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Société Périllos ©

Les mines fantômes du secteur de Périllos
(1ère partie) - Un étrange grand nettoyage par le vide du passé minier

 

Un correspondant

Depuis plusieurs mois, certains de nos correspondants engagent une recherche géologique et topographique sur les terres de Périllos, dans le secteur particulier de ses anciennes mines.
Ce travail de prospection, engagé depuis plusieurs années, représente une très importante somme d’études en archives et sur le terrain pour plusieurs raisons. La première est surtout que ces exploitations se trouvaient dispersées sur un territoire localisé dans un secteur éloigné des dessertes et anciens accès routiers. Ensuite, à l’époque de leur activité, les sites miniers étaient dégagés, au moins sur leur carreau, et munis de voies d’accès pour l’arrivée des matériel et outillage indispensables aux ouvriers ainsi qu’à l’expédition des produits extraits, qu’ils soient bruts ou sommairement dégrossis. L’ennui est que dès leur cessation, il semble, et c’est pour le moins curieux, que ces sites miniers disparaissent totalement de la circulation sur tous les plans. On ne trouve jamais trace des extractions, commercialisations ou archives et c’est déjà assez curieux. C’est curieux car en principe, que ce soient les minerais ou la houille, les produits étant achetés par des grossistes sidérurgistes ou métallurgistes, on trouve toujours des traces de transactions, de quantité ou qualité… Là, nous sommes face au vide le plus absolu en la matière et, si c’est assez étonnant, nous trouverons encore plus curieux plus loin.
Certes, à ce stade des constats, on peut avancer dans la logique des choses que sur le terrain la disparition des carreaux s’explique avec plusieurs raisons. La première serait que les concessions et droits, s’ils permettent de s’enrichir sans crainte que des concurrents s’implantent illicitement sur une parcelle, donnent aussi des devoirs. Ces derniers sont ceux de la responsabilité en cas d’accident, ou autres déboires, pouvant survenir sur un site abandonné, tel des enfants jouant dans une galerie non sécurisée s’écroulant sur eux… sans parler des sapes s’inondant lentement et représentant de réel dangers de noyades dès que les eaux d’infiltration ne sont plus pompées ou évacuées. Pour ces raisons, il est logique et prudent de fermer un accès de manière à ce que même un animal ne puisse s’y introduire. Souvent l’usage d’explosifs offre une solution radicale, efficace mais irréversible. Ces finalités expéditives étaient toutefois réservées le plus souvent à l’obstruction d’entrées et sapes horizontales, ou presque. Pour les ouvertures, en forme de puits, le remplissage de la fosse de gravats ou scories donnait d’excellents résultats de fermeture, et de nettoyage, des déchets de surface, ceux-ci servant alors de matériaux d’engorgement et de remblai. La nature, dans les mois qui suivaient, se chargeait de reprendre ses droits et, quelques années plus tard, bien malin qui pouvait dire où se trouvaient les anciens carreaux sans coordonnées exactes. On imagine aisément que, de nos jours, on puisse se trouver sur l’entrée même des anciennes mines sans rien en savoir ou les deviner. En échange, on peut supposer que toutes ces ouvertures sur le monde minier non seulement n’ont pas été fermées irrémédiablement mais existent encore, à peine dissimulées sous la végétation et un peu de remblai.
Toujours est-il qu’aujourd’hui plus personne ne sait les gisements, et cette ignorance va jusqu’à un point inimaginable, comme nous le verrons plus loin. Cependant, avant d’aborder l’insolite de cet état de fait, poursuivons encore un peu le survol de l’état des lieux miniers de Périllos.

Des documents

Grâce à plusieurs documents, retrouvés dans des archives officielles, nous pouvons maintenant localiser trois sites miniers sur les anciennes terres de Périllos, tout en supposant qu’il puisse y en avoir d’autres, disséminés mais de moindre importance. A l’origine, nous avions retrouvé les archives du site le plus étendu qui est celui situé sur le plateau au-dessus de la chapelle Ste Barbe au-delà des falaises d’escalade. Ensuite, on a un second gisement dans le secteur du plateau de Salveterra et enfin un emplacement après l’Oriole, à peu de distance des ruines du couvent Ste Cécile. Au demeurant, il est possible que ces derniers carreaux se trouvent sur la commune voisine de Vingrau. L’ensemble de ces mines serait approximativement d’une quinzaine de gisements au moins.
Ce nombre peut paraître évidemment exagéré pour plusieurs raisons là encore. La première serait que toutes ses mines ne pouvaient disparaître simultanément. Ensuite, s’il y en avait tant, et pourtant c’est ainsi, on ne peut penser raisonnablement qu’elles aient pu s’épuiser au même moment. Nous pouvons ajouter que, de toutes manières, il ne pouvait s’agir que de petites exploitations n’employant que trois ou quatre ouvriers et peut-être moins, ou encore réduites aux hommes d’une seule famille. Cette dernière explication expliquerait le manque d’informations extérieures du fait qu’au moment où les hommes partent mourir pour la mère patrie, tout ce qui est minier s’éteint avec eux.
Il reste cependant que s’il s’agissait de production familiale on aurait forcément retrouvé des traces d’actes de propriété ou des bribes de souvenirs dans la mémoire des anciens habitants encore vivants il y a une quarantaine d’années… Or, de tout ça il n’en est rien nulle part !
Il nous faut à présent considérer un certain nombre de faits avant de poursuivre nos investigations sur le terrain.
En effet, si on observe les scénarios disponibles dans les archives minières (des régions stéphanoises et de Palairac, par exemple) on remarque deux éléments notoires.
Le premier concerne le repérage topographique des lieux d’extractions, tous minéraux confondus, y compris la houille. On dispose de localisations précises concernant même des exploitations les plus réduites ainsi que celle ne représentant qu’un trou à ciel ouvert (comme à Palairac), vite abandonné par manque de production. Les anciennes mines antiques font parties de ce lot et sont aussi inscrites au répertoire.
Ensuite, l’Etat suit les fins de concession, leur abandon ou leur état de dangereuse vétusté car, en ces cas, le ministère compétent ferme ou sécurise les entrées. Ces opérations se font de telle manière que les communes concernées sont automatiquement informées… qu’elles soient consentantes ou non… comme ce fut le cas scandaleux pour les mines du secteur de Palairac. On se souvient que tout fut obstrué rapidement, sans prévenir la mairie qui ne le sut qu’une fois l’opération faite et donc irréversible ! Même si la méthode est des plus honteuses et fourbes, tous les points miniers sont ensuite soigneusement répertoriés.
Les archives se trouvaient, jusqu’à il y a plus de vingt ans, dans les Ecole des Mines et, à présent, dans d’autres archivages.

Deux éléments

Si ces deux éléments sont ceux de l’administration d’Etat, on ne peut négliger les annales et chroniques communales, départementales et… individuelles. En effet, si les secondes restent du domaine officiel, donc rigides et sans état d’âme, la mémoire personnelle se prolonge souvent avec l’émotion des descendants vis-à-vis d’un ancêtre « qui racontait que …. » ou encore des enjolivures que ne manquaient pas d’amplifier ceux ayant vécu ces travaux ou ceux, et celles, qui en héritaient. A ceci s’ajoutent quelques objets, photos ou documents personnels (salaires, règlements, droits et devoirs) vénérés utilisés pour ces exploitations.
A ceci, nous ajoutons les traditions religieuses immanquables pour ces métiers pénibles et trop souvent à hauts risques : effondrements, explosions, accidents violents et mortels… Toutes ces catastrophes engageaient une série de superstitions et de croyances que cette corporation reportait sur Sainte Barbe en particulier. A cet effet, souvent il y avait bénédictions et célébrations d’offices en l’honneur de la patronne sous laquelle les mineurs plaçaient leurs espoirs et leurs dévotions. Tout ce nouveau panorama nous apporte des archives religieuses cette fois non dénuées d’intérêts car on y trouve d’autres mémoires dont l’Eglise garde précieusement, en principe, les chroniques. On y trouve des noms, des faits, des lieux, et encore des bannières de corporations, ex-voto et parfois de superbes statues anciennes ou reliquaires, autrefois portées en procession jusque sur les carreaux miniers.
Tous ces éléments font que, d’une manière ou d’une autre, un secteur où il y eut plus de dix exploitations minières garde de nombreuses traces d’un passé solidement ancré dans la mémoire et les classements institutionnels, locaux ou traditionnels. Or, à ce stade et contre toute attente, jusqu’à ces derniers jours de décembre 2008, on ne trouvait rien sur les mines de Périllos… rigoureusement rien… sauf ce que nous-mêmes avions retrouvé, bien dissimulé, en archives administratives. Et ce rien, nous le verrons plus loin, non seulement est loin d’être apaisant, mais bien au contraire pose d’irritantes interrogations en raison des « pourquoi » et « pour qui » que ce vide soulève automatiquement.
Il est temps, après avoir énuméré les constats de possibilités de traces sur le propos, de faire celui des anomalies.
La rumeur d’existence de mines sur le vieux territoire de Périllos se heurte si farouchement aux impossibilités institutionnelles qu’on ne peut que supposer que l’existence de ces exploitations doit gêner quelqu’un ou quelque chose ayant ses entrées dans l’administration.
On pourrait croire que cependant toutes mémoires ne pouvaient s’être effacées sur la commune concernée et ses archives ; aussi, au cours de notre enquête, nous pensions que logiquement nous obtiendrions des éléments notoires auprès de ce service communal. Et pourtant… oui, pourtant, ce gommage fut parfaitement orchestré jusque là à notre stupéfaction. Il y a près de cinq ans maintenant que nous nous rendions à la mairie d’Opoul afin de demander à consulter ce dont elle disposait sur le sujet minier. Quelle ne fut pas notre surprise, après avoir interrogé la secrétaire à l’accueil, de nous entendre dire qu’elle ne savait pas de quoi nous voulions parler. S’il est vrai que jamais le personnel de ce secrétariat sut se montrer à la hauteur de nos questions durant deux ans, il est pour le moins surprenant que des gens se prétendant ‘du cru’ soient si peu au courant du passé de leur commune… qui les fait vivre ! Après cette fin de non recevoir, ce fut monsieur le maire d’alors qui, ayant entendu notre question, sortit de son bureau pour nous inviter à reformuler notre demande devant lui. Chose faite, celui-ci, d’un air narquois, nous répond qu’étant enfant du pays, et ensuite premier magistrat d’état civil de cette commune, s’il y avait eu la plus petite mine sur le secteur de Périllos, il en aurait été informé depuis sa tendre enfance.
L’air moqueur de monsieur le maire s’est teinté de celui du défi lorsque nous lui avons dit détenir un document officiel sur les exploitations minières de son pays montrant qu’il y avait eu non seulement une mine mais près d’une dizaine selon notre première lecture de cette archive… Et rendez-vous fut pris pour le lendemain, en mairie, pour montrer le fameux document. Ce dernier, pour le coup, eut non seulement le pouvoir d’effacer toutes traces d’ironie ou de moquerie mais de mettre monsieur le maire dans un sérieux embarras. En effet, ces feuilles d’archives montraient, à l’évidence, qu’un important secteur minier existait sur l’ancien territoire de Périllos depuis des siècles et qu’il était encore en exploitation à la fin du 19e. Ce document est incontestable car il provient d’archives administratives et concerne une prolongation d’autorisation d’exploiter l’ensemble des gisements situés sur le plateau au dessus de la chapelle Ste Barbe et s’étendant quasiment jusqu’au Cortal Lalane en englobant le secteur de La Caune. Ce qui signifie deux choses. La première est que ces sites d’extraction étaient en activité depuis longtemps et en tous cas bien avant le 19e siècle et que, surtout, par arrêté préfectoral, le Préfet des Pyrénées Orientales autorise la poursuite des travaux miniers sur plus d’une dizaine de carreaux. On y lit que les minerais extraits sont essentiellement du fer, de l’argent, du plomb et une ‘minière’ d’or. La seconde est que ces prolongations d’activités sont récentes et qu’on peut se demander, à juste titre, comment tout put s’arrêter brutalement et surtout être effacé au point que même les mémoires locales (y compris celles des ancêtres de monsieur le Maire, de lui-même et de ses secrétaires !) n’en gardent pas le moindre souvenir ! Il en est de même en ce qui concerne les droits et concessions… qui semblent ne jamais avoir existé ou, pire encore, avoir été soustraits des archives accessibles au commun !
Et cette remarque, nous devons dès maintenant la prendre en compte pour la suite de notre recherche.
Effectivement, à ce stade, il ne nous reste plus qu’à admettre, d’abord l’incontestable existence de ces anciennes mines ‘périllossiennes’, ensuite leur effacement sur le plan des localisations sur le terrain ainsi que dans toutes les archives… sauf une qui, sans doute par on ne sait quel miracle, fut oubliée, ou égarée, lors de cet étrange ‘nettoyage par le vide’ administratif… car comment pourrait-il en être autrement ? Et enfin, et ce sera le plus difficile, de comprendre les raisons de ces actions assez curieuses.

Des preuves

A présent, regardons ce dont nous disposons comme preuves de l’existence des mines sur ce secteur.
Nous avons tout d’abord un document de premier ordre car personne ne peut le contester, pas même les autorités puisqu’elles en sont les émettrices. En effet, il s’agit d’une demande adressée au Préfet des Pyrénées Orientales à propos de la poursuite des exploitations minières sur le territoire communale de Périllos bien avant qu’il soit annexé à l’autorité tutélaire d’Opoul. La pièce se compose d’un plan dépliant et d’un courrier d’accompagnement. Le contenu de ce dernier est une requête légitime pour la poursuite d’exploitation de l’aire définie par le plan joint. Une seconde pièce est la copie de l’autorisation accordée près de deux mois après la demande. Cette réponse favorable est très intéressante car elle s’accompagne d’un second plan sur lequel sont précisés TOUS les points miniers exploitables. C’est depuis ce deuxième plan que notre équipe quadrille le périmètre désigné afin d’y repérer les emplacements de carreaux.
Les deux plans sont, à l’évidence, dressés par un géomètre de métier ayant travaillé par triangulation à long recoupements définissant l’étendue d’un très large périmètre sur le territoire communal. Cette étendue couvre une partie de l’espace près de Ste Barbe et surtout le ‘Plat de Périllos’, lieu qui disparaît ensuite des relevés cartographiques officiels… un de plus ! Le ‘Plat de Périllos’ n’est pas le seul élément à disparaître car si on regarde avec attention le plan dressé, on constate que la chapelle de Ste Barbe en est également exclue !
Ce n’est pas tout en matière de gommage… Sur ces plans, nous trouvons six calvaires disposés le long de la limite seigneuriale entre Périllos et Opoul. On note que c’est seulement sur une sorte de ‘ligne de front’ que se trouvent ces balises religieuses et nulle part sur les autres limites de Feuilla, Embres et Vingrau. Ces six ‘bornes’, marquant l’empreinte des Périllos et celle de la religion… ont toutes été passées à la trappe du souvenir. Bien que, forcément, nos grincheux contestataires de service appelleront ces points « insignifiants détails », on peut dire néanmoins que ça fait beaucoup de nettoyage pour des éléments qui après tout ne gênaient personne. Non seulement ces bornes cruciformes ne posaient le moindre problème mais encore, et surtout, permettaient une sorte de repérage « à vue » définissant depuis un autre point de visée les emplacements miniers ! Le coup de torchon, s’il est dû au hasard, a rudement bien fait les choses ! Sur le même registre, on a la surprise, en cherchant, et trouvant, la demande d’exploitation minière, de constater que la réponse de monsieur le Préfet et le second plan ne sont pas au même classement ni au même lieu d’archive, et c’en est pour le moins curieux.
Le travail des personnes ayant réalisé sur le terrain les mesures à l’aide d’un théodolite et d’une puissante lunette de visée a permis d’abord de retrouver les emplacement des calvaires et ensuite de pratiquer depuis ces points et celui permettant la sous-triangulation de matérialiser les sites miniers…
Depuis ces lieux, on peut apporter d’autres conclusions affligeantes… Affligeantes, certes, car à l’évidence, les calvaires ont bel et bien existé puisque des traces de socles persistent encore, mais surtout ils ont été brisés et mis à bas. Si nous affirmons ceci, c’est que, comme le montrent les vestiges épars retrouvés autour des bases dans les friches, les débris de colonnes et ornements portent encore de nombreuses traces de mutilations faites à coups de masse ou de ciseau à pierre. Quant aux inscriptions faites sur les socles, on peut savoir où elles étaient par les traces de martellement qu’elles subirent ! Que l’esprit de ceux qui saccagèrent ces témoins de pierre soit tristement satisfait… le travail a rondement été conduit car il ne reste plus rien d’identifiable concernant date, dédicace ou gravures, pendant que visiblement les débris étaient soigneusement éparpillés ou emportés afin que rien ne persiste de ces témoins!
On pourrait s’entendre rétorquer que ces présences religieuses ostentatoires ont été détruites lors des fièvres destructrices de la Révolution Française… C’eut été possible, car il est à peu près certain que ces calvaires soient antérieurs à la fin du XVIIIe siècle, si on pouvait expliquer rationnellement leur présence sur le relevé du géomètre vers 1800 ! Non… si on est certains que les croix ont été épargnées par les convulsions destructrices de 1789, on ne peut en dire autant pour les saccages qui eurent lieu forcément après le passage du géomètre.
Nous serons prochainement en mesure de montrer les socles dégagés des friches ainsi que les morceaux éclatés éparpillés permettant de partielles reconstitutions de certains fûts, moins endommagés que d’autres, et de leurs premiers soutènements. Il est étonnant que personne n’ait jamais signalé ces destructions ou, tout au moins, la localisation de ce qu’il reste encore en place afin que la municipalité fasse le nécessaire pour répertorier ces vestiges… Il est vrai que cette dernière opération n’aurait sans doute pas le mérite de valoriser une action autant que celle de remonter, faussement à l’identique, les ruines d’un village qui resteront à jamais inhabitées… du moins selon le P.O.S. Chose qui restera à prouver selon certaines rumeurs. On note que ces découvertes faites en moins d’un an n’ont jamais été dans le collimateur des tartarins d’Opoul qui sans doute n’en ont jamais entendu parler ou qu’ils ne purent jamais repérer.

La deuxième étape

Jusqu’à il y a peu de temps nous ne disposions, tout en reconnaissant que c’était déjà énorme par rapport à ceux qui n’ont strictement rien et se prétendent détenteurs du savoir de Périllos, que des seuls ‘dossiers’ du premier périmètre désigné. C’est depuis le début du mois de décembre 2008 qu’un correspondant, attentif à nos travaux, nous envoyait de nouvelles informations sur le sujet.
Il s’agit d’éléments reprenant certaines ‘archives’ constitutionnelles mentionnant que du minerai d’étain et d’argent aurait été mis à jour au milieu du 19e siècle dans un secteur précis de Périllos! Cet événement aurait eu lieu lors de terrassement pour la construction d’un ‘abreuvoir’ dont à notre époque il ne reste rien ! Dans les remblais de ce décaissement, à une profondeur respectable, auraient été trouvées des traces de minerai d’étain.
A première vue, il n’y a là rien d’étonnant. Pourtant, dans ce petit constat, nous pouvons retenir certains détails révélateurs d’éléments inconnus mais existants.
Comme par exemple de voir que cette découverte est faite au siècle où ‘on’ réactive, très discrètement, l’intérêt minier pour Périllos et où, dans la même foulée, tout va également aussitôt disparaître…
Ensuite, il est intéressant d’apprendre qu’ ‘on’ engage la construction d’un grand abreuvoir communal en un endroit où il ne sert pas à grand-chose. Il s’agit d’un abreuvoir enterré… tellement enterré que ce sont de véritables fouilles à grande profondeur qui seront conduites. Au demeurant, elles seront conduites sans grand effet car ‘on’ s’aperçoit alors soudainement qu’on peut apporter l’eau naturellement jusque là pour remplir ce réservoir… N’y aurait-il pas là un autre non sens car pourquoi faire une réserve si ‘on’ sait, au même endroit, de l’eau courante pour l’alimenter en été… sinon pour faire un beau décor romantique dans la nature ??? N’y a-t-il pas là une anomalie dans la réflexion de… ‘on’ ?
Toujours à propos de cet ‘abreuvoir’, on nous dit que c’est en le creusant qu’on trouve du minerai en trace… puis plus loin il est indiqué que ce dernier a été découvert… dans les remblais même du réservoir. C’est lors de tentatives de passer voir sous l’abreuvoir si l’exploitation d’un filon est possible que le projet est abandonné en raison de l’eau s’infiltrant en grande quantité dans la première sape. Quoiqu’il en soit, si nous considérons qu’il peut s’agir d’une sorte de ‘basse’, comme sur le plateau du Larzac, on devrait en trouver des vestiges conséquents même sous le maquis, or il n’en est rien. Décidément, tout a une fâcheuse tendance à disparaître rapidement dans ce secteur du Roussillon…
Quant à cet abreuvoir creusé providentiellement à point nommé pour réactiver quelques sursauts d’exploitations minières, il semble curieusement fait d’éléments incompatibles les uns avec les autres. A moins bien entendu qu’on puisse supposer, au grand dame de nos détracteurs, qu’il y ait eu un autre motif dissimulé sous celui d’un innocent réservoir dont les travaux d’apparence anodine en cacheraient d’autres moins avouables, obligeant de creuser en profondeur… à cette époque, rien n’était plus simple que de berner quelques bergers avec la promesse d’un abreuvoir… et l’affaire était ficelée car, à l’évidence, ‘on’ cherchait bien quelque chose d’autre que de faire un abreuvoir!

La Mourtre

La suite des éléments fait ensuite état de gisements situés vers la Mourtre avec la signalisation d’un lieudit dont pour le moment nous ne donnerons pas le nom avant la fin de notre prospection personnelle. La Mourtre, nous le précisons à nouveau, signifie « la mort » et serait le lieu où l’abbé Saunière, sur son moulage en forme de maquette topographique, localise deux tombeaux majeurs qu’il inscrit ainsi : ‘tombeau de Joseph d’Arimatie » et « tombeau de Jésus ». Il va sans dire que si nous suivons ces informations avec un maximum d’attention, nous laissons à ce prêtre l’entière responsabilité de ses intentions, même si nous en partageons certaines. Le plus, que nous apporte ce document, tient dans le fait que ces gisements existaient déjà au 17e siècle ! Cette localisation confirme donc les informations dont nous disposions, faisant état de trois centres distincts d’extraction de minerai sur les terres des seigneurs de Périllos.
Pour la Mourtre, il s’agit essentiellement de minerai de fer alors que pour le secteur situé près de la chapelle Sainte Barbe, il est question d’argent, de plomb et d’un filon aurifère ! Au sujet de ces mines, l’information explique que les gisements exploités auraient justifié la présence d’une chapelle Ste Barbe en raison du fait qu’elle soit patronne, entre autres, des mineurs et des travailleurs de fond. Certes, nos joyeux détracteurs pourraient supposer que ces informations ne sont pas fiables ou alors le fruit de notre invention… Le seul problème est qu’elles proviennent de l’AFM (Association Française de Microminéralogie) qui est un organisme difficile de taxer de fumiste… dont les sources de bases proviennent du BRGM, donc en principe vérifiées sur le terrain. Quant à nos propres investigations, nous les poursuivons partiellement depuis des éléments consultés dans le département des P.O. aux Archives Régionales et d’autres retrouvés aux Archives Nationales, essentiellement dans la série F 14. C’est ainsi que nous pouvons ajouter aux deux premiers sites, globalement situés sur le plateau au-dessus des falaises de Ste Barbe et vers la Mourtre, un troisième localisé entre l’Oriole et ce qu’il reste du couvent Ste Cécile.
Concernant ce dernier secteur minier, il se compose, selon la copie d’archive en notre possession, de trois ‘saignées’ relativement rassemblées les unes près des autres. Il s’agit là seulement d’extraction de minerai de fer. Nous constations, dans un article sur le site du couvent, que les ‘cellules’ comportaient souvent, dans l’appareillage de pierres sèches de leur murs, d’importants blocs agrémentés d’épais filons de fer natif.

Des constats similaires

Pour les trois sites, nous disposons de constats similaires.
Tout d’abord, l’ensemble des trois ‘poches’ -Ste Barbe, la Mourtre et Ste Cécile- s’éteint simultanément. Dès la fin du 19e siècle, c’en est fini de toutes traces sur le terrain des carreaux, des dessertes et éventuellement des aménagements d’intendance et matériels concernant chaque lieu. Notons toutefois, sans que nous puissions apporter une corrélation précise, que ces arrêts et ce ‘nettoyage par le vide’ se font au moment où l’abbé Saunière vient sur les lieux. Au moment où il commande son moulage géographique du secteur, c’en est fini…
Ensuite, pour ces mêmes lieux, il y a l’effacement de toutes formes d’archives, documents ou traces écrites, partout où ces dernières pouvaient être stockées administrativement : B.R.G.M., Archives régionales, départementales, fiscales et même communales ! On ne peut que rester perplexe devant un tel manque de mémoires en matière administrative quand on considère, par exemple, que pour la commune de Palairac, quasiment tous les sites sont répertoriés, même les plus infimes. Il y a là, à l’évidence, deux poids et deux mesures dont il faut chercher la cause, sans grand espoir d’y parvenir.
Plus étonnant encore est cette perte complète de mémoire, ou du moins prétendue telle, dans les familles d’Opoul, comme pour monsieur le maire par exemple, et les descendants d’habitants de Périllos. Cependant, il reste à supposer, pour expliquer cet incroyable ‘gommage’, que seuls les hommes travaillaient dans ces mines, assez réduites en quantité de production, admettons-le pour l’instant et jusqu’à plus ample information. Ceci pourrait nous conduire au fait que la guerre de 1914-1918, en appelant tous les hommes en mesure de mourir au champ d’horreur, emportait dans ses victimes les hommes ayant soit travaillé dans ces minières ou qui en aient eu le souvenir… On nous rappelle qu’ensuite les femmes quittèrent le village à l’agonie pour tenter de refaire leur vie loin de là. En s’éloignant, et se remariant probablement, elles finirent de perdre les derniers souvenirs de ces exploitations minières. C’est une possible explication… qui tombe à nouveau quand on regarde les archives religieuses de la paroisse de Périllos qui nous ont été données par un habitant de Durban. Dans ces pages de registres paroissiaux, allant jusqu’en 1885, il est vaguement question de pèlerinage à Ste Barbe… mais rien à propos de cérémonies ecclésiastiques faites sur un carreau en particulier. Seuls les curés J.Codes et Perrev y font de rares remarques en raison des bannières. Et puis tout à coup, dans les cahiers de registres, ce sont des pages entières qui sont manquantes et particulièrement en 1885 où une phrase est commencée au bas d’une page qui n’est plus suivie d’aucune autre… Elles ont été arrachées comme le montre la reliure du registre à la date du 27 novembre 1885. Certes, il faut bien reconnaître que ceci ne prouve rien… mais il faut le signaler.
De plus, à propos d’hommes s’intéressant à ces mines fantômes, nous pouvons ajouter que ceux ayant fait la demande d’ouverture d’exploitation, en date du 7 avril 1859, ne sont pas du pays, en tous cas pas enfants de Périllos ! Concernant ces derniers et les exploitations requises, nous n’avons, à ce jour, rien pu trouver d’autre à leur propos… Eux aussi, hommes et sondages disparurent de cette énigme minière de Périllos aussi discrètement qu’ils y avaient fait leur apparition !

Le nettoyage par le vide

On ne peut que rester admiratif devant ce grand nettoyage par le vide qui n’explique toutefois pas le pourquoi d’un tel luxe de précautions prises pour tout faire disparaître sur un sujet et un travail qui, au fond, n’ont rien de honteux ou qui puissent justifier un tel étrange empressement … A mieux y réfléchir, on peut, après avoir exploré toutes les possibilités d’explication, se demander si une autorité, ou autre pontife, n’a pas eu quelque chose à craindre ou cacher à propos de ces ouvertures vers le monde minier qui en fin de compte est celui ouvrant sur un inconnu dont Périllos nous a donné l’habitude. N’oublions pas à cet instant le commentaire de Ramon de Périllos revenant, au 14e siècle, de son pèlerinage au puits St Patrick en Irlande et qui affirme savoir à présent que sur ses terres est un lieu qui ouvre sur « l’autre monde ». S’il s’agit d’un monde souterrain possédant une ouverture, quoi de plus anodin que de la rechercher sous l’innocent motif de prospections minières et de tout reboucher une fois l’avoir trouvé ou non afin d’en faire disparaître toutes preuves de recherches…
Le monde souterrain du territoire des anciens seigneurs de Périllos contient un savoir dépassant sans doute l’entendement. Que certains personnages en aient été à propos, ça ne fait plus de doute, tout comme il serait peu rationnel de supposer que personne n’ait tenté à plusieurs époques d’en chercher l’accès ou l’emplacement. Si on considère nos travaux sur les trois points -Ste Barbe, la Mourtre et Ste Cécile- on a les trois sites les plus chers pour les Périllos et les initiés qui les guidaient. Pourquoi ne serait-il pas pensable que des prospections aient été engagées sur ces points… cruciaux… à plusieurs époques clés comme le 17e siècle, ensuite le 19e et enfin au début du 20e siècle ? Si cette hypothèse est la moins mauvaise, pour ne pas dire la bonne, il n’y aurait alors aucune difficulté à attendre que ceux qui engagèrent ces travaux aient voulu à tous prix en cacher la teneur qu’elle soit positive ou non…
Cependant, ces exploitations minières furent bien mises sous la protection de Ste Barbe, patronne des mineurs et des… ingénieurs des mines actuels. Fut-il trouvé du minerai en certaines de ces exploitations ? Sans doute, nous pouvons répondre oui… mais nous pouvons ajouter que furent trouvés d’autres éléments nettement moins naturels, datant des époques wisigothiques, comme nous le verrons dans le second volet de ce chapitre à la suite de ceux ayant conduit leurs travaux de recherches sur… et sous le terrain.

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André Douzet
Ces repros de documents inédits seront données en bonne définitions lors d'un prochain chapitre qui leur sera consacré