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Société Périllos ©

La statuaire de Marie-Madeleine.
Une Marie-Madeleine en noir et blanc.

 

Une Marie Madeleine en noir et blanc

Une autre statue de Marie-Madeleine a été localisée. Malheureusement nous ne disposons de celle-ci que sous la forme d’un ancien cliché noir et blanc. Cependant le modèle est parfaitement lisible.
On y voit la sainte agenouillée dans sa posture habituelle. Son visage, aux traits douloureux, et le regard éploré sont levés vers une invisible nuée dont le modèle seul devine l’immensité. La longue chevelure se répand sur ses épaules et dans son dos jusqu’au sol. Les vêtements forment une robe ample cachant les jambes et même les pieds. Une tunique, pour le haut, est fermée à la taille par une corde à deux tours, dont on voit les bouts pendre sur son côté droit. Le décor de ce vêtement, au cou comporte une courte découpe en échancrure. Ce détail nous permettra, peut-être plus loin, de vérifier s’il y a d’autres statues issues du même moule… On observe que les mains sont jointes conformément à toutes les autres habituelles représentations, même en ce qui concerne les peintures, c'est-à-dire les doigts entrecroisés. Signalons, à ce propos, que Jean Cocteau, eut les mains jointes de la même manière sur son lit de mort au point qu’il est dit que plusieurs phalanges en furent forcées et cassées !

Un peu de latin

Le décor alentour du personnage parait lui aussi traditionnel. Ce n’est qu’une impression de vue globale car il y a quelques anomalies. Le livre est posé ouvert avec des inscriptions sur deux pages :

1ère page (gauche) :
UNUM
EST
NECESSARIUM
OPTIMAM

2ème page (à droite)
PARTEM
ELEGIT
SIBI
MARIA

Si on lit les deux pages d’une seule foulée on obtient: « unum est necessarium, maria sibi elegit partem optimam ». Ce texte proviendrait de Luc (10-42), et signifierait « une seule est nécessaire, c’est Marie qui a choisi la meilleure part », ou encore : « Une seule chose est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part ».
De l’autre côté du personnage un haut récipient, en forme d’urne, partiellement recouvert d’un linge, laisse lire un autre texte. Sur ce cliché on ne voit que les ¾ du texte mais nous savons qu’il s’agit de :

OLEUM
NARDI
PRETI
OSI

En réalité, les deux derniers ‘mots’ n’en font qu’un, et il faut donc lire «OLEUM NARDI PRETIOSI », ce qui signifie « L’huile du nard précieux »… Il s’agirait, de toute évidence, du précieux parfum que Madeleine répand sur les pieds de Jésus lors du repas à Béthanie.

Et un peu d’anomalies

Belpech

A gauche du personnage, derrière le livre est plantée une croix de bois à section octogonale pour toutes les branches.
On note deux anomalies : d’abord l’absence du crâne décharné se trouvant fréquemment près de la sainte en mémoire du Golgotha (le mont Crâne), ensuite nous voyons que la croix n’est pas « de bois vert mal ébranché »…
Jusque là nous pouvons dire que nous sommes devant une nouvelle statue peu connue… bien que des centaines de visiteurs aient pu certainement la voir… sans vraiment la regarder.
Nous faisons à présent quelques comparaisons avec un travail précédent entré dans ces mêmes colonnes du site SP sur ce sujet. En effet, il s’agit de la chapelle mortuaire du cimetière de la commune de Belpech. Dans cette dernière on trouvait une statue quasiment identique à celle qui nous intéresse. Cette ressemblance se limite, pour nous, à la forme et non aux couleurs puisque nous n’avons qu’un cliché noir et blanc, face à une œuvre en couleur, pour comparer les deux. Par contre on peut souligner quelques différences qui n’apparaissent pas au premier coup d’œil.
Tout d’abord les deux croix bien que présentées en bois fini de section octogonale n’ont pas le même motif au moment de la croisée. Celle, en NB, se finit par un disque plat alors que celle de Belpech fait sa liaison par un rectangle.
Ensuite le livre, s’il est ouvert sur le même texte, n’est pas posé de la même façon sur deux rochers aux formes différentes.
La ceinture pour les deux modèles est aussi différente. Pour la NB il s’agit d’une corde à deux tours dont les bouts sont bien visibles alors que sur celle de la chapelle funéraire il s’agit bien d’une simple ceinture.
Ces détails, à l’évidence, démontrent que le thème de Marie-Madeleine, sur trois statues est quasiment le même mais les modèles présentés ne peuvent être issus du même moule en raison de leurs différences dans les formes et certains volumes : rochers, ceintures et mouvements des habits… Il est notoire, également, que le crâne n’est pas représenté non plus tout comme la croix n’est pas montrée en ‘bois vert mal ébranché’… dont le modèle est cher aux chartreux et… à Saunière.
En échange un troisième sujet situé en un autre lieu semblerait mieux correspondre à notre image (y compris la croix) et nous y reviendrons dans un autre chapitre au cours duquel nous comparerons les représentations avec celles acquises par Saunière pour son église de Rennes.

… Et encore un peu de latin

Belpech

Nous pouvons profiter de ce texte pour apporter nos précisions concernant le texte inscrit sur le livre ouvert au pied de la croix.

Le texte rappelons-le est :
Unum Partem
est elegit
necessarium sibi
optimam Maria

Le mot à mot donne: « une chose est indispensable, Marie choisit à soi la meilleure part ». En bon français on peut dire « D'une chose indispensable, Marie se choisit la meilleure part ».
En guise de commentaire, on peut dire que cette phrase peut prêter à confusion. Des esprits malveillants pourraient y voir le caractère possessif, accapareur de Marie, du genre: « chaque fois que quelque chose d'important se présente, je prend le meilleur pour moi ». Et, de fait, les misogynes de service de l'Eglise auraient pu y trouver leur compte!
Cependant, vue sous un angle positif, la phrase pourrait signifier que ‘‘sur les grandes questions qui se posent à l'humanité, Marie de Magdala a toujours fait preuve d'un grand discernement’’… ce qui change bien des choses sur le sujet, laissé sur ces statues, peut-être au discernement personnel de chacun… ou de quelques ‘connaisseurs’.
Le texte latin, lui-même, est inspiré d’un passage de l'Evangile de Luc (10,42). Dans ce dernier, Jésus est chez Marthe et Marie, et il est écrit : « Marthe était très affairée aux nombreux travaux du ménage. Elle survint et dit: Seigneur, cela ne te fait-il rien que ma sœur me laisse seule pour accomplir tout le travail? dis-lui donc de m'aider; Le Seigneur lui répondit: Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour beaucoup de choses, mais une seule est nécessaire. Marie a choisi la
meilleure part, qui ne lui sera pas ôtée. » Cette citation est extraite de la Bible traduite par Louis Segond (Une des plus importantes versions françaises contemporaines), révisée en 1910, d'après les originaux hébreux et grecs.

Nous conclurons ce petit travail en indiquant que la vue ‘noir et blanc’, dont nous disposons provient d’une carte postale ainsi légendée : « 2020. LA SAINTE BAUME – Sainte Marie-Madeleine ». Nous serions reconnaissants à quiconque pourrait nous apporter la version couleur de cette photo… ou toute autre information sur le sujet.
De plus, il est inutile aux chercheurs et curieux de chercher la statue de Marie Madeleine de Belpech dans la chapelle mortuaire du cimetière… là où nous ‘l’avions trouvée il y a près de quatre ans. En effet les autorités locales craignant quelques mauvaises intentions sur cette statue l’ont mise à l’abri dans l’église paroissiale. C’est donc là qu’on peut, avec un minimum de chance, la contempler afin d’étude.

André Douzet
Nous remercions, pour leur aide, messieurs G. Dancausse et Duchatel.