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L’étrange
Vierge noire de Notre-Dame de Marceille |
«
L’histoire de notre pèlerinage se perd dans la suite des siècles.
Nous ne saurions lui assigner de date, pas plus qu’à l’image
primitive, qui a été l’objet des premières prières
des fidèles »… écrivait Mgr Beauséjour,
évêque de Carcassonne, en août 1912 à propos de
la vierge noire de Notre-Dame de Marceille.
Arrêtons-nous sur cette fameuse « image primitive » qui
fut un des premiers motifs de culte chrétien pour l’endroit.
Cette vénération est sans aucun doute d’une grande ancienneté,
car personne ne met en doute la lointaine origine de la statue vénérée
dans la basilique.
Pour certains chercheurs, cette représentation était à
l’origine dans l’abri de la source miraculeuse. Pour d’autres,
elle fut tout de suite placée dans la chapelle primitive.
La
Légende
Aussi,
avant de plus approfondir cette ‘invention’, observons les conditions
de sa découverte :
« A une époque bien lointaine qui se perd dans la nuit des
temps, un laboureur qui cultivait son champ sur le coteau de Marcellan voit
ses bœufs arrêtés soudain par un obstacle invisible. Il
a beau les presser, les exciter, ils demeurent immobiles et résistent
à l’aiguillon. Le laboureur, d’abord stupéfait,
se sent bientôt envahir par une impression indéfinissable :
il se prosterne en invoquant le secours du Ciel. Poussé par une inspiration
subite, il creuse la terre pour découvrir l’obstacle qui arrête
ses bœufs.
Tout à coup une madone de bois, à la figure brune, au sourire
céleste, se présente à ses regards étonnés.
Il prend avec respect la statue de Notre-Dame et la porte dans sa maison
où elle est accueillie avec bonheur par toute la famille. Mais hélas
! Le lendemain la madone a disparu ! ! !
Le laboureur revient à son champ, et il retrouve l’image vénérée
dans le lieu où la veille, il avait eu le bonheur de la découvrir.
Vainement il l’emporte une deuxième et une troisième
fois : la statue miraculeuse disparaît toujours pour regagner la Colline
de Prédilection »
La nouvelle se répand
immédiatement. Les religieux locaux reconnaissent dans cette intervention
la volonté divine que soit honorée la Vierge Noire miraculeuse
en son lieu de découverte. Ainsi, selon la tradition, ils construisent
la première chapelle votive du lieu. C'est en tout cas ce que retranscrit,
jusqu’en 1793, un tableau représentant la légende de
cet événement. Cette peinture disparaîtra dans la tourmente
révolutionnaire…
Description
Maintenant, voyons la description
de la statue selon l’expertise du 15 août 1912, demandée
par Mgr de Beauséjour :
« Nous avons voulu étudier cette statue, sans le manteau
doré qui l’enveloppe, afin de l’identifier aussi sûrement
qu’il est possible . Nous nous sommes entourés des lumières
des juges les plus compétents et nous croyons pouvoir affirmer qu’elle
remonte au onzième ou au douzième siècle.
C’est une vierge de bois (hauteur 55cm hors socle) assise sur un faudesteuil,
dont il ne reste que des débris. Elle porte une robe longue, que
recouvre un ample manteau, dont le collet est retenu et fermé par
une agrafe arrondie. La tête de la vierge est surmontée d’un
cercle de bois, base circulaire d’une couronne, dont les fleurons
ont disparu. Cette couronne retient un voile qui tombe sur les épaules
de la vierge, et qui recouvre la partie supérieure du manteau. La
Mère, de son bras gauche, tient assis sur ses genoux l’enfant
Jésus, dont les mains mutilées devaient tenir un objet aujourd’hui
vermoulu, peut-être un oiseau, comme cela se rencontre souvent.
Les plis de la robe, la forme pointue des sandales, la présence de
la couronne, celle du voile qui s’en détache, l’attitude
et l’aspect général de la statue, tout l’indique,
malgré les nombreuses mutilations et de graves injures du temps,
une vierge de l’époque que nous avons indiquée. »
Légende,
réalité et profit?
Que devient la légende dans
cette histoire ? La tradition rappelle que la statue de bois en aurait remplacé
une autre bien plus ancienne, en pierre, et source de bien d’autres
légendes ou rumeurs… Etait-ce la fameuse ‘gravure’
vénérée sous ‘le menhir incliné’
? Nous ne le saurons sans doute jamais et nous nous contenterons de la chronique.
Admettons aussi que les invasions barbares imposaient de dissimuler les
trésors religieux et traditionnels, et que, souvent, la cache la
plus sûre était l’enfouissement des objets votifs et
des statues… parfois oubliées, perdues, après le danger
passé. Elles seront remplacées, en la circonstance, par de
plus récentes reproductions.
Dans le cas de Notre-Dame de Marceille, il faut aussi prudemment différencier
si la cache de ces objets fut simplement une fosse creusée hâtivement
en un lieu ensuite perdu, ou si l’on a choisi volontairement de les
mettre en sécurité dans un souterrain local, connu de très
peu de personnes ! ! ! Dans cette possibilité, après la tourmente
barbaresque, il était sûrement délicat de retourner
à ce souterrain au vu et au su de tous, et d’en dévoiler
ainsi l’existence et la destination… Alors, de ce fait, était
peut-être venu le temps où l’antique statue, pouvant
soulever trop de questions indiscrètes, devait être mise hors
circuit sans pour autant être détruite. Le miracle, face à
cette situation, devenait donc une nécessité absolue…
Mais, outre cette impérative solution, on ‘joignait l’utile
à l’agréable’ : d’une part on mettait en
place un pèlerinage rapportant des sommes conséquentes, et
d’autre part personne ne se serait permis de poser quelques questions
embarrassantes sur une disparition et une nouvelle apparition se produisant
à point nommé sous les hospices d’une divine providence.
Ne confondons pas sacré, surnaturel et merveilleux !
Cachez
cette ‘Dame’ que nous ne saurions voir
Le
problème de la substitution de deux statues à Notre-Dame de
Marceille est d’ailleurs soulevé par Mgr de Rébé.
Son secrétaire fait d’ailleurs part de détails très
importants et énigmatiques sur ce plan lors d’un courrier confidentiel
adressé à un correspondant dont il tait soigneusement la fonction,
mais dont nous avons retrouvé trace (courrier du 21 juillet 1641,
archives de Allan Marques de Saves publié aussi dans l’annale
de Maurice Mout en 1755 – Toulouse, collection Jonet et Sauche). C’est
ainsi que l’on peut supposer que la légende aurait été
mise en place pour permettre une manœuvre mystérieuse, sans
avoir ni trop à se justifier, se cacher ou encore révéler
ce qui ne doit pas l’être.
La divine providence ne serait alors qu’un scénario bien orchestré
que nous allons tenter de reconstituer :
- ‘Un laboureur’, à cette époque, ‘par un
heureux hasard agricole’ travaille dans un périmètre
bien défini et très proche des constructions actuelles. L’avocat
du Diable objecterait certainement que ce ‘champ’ aurait dû
depuis longtemps ‘rendre’ son précieux trésor
depuis les labourages précédents !.. ou faut-il alors supposer
que ce champ si proche était vierge de tous travaux ?
- Ensuite, notre ‘laboureur’ sait parfaitement où son
attelage doit s’arrêter pour qu’intervienne le ‘miracle
des bœufs’… En vérité, il sait être
sur un passage souterrain très antique dont il ressortira une statue
aux origines visiblement orientales.
- Ceci permet la justification de l’édification très
rapide d’un bâtiment qui superpose un lieu, une construction
souterraine, risquant d’être découvert incidemment avec
le temps… et il devient surtout impératif que ce lieu souterrain
reste dans le domaine de l’inconnu et du secret.
On peut donc supposer que personne ne se permettra de fouiller sous les
murs d’un ensemble sacré, devenu Notre-Dame de Marceille…
ni de supposer quoi que ce que l’on cherche réside dans ses
fondations et ses ‘fondements’.
Tout
doit retourner à la terre !
Et Mgr Rébé visite
les lieux saints. Mais l’arrivée de ce curieux Monseigneur
semble plutôt être motivée par quelques vérifications.
C’est en vérité une sorte d’inspection de détails
qu’il effectue dans les lieux…
Nous pouvons lire dans son compte rendu qu’à cette occasion,
il découvre encore des éléments qui lui semblent pouvoir
révéler ce qui ne doit l’être à aucun prix.
C’est ainsi qu’il exige que soient enlevées « trois
vieilles images qui ne sont pas fort décentes »… Mais
ce n’est pas tout ! Nous voyons ces trois ‘images’ faire
le voyage inverse de celui de la vierge noire… elles retournent à
l’oubli, et sous terre ! Mgr de Rébé précise
formellement qu’elles ne doivent pas être détruites,
mais curieusement ensevelies !
Si ces ‘vieilles images’ se montrent si indécentes, n’était-il
pas plus simple et radical de les détruire ou de les emmener loin
de Notre-Dame de Marceille ? Ou même, comme c’était souvent
le cas à cette époque, de les brûler ? Et puis, on peut
se demander à juste titre ce que faisaient dans la basilique ‘trois
vieilles images indécentes’… dont personne ne semble
avoir compris, depuis longtemps, l’illégitimité ‘scandaleuse’
dans ces saints lieux ?
Cette technique d’enterrement de certaines images, à l’examen,
n’est guère convaincante, et soulève bien des interrogations
quant aux intentions de Mgr Rébé. Quels détails pouvait-il
réellement craindre de voir remonter en surface, et pour quelle affaire
?
Mais ce n’est pas tout. Le système se poursuivra encore sous
l’autorité d’un autre dignitaire de l’Eglise :
Mgr de Grignan… Lui aussi fait enlever, puis enterrer, des statues
en pierre cette fois. Il est facile de constater qu’il ne s’agit
pas là de préserver la pudeur ou supprimer des détails
immoraux ou désuets, car il suffisait alors de marteler ce qui était
‘choquant’, ou de détruire purement et simplement les
dites ‘images’, ou encore de les céder à quelques
personnes qui les auraient éloignées. Non ! Il s’agit
bien de supprimer à la vue de celui qui en comprendrait les détails
certaines informations encore exploitables, et concernant un événement
que l’Eglise ne tient pas du tout à révéler…
Cependant, toute cette statuaire, si elle devient gênante ou dangereuse,
reste nécessaire à quelques opérations futures, car
on ne détruit rien et on enterre pour plus tard ce qui doit servir
à nouveau. On retrouve ici l’ombre d’un processus cher
à l’énigme de Rennes-le-Château !
Perdu
ou soigneusement dissimulé ?
Mais pour Notre-Dame de Marceille,
on peut facilement imaginer ce qu’un jardinier trouvera en pelletant,
par hasard, un jardin près de la basilique !.. Ou peut-être,
un beau jour, un autre innocent laboureur mettra à jour quelques
statues, sous couvert d’intervention aussi divine que gratuite. Le
miracle ne tient vraiment pas à grand chose !
Il reste l’ultime possibilité que ces peintures et statues
gênantes soient toujours entreposées, avec d’autres vestiges
(la première Dame des origines du site, par exemple), dans quelques
caches aussi souterraines que discrètes peut-être oubliées
à jamais… ou soigneusement mémorisées, et transmises
au sein d’une hiérarchie la plus discrète possible…
Qui sait ? Peut-être ce ‘détail’ expliquerait-il
la frénésie, à une époque, de plusieurs hauts
dignitaires qui s’acharnèrent à acquérir pour
eux seul le site de Notre-Dame de Marceille… et y récupérer,
pourquoi pas, un dépôt archéologique de grande valeur,
oublié de tous.
La
vierge noire et l’enfant blanc
Nous
reviendrons plus tard sur les sous-sols mystérieux de Notre-Dame
de Marceille. Pour l’instant, observons encore cette curieuse vierge
noire, qui comporte tout de même quelques détails bien intéressants
pour celui qui sait les lire.
Ce qui est surprenant au premier abord est son visage : de couleur sombre,
elle arbore un sourire soutenu, énigmatique et surpris. Ensuite,
ce sont ses yeux très largement ouverts, aux pupilles sombres, qui
semblent scruter profondément le visiteur. Selon l’antique
légende, il est dit que : « celui qui voit la statue lui sourire
est certain d’obtenir la grâce qu’il est venu implorer
».
Pourtant, si l’on considère les ouvrages concernés par
le sujet, un détail flagrant semble avoir échappé à
tous les auteurs. S’il est vrai que la vierge est sombre, l’enfant
Jésus qu’elle soutient est lui de couleur très claire
! Si cette statue est bien une vierge noire, et tout porte à le croire,
elle tient un enfant qui est la dualité évidente et d’une
couleur totalement opposée...
La Vierge noire des origines ésotériques, obscures et souterraines,
aurait-elle engendré un être exotérique, de lumière
et d’ouverture solaire ? L’ombre donnerait-elle, ici, naissance
à la clarté ? Se pourrait-il que ce détail, peu retenu
par les visiteurs, soit une autre information sur l’ésotérisme
du lieu offerte à qui sait la lire…
La
Matéria de Marcellus
Cette représentation étrange,
et pratiquement unique dans le domaine des Vierges noires en France, précise-t-elle
qu’un secret d’origine romane, tenu dans une crypte obscure,
s’extérioriserait ici par un élan gothique lancé
littéralement vers la clarté, donc la révélation
au grand jour… par le biais d’un secret lié à
Jésus (fils de la Vierge), mais en provenance de l’Orient ?
L’énigme des origines ou de l’endroit, ou des deux réunis
serait-elle, alors, ésotérique ? Enigme souterraine, pourtant
accessible par la lumière ? Tout porterait à le croire selon
ce symbolisme à la fois marial et sacré.
Des écrits relatent, en 1011, qu’une chapelle sous le vocable
de la Vierge existe à Marceille, sans préciser depuis quand.
Une tradition veut que cette statue date des premières années
de la religion. Une autre explique que la Vierge serait une ‘Matéria’
érigée sous Marcellus le romain, datant donc du premier domaine
romain. Jusqu’en 1793, un tableau consacrait la légende de
la découverte sur le site, mais sans préciser s’il y
avait eu quelque chose précédemment…
Ne
me regarde pas !
Enfin
il est utile de souligner un dernier détail pour le moins ambigu
concernant la couleur sombre de la vierge. Habituellement, dans le cas de
vierges noires vouées à un culte populaire, tout est fait
pour attirer l’attention ou l’adoration sur la statue. Ici,
au dessus de la petite niche abritant la Vierge, il avait une inscription
très ancienne et insolite. Elle apparaît déjà
citée (page 123) dans l’Hommage au député départemental
de l’Aude (le baron de Podenas) ainsi libellée : « NE
ME REGARDE PAS, CAR JE SUIS DEVENUE BRUNE »… Etrange inscription,
qui inciterait plus à détourner le regard qu’à
le porter sur cette vénérable représentation.
Peut-on alors, ou doit-on, conclure depuis ce texte qu’il ne faut
pas considérer la vierge dans son état présent,
‘brune’, mais l’envisager plus claire et dans une origine
autre et plus ancienne ? Car la phrase est précise : ‘Je suis
devenue brune’… Elle était donc d’une autre teinte
avant ce ‘devenir’… Dualité des mots car l’image
est bien visible… mais il est recommandé de ne pas la regarder…
En ce dernier cas, n’était-ce pas plus simple, si l’on
ne voulait pas qu’elle soit visible dans cet état, de la reteindre
ou de l’enlever purement et simplement ?!
Cette situation nous invite à considérer deux situations,
passée et présente. Pourquoi ne pas, par exemple, supposer
le fameux remplacement (déjà soupçonné dans
le chapitre précédent) d’une très ancienne statue
par une autre, sans doute tout aussi sacrée ?… ou autre chose
en rapport avec elle et qui serait devenu sombre, occulté, caché,
effacé, suite à un événement inconnu aujourd’hui,
mais soumis à la réflexion de l’initié en la
matière ? Si changement de couleur ou de statue il y avait, il concernerait
seulement la ‘Dame’ et justifierait que l’enfant Jésus,
lui, soit bien resté d’une couleur très claire, et pourquoi
pas étranger à cette secrète évolution…
Cette inscription, pourtant extraordinaire, ne retint guère l’attention
de ceux qui travaillèrent sur le sujet, car à part ce rapport
‘Hommage au Baron Podenas’ pratiquement aucun fascicule n’en
fait mention à présent. Il faut aussi admettre que cette coloration
devenue sombre n’empêchait ni un intense culte à la Vierge
noire, ni encore moins de solliciter ses interventions miraculeuses dont
elle ne semble pas avoir été mesquine, si l’on considère
le nombre impressionnant d’ex-votos témoignant de la bienveillance
et des intercessions incalculables de Notre-Dame de Marceille…
L’étrange
disparition de la statue
Epoque de la Révolution Française.
Le 1er février 1791 a lieu le premier inventaire des biens de N.D.dM.
Suivront une série d’autres inventaires, saisies, ventes, et
autres dégradations.
Le 20 juillet 1793, le dernier procès-verbal prend en compte tout
ce qui se trouve dans l’église, y compris la Vierge Noire miraculeuse.
Mais au moment du relevé final, la statue a disparu, et on n’en
trouve aucune trace… ni trace non plus d’effraction des portes
et de la vitrine qui la protège !
Le 25 juillet 1793, l’un des commissaires de la Révolution
est chargé de mener l’enquête concernant cette disparition…
sans l’ombre d’un résultat.
Le 30 juillet 1793, l’agent national de Limoux dresse un autre procès-verbal
avec une plainte contre « une jeune femme inconnue qui profita du
moment où l’on faisait le recensement des effets de l’église
pour enlever la statue »… On ne retrouve pas trace ou témoignage
de cette étrange femme. Personne ne la connaît ou la reconnaît…
même pas ceux qui semblent l’avoir aperçue ! L’agent
national qui enregistre le rapport des témoignages de cet événement
est extrêmement gêné et doit mentionner sur son compte-rendu
: « les gens crient au miracle ! ».
Cependant l’agent poursuit son enquête… et ce n’est
plus en juillet que la statue disparaît, mais le 29 juin ! Pourtant
il est notoire qu’à cette date, le lieu est sous surveillance,
et que personne ne peut forcer les portes de l’église qui sont
fermées à clé ! L’enquêteur est inquiet
car il est impossible d’expliquer comment cette étrange femme
s’est introduite dans le bâtiment.
La
femme qui sortait de terre
Le
rapport mentionne un détail pour le moins très insolite :
c’est dans le champ jouxtant l’église qu’est apparue
tout à coup et ,‘semblant sortir de terre’, l’étrange
jeune femme tout habillée de noir. Elle s’enfuit en courant,
portant contre elle cette madone pourtant déjà bien lourde
pour un homme… Les gardes se lancent à sa poursuite mais en
vain car, dans ce même champ, ‘soudain on ne vit plus ni statue,
ni la femme habillée de noir, qui avait semblé jeter la statue’.
Le 8 août, le comité révolutionnaire de Limoux est sommé,
avec la municipalité et l’agent national de Pieusse, d’enquêter
et de trouver la solution à cette énigme qui agace prodigieusement
les révolutionnaires, les couvre de ridicule et commence à
inquiéter sérieusement les habitants de la ville… De
plus en plus, des rumeurs circulent sur un groupe de personnes inconnu au
canton se déplaçant la nuit sur les terres de Notre-Dame de
Marceille, et disparaissant sur place dès la garde locale à
leurs trousses…
Il sera bientôt question de rumeurs tenaces faisant état de
la réouverture d’un antique souterrain permettant d’y
dissimuler plusieurs grosses valeurs confiées par de riches aristocrates
locaux à des personnes venues d’on ne sait où. Pourtant,
si on ne connaît pas ces étrangers, eux semblent parfaitement
connaître les lieux et surtout les souterrains permettant d’entrer
dans l’église sans effraction, de circuler jusqu’au delà
de ce secteur et de disparaître facilement au nez et à la barbe
des gardes. Ces mystérieux ‘sauveurs de Vierges noires’,
hommes et femmes confondus, semblent toujours vêtus de noir et ne
se privent pas de narguer la garde, même en plein jour, sans qu’aucun
ne soit jamais pris.
Afin de calmer tout le
monde,
le 21 juin 1794, le comité révolutionnaire formule une plainte
contre les marguilliers en les accusant d’avoir favorisé et
été complices de l’enlèvement de la statue...
Plainte qui n’aura jamais de suite au demeurant !
On sait à présent que la statue, après son enlèvement,
et pour une durée inconnue, finit son aventure en sécurité
dans le coffre de François Lasserre, ancien prieur des pénitents
bleus régionaux. De la jeune femme nous ne saurons jamais rien…
pas plus d’ailleurs sur ce groupe parfaitement organisé de
personnes qui semblait parfaitement connaître les vieux passages souterrains
de Notre-Dame de Marceille.
Après les événements révolutionnaires, la statue
reviendra au moment de la réouverture de l’église, le
08 mars 1795… G. Migault écrira sur le sujet : « Cet
épisode de l’enlèvement de la statue est curieux, presque
du roman policier ; il nous est pourtant rapporté en toutes lettres
dans les procès-verbaux des agents nationaux » !
S’il est vrai que cet épisode est pour le moins très curieux, il offre surtout la certitude qu’à la Révolution Française, des galeries existaient sous l’ensemble des bâtiments de Notre-Dame de Marceille, et que certaines personnes en connaissaient encore l ‘usage, les issues, et qu’il était encore facile de s’y déplacer rapidement… Tout laisse à supposer que cet ensemble était fort étendu, complexe, mais surtout encore existant de nos jours…
Iris Douzet