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Société Périllos ©

Visite de la Société Perillos à Nice, Falicon
et divers sites templiers

(1ère partie) - de Nice à Utelle


L’incontournable savoir de Daniel Réju

Il y a plusieurs décennies, Daniel Réju nous informait sur une curiosité alors quasiment oubliée au-dessus de Nice : la pyramide de Falicon. Nous avions, depuis le décès de notre ami, fait nôtres ses travaux sur ce monument qui, sans conteste, est l’un des plus énigmatiques de France. Plusieurs fois, depuis lors, nous avions fait mention de ce dont nous disposions sur le sujet dans les colonnes de plusieurs revues. Malgré ces parutions, il faut bien reconnaître que nos éléments ne soulevèrent guère de remarques… jusqu’au jour où quelqu’un nous contacta depuis la région niçoise en manifestant le plus vif intérêt pour cet énigmatique vestige en perdition. Depuis, plusieurs échanges eurent lieu et l’affaire de la pyramide de Falicon prit une ampleur inattendue. En effet, il y a quelques mois, notre correspondant nous informait que les démarches qu’il avait entreprises depuis près de trois ans auprès des autorités venaient d’aboutir. La pyramide de Falicon sortait de l’obscurité pour être enfin mise en évidence sous un éclairage historique et scientifique.

Les ‘Carnets Secrets’ et l’énigme de Falicon

On peut, à présent, se demander en quoi, dans cette heureuse information, les activités de la Société Périllos peuvent tenir une place.

Et bien, c’est que tout simplement nous avons été invités par le premier auteur de cette réhabilitation et qu’à cette occasion nos ‘Carnets Secrets’ eurent les honneurs. En bref, notre ami n’eut de cesse de démontrer que les vestiges de cette étrange construction pyramidale pouvaient avoir une importance autre que celle d’un caprice ponctuel de notable local… comme voulaient le montrer, un peu vite, les autorités. Trop d’éléments, dès lors, affluent dans le sens que ce qu’il reste de la structure pourrait être le témoin d’une autre volonté que celle d’un désoeuvrement passager.
Certes, il ne faut surtout pas négliger que, comme le suppose encore une hypothèse, nous serions face à une des manifestations d’un courant d’égyptomanie niçois, comme il y en eut tant en France après les conquêtes napoléoniennes. A cette époque, manifester son attention pour l’Egypte ancienne était de si bon ton que la haute société se prit à exprimer son engouement pour cette civilisation sous de nombreuses formes… dont celle pyramidale ! Si on peut estimer qu’il reste encore en nos régions plusieurs vestiges de la sorte, il faut toutefois reconnaître qu’ils n’eurent ni la même utilisation ni le même tissu légendaire… ni la même destruction. Falicon, en résumé, ne serait, nous dit-on le plus sérieusement possible, qu’une sorte de ‘borne’ installée là au 19e siècle pour signaler aux curieux et promeneurs la présence d’un aven remarquable. Effectivement, il est de notoriété publique que tous les avens reconnus pour leur attrait minéral, à cette époque, aient été indiqués chaque fois par une pyramide en pleine nature !!! D’ailleurs, on se demande pourquoi on n’en trouve pas beaucoup plus dans les régions au sous-sol calcaire, riches en gouffres, cavités et puits naturels… Car évidemment, le cas de Falicon concerne bien un aven… comme on peut en trouver des centaines dans ce genre de région. Sans doute, pour celui qui nous intéresse, s’agit-il d’un prototype auquel aucune suite ne fut donnée… pourquoi pas ! Restons sérieux et ajoutons que ce site aurait été visité certes par de nombreuses personnalités dont une reine venue prendre les eaux dans le secteur. De plus, nous pouvons supposer, en voyant ce monument, qu’il fallait plusieurs ouvriers pour préparer le mortier et édifier le monument de manière professionnel. A ceci, on ajoute qu’au 19e siècle, l’administration commence à archiver et à être rôdée en matière de notification communale. De fait, on reste surpris du manque d’information ou de remarque officielle dans les archives communales… et mieux encore, en matière de mémoire populaire ou simple curiosité personnelle de quelques voisins intrigués par le mouvement d’ouvriers maçons exerçant leur art durant plusieurs semaines sur un terrain exposé à la vue de tous… Rien !... aucun écrit, aucune mémoire ni rumeur ni légende… Le silence le plus étouffant plane sur le monument.

L’aven et l’échelle des belles visiteuses

Gravure de Louise Boquet - 1814 -
dans la pyramide de Falicon

Egalement, cet aven a été aménagé à son premier niveau souterrain de plusieurs grandes marches taillées à même le socle rocheux, ainsi qu’en d’autres endroits. S’il est effectivement difficile de voir dans ces travaux insolites le sempiternel moindre autel ou lieu de culte sacrificiel, il est tout autant difficile d’adhérer à la thèse suivante. A cette époque, les élégantes en mal de sensations souterraines fortes se rendaient en rangs serrés sur le lieu. A ce moment, on leur présentait une échelle afin qu’elles puissent descendre au premier niveau souterrain, en robes longues… Et les convaincus de cette affirmation ajoutent le plus sérieusement qu’alors que l’échelle reposait sur la première marche de pierre, les suivantes permettaient aux belles bourgeoises aventurières de poursuivre leur descente vers les inquiétantes ombres minérales. A ceci, on pourrait facilement répliquer qu’il serait intéressant de savoir pourquoi on n’utilisait pas une échelle tout simplement assez longue pour arriver au sol sans risque de glisser sur la première haute marche de l’appareillage… A moins bien entendu que, déjà à cette époque, on ait jugé inutile de faire simple quand on pouvait faire compliqué et dangereux ! De plus, si ces élégantes spéléologues devaient prendre de telles précautions, elles ne devaient se rendre sur le lieu qu’à l’aide de carrioles afin de ne pas ternir leurs toilettes à la poussière et aux ronciers environnants. Le problème est que si les guides locaux leur avaient ménagé des marches de pierre et des échelles… ils avaient oublié que le sentier conduisant sur site ne permettait pas le passage d’attelages, de calèches ou autres…

Mission impossible ?

Certes, à présent, il reste bien entendu l’hypothèse que cette construction des plus étranges se soit trouvée là bien avant le 19e siècle, comme en attesteraient au moins deux indices. Maintenant, il reste possible qu’en ce si beau pays niçois le phénomène des « étoiles de midi » soit plus présent que partout ailleurs.
Et voici qu’au bout d’un long périple administratif, les vestiges inexpliqués en ce lieu sont inscrits aux Monuments Historiques. Avec cette mesure attendue, les officiels retiennent seulement une origine remontant au tout début du 19e siècle. Ce serait, nous dit-on, Domenico Rossetti qui, en 1803, subjugué par un gouffre sur la commune de Falicon, aurait conseillé à son hôte d’édifier sur l’ouverture naturelle une belle pyramide pour en signaler la présence aux riches visiteurs… point final ! La sentence vient de tomber, sans appel ! On ajoute encore que les pans inclinés de ce volume issu d’une « napoléo-mania » (Nice-Matin, 23/10/07) facilitent l’installation et la manœuvre d’une fermeture de l’ouverture de l’édifice. Cette affirmation assénée avec le plus grand sérieux possible nous fait regretter le bon temps où Francis Blanche et Pierre Dac en affirmant ceci au moins nous auraient bien fait rire !
Mais en fin de compte, cette mesure d’inscription présente au moins le mérite de mettre les vestiges sous protection et bonne garde, et on peut s’en féliciter. En ce qui nous concerne présentement, nous évitons de supposer que l’opération entre dans le chantier des ‘grands nettoyages par le vide’ tentant de canaliser, sinon effacer, toutes traces de réalité inexplicable, sinon ésotérique, sur de nombreux monuments français. Cependant, si notre prudence reste de mise en matière d’affirmation de ce genre, nous avons en tête tant d’exemples qu’il nous reste difficile de ne pas craindre une fois encore le laminoir de la ‘grande lessive des sites insolites’.

Retour à la case Daniel Réju

Toujours est-il qu’en raison de nos articles, jugés inoffensifs, écrits sur le sujet, nous avons été invités à la cérémonie officialisant l’inscription.
Ainsi, nous nous sommes rendus sur les lieux le samedi 27 octobre à 10 heures pour les discours inauguraux de l’événement. Celui-ci fut présenté et argumenté de façon intéressante par madame et messieurs :
- Honoré Colomas, Conseiller Général, Maire de St André de la Roche, représentant Christian Estrosi, Président du Conseil Général et Secrétaire d’Etat à l’Outremer.
- Rudy Salles, Député et Vice-Président de l’Académie Nationale.
- Claude Salicis, Président de l’IPAAM (Institut de Préhistoire et d’Archéologie Alpes Méditérrannée).
- Madame le Maire de Falicon.
La cérémonie eut lieu dans un agréable local d’exposition d’art accueillant, pour la circonstance, une exposition faite sur le sujet et présentant de nombreux documents et clichés photographiques. Nous remarquions avec plaisir que parmi les panneaux explicatifs se trouvait en bonne place le numéro 2 de nos ‘Carnets Secrets’ contenant notre article sur la pyramide de Falicon. A ce sujet, nous tenons à préciser avoir compris que certaines autorités doutaient de la réalité des documents dont avait eu connaissance Daniel Réju qui, de son vivant, nous en avait donné copie. Ce chercheur hors pair, ayant conduit des recherches pionnières en la matière alors que tous les ténors n’en avaient cure à cette époque, eut entre ses mains l’exemplaire d’un bulletin et un autre document mentionnant le site à une date bien plus ancienne que celle retenue officiellement pour une origine début 19e siècle. Il va sans dire que les scientifiques ne disposant pas de ces éléments en doutèrent… comme à l’accoutumée, selon le vieux principe des « étoiles de midi » consistant à nier énergiquement ce qu’ils ne voient pas alors qu’il suffit d’un peu de patience pour avoir la preuve formelle du contraire. Après une sympathique discussion avec celui qui fut au départ de cette heureuse initiative, nous allons donc donner copie d’une partie des archives de Daniel Réju, à toutes fins utiles, mais surtout pour que la mémoire de Daniel ne soit pas souillée par les sarcasmes habituels de ceux qui voudraient bien mais ne peuvent pas…
Les entretiens avec les autorités lors de cette cérémonie se sont poursuivis par un apéritif convivial dans la chapelle des pénitents blancs dont nous avons pu ainsi admirer l’architecture agrémentant le bâtiment… d’un clocher triangulaire. Une fois encore, face à cette insolite curiosité, on nous explique, avec le plus grand sérieux, que cette forme a été choisie pour faire des économies de construction !!!! Le lecteur et le visiteur apprécieront le commentaire à sa juste valeur…
Ensuite, grâce à madame le Maire, nous avons eu l’autorisation de faire des photographies dans l’église du village, placée sous le vocable de St Vincent. En attendant de revenir très prochainement sur le sujet, nous pouvions contempler un sanctuaire magnifiquement orné de nombreux tableaux et de fresques remarquables dont nous ferons état dans un chapitre particulier. C’est tout près de cette chapelle qu’une superbe demeure présente, dans une pierre de son appareillage, un étonnant polissoir, sans doute des époques antiques pour ne pas dire néolithiques.

Voyage en terre templière…

A partir de l’après-midi de ce samedi, nous allons visiter plusieurs sites sur lesquels plane l’ombre des templiers. Certes, il faut bien reconnaître que souvent il s’agit d’une ombre légendaire… d’une ombre ou d’une sorte de brume qui aurait, parfois, la forme et l’odeur d’une étrange fumée. Aussi, en partant du vieux proverbe populaire affirmant qu’il n’y a pas de fumée sans feu, nous nous sommes soigneusement appliqués à parcourir quelques lieux que notre guide avait minutieusement choisis dans cette intention.

La tour sur Tinée et son église St Martin

Le périple commence par le village de La Tour, également appelé ‘La Tour de Tinée’, perché aux confins d’une route en lacets dans une nature dantesque à couper le souffle. Certes, le toponyme de ‘La Tour’ sous-entend une place fortifiée agrémentée d’un donjon… dont il ne semble plus rester de trace aujourd’hui que sur le blason de la commune.
En cours de montée, nous nous arrêtons près d’une petite stèle commémorant un accident d’avion militaire, survenu le 1er août 1934, pour reprendre ensuite notre ascension vertigineuse. Arrivés dans le village, nous commençons notre visite par l’église sous le vocable de St Martin. Celle-ci renferme une formidable quantité d’éléments tous plus dignes d’intérêt les uns que les autres dont un chapiteau de pilier comportant deux étranges visages encadrant un blason souvent pris pour celui du Temple et qui serait simplement celui des seigneurs de Savoie… Cependant, le lieu ne semble pas avoir besoin de ce blason pour restituer toute l’atmosphère de l’Ordre disparu qui semble bien planer encore sur le sanctuaire. Il est évident que l’église a été remaniée et allongée comme le montrent les chaînages d’angles du clocher sur l’architecture duquel il y aura lieu de revenir. Le porche d’entrée lui aussi montre un réemploi en déplacement, le socle du pilier de droite affiche également le blason de Savoie exposé avec une inclinaison à gauche particulière et identique à celui du pilier intérieur. Certes, tout ceci ne suffit pas à consolider la tradition d’une présence templière ici.

Où il serait question de maison templière

Nous ferons donc appel à une autre tradition et une observation extérieure de l’église. Sur la façade nord se reconnaît une ‘porte des morts’, identique à celle de Serres près de Rennes-le-Château. A l’opposé, contre le côté sud, s’adosse un très large contrefort accolé lui-même à un bâtiment posé sur un passage voûté conduisant précisément sur une étroite ruelle. C’est précisément là que se trouve, à moins de deux mètres, une seconde bâtisse dont le nom, ‘maison des Templiers’ ou ‘prison’, suffit à raviver le souvenir de l’Ordre, cette fois de manière nettement plus tenace et concrète. En effet, cette maison, avançant en redoute sur le flanc de l’église, est ornée d’une superbe fenêtre romane gémellée. Mais, le plus surprenant est à l’intérieur. Aujourd’hui, cette construction, devenue propriété privée, n’est plus accessible en raison de travaux importants. Nous avions visité les lieux il y a près de 20 ans et nous pouvons, de fait, affirmer que plusieurs sculptures énigmatiques ornent quelques tableaux d’ouvertures oubliés. On y trouve des visages, en relief, dont un surmonté d’un oiseau plantant son bec dans la tête sur laquelle il se tient. A l’évidence, on se rend compte que ces appareillages aujourd’hui intérieurs se trouvaient probablement à l’extérieur. Cette modification, fort ancienne, a certainement sauvé des dégradations ces superbes témoignages du passé qui eux pouvaient tout à fait représenter un décor digne de l’Ordre.

La chapelle Ste Croix des Pénitents blancs

Notre visite se poursuit avec un sérieux coup de pouce du hasard. En effet, nous rencontrons la personne détenant les clés d’une chapelle Sainte Croix, dite des Pénitents blancs et dont le père fut un des derniers membres de cette honorable confrérie. Notre guide nous gratifie d’une visite guidée et commentée des plus intéressantes.
Ici, tout le sanctuaire est orné de fresques intérieures extraordinaires datant de 1491. Cependant, nous observons avec plus d’attention qu’une peinture primitive surgit en filigrane en plusieurs endroits. On y remarque les vices, chevauchant des animaux, pendant que les vertus, assises sur des coffres, sont représentées sous la forme de personnages dans des postures symbolisant leurs qualités. Ces dernières sont toutes féminines, alors que les défauts sont plus souvent masculins… la gourmandise est illustrée par un homme monté sur un cochon et transportant des charcuteries sur une perche. De l’autre côté, parmi les vertus précédées d’un ange montrant le chemin du paradis, nous reconnaissons la générosité sous la forme d’une femme distribuant de la nourriture à quelques indigents.
Le chœur couvert d’autres peintures montre un Christ de l’Apocalypse, une épée et un lys en fleur dans la bouche, entouré de la Vierge et St Jean Baptiste, reposant assis sur deux arcs-en-ciel, entouré d’anges sonnant de la trompe. Sous cette scène, trois austères personnages, St Bernard maîtrisant curieusement un dragon, la Vierge à l’Enfant et St Brigitte piétinant un démon, départagent le Paradis des Enfers. Au plafond, un autre Christ, dans une mandorle et entouré de ses quatre évangélistes, trône entre deux séries d’un total de vingt panneaux répartis en deux rangées superposées. Trop de détails surprenants illustrent ces scènes pour tous les décrire ici. Aussi, afin de ne pas en manquer le contenu des plus intrigants, nous présenterons ultérieurement une étude plus précise et développée.
De nombreux témoignages et objets de la confrérie des Pénitents blancs décorent encore la chapelle, dont des lanternes et une superbe croix de procession ornée d’un pélican se sacrifiant pour ses petits…
A l’extérieur, sur le fronton de la façade d’entrée, admirablement rénovée, une fresque faite de dix alvéoles peintes (respectant un aspect ‘estompé’) ayant contenu probablement de saints personnages et une scène de la crucifixion. Nous tenons à remercier sincèrement la personne nous ayant permis l’accès de cette chapelle en nous faisant bénéficier de son savoir et de sa patience.
Il nous semble utile d’ajouter que la croix de fer au fait du pignon d’entrée contient un triangle en son centre et des trilobes aux extrémités de ses branches… tous comme l’observation du terme « vénérables » dans les listes de membres de la confrérie. Certes, à première vue, il n’est guère possible de supposer la moindre allusion à une autre fraternité, faite de Très Chers Frères… Cependant, à ces remarques peut-être infondées s’ajoute curieusement d’abord l’insistance sur le pélican nourrissant ses petits en se sacrifiant… et un autre détail dont nous signalons l’indéniable rareté.

La Marianne des T.C.F.

Pour cela, notre sympathique guide nous conduit à la mairie du village. Dans la salle des délibérations veille un buste de Marianne. Cette dernière n’a évidemment, dans son principe, rien de surprenant ou d’extrêmement rare en ce lieu strictement communal. C’est en regardant de plus près cette représentation mythique de l’autorité républicaine que de nombreux détails apparaissent à l’observateur attentif.
S’il s’agit bien d’une femme, qui au fil des temps se parera des traits de personnalités féminines populairement connues, les ornements dont elle est agrémentée méritent toute notre attention. Nous découvrons, avec surprise, un buste ceint d’une écharpe couverte de la formule rituelle « REPUBLIQUE FRANCAISE » clipsée d’une sorte de médaillon ovale. Plusieurs symboles s’inscrivent sur ce dernier de manière maçonnique : l’équerre et le fil à plomb, une ancre liée et un caducée. La coiffure du modèle est composée d’une chevelure d’épis de blé montant vers une coquille rayonnante comportant une étoile à 5 branches curieusement pointée vers le bas. On remarquera que le vide sous cette étoile forme un ‘V’ en opposition à celui de l’équerre du médaillon, montant celui-ci… Cette sculpture daterait de la seconde moitié du 19e siècle et sa présence a cependant de quoi étonner car nous n’en connaissions que peu d’exemplaires, essentiellement dans la région lyonnaise.
Un retour sur la place du village nous emmène vers d’anciens bâtiments qui auraient eu la fonction d’hôpital. Sur la façade, à droite, une pierre gravée présente une très ancienne (apparemment de 1634) sentence fataliste ainsi bellement rédigée « ELAS + FAUF MORIR » (Hélas, il faut mourir). A gauche, une autre petite inscription semble résister à toutes tentatives de traduction ou d’interprétation. Dans un petit rectangle, quelques cinq ou six signes, d’un alphabet inconnu, restent en attente de leur probable Champollion.
Il se fait tard ce jour là lorsque nous devons quitter ce village au passé dont les ombres restent si mystérieuses. Un grand merci à madame Oddoart ainsi qu’à monsieur l’adjoint de mairie qui, tous deux, nous renseignèrent et nous guidèrent agréablement dans leur superbe village aux éléments insolites si nombreux…

Utelle et son église St Veran

Le lendemain, notre périple reprend sur le même thème et sous un soleil éclatant, avec tout d’abord la visite du village d’Utelle.
Le site est lui aussi perché sur un sommet, à l’image de la Tour sur Tinée. Si l’ombre du Temple à La Tour était des plus ténue, ici il en est autrement et même une carte postale affiche la couleur avec une légende sans équivoque : « Eglise d’Utelle. Façade des Templiers ». C’est donc vers cette église que notre attention se tourne tout d’abord. Le sanctuaire, sous le vocable de St Veran, montre des reprises d’œuvres de plusieurs époques, estimées du XIVe au XVIIe siècle, le tout sur un édifice plus ancien encore. Peut-être de ce dernier date une sorte de ‘pierre au pain’ identique à celle lisible sur l’appareillage de l’église de Durban. La rareté de ce symbole valait d’être signalée ici.
Il est donc possible que l’Ordre du Temple soit à l’origine du lieu. De plus, cette fois, son implantation sur le secteur ne fait pas de doute en raison de la prochaine visite… Enfin, notons l’ampleur remarquable du bâtiment qui dénote un peu avec la petitesse du village. Cette disproportion pourrait donc fort bien signer un nouvel indice templier si l’on admet que les chevaliers de l’Ordre privilégiaient l’importance de leur sanctuaire au reste de leurs constructions annexes… Cependant, si les ornements, peintures et sculptures montrent un faste indéniable, il ne reste que peu de choses de l’époque du Temple. Le portail sculpté de scènes de la vie du saint patron serait de 1542. Douze panneaux retracent les étapes majeures de Veran qui, au VIe siècle à Cavaillon, blessa un dragon à qui il ordonna d’aller mourir dans les Alpes près d’Utelle. Le style est traité de manière suggestive et simple. Le mal dans un panneau est présenté sous la forme d’un petit personnage au sexe féminin disproportionné écrasé à la tête par la chute d’un chapiteau… Un détail doit également retenir notre attention : le clocher, carré et surmonté d’une sorte d’obélisque aigu, est de même facture que celui de la Tour sur Tinée, vu la veille. Ne se pourrait-il pas que les deux constructions aient été commandées au même maître d’œuvre par les Templiers locaux?... L’intérieur est à l’image prometteuse de l’entrée et son porche gothique. Les piliers monolithiques comportent des chapiteaux tous sculptés de spirales encadrant des visages le plus souvent présentés dans un monde végétal et des coquilles à enroulement. On trouve également sur ces chapiteaux les armes de Savoie et sur un autre pilier une très belle petite croix pattée. Puis c’est une profusion d’ornements artistiques, de tableaux, retable de la Passion, mobiliers classés des 15e au 18e siècle. A l’évidence, le lieu bénéficia d’une largesse financière peu commune pour ce secteur. Dans ce foisonnement d’art, seul est à retenir du XIIIe siècle, donc compatible à l’époque du Temple, un étonnant gisant, identifié sous le nom de ‘Christ au tombeau’, disposé sous le maître autel. Nos lecteurs apprécieront la similitude avec un autre lieu du Razès qui nous est cher… Décrire toutes ces richesses serait forcément en oublier certaines. Nous retiendrons seulement un tableau comportant un détail peu commun. Il s’agit d’une Annonciation du XVIe siècle montrant le Duc de Savoie, Amedé IX, donnant l’aumône face à des anges et Marie lui présentant… le Saint Suaire déployé !!!!! On ajoute à cette extraordinaire galerie, où se chevauchent le Roman et le Baroque, un nombre impressionnant de représentations de Marie Madeleine dont l’importance est surprenante ici.
Nous ressortons du sanctuaire pour nous diriger, en suivant nos guides, vers d’autres curiosités dans le village, dont évidemment la chapelle des Pénitents blancs, classée aux M.H., nouvellement restaurée. Cette dernière, placée sous le vocable de la Ste Croix, contient un décor typique de l'époque baroque avec un retable en bois doré et sculpté du XVIIème siècle et six grands tableaux du XVIIIème siècle.

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