ce vaste sujet.

André Douzet

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