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Société Périllos ©

Visite de la Société Perillos à Nice, Falicon
et divers sites templiers

(2ème partie) - d’Utelle à… Ste Croix


Le serpent… à pattes et le carré long

Après avoir quitté la chapelle des pénitents blancs, placée sous le vocable de Ste Croix, nous nous dirigeons dans le village pour en visiter certaines curiosités notables, dont de remarquables tableaux d’ouvertures situés dans le vieux quartier. Immanquablement, nous ne pouvions passer sous silence un linteau qui fit les choux gras de plusieurs auteurs en mal de scoop.
Dans un grand serti rectangulaire se trouvent différentes gravures dont on ignore si elles doivent se lire séparément ou en continuité. A vrai dire, les vagues explications pompeuses, fournies çà et là par l’ésotérisme de service, sont fondées sur rien du tout et, de fait, ne sauraient signifier grand-chose… En réalité, contentons-nous, pour l’instant, de lire le réaliste et le tangible avant de nous lancer dans la lecture des envolées ‘ésotérico-symbolistes’ se voulant doctes et pourtant sans queue ni tête. On y voit donc, de gauche à droite : dans un carré, un soleil à neuf rayons contenant en son centre un ‘UHS’ (le U pouvant être lu comme un ‘V’ ou un ‘Y’ donnant ainsi la possibilité d’un ‘YHS’ représentatif) dont le H s’achève en une croix haute. Ensuite, dans un rectangle de même hauteur, est gravée une créature montante qui pourrait être serpentiforme si son auteur ne l’avait dotée de quatre pattes griffues dont il en reste trois. Suivent ensuite une équerre et un compas. Et cela suffit pour que ce fronton soit affublé arbitrairement du nom douteux de « pierre au serpent »… A l’évidence, ce serait jouable si l’on nous montrait un lézard plutôt qu’un impossible serpent… à pattes ! De plus, la fermeté du trait de gravure exclut un ouvrier malhabile qui se serait trompé de modèle… A la suite de cette créature, l’équerre et le compas finissent de mettre en ébullition l’imaginaire débordant des visionnaires serpentiformes enchaînant à ce délire tantôt l’ombre d’une maçonnerie secrète, tantôt évidemment celle du Temple… quand ce ne sont pas les deux en même temps ! Tant qu’à faire, en effet, il ne faut pas se priver surtout si les gogos mordent par légion à cet hameçon des plus gros.
En réalité, une autre hypothèse pourrait fort bien se dessiner ici, si tant est qu’on veuille bien donner congé aux Templiers maçonniques de service ! Une fois encore, la réalité nous réservera certaines surprises nettement plus recevables qu’un délire aux relents ésotériques… certes plus clinquants et alléchants. Pour une déclinaison plus sérieuse, mais tout autant symbolique, il suffirait simplement d’avoir le… ‘compas dans l’œil’ et quelques connaissances élémentaires en construction. Nous verrons alors qu’il devient inutile de mettre un anneau d’attache de cheval en hauteur (au-dessus du linteau !!!) pour que le cavalier initié sache lire la signification de ce ‘menu’ qu’il ne faut évidemment pas prendre au pied de la lettre… si nous pouvons nous exprimer ainsi en la circonstance ! Nous préparons une solide étude des symboles et représentations d’Utelle au cours de laquelle nous aborderons en détails les évidences flagrantes (si on veut bien ouvrir les yeux) de cette sculpture formidable.

… et deux anges soutenant une couronne

A proximité de cette dernière nous attend une autre merveille de gravure ancienne. Il s’agit d’un autre linteau probablement de la même époque et de même facture. Cette fois, deux anges soutiennent une couronne d’olivier dans laquelle se lit une fois encore le même ‘UHS’ dont la branche haute du ‘H’ monte en croix. De part et d’autre de la scène angélique, les armes de Savoie blasonnent à droite et une fleur de lys (ici martelée mais encore visible) à gauche… Là encore, il semblerait que nos auteurs, un peu trop pressés d’asséner leur interprétation mystérieuse, aient oublié plusieurs détails faciles à voir sur ce linteau…
Pour en terminer avec ce bâtiment, il serait tout aussi intéressant de se pencher (sans tomber dedans) sur son passé, ses soutènements, ses archives, son intérieur et ce qu’on peut encore y trouver, simplement en observant depuis une fenêtre aux battants détruits… là encore, la surprise serait de taille dans certains constats, comme nous le verrons plus tard dans un travail ponctuel sur le sujet.
Nous retournons à nos véhicules sans oublier d’admirer d’autres linteaux à ornements moins anciens mais remarquables ainsi qu’une inscription sur une marche d’escalier remontant à l’époque romaine…

La chapelle de Notre-Dame des Miracles… et un petit air de Mont Tauch

Notre périple se poursuit l’après-midi par une excursion au-dessus d’Utelle, à la chapelle de Notre-Dame des Miracles. Il s’agit d’un sanctuaire situé sur un plateau en altitude où auraient eu lieu de nombreux petits miracles… L’édifice lui-même doit son origine à un événement miraculeux notoire.
Si le bâtiment n’est visiblement pas très ancien, l’origine du premier oratoire sur le lieu remonterait à l’an 850. A ce moment, des marins espagnols pris dans une tempête font vœu à la Vierge de lui construire un ‘pilon’ si elle leur sauve la vie. Aussitôt, une accalmie se produit tandis qu’à travers une éclaircie dans la tourmente apparaît au loin le sommet d’une montagne nimbée de lumière… Les marins décident qu’à cet emplacement ils édifieront le petit sanctuaire primitif. Ce dernier dut très vite être agrandi car les interventions mariales s’y produirent en si grand nombre que les évêques niçois et romains s’en émurent et encouragèrent les pèlerinages en ce lieu miraculeux. Suite aux saccages de la Révolution, d’importantes remises en état eurent lieu et une sorte de cloître, qu’on peut voir encore aujourd’hui, fut édifié autour de la chapelle en 1871.
Une statue de la Vierge Marie fut couronnée par volonté du pape Pie XI. On dit que les étoiles entourant la Vierge sont de petits fossiles, en forme d’étoiles, curieusement trouvés sur place et remontant à près de 140 millions d’années…
Aujourd’hui, un grand nombre d’ex-voto témoignent de la foi et des interventions miraculeuses de l’endroit…
Il serait des plus intéressants de savoir quel autre antique important sanctuaire pouvait se trouver à cet emplacement pour expliquer ce recouvrement, cependant habituel en la matière, par la religion d’un lieu aux puissants pouvoirs… sans doute mégalithique à l’origine.
Nous observons que cette intervention mariale, en pleine mer au sein d’une effroyable tempête, est similaire en tous points à ce qui donna naissance à un autre sanctuaire de notre région du sud : celui de Notre-Dame de Faste (commune de Tuchan). Tout y est conforme : les marins, le naufrage, Marie implorée et intervenante, la vue d’un lieu en hauteur éclairé dans la tourmente apaisée, promesse tenue par les marins, un sanctuaire miraculeux et des pèlerinages eux-aussi similaires… A ceci, on ajoute les accidents d’avions près de Tour sur Tinée et ceux du Mont Tauch et de Périllos… et en compagnie des marins espagnols d’antan… la boucle est fermée !
Un repas rapide pris sur le site et nous repartons pour notre dernière étape : l’église de Roquebillières.

Sur le territoire de l’Ordre du Temple : Roquebillières

Une fois encore, nous nous trouvons dans l’ancien territoire de l’Ordre du Temple dont la propriété ici ne semble pas contestable.
Arrivés à la tombée de la nuit, nous n’avons pas eu le temps de visiter autre chose du village que l’église où nous attendait le guide prévenu de notre arrivée. Cependant, nous pouvions voir dans un angle de mur une date, 1666, sur laquelle on nous prévint qu’elle n’aurait pas été gravée de la sorte mais seulement du nombre… 666. Le chiffre 1 aurait été rajouté il y a moins de 20 ans pour les besoins d’un rallye découverte ayant besoin d’une date 1666 afin de compléter son questionnaire… Qu’en est-il vraiment, car si le nombre 666 se trouvait sur cette église visiblement pas de cette date, sa signification pourrait avoir un autre sens que celui d’une datation…
La façade de l‘entrée de l’édifice comporte trois croix bien lisibles. Une première à branches égales au-dessus du linteau. La seconde, à proximité sur le pignon de la tour à gauche et quasiment à la même hauteur, est celle classique de l’Ordre du Temple. La troisième, un peu plus loin à droite, ornant le sommet d’une ancienne ouverture murée, est celle de l’Ordre des Hospitaliers qui récupérèrent le lieu à la chute du Temple.
La tour de l’église est du même style que celles de la Tour sur Tinée et d’Utelle, tout comme le bénitier intérieur ressemble à s’y méprendre à ceux des deux nefs précédentes précisément.

Un démon terrassé en garde l’entrée

A notre entrée dans l’église nous attend un démon terrassé par St Michel… ce démon, aussi grimaçant que semblant surpris par cette attaque meurtrière, ressemble étrangement à celui, Asmodée, planté à l’entrée de son église de Rennes-le-Château par l’abbé B. Saunière. Curieusement, nous soulignons, une fois de plus, nous trouver dans un sanctuaire axé nord-sud avec son entrée remaniée à l’est par l’Ordre des Hospitaliers.
L’intérieur est un véritable trésor dont peu de guides font mention… hélas, ou tant mieux si on considère que ce genre d’endroits est mis à sac par des crétins irresponsables et malfaisants. Il y a là des pièces de toute beauté dont certaines, quasiment uniques, seraient à même de faire pâlir de jalousie de nombreux musées de renom.
Mais ce n’est pas tout car tout au long des murs, de nombreux tableaux, statues, fresques s’offrent à notre vue de telle manière que nous ne savons où regarder tant ces décors foisonnent et regorgent de symbolismes surprenants. Certes, nous sommes dans une église et des tableaux religieux, même extrêmement nombreux, n’ont rien d’incongru…

Le charme discret du Grand Oeuvre… et un gisant noir

Cependant, il est assez rare, par exemple, de trouver une immense toile qui, sous couvert de symbolisme ecclésiastique, présente au chercheur averti ou initié les phases et éléments… du Grand Œuvre ! Certes, on pourrait crier au hasard si quelques détails ne devenaient intrigants. On y voit un Saint Pierre séparé d’un Saint Jean le Baptiste par une Vierge debout sur un grand croissant de lune. Sous cette dernière, une hydre à multiple têtes… une bête de l’Apocalypse sans doute… Une multitude de détails émaille cette œuvre d’éléments indéniablement alchimiques parmi lesquels un étrange caducée inscrit sur une des sandales de St Jean côtoie la robe de St Pierre abritant, à y regarder de plus prêt, une pile verticale de livres fermés… et pêle-mêle un miroir, un puits, une échelle des astres et une tour rouge à étages ressemblant à s’y méprendre à un athanor alchimique… Le tout a de quoi surprendre le visiteur attentif et un tant soit peu averti en matière de symboles hermétiques. Attentifs, nous le serons encore plus quand, au fil de la visite, un banc de prière de la nef se montre gravé d’un blason lui aussi empli d’éléments fleurant bon le grand magistère minéral (athanor, triangle, créature ‘surmontante’, fleurs et signes fermés)…
Pourtant, nous ne sommes pas encore au bout de nos surprises. En effet, un peu plus loin, notre hôte ouvre, pour la circonstance, un placard bas sous un autel lui-même en contrebas d’un superbe triptyque. Cette sorte de placard n’est autre que le réceptacle d’un gisant particulièrement impressionnant. Celui-ci présente tous les aspects d’un Christ descendu de sa croix avec l’apparence de toutes ses plaies à peine suintantes de sang… mais cette fois avec une peau sombre et tous les aspects d’une morphologie africaine ! Se pourrait-il que ce ‘gisant’ ait été voulu à peau sombre… comme celle d’un Maure ? Si tel était le cas, il serait intéressant de savoir si la raison est en rapport avec les initiés arabes pour lesquels les Templiers éprouvaient de réelles sympathies… Toujours est-il que ce gisant serait présenté aux croyants en de rares circonstances, à des dates bien définies et à l’origine de certains miracles. Au-dessus de l’autel abritant ce gisant sombre, la mise en place du triptyque après restauration a enlevé à la vue des fidèles la sculpture d’une tête de créature nantie de cornes ou courtes ammonites. De toute évidence, cette sculpture en ‘corbeau’, sans doute là à l’origine de l’église templière, surmontait l’autel au Christ noir…

Spirales et croix de bois vert mal ébranché

Puisque nous en sommes au chapitre des gravures à enroulements, il nous faut préciser que les colonnes séparant la nef du promenoir et des chapelles latérales sont le plus souvent décorées de spirales sous des formes diverses très persistantes, y compris dans la représentation de cornes sur plusieurs têtes de béliers… ou encore des cornes d’Amon formant un visage au pied d’un pilier. On note également plusieurs fois le symbole du pélican nourrissant ses petits de sa chaire. Cette note semble chère à cette province car cette scène se répète quasiment dans tous les sanctuaires que nous avons visités. Dans le foisonnement de tous ces décors, la présence de croix de ‘bois vert mal ébranché’ ne peut que retenir notre attention et nous rapprocher également de l’Ordre des Chartreux que nous suivrons maintenant en filigrane jusqu’à Sainte-Croix en Jarez.

Lacs d’amour et énigme maçonnique

A cette profusion de symboles aussi riches les uns que les autres, il est à noter que les piliers sont quasiment tous ‘rattachés’ les uns aux autres par des décors de cordages formant un ‘lac d’amour’ (laçage symbolique cher à la Franc-maçonnerie) qui se poursuit sans se ‘détacher’ jusqu’aux bénitiers dont un serait taillé dans une énorme seule pièce d’onyx. Le ‘fil conducteur’ parfois montre carrément ce fameux nœud formant, en pratique, l’inversion des bras et mains de la Chaîne d’Union maçonnique. De ces observations nous retenons une conclusion facile et simplement basée sur le visu et la réalité archéologique chronologique. Ces gravures hautement symboliques et fraternelles sont de l’origine de l’église templière. On peut dire, sans risque de se tromper, que ce sont les commanditaires templiers qui voulurent, ou acceptèrent volontiers en toute connaissance de cause, ce genre de symbolisme repris des siècles plus tard au sein des Vénérables Loges maçonniques. Cependant, il faut une grande prudence dans ce constat car ce symbolisme d’union fraternelle put être véhiculé par des guildes de confréries de maçons tailleurs de pierres et bâtisseurs d’église à la solde des Templiers. En ce cas, qui est probablement le plus admissible, la forte représentation de ces gravures aurait été acceptée par le Temple en ayant approuvé la teneur, et ensuite se serait prolongée au fil des siècles jusqu’aux loges maçonniques pionnières donc un peu avant les conventions d’Anderson… que ceci plaise ou non aux puristes, intégristes spécialistes en maçonnerie pantouflarde devenue, hélas, branche morte d’une tradition à l’origine basée sur… le bois vert mal ébranché si cher aux Chartreux et autres confréries encore bien vives à la fin du XIXe siècle ! Pour nous, ces gravures sont uniques en leur genre. C’est pourquoi on peut déplorer que si peu de guides, même et surtout, templiers ou ‘France templière’ n‘en fassent longuement mention… C’est un des oublis que nous classons dans la catégorie de Montsaunès, Planès et autres lieux ‘dérangeants’ et affligeants pour nos ténors en matière templière… préférant contourner ou ignorer la réalité lorsqu’ils sont dépassés ou tenus de dire la vérité des faits ! Quant aux bénitiers, si les deux sont enrichis de la fameuse ‘corde des lacs’, ils sont peut-être début et fin de la chaîne. Le premier, décoré de demi coupes sur une colonne torsadée ornée du cordage horizontal… s’oppose au second montrant le même ‘lac’, cette fois en quartiers verticaux encadrant une superbe croix pattée, emblème majeur de l’Ordre du Temple… suivie de la croix de Savoie et d’une rouelle riche de douze pétales verticaux et horizontaux.

Pièce au trésor et maîtrise des eaux

Notre visite de ce sanctuaire hors normes s’achève par une pièce ‘au trésor’ où s’entasse une incroyable collection d’ostensoirs, calices, ornements sacerdotaux et objets de cultes parfois très anciens.
Nous remercions chaleureusement pour sa disponibilité notre sympathique guide ‘Mado’… à la fois savante, historique et particulièrement érudite en éléments templiers, hermétiques, voire ésotériques.
Au moment de quitter ce trésor oublié des ténors en art templier, nous nous posons la question de savoir où les hommes du Temple logeaient dans ce village dont ils étaient les maîtres… Disposaient-ils, près de leur église, d’un château, d’un enclos, de bâtiments particuliers ?… Pour l’instant, nous n’avons pas encore de réponse. En échange, nous savons qu’ici encore, lors de récentes crues, les digues templières surent fidèlement protéger le village des eaux en furie… Il est vrai qu’en maints endroits les ingénieurs du Temple surent se montrer de grands maîtres en matière hydraulique…

Retour à Nice et la visite de Cimiez

Le lundi matin, avant notre retour sur le massif du Pilat, notre guide nous conduit tout d’abord à Cimiez. Ce lieu, maintenant un monastère de l’Ordre des Franciscains, est celui où se trouvait l’ancienne chartreuse Ste Marie. A cet emplacement s’élevait durant l’Antiquité un temple dédié à Diane… Peut-être pour cette raison, l’Eglise en fit, dès le IXe siècle, le plus ancien sanctuaire marial des Alpes-Maritimes… et toujours pour cette raison, les Chartreux placèrent leur maison sous le vocable de St Marie. Très curieusement, il est question dans l’histoire du lieu des Bénédictins de l’abbaye de St Pons qui s’y implantèrent au IXe siècle. Ensuite, il est directement fait mention de l’arrivée des Franciscains. Entre les deux, il n’est jamais question des Chartreux… et ce silence n’est pas expliqué.

Eglise Notre Dame de l’Assomption

Cette visite est pour nous un autre pas en direction virtuelle de Ste Croix en Jarez. Nous sommes là sur les hauteurs de Nice et l’endroit a de quoi changer radicalement des habitudes cartusiennes habituellement attirées par vallons et replis du monde. Certes, à présent, il ne reste que peu de choses de l’époque des Chartreux et de leur présence silencieuse. On se demande par exemple où se trouvaient le grand et le petit cloîtres, indispensables à la vie des moines contemplatifs… Quant au cimetière, autant ne pas en parler car à nos questions sur le sujet les réponses montrent que… personne ne s’était vraiment posé la question ; personne sans doute ne mourait au sein de la chartreuse Ste Marie de Cimiez!
Il reste la visite de l’église dans laquelle, ce jour, seuls quelques touristes errent sans but évident et ressortent rapidement… trop rapidement car, à mieux y regarder, le sanctuaire contient d’étranges éléments qui sans doute datent des pères chartreux.

Une crucifixion et une momie

On trouve par exemple de nombreux tableaux religieux évidemment sur lesquels est représentée Marie Madeleine au pied de la croix ou près du tombeau… Sous un des tableaux de la crucifixion, un maître autel contenant une momie dans une vitrine… pouvant nous rappeler le gisant dans l’église de Roquebillières. Seulement, cette fois, il ne s’agit pas d’une statue, aussi réaliste soit-elle, mais bel et bien d’une véritable personne momifiée et exposée à la dévotion des fidèles. Visiblement, nous sommes face à la dépouille d’une femme parée de superbes habits et d’une coiffure en forme de diadème richement orné. Une laconique étiquette nous dit qu’il s’agit de… Sainte Victoire, retrouvée dans les catacombes de Rome et datant du second siècle. Il faut donc conclure que ce corps a été rapporté ainsi depuis Rome, depuis longtemps, peut-être depuis l’occupation des Pères chartreux. Ste Victoire… le nom de la montagne sacrée phare de la Provence religieuse. Comme à la Sainte Baume, nous avons ici une femme des tous premiers âges du Christianisme dont la vénération est issue d’initiatives cartusiennes, car ne l’oublions pas, ce furent des Chartreux qui assurèrent les offices dans le sanctuaire de la Ste Baume. Ce n’est pas encore tout à fait tout dans ces curieuses réflexions forcément dues aux hasards le plus pur. En effet, nous n’oublierons pas qu’à Marseille, la basilique St Victor, dont le nom fait irrésistiblement songer à Victoire, abrite la crypte de Ste Madeleine et de Lazare. Pour nous, ce lieu marseillais est riche d’enseignement car on y trouve les traces d’un certain Peyresque qui fut un fidèle ami cher à Polycarpe de la Rivière… prieur de Ste Croix en Jarez. Ce dernier, après avoir retrouvé un étrange trésor enfoui sous Ste Croix, dut fuir les sbires et spadassins du Vatican pour avoir osé promettre d’écrire en plusieurs gros volumes la… « véritable histoire des origines de l’église et de la religion »… Cependant, pour quitter Ste Victoire, il faut ajouter que, curieusement, ce prénom aurait été également celui de… St Saturnin.

Le Grand Oeuvre pour des moines ?

Les immenses peintures, probablement celles de Louis Bréat, de ce sanctuaire nous intéressent au plus haut point car une tradition expliquerait que deux d’entre elles contiendraient d’évidents symboles alchimiques pour l’initié qui saurait les lire. Sur le propos, on trouve d’autres éléments peints notamment sur les murs d’une chapelle de sa sacristie et dans certaines cellules de moines. Même si cette fois nous nous trouvons dans les annexes du monastère, il faut bien reconnaître que ces symboles peints ont un sens hermétique indéniable. Cependant, que dire du fait que ces ‘instructions’ se montrent visiblement réservées au milieu fermé des moines. Ceci voudrait-il signifier que ces figurations aient été confinées à une élite au sein même des membres de la fraternité cloîtrée. En ce cas, il serait possible de conclure qu’en certains lieux ‘fermés’, comme ici et à Ste Croix, des Chartreux se soient adonnés avec l’accord de leur supérieur aux arcannes du Grand Œuvre ??? Si ces suppositions s’avéraient fondées, ce serait un formidable ‘pavé dans la mare’ des bien-pensants en matière de grand magistère et science hermétique déclinée au cœur de certains cloîtres… Il est vrai que les peintures décorant étrangement ces locaux ont de quoi nous interpeler sans que nous puissions obtenir la moindre explication sur place. A propos de peinture et du sanctuaire de Cimiez, nous nous sommes fait interpeler par une sorte de garde alors que nous prenions des photographies des deux tableaux en question dans la nef. L’argument avancé mettait en avant l’interdit des clichés en raison des peintures prétendues attaquées par l’éclair lumineux du flash… Certes, cet argument est maintenant repris dans tous les sites des Monuments de France et c’est sans doute motivé. Cependant, comme nous expliquions accomplir ces vues en pause, donc sans l’éclair du flash… notre garde chiourme finit par avouer qu’en vérité cet interdit permettait de vendre des cartes postales et donc de remplir les caisses du musée… Le problème est que, dans la série de cartes postales, les peintures nous intéressant ne sont pas reproduites ! Argent !!! Tout est argent dans le monde feutré des Monuments de France !
Notre visite s’est poursuivie par le musée, établi dans les anciens locaux des Frères mineurs franciscains. C’est ici que nous trouvons les fameuses fresques dites… ‘alchimiques’ et bien d’autres choses particulièrement notables, tel un moule à hosties, la chapelle des Frères et la reconstitution d’une cellule… Cette visite, évidemment payante (il n’y a pas de petits bénéfices au royaume des musées), est toutefois à recommander en raison de la profusion des éléments à voir, souvent inaccessibles au public.

Le rendez-vous manqué avec Jean Cocteau

Notre dernier point prévu pour ce périple niçois, à Villefranche-sur-Mer précisément, devait s’achever, ce matin là, par la visite de la chapelle St Pierre décorée par Jean Cocteau et finie en janvier 1957. Le thème choisi par l’artiste est d’abord un hommage à l’apôtre Pierre et ensuite aux hommes de la Méditerranée, de ce lieu aux Saintes-Maries de la Mer… La chapelle est fermée ce jour là et nous devons nous contenter des peintures de la façade d’entrée, réalisées dans le plus pur style du maître depuis des motifs qui lui sont chers… tel des poissons rassemblés pour former la croix du fronton, des yeux, piliers et tracés aussi fluides qu’épurés… Ce rendez-vous manqué avec ‘l’homme des miroirs’ et des fractures de l’espace clôt pour nous ce périple sur le pays niçois… bien trop court à notre goût. Et c’est depuis ce point symbolique que nous repartons en direction du massif du Pilat.
Nous remercions chaleureusement Pierre qui nous fut un guide aussi précieux que dévoué, durant tout ce séjour.

Périple en Pilat : Châteauneuf et alentours

Le soir : arrêt à Péage de Roussillon pour la nuit… Nous ne pouvions faire autrement que de choisir ce point pour notre halte et point de base afin d’honorer la mémoire des seigneurs de Roussillon… qui, n’en déplaise à certains prétendus doctes chercheurs, nous rapprochent ici de notre Roussillon aux pieds des Pyrénées.
C’est donc le lendemain que nous nous sommes rendus d’abord à Châteauneuf, en compagnie d’un membre de notre association. Cette visite avait pour but surtout de vérifier certains détails concernant les souterrains du lieu, à la veille des grands froids. L’observation difficile d’autres détails comme les anciens appareillages en soutènement des murailles primitives ainsi que les emplacements de trois puits comblés dont un romain… et là où s’amorce un accès permettant de passer sous la chapelle, se trouve facilitée par une végétation moindre à cet époque. Quittant les vestiges du vieux castel, nous observons un arrêt obligé là où se trouvait la très ancienne chapelle de la Madeleine… maintenant sous un échangeur de route à l’entrée de Rive-de-gier, mais cependant sur la commune de St Maurice sur Dargoire. Ici, une maison forte au portail blasonné veille encore sur ce qui fut le champ de la vogue de la Madeleine avant d’être celui de bien d’autres choses. Comme nous approchons des domaines cartusiens de Ste Croix, nous observons une autre halte, depuis la bande d’arrêt d’urgence sur l’autoroute de Givors, à hauteur de ‘La Flechette’, pour enfin pouvoir prendre en photo les vestiges d’une grange rattachée à cette chartreuse du Pilat. Manquant de temps, nous écourtons notre programme initialement prévu à des points de détails dans les anciens quartiers ripagériens… nous reviendrons une autre fois.

… Et Ste Croix en Jarez

Enfin, depuis le secteur de Couzon, nous entamons notre parcours en direction de Ste Croix, non sans prendre le temps de regarder des morceaux de l’antique voie, par endroits creusée d’ornières et encaissée, en forme de chemin creux, profondément dans la roche sombre caractéristique de cette région. Ce chemin, sans doute des époques gauloises, fut utilisé encore au Moyen-âge avant de céder la place à la chaussée qui finira, à son tour, enfouie sous l’actuelle départementale 30 desservant Ste Croix et le col de Pavezin. Très curieusement, peu d’ouvrages ou d’auteurs font mention de cette ancienne voie de communication qui pourtant mériterait d’être mieux connue, ne serait-ce que pour les endroits qu’elle traversait et quasiment tous aujourd’hui inconnus.
Nous arrivons au bout de notre périple en cette veille de Toussaint où le village semble s’être engourdi lui aussi pour honorer cette fête des morts. Bien que nous soyons en semaine, tout est fermé et les cours, qui même l’hiver sont parcourues par quelques habitants, sont étrangement vides et silencieuses. Il en sera de même pour le local où les visiteurs peuvent obtenir des renseignements, voire visiter le site en compagnie d’un guide, qui ce jour est irrémédiablement fermé… on ne visite pas !!! Mais nous ne sommes pas ici pour une visite de ce que nous connaissons parfaitement. En réalité, il nous fallait vérifier un détail confirmant l’existence d’étages souterrains dans ce secteur… étages souterrains évidemment niés par les ténors et grincheux de service… Et notre visite a été remplie de succès ; le ‘détail’ est toujours là au vu et au su de tous mais laissé dans le désintérêt le plus complet. Nous en reparlerons plus tard.

La magie des roches de Marlin

Après ce pèlerinage dans le passé de la région, nous nous sommes rendus sur le site des ‘Roches de Marlin’. Nos compagnons ne les connaissaient pas vraiment. C’est donc sous un ciel aux reflets lumineux et magiques que le site et ses roches nous apparaissent dans leur splendeur. Plus particulièrement, la ‘pierre qui chante’ et ‘l’étrave’ retiennent nos réflexions et observations. Des arbres repoussent ça et là, visiblement encouragés par quelques autorités locales… cependant dans le plus grand manque de respect de ce que fut le site arboré comme lorsque nous le visitions avec notre parent… il y a près de cinquante ans. Mais l’esprit des lieux est encore bien présent et on s’est surpris à imaginer ce que fut l’endroit pratiqué il y a des milliers d’années pour des cérémonies sur lesquelles nous ne savons rien ! On entend encore le pas lourd des Chartreux arpentant leur périmètre de promenade solitaire, où les laïques devaient se montrer discrets et d’où les femmes étaient purement exclues, lors de ces voyages fermés dans l’esprit cartusien… des Chartreux qui marquèrent de leur sceau le mystère de leur savoir et de leur occupation silencieuse de cette région qu’ils firent leur durant des siècles.
Le soir arrive et il nous faut quitter ce lieu magique surgi du passé mystérieux de ces contrées énigmatiques. L’ombre descend marquant d’obscurité le hameau de Marlin d’où surgissent encore quelques silhouettes pressées pendant que nous revenons sur Ste Croix en Jarez.

Dernier détour par la mémoire de la Rabarie

C’est le lendemain qu’avant de repartir vers le sud nous rencontrons une personne âgée pouvant encore témoigner pour nous de l’occupation de la ferme chartreuse ‘La Rabarie’ où se retranchèrent, pendant la dernière guerre, quelques ‘dirigeants’ du maquis local. Un témoignage que cette personne nous laisse enregistrer et qui nous éclaire sur certains détails inconnus et jamais apportés au public… sur cette affaire peu connue.
Nous remercions toutes celles et tous ceux qui, au fil de ce formidable périple, nous guidèrent en nous faisant partager leur savoir et leur passion pour le passé de leur région. La provision d’éléments que nous venons d’engranger nous permet déjà d’envisager de nouvelles parutions et sorties au sein de notre Société Périllos afin d’aller plus nombreux partager les rendez-vous d’hier, oubliés ou étouffés…

Société Périllos