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Notre Dame du Cros

1ère partie : Quand les miracles font un site

 

Caunes Minervois

Surtout connu pour son marbre incarnat (utilisé pour sa beauté jusque dans le château de Versailles et l'Opéra de Paris), ses vins A.O.C., Caunes Minervois (20 km de Carcassonne), son abbaye bénédictine Saint-Pierre et Saint-Paul, ainsi que son abbatiale réputée pour son cloître et sa crypte, l'est un peu moins pour le site de Notre-Dame du Cros (ou Crox) qui va nous intéresser présentement.

Le pays est occupé par la race humaine depuis l'aube de ses temps. Et ce temps en minervois commence avec les hommes du néolithique profitant d'un climat propice et clément pour s'établir en de nombreux points de vie sédentaire dont nous retrouvons peu à peu les témoignages au fil des recherches archéologiques, écobuages ou défrichages agricoles. L'emplacement géographique, qui deviendra celui du site de Notre-Dame du Cros, à peu de kilomètres à l'Est du village fut lui aussi un lieu de prédilection de nos ancêtres. Ceux-ci s'installent au sommet de la falaise en forme d'éperon barré défendu par une enceinte de 250 m encore parfaitement visible avec son entrée protégée par une longue muraille secondaire formant une chicane suffisamment imposante pour décourager l'adversaire d'alors. C'est à l'intérieur de l'enclos sédentaire que de nombreux vestiges ont été retrouvés tels ceux des âges du fer avec un mobilier de terre cuite remarquable composé de pièces peu ordinaires. L'usage de ce dernier pourrait bien correspondre à celui d'un culte (plus qu'à une utilité domestique de chaque jour), remontant au 8ème siècle avant notre ère, dont il ne rester quasiment rien.


L'Eglise, les Cathares, les saints et des mégalithes

Puis ce fut la fin de l'Antiquité qui laisse dans la mémoire de cette terre l'empreinte de l'occupation romaine avec une villa du nom de "villae Bufintis". C'est sur ce périmètre, situé sur la rive gauche de l'argent double, que l'Eglise prend possession de cette contrée sous la forme d'une abbaye bénédictine dont les travaux commencent en 780, sous la houlette d'Anian proche ami de St-Benoit d'Aniane se poursuivent encore vers 791. On ne peut que rester admiratif devant cette œuvre du roman de cette époque et apprécier ce savoir encore quasiment intact. A son origine l'abbaye se trouve sous la protection directe du roi, ensuite c'est sous l'autorité des comtes de Barcelone qu'elle est placée pour enfin échoir aux Trencavel. Ces derniers renoncent à leurs droits sur ce monastère en 1195. Cette décision est peut-être regrettable car ce seigneur, se montrant tolérant pour le catharisme, il eut peut-être pu éviter à l'évêque cathare Isarn, d'y être brûlé en 1227.

En 982, on célèbre déjà à Caunes Minervois les Saints martyrs Alexandre, Audalde et Luce, Amand, dont les ossements ont été découverts dans un champ hors de l'enceinte du village primitif. La célébration de ce culte est au demeurant toujours intact. Tout ceci peut sembler des plus anodins si on ne se souvenait, avec curiosité, qu'il est celui à Leuze relève l'abbaye que nous trouvons dans le cadre des énigmes de Girard de Roussillon... à ceci il est utile d'ajouter qu'il porte l'ours pour totem... comme les Roussillon, les Sabarthès et le val de Sos! Cette région ne pouvait qu'être un lieu où l'esprit se trouverait presque chez lui sous toutes ses formes, des plus anciennes et oubliés jusqu'à celles encore actuelles et actives.

Saint Benoît d'Aniane

Ces formes les plus anciennes, donc celles des mégalithes, se trouvent également vers le vallon de Notre-Dame de Cros sous la forme d'une pierre dressée plantée au sommet de ce qui est devenu le chemin montant d'un important rosaire aux haltes remarquablement bien entretenues. Le témoin dressé au sommet de cette hauteur aurait été brisé ou jeté à bas et roulé au long de la pente jusqu'à son complet éclatement. Il n'y aurait là rien de bien étonnant car l'Eglise n'a jamais pu se résoudre à tolérer la mémoire, même inoffensive, d'un tel vestige des cultes qu'elle qualifie de payens... en oubliant un peu vite que ce mot désigne seulement ce qui tient, sous bien des formes, avec le pays concerné et rien de particulièrement blasphématoire.

Des grottes aux maters et divinités primitives

Il est vrai que cette contrée dut se montrer bien accueillante aux premiers humains y trouvant une profusion de cavités naturelles plus ou moins profondes. On retrouve cette insistante quantité dans le nom même de la commune, Caunes Minervois, avec le mot 'caunes' désignant tout simplement une grotte comme on le trouve jusqu'aux Pyrénées et le Roussillon avec la Caune de Périllos... et, plus mondialement connue des archéologues et historiens, la Caune d'Arago ou le plus ancien homme européen dit 'Homme de Tautavel' élut domicile. Si les spéléologues dénombrent près de 53 avens et ouvertures naturels autour de Caunes, il en existe 32 rien que dans le proche périmètre du site de Notre-Dame... Certaines de ces cavités sont non seulement très prisées par les géologues et spéléos, mais recèlent souvent des vestiges de sédentarisation ou, plus rituel encore, des vestiges funéraires à incinération ou inhumation. On dénombre une dizaine de ces témoignages mortuaires pour le seul rayon de un kilomètre autour de l'ancien ermitage de Notre-Dame, signifiant par là qu'on peut facilement multiplier par deux ces nécropoles en tenant compte que les découvertes de chercheurs indépendants sont rarement extériorisées. Ces sanctuaires s'étagent dans tous les temps jusqu'au néolithique, avec cependant une majorité pour l'époque du bronze comme nous avons pu le voir dans différentes petites collections locales. A ceci on peut ajouter que, pour certains historiens archéologues, l'endroit dut être dédié à Minerve ou en tous cas une divinité féminine liée autant aux eaux qu'à la terre. L'hypothèse de Minerve serait peut-être à retenir car, en rapport avec le site de Notre-Dame, elle se montre à la fois guérisseuse (comme sur l'Esquilin où dans une chapelle à Minerve Guérisseuse, Minerua Medica, où on été retrouvés des ex-voto). Minerve honorée ici, dans un sanctuaire, ne serait pas impossible puisqu'elle est souvent représentée comme la vierge mère et plusieurs fois mère. Si cette dernière avait ici un culte régulier il fallait pour l'Eglise nouvellement arrivée ici supplanter la divinité par l'image identique de la Vierge Mère de Jésus. La teinte des anciennes matrones, plutôt sombres comme leurs sanctuaires, se superposait à merveille avec celle de la vierge noire dont les résurgences intempestives savaient marquer le craintif imaginaire superstitieux des paysans ne manquant pas de la découvrir, la subir et enfin la vénérer. Une autre version parle surtout d'un oratoire à Cybèle, déesse du matinale, assez charpentée, enceinte, la tête coiffée de tours et vêtue de couleur verte. A ce propos ses symboles sont souvent le pin, le chêne, et le cube, ou perron, qui fait allusion à son nom, 'Kubélè'). La tradition explique qu'à l'origine elle est représentée sous la forme d'une grosse pierre conique ayant pu être un aérolithe. Si la sommité, surmontant le site de Notre-Dame, comportait un mégalithe ou toute autre roche pointue le profil peut convenir au culte de Cybèle. Quant aux eaux curatives ou miraculeuses s'écoulant près de la chapelle elles pouvaient fort bien illustrer Minerve. Enfin, pour les romains les deux divinités pouvaient sans problème profiter d'un même lieu de culte ce qui coïnciderait possiblement au site de cet endroit naturellement agrémenté de cavités funéraires, cultuelles ou sédentaires. A mieux y regarder tout se trouve réuni pour que se trouve ici un prolongement religieux comme celui que nous allons voir à présent.

Le choix têtu de la vierge du rocher

Il dut y avoir, sur le site qui devint celui de ND du Cros, un sanctuaire primitif de la nouvelle église en ces lieux sous la forme, sans doute modeste, d'un oratoire rupestre fréquenté par des bergers en raison du point d'eau intarissable qui fera très vite l'objet d'un point miraculeux ou magique suffisant puisqu'un culte à la Sainte Vierge Marie y est à l'honneur. En tous cas, vers 900 une chapelle est officiellement citée qui devient un ermitage au XIIe siècle subissant divers fortunes et remaniement jusqu'aux derniers récents travaux de réfection visibles aujourd'hui.

Cependant, il est de bon ton et de coutume qu'un lieu que l'on veut sacré et miraculeux soit le théâtre d'évènements merveilleux et divins, et le cadre de l'ermitage ne sera pas en reste sur le sujet comme nous allons le voir. Tout d'abord il y a ce récit qui se retrouve si souvent sur les sites dont le miraculeux rime avec la présence d'une vierge noire qu'elle surgisse de terre, du rocher ou d'un arbre... Présentement, cette fois, la statue semble avoir élue domicile dans un trou de rocher où elle est aperçue. Récupérée par de pieuses mains elle est emportée au village dans un endroit semblant plus dignement adapté à son divin rang. Il n'en est rien, et chaque fois la vierge regagne son abri rocheux en renversant tout ce qui l'entoure. Puisque rien des intentions des hommes, toutes aussi louables qu'elles puissent l'être en la circonstance, il fut convenu de laisser au sacré le soin d'exprimer le libre choix de la vierge noire en lançant un marteau d'ouvrier marbrier qui, bien évidemment s'envole pour retomber à l'emplacement de ce qui est le sanctuaire actuel de Notre-Dame du Cros. Ce beau récit miraculeux mérite au moins une remarque intéressante. S'il est dit que la statue de Notre-Dame est trouvée dans un trou de rocher et ensuite qu'elle ne souhaite pas un autre emplacement pour son sanctuaire commentaires cela signifie qu'il y avait là ou se trouve l'ermitage un rocher émergeant avec un trou ou... un aven. Ensuite la foi, ou prétendue telle, prend le relai en édifiant forcément ici un sanctuaire digne de la Vierge noire. A cet effet, et comme il faut des matériaux de construction, tout simplement on rase le socle rocheux d'origine pour en faire une carrière... effaçant ainsi d'un seul envol le site payen primitif pouvant comporter, et montrer trop d'éléments peu conformes à ceux de l'Eglise bien pensante. De fait, du même coup on met en ostentation une Vierge miraculeuse capable de supplanter l'antique matrone des profondeurs et ensuite faire disparaître son sanctuaire primitif et peut-être l'accès à une nécropole souterraine ou un lieu de culte des âges oubliés... du moins pas par tous!

Et la madone des eaux sacrées

Mais ce n'est pas encore tout car si la premier effigie matricielle et maternelle est à présent neutraliser il reste toujours la source sacrée à proximité de l'ermitage.

 

L'oratoire

Là aussi "on ne va pas chercher midi à quatorze heures" ni innover en la matière et rester dans le classique de bon ton lié aux sources miraculeuses. Nous trouvons dans un premier temps, une bergère ne pouvant se résoudre à ne pas suivre son troupeau sans son enfant en bas âge gravement malade. Ne sachant plus à quel saint vouer son enfant elle se sent attirée par la source et tentée de lui faire boire un peu de cette eau si limpide. Evidemment la suite ne se fait pas attendre, car aussitôt l'enfant se trouve guéri. Il ne pouvait être question d'autre chose que de l'intervention divine se manifestant depuis cette résurgence d'eau demandant à être reconnue pour ses origines divines. Elle fut embellie et soulignée par trois encorbellements en enfeu appelés localement 'capeletos' rappelant le terme chapelle par trois fois sublimé dans sa naïveté dont il ne reste qu'une seule de ces constructions. Dans les niches de ses oratoires de pierres sèches étaient déposées les statues de la Vierge Marie, Saint Jean et Saint Joseph. Le nombre d'office pratiqué au pied de ces sortes d'autels rupestres fut si élevé qu'il devint urgent et nécessaire, devant les foules de plus en plus attirées par le miraculeux, d'envisager l'édification d'une véritable construction dûment sanctifié selon les critères reconnus de l'Eglise.

Un Jaffus aumonier et l'étrange "tasse fébrifurge de Cros"

Une seconde tradition, au XIIe siècle, s'inscrit également dans ce droit fil des eaux miraculeuses. Cette fois, c'est une femme atteinte d'une incurable fièvre maligne accompagnée d'une soif inextinguible en forme de pépie. Il est également certain que la pauvre victime doit avoir quelques maladies de peau puisqu'elle n'ose pas se servir de ses mains pour étancher cette soif la consumant de l'intérieur. Venue vers la source elle implore la Vierge de l'aider à boire l'eau salvatrice sans pour autant la polluer de son mal. Le divin ne reste pas sourd à la supplique de la malheureuse car devant elle surgit une indéfinissable coupe de couleur roussâtre. Si, forcément, le mal disparaît dès la première gorgée la coupe reste offerte à la soif des fidèles des actes salvateurs du Ciel par l'intercession d'une Notre-Dame des profondeurs cavernicoles obscures. Il est rapporté, au demeurant, que ce sont des centaines de 'fiévreux' et malvoyants qui trouvèrent, au fil des temps, la rémission de leur mal en s'abreuvant à cette eau avec la même coupe.

Quelques surprenants détails sur ce sujet sont rapportés par E. de Jouy qui les abrège sur une moitié de la page 223 au tome premier de "La Minerve française" de février 1818. Les termes utilisés par ce correspondant 'de l'Académie Française' ne sont guère élogieux pour l'ermite en fonction décrit sommairement comme sale et s'adonnant à l'ivrognerie la plus affligeante. Nous ne retenons discrètement de ce compte-rendu, du début du XIXe siècle, qu'il reste tout de même à souligner l'intervention miraculeuse s'étant produite à Cros. On trouve d'autres observations dans différentes notices savantes, historiques ou religieuses à propos de cette intervention divine ou mariale. A la lecture de tous ces commentaires la description de l'étrange coupe ou gobelet, arrivée de nulle part, on pense immédiatement aux besoins de merveilleux qu'à ce genre de récit, aussi mythique que mystique, de se montrer merveilleux et intriguant. Il est, de prime abord, facile de penser que le divin se soit manifesté sous la forme d'un récipient tout ce qu'il y a de plus innocent dans son apparence. Or il n'en est rien car nous disposons pour une fois d'une description précise pour cet objet. Ce sont même des religieux qui en donnent des détails aussi laconiques que curieux. On peut retenir avec certitude que l'objet est constaté d'une 'matière rougeâtre inconnue' dont "Nul homme jusqu'ici n'a pu connaître la matière dont cette coupe miraculeuse est composée"... Encore plus mystérieux, on ajoute qu'au dos de celle-ci étaient "tracés des caractères que nul n'a pu jamais déchiffrer".

L'objet était devenu une véritable relique au point qu'il prit le nom de "tasse fébrifurge de Cros", et qu'un 'aumônier de l'ermitage crut devoir la protéger en la faisant revêtir d'une cuirasse en argent' tant les pèlerins cherchaient à prélever une infime parcelle de la coupe pour en faire une relique. Le nom d'un certain abbé Jaffus est avancé concernant ce religieux. Hélas, nous devons avouer n'avoir pas trouvé ce nom dans les rubriques de religieux de la région. Sans doute, n'avons nous pas su chercher dans les bons listings... En échange, on trouve deux personnages de ce nom dont un Firmin Jaffus (1813-1876) qui fut conservateur de la bibliothèque de Carcassonne et auteur, en 1867, d'une étude parue sur les trésors du Temple et l'antique cité de Carcassonne. Quant au second il signe un autre ouvrage du même tonneau mais sous un autre prénom sans que soit avancé une fonction religieuse. Peut-être les deux Jaffus n'en font-ils qu'un (à l'aide d'un pseudo) en ce qui concerne les écrits carcassonnais, alors que celui concernant Notre-Dame peut en être un autre de la caste des ecclésiastiques... pourquoi pas? Si celui-ci n'a pas produit d'écrits notoire son absence des cadres répertoriés expliquerait qu'on ne puisse le localiser au cours d'une simple recherche de fonction ou identité. La tâche si elle n'est pas insurmontable en reste compliquée avec 12 familles de ce nom pour le territoire français (concentration importante dans les Bouches-du-Rhône et l'Aude) de nombreux lieux-dits de cette appellation quand ce n'est pas un château ou une abbaye fantôme, bien entendu disparue des cadres, dans le secteur de Blanchefort près de Rennes-le-Château...

Parcours obscur pour un récipient miraculeux

Pour revenir à ND de Cros, le plus important dans cette miraculeuse affaire est de ne pas douter une seconde de l'aspect religieux marial ou divin de cette belle histoire. Ensuite il faut bien se dire que la génération spontanée en matière de gobelet n'étant pas coutume, ce récipient doit bien provenir d'une endroit ou de quelqu'un et servir de support miraculeux pour sanctifier cette source sans doute payenne et sacrée à des titres autres que religieux. Toujours est-il que, dans l'indifférence générale des grands ténors en matière d'RLCéisme ou d'ésotérisme religieux, personne ne se pose plus de question ou cherche à en savoir un peu plus sur ce 'détail' qui sera, sans doute, à l'origine du sanctuaire et de ses cultes érémitiques avec ou sans miracle. N'oublions pas de nous souvenir que, moins d'un siècle après cette fabuleuse intervention divine, aura lieu la croisade contre les Albigeois, dont une des énigmes était liée à un aussi étrange calice venu d'on ne sait où, ou de qui. S'il y a parfois loin de la coupe aux lèvres la distance est peut-être moins longue de cause à effet... surtout si une autre tradition, totalement inexplorée elle aussi, fait mention dans le sanctuaire du Cros, d'un autre bien cathare caché ici le temps que se calment les convulsions dévastatrices. Si on veut rester, encore un instant, dans le cadre des découvertes archéologiques faites un peu plus haut que l'ermitage, on retrouve dans ce mobilier une bonne proportion de récipients tels que des amphores vinaires étrusques, une petite coupe en pâte rose clair ainsi qu'un fragment de coupe ionienne. Ces mises à jour sont intéressantes dans le sens où elles montrent un lieu occupé de manière sédentaire dès les V à VIème siècle avant notre ère. De plus, elles permettent de supposer un commerce, une sorte de comptoir avancé ou l'installation d'un groupe de personnes exilées ou envoyées ici pour des raisons inconnues ou précises. On peut donc imaginer qu'une coupe ait pu voyager jusque là et ait été conservée soigneusement à des fins précises liées avec le milieu aquatique sacré, superstitieux, rituel ou simplement curatif.

En observant ce par quoi le miracle arrive

Toujours est-il qu'il suffit, pour en savoir plus, de suivre l'itinéraire de cet élément hors norme pour en estimer l'importance. C'est donc chez Y. Vincet, une personne à la fois proche de l'Eglise et tout autant fascinée par l'histoire et l'archéologie, que la coupe reposerait parmi bien d'autres petits trésors du genre. Si nous utilisons le conditionnel c'est en raison que cette personne eut la coupe en héritage, mais surtout du fait que seuls un fort faisceau de présomption en fait celle en question dans le miracle de la source de Cros. Enfin on peut dire que cette pièce archéologique étant la seule en compétition rien n'empêche de la supposer comme authentique et miraculeuse. Elle se présente sous la forme d'une coupe évasée sur un pied très court et large. Sa largeur bord à bord est de 16,50cm pour une hauteur totale (y compris le pied) de 9,20 cm. La "cuirasse" adapté par un énigmatique "aumônier de l'ermitage" est en réalité une large pièce, probablement en argent, ceinturant la coupe visiblement fendue ou réparée à la suite d'un éclatement en trois morceaux. La couleur va du rose carthame sombre jusqu'à un blanc pratiquement laiteux avec pourtant une sorte de veinage violacé en deux endroits. La matière est beaucoup plus énigmatique car il ne s'agit pas là d'une coupe faite dans de l'argile teintée, ni dans un bois ou un métal. Tout au plus, et nous avouons notre incompétence en la matière, peut-on penser à un élément taillée dans un minéral inconnu ou autre chose que nous ne connaissons pas. Le bardage d'argent laisse par contre bien apparaître le socle du pied sur lequel se lit effectivement une série de signes ou lettres ou tout autre idéogramme pour nous totalement incompréhensible. On remarque que l'objet est très nettement plus lourd que ce qu'on peut en attendre alors qu'il semble bien que le cercle de renfort en argent ne soit pas la cause de ce poids si surprenant qu'il impose l'usage des deux mains pour le saisir et le manipuler. Là encore, il nous semble pour le moins curieux que personne ne se soit ému que cet objet ne soit plus dans l'ermitage mis à l'ostentation ou vénération des fidèles, pèlerins ou simplement à l'étude des scientifiques. Enfin, au gré des écrits concernant l'objet contenant par lequel le miracle se produit, on le voit s'appeler Vase, tasse, gobelet ou encore pour l'abbé P. Mengien (16e siècle) un 'vaissel' ou 'callyce bas teihnté come de sant de nostre seuveur'... sans que personne ne se formalise de cette profusion de noms discordant les uns par rapport aux autres ni ce qu'ils peuvent véhiculer comme symbole primaire ou secondaire dans cette affaire.

La source

Toujours est-il que l'emplacement d'où jaillit la source se montre étroitement lié à un culte des plus anciens dédié à une matrone ou vierge noire (ce qui, présentement, pour nous revient au même). La sensation de mystère antique s'accentue avec le fait que c'est d'une sombre grotte que sort l'eau, toujours vivante, des profondeurs de la terre mère depuis, sans doute, que le monde est monde. C'est un peu comme si le vieux paganisme abreuvait, en l'allaitant, la religion de ses bases et préceptes de soif et leurs apaisements... surtout si on pense que Cathares et religieux y burent pareillement que ces deux femmes dolentes et ainsi pour les premiers initiés qui en comprirent tout le bien fondé, comme le fit sans doute l'ermite Joseph Marie Chiron en son temps... comprenne qui pourra ou voudra, le sens profond de cette image.

 

Avant l'ermitage et la chapelle

Nous allons aborder la chapelle de Notre-Dame, ses aspects religieux et le contenu pour le moins hermétique de son sanctuaire. Cependant, avant de changer radicalement de point de vue et peut-être même pour mieux en comprendre le mécanisme spirituel et ésotérique il est utile de rappeler que nous serons là, à jamais, sur un site désigné depuis les premiers occupants de la région comme un endroit profondément sacré. Cependant si aux origines il était de mauvais ton d'occulter les réalités spirituelles ou magiques, il en est diamétralement opposé depuis l'arrivée de notre sainte mère l'Eglise. Ce site, dans son ensemble, est voué au domaine des pierres sacrées et des eaux des profondeurs et nous le retrouverons tout au long de la visite du sanctuaire religieux lui-même. Rappelons-nous qu'au sommet surplombant l'ermitage était un mégalithe, pendant que sourdait l'eau primaire à ses pieds et que l'homme vivait sur sa hauteur en rendait ses cultes sous terre. Plus loin vers Minerve sont de très nombreux sites mégalithiques de toute beauté. Mais c'est aussi à Minerve que l'ordre du temple avait une maison conséquente et ne pouvait pas ne pas visiter et rayonner aux alentours. Dire que l'ordre ne visitait ou ne savait pas Cros... serait une hérésie aussi grosse que celle de ne pas vouloir admettre certains détails de cet 'ordre' dans la chapelle ermitage. Certes, en échange rien ne parvint jusqu'à nous justifiant ou montrant un intérêt propriétaire ou autre entre les deux sites. Cependant, les templiers appréciant, à juste titre, le miraculeux surtout quand il était lié aux interventions autant martiales que celui des vierges noires, devaient avoir un regard précis sur le devenir ou le passé du lieu. En dire plus à cet instant revient à en dire trop et ce n'est pas le propos pour l'heure.

D'eau et de feu

Le dehors du site se situe encore dans le sens d'un ésotérisme bardant et prévenant l'intérieur de la coquille initiatique et initiée. Qui dit coquille pense à celle de l'escargot en forme de spirale... cette spirale qui se déploie jusqu'à l'ancien mégalithe, agrémentée d'un itinéraire de rosaire invitant l'ascension du croyant jusqu'au sommet, pour le ramener plus bas à l'eau d'un autre baptême en forme de miroir avec l'intérieur du sanctuaire. Le site est sous le signe de l'eau. C'est sans doute à ce titre que plusieurs fois le féminin divin se manifeste et ensuite exprime son attention pour ses 'adorateurs' en les guérissant tout comme la nature associée à l'homme en profitera. C'est ainsi que les miracles se produiront sur une autre échelle comme on peut le confirme les archives du village de Caunes dans lesquelles une chronique rapporte quelques faits miraculeux à grande échelle. E, 1612, une canicule sans précédent s'abat sur la région en même temps qu'une épouvantable sècheresse menace récoltes, bétails et humains... plus d'eau nulle part. Le dimanche 27 mai de cette année s'en remettant une fois encore aux miracles aquatiques de Cros ce sont près de douze milles personnes qui, au fil de 29 processions viennent implorer que tombe l'eau salvatrice sur la région assoiffée. Le lendemain, et durant 5 jours pleins, les eaux du ciel se déversèrent abondamment et évitèrent la catastrophe annoncée. Ces chroniques affirment que souvent durant les fortes chaleurs avaient lieu, ponctuellement, de pareilles procession d'invocation de la pluie, auxquelles on adjoignait les reliques des martyres de Caunes pour plus de persuasion...

Hasard sans doute diront les incrédules... et nous répondrons que peu importe le flacon si on a l'ivresse de l'eau. En échange, une autre chronique rapporte que les années ou les pèlerinages étaient moins fréquentés la pénurie de l'eau se faisant ressentir sur la région comme s'il s'agissait d'une remontrance pour ce manque de fidélité aux forces de la nature... On peut sourire de ce genre de remarque, c'est certain. Mais alors il faut se rendre à la fontaine de Baranton dans la forêt de Brocéliande et méditer sur les réactions des fontaines druidiques et risquer l'épreuve de l'eau répandue sur le seuil de cette mythique résurgence... et en vérifier le bien fondé ou non. Après, et après seulement on peut en rire.

L'eau est un élément et le feu en est un autre tout autant parfois capricieux et dévastateur. C'est ainsi, il y a peu, qu'un mardi 30 juin, arrivant de la carrière de marbre, le feu se répand en vagues brûlante en direction du sanctuaire. Malgré les efforts désespérés des sapeurs pompiers, le site semble inexorablement condamné à être la proie des flammes. Et pourtant, oui pourtant, contre toute attente et sans explication plausible la déferlante de feu s'arrête... devant la croix de pierre qui, traditionnellement, marquait autrefois le perron symbolique de la colline du sanctuaire.

Crox, Cros, Croix et Crosse

Pour clore ce premier chapitre nous ajoutons que le nom de Cros, s'orthographiant également CROX sur de plus anciens documents, fait évidemment, c'est logique, allusion à la croix (puisqu'il y en avait plusieurs délimitant le territoire propre à l'ermitage), et pourquoi pas au mot 'crosse' comme nous le voyons maintenant. C'est le hasard le plus pur qui fait découvrir lors de travaux important de modifications des appareillages et structures de l'ermitage une cache mortuaire contenant quelques ossements mais, surtout, une crosse en argent comme celle des évêques... accolée à une superbe croix de procession en vermeille ornée de pierre semi-précieuses.

La crosse, assez petite pour ce genre d'objet, mesure 21,3cm pour son déploiement spiralé en une seule boucle avec une hampe droite et creuse de 9cm. Elle s'achève en son centre sur une courte croix montante de formée évasée. L'œuvre semble être un travail d'orfèvre de Tolède fait de deux parties creuses et soudées. L'objet, très sombre lors de sa découverte, était quasiment noir avec d'importantes traces granuleuses d'oxydation profondes, voire à se percer à plusieurs endroits.

La croix de vermeille, non poinçonnée ni dédicacée, était visiblement une croix de procession (26,20 de large X 38,6 de haut) en raison d'une hampe creuse à sa base. Un Christ en croix au centre finit ses mains, sa tête et ses pieds sur des pierres semi-précieuses (agathes essentiellement) en cabochons polis.

La crosse pourrait être du 14e siècle, pendant que la croix serait un peu plus ancienne... Quelques temps exposées dans la sacristie au 19e siècle, ces deux pièces accompagnée de boucles et épingles dorées fut repris par le patron de l'entreprise de maçonnerie qui en avait fait la trouvaille. Visiblement ni l'évêché ni les autorités compétentes en matière d'objets archéologiques ne semblèrent manifester autre chose qu'à peine de curiosité pour ces pièces pourtant hors du commun pour cette région. On sait aujourd'hui où elles dorment paisiblement et c'est bien ainsi.

Evidemment si l'étymologie de Cros se fait depuis le mot croix et si le sanctuaire se trouve au fond du vallon nous pourrons penser, avec un peu de nostalgie à un autre... Val de Croix, de Cros, situé lui dans le Verdon et où les templiers, là, ouvertement exerçaient leur plus vif intérêt... mais est-ce une autre histoire où l'annexe l'une de l'autre ?

MaryAnge Tibot et André Douzet
Le 11 juin 2010

à suivre
seconde partie un sanctuaire en cacherait-il un autre ?

Il nous manque des illustrations pour ce premier chapitre. Nous sommes en attente des autorisations pour les entrer. Il s'agit de la vue de la coupe du santuaire de la source et celles de la crosse d'évêque et de la croix de procession. Dès l'accord nous les entrerons sur ce chapitre ou à sa fin.

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