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Encore
un p'tit verre, monsieur l'abbé ? |
Des thèmes qui intéressent
Il
y a près d'un an nous entrions, sur nos colonnes du site Société
Périllos, un article ayant pour titre "Encore un p'tit verre,
monsieur l'abbé ?". Il s'agissait là de la présentation
de "La Micheline", une liqueur dont les origines remontent au
IVème siècle, remise en valeur au XIXème siècle,
dont l'abbé Saunière était particulièrement
gourmand et grand consommateur devant l'éternel.ux de la rampe
et ensuite sous d'autres cieux plus resplendissants.
Si
cet alcool digestif relativement doux (titrant à 35°) fut la
véritable coqueluche des bars régionaux, nous le pensions
disparu des chroniques et des comptoirs... En effet, avant nous quasiment
aucun des chercheurs RLCéens ne s'en était vraiment préoccupé,
si absorbés qu'ils étaient tous par d'hypothétiques
recherches de clés secrètes et obscurs chiffrages ouvrant
l'accès au trésor de l'abbé mystérieux. Il semble
ensuite que nos travaux, nos sujets d'enquêtes, largement critiqués,
fassent souvent quelques émules, parfois jusqu'à ceux, celles,
qui souvent n'hésitent pas, avant de nous 'pomper' discrètement,
à nous canarder en aigre et doux, comme il se doit pour ce goûteux
volatile. Avant d'en revenir à cette gourmandise alcoolisée
nous allons faire un petit détour par quelques uns de nos thèmes
qui par le plus grand des hasards, mais vraiment un pur hasard car personne
ne saurait nous plagier évidemment, se trouvent mis sous les feux
de la rampe et ensuite sous d'autres cieux plus resplendissants.
Nous prendrons, à cet effet un vrac d'entendus ça et là tartinés par on ne sait qui... Tout d'abord ce sont nos petits débuts sur l'apparition d'un procurateur romain dans l'arrière scène des extensions de ce qui devint très vite "l'affaire Jésus" dans l'énigme de Rennes-le-Château. Ensuite bien logiquement, puisque cet élément doit rester en famille, arrive son épouse Claudia, fille convertie au christianisme naissant du maître de la Narbonnaise romaine... qui fait les frais du pompage. Après, c'est encore mieux car il s'agit d'un reliquaire déposé à la Sainte Baume. Là on se demande bien qui pourrait revendiquer la primeur sur cette curiosité connue depuis près d'une vingtaine d'années par quelques spécialistes en la matière. Nous en avions fait mention à un scénariste déjà dans les années 2000 qui devait exploiter cette image pour un documentaire. Ensuite nous avions eu quelques contacts sur ce sujet avec un descendant du maître de l'atelier lyonnais qui en avait assuré l'élaboration... A ce propos quelques petites surprises n'ont semble-t-il pas été mises en évidence alors qu'elles apportent un éclairage curieux à qui pourrait y trouver... chaussure à son pied dans les hauts quartiers de Saint Yrénée et Saint Just Point-du-jour. Nous assurerons la présentation de ces informations et documents prochainement dans nos colonnes afin de donner la teneur de ce que nous avons.
C'est ensuite qu'on entend une rumeur suggérant la reprise d'un remarquable travail de notre ami Georges Kiess entré il y a longtemps sur notre site et qui tout à coup se retrouve submergé dans une bande passante qui en empêche la mise en valeur pourtant bien méritée... C'est en relisant cet article que le lecteur minutieux verra que ce travail, des plus intéressants, est livré en pâture émaillé de coquilles. Nous ne saurions trop conseiller à Georges dorénavant de proposer des textes sur les escargots, les huîtres, les bulots et autres Saint Bernard. Bref, passons sur d'autres petits traits riches en similitudes diverses mais vraiment variées... pour arriver au thème éthylique de La Micheline. Ca ne coûte pas cher et ça fait toujours plaisir !
Ne prêterait-on vraiment qu'aux riches? Il y a tout lieu de le croire.
Sainte Madeleine, Michel
Sabatier ou... Séduisante Micheline ?
Sur
notre première approche de La Micheline auraient été
apposés plusieurs doublons. Par exemple, puisque la consommation
de cette dernière par l'abbé Saunière ne semble pas
suffire à justifier le lien vers son église, le chausse-pied
fut sorti pour que ça entre de gré ou de force dans la petite
pantoufle de vair. C'est ainsi que l'on présente l'image affichant
une publicité extraite des colonnes d'un journal local de l'époque
de Saunière. Sur celle-ci on voit une bouteille de Micheline à
côté d'une femme la regardant fièrement en tenue de
'guerrière' antique (puisque nantie d'un casque gaulois ailé)
parée d'une très longue et superbe chevelure. Armée
d'une lance et d'un bouclier, elle se dresse près de la bouteille
avec en arrière-plan la ville de Carcassonne.
On retrouve la même scène sur un papier à en-tête ainsi que sur une sorte de carte de commande ou de visite disponible sur le net. Rien de bien ébouriffant si ce n'est un détail qui se retrouve, de gré ou de force, monté en épingle pour les besoins de la cause. Ce détail est le chiffre de Michel Sabatier présenté comme dans un sceau de cire entouré d'un texte vantant la "vieille liqueur exquise". Et ce sceau, aux initiales de 'M.S.', serait interprété ni plus ni moins comme le pendant d'un autre monogramme ornant l'église de RLC en hommage à sa patronne Sainte Madeleine... d'où un S.M. suggérant une étroite connivence entre M. Sabatier et l'uvre picturale voulue par Saunière pour son église. Comment n'y avions-nous pas pensé avant ? Le problème est que le chiffre répété au pochoir dans l'église est d'un modèle courant comme on en voit des similaires dans toutes les églises placées sous le vocable des saints et saintes Marie, Marc, Maurice, Madeleine (évidemment), Mathieu, Marthe, Marcel et autres Michel... sans que pour autant ces sanctuaires soient des lieux secrets fourbis par Saunière et Sabatier qui, en effet, étaient en étroite relation...
Un
M.S. en entrelacs de couleur bleue
A
propos de ce dernier personnage gageons que tout n'a certainement pas été
révélé sur ses intérêts. Par intérêts,
nous entendons commerciaux avec le département de la société
Cabanel et ses produits de comptoir... puis nous entendons bien sûr
d'hypothétiques profits ou projets qu'il put y avoir avec Saunière
et qui forcément étaient autres que ceux d'un représentant
envers un de ses clients privés, même s'il est privilégié...
Enfin, il y a cette possible production que peut concevoir cet homme appartenant
à une certaine mouvance dont la chambre, dite 'du milieu', se décline
en bleu ! Cet aspect, cette relation, à notre connaissance personne
ne l'a complètement abordé... sauf de très loin et
avec
un sautoir qui sauta vite à nouveau dans l'oubli. Quant à
nous, nous y avons eu accès par certains documents de mademoiselle
Lucienne Julien qui ne pouvait être mieux placée sur Carcassonne
pour en savoir plus sur la question.
Il est donc tout à fait possible que le lien entre Saunière et Sabatier (S.et S. ?) soit en effet assez étroit mais pas du tout axé sur l'aspect d'entrelacs entre des lettres S et M encore que nous pourrions jouer sur le mot 'entrelacs' et les lacs entendus dans ces fameuses sociétés où se lient et se délient certaines attaches plus souterraines et fraternelles. Ajoutons encore à propos de Sabatier qu'il ne desservait pas, en spiritueux, uniquement le curé de Rennes mais bien d'autres religieux sur le Razès, et non des moindres, comme on peut le comprendre en survolant certaines archives...
Un
fumigène en forme de commerce et mécénat
De
fait, le commerce crée des relations tout comme le fait d'être,
puis d'avoir été, un agent du fisc dans cette région.
Le microcosme qu'il avait fait naître autour de lui finit de l'introduire
au sein d'alcôves et ateliers lui permettant de naviguer où
bon lui semblait... et surtout là où bon semblait à
ses congénères de le faire louvoyer selon le besoin. L'écran
de fumée devenait parfait et l'homme discret passait toujours derrière
l'image nettement imposée comme celle d'un homme d'affaires. A celui-ci,
étonnamment tout réussit, d'autant plus qu'il sut se rendre
des plus populaires, et mécène puisque c'est lui qui finance
pendant une quinzaine d'années toutes les fêtes publiques.
Parmi celles-ci se distingue surtout le premier embrasement de la Cité
en 1898, ainsi que le lancement du théâtre antique de la Cité....
une main lave l'autre auraient dit nos anciens !
Quant à la Micheline, il faut bien avouer qu'elle avait une sérieuse réputation d'excellent digestif puisque les bons de livraisons s'étendent jusqu'à la région lyonnaise où certains 'salons privés', bijoutiers et grandes familles de la colline du Vème arrondissement ne savaient jurer spiritueux autrement que par cette Micheline. Il est vrai que bonne réputation vaut mieux que ceinture dorée en toutes matières.
Toujours est-il que Michel Sabatier est également un érudit quelque peu collectionneur de documents puisque c'est lui qui se fait remettre, dans d'expéditives conditions, le texte du parchemin permettant de recomposer la liqueur wisigothe du IVème siècle. La chance qu'il a de se trouver au bon moment, et au bon endroit, en matière de vieux documents et vieux éléments historiques est des plus considérables.
La cassette d'Orgon
Et il faut avouer qu'elle le sert bien cette chance, puisqu'en bonne fille, elle lui permet ensuite d'acquérir quelques vieux écrits puis un document, dont il ne sera pas peu fier, relatif à ce qu'on a appelé 'La Compagnie', vers 1627. Cet étrange mouvement qui aurait eu dans ces devises celle-ci déclarant que "la première voie qui forme l'esprit de la Compagnie et qui lui est essentielle est le secret"... voulant par cette phrase, pour les profanes, illustrer la sainte hostie. D'autres plus tard feront leur cette sentence. Nous n'oublierons pas que cette 'compagnie', appelée par ailleurs 'Cabale des Dévots', aurait impliqué de près ou de loin quelques personnalités comme Vincent de Paul, Olier, Anne d'Autriche, Richelieu, Pavillon, Mazarin et enfin les frère Fouquet.
Mais, un dernier instant, revenons à la peu connue marotte collectionneuse de Michel Sabatier. Les documents qu'il récupère (pour le seul plaisir des yeux et du toucher n'en doutons pas) ne pourraient-ils pas être une partie oubliée, perdue ou recopiée alors, du contenu de la 'cassette d'Orgon' pouvant se rapporter à une certaine illégitimité de certains rois... comme le sous-entendrait le marquis d'Argenson ? Peut-être une partie de la réponse pourrait surgir si on se penchait sur les couleurs politico-philosophiques de l'homme au monogramme frappé de S et M entrelacés. Et pourquoi ne pas regarder dans cette direction au point où nous en sommes ?
Une
affiche géniale
Sans
pour autant quitter La Micheline, bien plus porteuse d'éléments
curieux que de degrés d'alcool, nous n'allons pas tarder à
nous éloigner de Carcassonne et de son généreux mécène.
Au moment de dire "ce n'est qu'un au revoir", c'est vers les trois
sujets réunis que notre attention se porte en regardant une dernière
fois une publicité d'apparence anodine mais à l'attraction
tapageuse.
A l'occasion de son spectacle -qui fit référence dans les annales artistiques régionales- le 'directeur' (terme employé aussi pour les A.A.) de la Micheline, fort en art et milieu médiatique, commande à Jean-Paul Laurens en 1910 une grande affiche représentant un incendie dévorant la cité. Tout en haut, la forteresse s'embrase dans la nuit, tandis qu'au premier plan une embarcation s'avance vers l'ombre.
Une dizaine de passagers est disposée à bord et les deux premiers, à l'avant, semblent porter un toast à ce spectacle en levant haut leurs verres remplis de Micheline, n'en doutons pas. Au pied du mat, une femme debout les cheveux au vent, lance ses bras vers l'embrasement dans un geste rituel de prêtresse antique. Son ombre se porte sur la voile gonflée sur laquelle on peut lire :
LA MICHELINE
DE L'ANTIQVE CITE
DE CARCASSONNE
EST LA
REINE
DES
LIQUEURS
Le texte évidemment est simplement publicitaire et, à priori (à mois que...), nous n'y trouverons rien de bien révélateur sauf un détail porté sur la voile de la barque. Précisément, cette dernière est gonflée à contre-sens et devrait faire reculer l'embarcation au lieu de la propulser vers la cité.
Il ne s'agirait là que d'une inversion faite pour les besoins de la mise en valeur du texte... nous dirons les grincheux de services. A première vue nous sommes d'accord avec eux ; mais à première vue seulement, car voici que la cité aussi est inversée par rapport à la rivière de l'Aude. Certes il n'y a toujours pas là de quoi fouetter le chat qui passe lentement par là. Enfin voici qu'une troisième inversion s'offre au regard du chaland et cette dernière est difficile à contester. Il s'agit du fanion battant au sommet du mat de la barque. S'il se déploie lui aussi à contre-courant, mais dans la direction où souffle le vent, le texte qui le couvre... se lit entièrement à l'envers : "REITABAS lehciM à", soit à l'endroit "à Michel SABATIER"... ce qui est logique si on veut rendre à tout seigneur tout honneur.

Mais, une fois l'honneur rendu on se demande bien pourquoi un texte est à l'endroit sur la voile et l'autre à l'envers sur le fanion. Bien entendu on dira que ce n'est qu'une erreur sans la moindre importance. Cependant, on peut commencer à se demander si cette affiche, devant être placarder de partout à l'occasion des festivités, ne pouvait pas le cas échéant servir pour passer un message qui vaut bien celui des chiffres entrelacés M et S ! Que l'on se rassure sur le plan des inversions concernant La Micheline et son "Directeur", nous sommes en mesure d'en aligner d'autres et des plus croustillantes. Néanmoins, pour l'instant, il ne nous semble pas utile d'en dire plus sur ce personnage et ses annexes, qui sut se placer sans bruit, avec efficacité et sympathie, auprès de son ami Bérenger Saunière, prêtre à Rennes-le-Château.
Micheline
et St Michel ?
Nous pourrions considérer ce petit travail terminé dans sa forme. Cependant, pour dériver doucement vers Michel Sabatier, comme nous nous sommes fait véhiculés par La Micheline, il semble de bon ton de finir sur son propos, ou à peu près.
Cet été, alors que nous étions invités à visiter le Mont Saint-Michel, nous avons pu trouver quelque chose de curieux dans un commerce de produits régionaux.
Sur
un étal se trouvaient des alcools locaux particulièrement
appréciés des touristes. Cependant, ce fut surtout un rayon
inaccessible aux acheteurs qui attira alors notre attention. Quelle ne fut
pas notre surprise d'y voir des bouteilles en terre cuite portant une étiquette
avec le titre inscrit en lettres gothiques :
LA MICHELAINE
Grande liqueur
Renseignements pris, ce produit n'est plus commercialisé mais l'a été -avec succès- à peu près au momentde gloire de La Micheline de Carcassonne. Bien entendu la 'marque' est à une lettre près (le A de Michelaine) la même que celui du digestif qui nous intéresse dans le Languedoc. Le titre d'alcool en est plus élevé également avec 40 unités contre 35 pour La Micheline. Quant au goût et aux ingrédients de base, il est curieux qu'ils soient assez proches dans les deux cas, tout comme la couleur et la préparation.
A notre question sur le pourquoi de ce nom, il nous a été répondu laconiquement qu'il provenait de Michel archange gardien du mont sacré et des hauts lieux... ce qui semble logique à première vue, encore qu'on puisse argumenter que le A pouvait être remplacé par un E ou simplement être présenté sous le nom de Micheline. On peut exclure à ce stade toute idée de concurrence car les producteurs de La Michelaine ne connurent jamais ceux de Carcassonne et vice versa comme nous en nous en avons eu confirmation il y a peu de temps. Ajoutons qu'à cette époque les marques déposées ne disposaient sans doute pas des protections actuellement en vigueur et qu'une étiquette n'était pas soumise à une enquête sévère d'antériorité pour des produits très localisés de ce genre.
En revanche, il est bien possible que le digestif montois soit le plus ancien des deux, ce qui là encore ne signifie rien de probant et nous pourrions fermer cette page digestive en la considérant seulement comme une amusante curiosité issue du hasard le plus pur. Sans doute ! Néanmoins, nous ne devons pas passer sous silence un ou deux détails même si sans doute ils restent sans importance.

Dans cette région, quasiment aux antipodes du Razès, se sont trouvés plusieurs ecclésiastiques, où laïques, notables, connus pour avoir approchés, même involontairement ou en toute innocence, l'énigme de Périllos et RLC... voire des personnages ayant été au plus près de l'abbé Bérenger Saunière et de son ami Sabatier. C'est ainsi qu'on trouve à la préfecture de Saint Lô, un Bernard Proulet, attaché au service des transformations et contrôles des droits d'accise et congés relatifs aux alcools. Il demande et obtient sa mutation dans un service identique de l'Aude, sous l'effet de la bienveillance d'un certain... inspecteur des finances de Carcassonne, peu avant l'époque où La Micheline wisigothe sortira de l'oubli. Bien entendu, nos grincheux nous expliquerons qu'à ce moment-là le hasard était de permanence et nous serons bien obligés, même en traînant des pieds, de l'admettre malgré l'étonnant faisceau de convergence qui s'offre à notre étude. Chacun dès ce moment fera de ces éléments ce que bon lui semble pour forger sa propre opinion, la nôtre étant déjà faite.
André
Douzet
11
novembre 2009
Une
fois encore, nous remercions Marie-Ange et Jean-Marc, gardiens et maîtres
de l'étourdissante magie de ces lieux d'un autre temps, pour leur
sympathique patience et leur gentillesse à répondre à
nos questions et demandes de documents. (Établissements Cabanel 72,
allée d'Iéna -11000 Carcassonne).
Attention, l'abus d'alcool est dangereux pour la santé de tous y compris celle des chercheurs 'Sauniériens'. La Micheline se consomme glacée, mais quoi qu'il en soit avec modération !
NB : on relira pour compléter ce texte ceux, précédents: -
Le T.C.F. Bérenger Saunière,
prêtre ? |