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A
propos de Marie-Madeleine Un ‘plomb historié’ |
Le
personnage de Marie-Madeleine est très important en ce qui concerne
l’église de Rennes-le-Château et la fascination que lui
vouait l’abbé Saunière dans ses réalisations
immobilières : villa Béthanie, tour Magdala et autres détails
cultuels à l’intérieur du sanctuaire de Rennes précisément.
Si bien des détails sont maintenant connus, plusieurs autres liés
à cette sainte (qui ne le fut pas toujours à son origine)
sont plus ou moins connus du public, comme à la Sainte Baume, par
exemple.
Pour l’instant, nous nous arrêtons au contenu d’un document
provenant de la bibliothèque de notre ami Zéphirin. Il s’agit
d’un extrait de l’ouvrage :
Collection
de plombs historiés
Trouvés dans la seine
Et recueillis par
Arthur FORGEAIS
Deuxième
série
Enseignes de Pèlerinage
Paris
1863
Aux
pages 205 à 207, on trouve un article mentionnant la découverte,
à Paris, d’une sorte de méreau illustré de Madeleine
prostrée aux pieds de Jésus. L’objet, daté du
début du XIVe siècle, provenait probablement de St Maximin
ou de la Ste Baume. Il montre, par sa présence, un culte prononcé
à la Sainte, particulièrement bien implanté dans la
tradition, se prolongeant par l’usage de méreau ou enseigne.
Si cette découverte
n’apporte rien de déterminant dans notre énigme, elle
montre toutefois l’importance de Madeleine dans la croyance populaire
et aristocratique de France. Cependant, cet élément nous permet
de rappeler ici qu’à son époque, l’église
de Rennes-le-Château n’était pas encore sous le vocable
de Marie-Madeleine, mais de la Sainte Vierge. Par ailleurs, ce sanctuaire
lui-même n’avait pas vocation d’église mais seulement
de chapelle castrale. L’aspect majeur de Madeleine à Rennes
ne prendra donc son essor qu’avec le passage de cette chapelle des
seigneurs locaux à la vocation d’église paroissiale,
comme nous le démontrions dans un de nos articles. Cette dernière
aura lieu après la destruction de celle de St Pierre aux Liens, lors
de l’assaut en 1362 des mercenaires catalans venus de Castille. Ces
derniers, sous les ordres d’Henry de Trastamare, y recherchent précisément
un fabuleux trésor.
Certes, cet aparté pourrait ne pas avoir sa place ici si on ne remarquait
sur ce méreau le blason devenu célèbre d’Aragon
pour la Catalogne. Ce qui est toutefois assez curieux si on considère
que, de fait, il accompagne Marie-Madeleine sur ce ‘jeton de plomb’…
et encore plus étonnant que cette scène soit également,
derrière Jésus, accompagnée des armoiries d’Anjou
(Sicle –Tarente).
Pour sa rareté et ces curiosités, nous nous devions de présenter
ce document à nos visiteurs et lecteurs. Merci encore à Zéphyrin
pour cette étonnante pièce à joindre au dossier Marie-Madeleine.
Sainte
Marie-Madeleine
Enseigne
en plomb du XIVe siècle, évidemment rognée, ou fort
entamée, trouvée au Pont-au-Change, en 1849.
Elle représente dans le champ Notre-Seigneur assis sur une chaière
à dos peu élevé ; il étend la main vers Marie-Madeleine,
qui est prosternée devant lui dans une position suppliante. Probablement
la pénitente vient de répandre sur les pieds de Jésus-Christ
le parfum rappelé par le vase indiqué au-dessus de notre sainte.
À côté de ce vase est un écusson que l'on peut
blasonner ainsi : D'or à quatre pals de gueules, qui est Aragon (Catalogne).
A gauche, derrière le Sauveur, un autre écusson, qui est d'Anjou
ancien, semé de France au lambel de gueules, avec une bande d'argent
pour brisure, qui est Sicile-Tarente.
Autour se lisait la légende aujourd'hui un peu tronquée :
SIGNUM : BEATE : MARIE : MAGPALENE,
et dans le champ :
SANCTI : MAXIMIN (i).
En
considérant cette enseigne attentivement, il n'est pas difficile
d'y remarquer tous les caractères d'un monument du XIVe siècle;
elle rappelle la mémoire du culte que l'on rendit avec tant de ferveur
à sainte Marie-Madeleine, pendant le Moyen-âge, dans le couvent
de Saint-Maximin en Provence.
M. l'abbé Faillon, dans son histoire des Monuments inédits
sur l’apostolat de Marie-Madeleine, donne des détails fort
curieux sur le pèlerinage à Saint-Maximin et sur la fabrication
de ces enseignes de plomb.
« Les gentilshommes signalaient leur piété envers sainte
Madeleine, en ordonnant qu'après leur mort on transportât leurs
restes à Saint-Maximin ou à la Sainte-Baume pour y être
inhumés, ou en y fondant des prières ou d'autres bonnes œuvres
pour eux et pour leur famille. Le commun des pèlerins se contentait
de gagner l'indulgence attachée à la visite de ces saints
lieux et en rapportait une petite image de plomb représentant sainte
Madeleine. On coulait de ces images dans des moules en fer ou en cuivre
qui appartenaient à la sacristie du couvent; et il n'y avait d'autres
marchands autorisés à faire ce commerce dans le pays que ceux
à qui le sacristain remettait ces moules.
« Les choses persévérèrent ainsi jusqu'après
la contagion qui ravagea la Provence sous la reine Jeanne, et changea en
quelque sorte la face de ce pays. Après ce fléau, il arriva
que plusieurs personnes de Saint-Maximin, ou qui étaient venues s'y
fixer, firent graver de nouveaux moules et vendirent des images de plomb
aux pèlerins; mais, soit que la sacristie fût privée
par là d'une petite redevance, soit que ces nouvelles images fussent
trop défectueuses pour porter le public à la dévotion,
les religieux s'élevèrent contre ce commerce non autorisé
par eux, et portèrent l'affaire de ces images au jugement du roi
et de la reine. Louis de Tarente et Jeanne écrivirent, en conséquence,
aux magistrats de Saint-Maximin, le 29 avril 1354, que si la coutume contraire
alléguée par les religieux était certaine, ceux-ci
devaient être maintenus dans leur possession, et que, dans ce cas,
on eût à défendre à tous marchands, sous menace
de grièves peines, de vendre de ces sortes d'images dans le lieu
de Saint-Maximin, sans y être autorisés par le prieur. Il y
a lieu de croire que les religieux furent maintenus, car la coutume qu'ils
alléguaient en leur faveur remontait au moins à l'année
1311.»
Notre enseigne était-elle de celles qui avaient la garantie du gouvernement;
ou, malgré ses armoiries, appartiendrait-elle à la fabrique
taxée de fraude par le sacristain du XIVe siècle? Les moyens
de comparaison nous manquent pour prononcer en connaissance de cause. Ceux
qui faisaient concurrence au couvent pourraient bien avoir affecté
des marques officielles propres à faire valoir leur industrie ; l'humanité
n'étant pas aussi lente au progrès qu'on voudrait nous le
persuader. Il y a longtemps que les hommes savent se supplanter en affaires
d'intérêt : et les Phocéens de Provence ou les Carthaginois
auraient pu nous en remontrer à cet égard, si ce n'était
qu'ils ont rencontré Rome sur leur chemin.
Le 20 juillet 2008