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| Opoul sous Périllos |
S’intéresser
au village mort de Périllos sans faire un détour par celui,
un peu plus vivant, d’Opoul n’est guère possible tant
ces deux lieux, en apparence seulement, sont proches l’un de l’autre…
Certes, cette remarque ne comprend que l’aspect géographique
car quasiment tout est diamétralement opposé en ce qui concerne
ces deux villages.
Aujourd’hui, sur le plan administratif, il est vrai qu’Opoul,
depuis 1972, englobe Périllos en ce qui concerne l’usage du
cadastre et de tous les aspects juridiques, fonctionnaires et légaux.
Cette fusion s’est produite alors que la petite commune de Périllos
mourait de désertification - c’est du moins ce qu’on
nous raconte officiellement - tout en conservant une existence officielle
en de multiples domaines publics. Depuis cette servitude, les ruines du
vieux village sont tombées sous le joug de la municipalité
d’Opoul…
Nous ne manquerons pas de revenir sur cet aspect, aux reflets parfois arbitraires,
mais nous allons surtout faire ici un rapide survol de plusieurs éléments
concernant le passé de ce territoire voisin, mais distinct, du vieux
territoire des seigneurs de Périllos.
Deux
poids et deux mesures pour une omelette
Grâce
à nos travaux sur les seigneurs de Périllos et leurs domaines,
de nombreux pans, soigneusement occultés par le passé religieux
et politique, sont maintenant mis en lumière… Cependant, on
comprend rapidement que ces révélations semblent s’être
faites au grand dam de certains hobereaux administratifs n’appréciant
pas vraiment que certaines affirmations soient faites et malheureusement
pour eux… le plus souvent vérifiables. On a effectivement la
sensation que plusieurs découvertes incontestables s’avèrent
assez dérangeantes pour déclencher au sein de cette commune
des réactions pour le moins arbitraires. Peu à peu, on éprouve
la sensation d’avoir appuyé sur un endroit douloureux sans
que l’on comprenne vraiment ce que les réalités du passé
ont d’inquiétant ou de menaçant… sauf, bien entendu,
si une ‘mémoire’ encore active impose la loi du silence
quels qu’en soient les moyens, même si ceux-ci parfois sont
diffamatoires ou désobligeants. Comme il est difficile de faire une
omelette sans casser des œufs, il vaut mieux en ce cas casser les œufs
qui ne vous appartiennent pas, et frileusement pratiquer la politique du
« deux poids et deux mesures » en prenant bien soin que les
poids et mesures vous soient favorables… on n’est jamais assez
prudent !
Il est vrai, comme nous allons le voir, que ces deux communes, aux passés
fort heureusement bien distincts, n’ont rien en commun hormis une
même appartenance au sol Catalan du Roussillon… et, à
notre grand soulagement, la similitude s’arrête quasiment là.
Aujourd’hui, de nombreux espoirs raccrochent un héraldisme
de viande grillée à l’espoir (‘les poires’
?) grandissant au blason hérétique (du moins pour l’Eglise),
cependant porteur de fruits merveilleux, des anciens seigneurs énigmatiques
de Périllos. La mort d’un fief garantirait-elle la survie d’un
autre ? Serions-nous là face à un phénomène
de vases communicants ou à un autre, plus affligeant, de vampirisme
? L’avenir, sans doute, nous l’apprendra rapidement. A l’image
de Goliath, pauvre pantin géant bouffi d’orgueil qui n’entra
dans les grandes chroniques qu’en raison de sa cuisante défaite
face au dérisoire petit David téméraire, d’autres
se croyant grands et invincibles n’en donnent laborieusement l’illusion
qu’à l’ombre d’un passé qu’ils tiennent
soigneusement sous l’étouffoir, sans toutefois jamais pouvoir
en atténuer la clarté…
On
cherche seigneur de service pour redorer blason inexistant
Une
fois ce constat fait, on en arrive à un autre, plus révélateur
encore, qui est celui des seigneurs eux-mêmes, en ce qui concerne
leur existence. Effectivement, si les Vicomtes de Périllos n’ont
plus rien à prouver de leurs puissance et grandeur, on peut toujours
chercher en ce qui concerne un hypothétique seigneur d’Opoul
ou ses armes héraldiques… rien ! C’est un peu comme si
l’ombre des Périllos avait, de tous temps, interdit ou écrasé
le germe de la moindre semence seigneuriale à proximité.
Certes, le progrès, les conditions de vie, le manque de confort contemporain
(comme l’électricité par exemple) ou encore les lendemains
de guerres sont avancés comme prétextes ou préludes
à l’agonie irréversible du village. Ces raisons devenues
quasiment historiques, chacun s’empressent de les faire siennes dans
un grand soupir de soulagement… Cependant, on peut à juste
titre se demander si ces fatidiques constats sont bien réels ou s’ils
ne sont pas simplement une maigre petite série d’arbres rabougris
installés pour nous cacher une belle forêt dont seuls quelques
personnages s’octroieraient le plaisir, le mystère profond
et la propriété.
Survol
au-dessus d’un passé
Nous
allons, avec les éléments en notre possession, faire un rapide
survol de quelques réalités historiques et constats archéologiques
que nous émaillerons de touches folkloriques, légendaires
ou traditionnelles… en partant, pour ces dernières, du principe
qu’il ne saurait y avoir de fumée sans feu. Dès que
le chercheur s’aventure dans le passé servant de jonction géographique
entre Périllos et Opoul, il rencontre très vite toute une
série d’éléments aboutissant à des quiproquos
poussiéreux restés en place, jusqu’à nos jours,
au point d’en être devenus coutume tacite ou, pire encore, vérité
admise… par de prétendus pontes locaux !
Le premier de ces exemples flagrants est celui du « château
d’Opoul ». Effectivement, il est habituellement admis que ce
titre s’adresse à la forteresse dont les fiers vestiges surplombent,
austères, le frileux village d’Opoul… alors qu’il
en est tout autrement !
Certes, il est sans doute plus plaisant, voire valorisant, de se justifier
orgueilleusement d’un château puissant quand on n’a rien
d’autre de plus intéressant, en attendant une hypothétique
résurrection de village fantôme à mettre sous la dent
du touriste et des amateurs en mal de culture et vestiges faciles à
adapter au manque cruel de réalité… Enlevez l’étonnant
plateau rocheux, avec ses ruines mystérieuses, dont l’ombre
plane jusqu’au village et vous n’aurez plus rien que la désertification,
une cave coopérative torpillée puis désespérément
abandonnée, et de beaux champs d’éoliennes à
proposer aux vacanciers… pas de quoi déplacer les foules évidemment
! Et pour cette raison… ou d’autres, plus intéressantes
et obscures n’en doutons pas, pourquoi cache t-on prudemment à
tous, y compris aux habitants du pays, que ce château eut toujours
cette appellation mensongère ?
Ensuite, nous découvrirons l’église d’Opoul, placée
sous le vocable de Saint Laurent, et enfin, dans une troisième partie,
nous ferons une visite au fil d’éléments peu usités,
tenus dans le village, ses alentours ou plus éloignés.
Un
plateau sans passé ?
Il
s’agit ici d’une sorte de formidable curiosité géologique
d’un bloc quasiment plat, phénoménal, formant une brutale
remontée rocheuse, à près de 400m d’altitude,
dont l’origine se situe sans doute aux dernières formations
de l’écorce terrestre. L’érosion naturelle lui
aurait ensuite donné l’aspect déchiqueté qui
confère à ce plateau une atmosphère propre à
entourer d’une aura de mystère les ombres historiques du passé
et l’étrange voisinage de Périllos. Ce milieu minéral,
parsemé de failles et avens naturels, accentue, plus encore qu’ailleurs,
l’effervescence de l’imaginaire merveilleux de l’endroit.
Cependant, n’oublions jamais que si, souvent, le fantastique nous
dépasse, il l’est lui-même de par la réalité,
comme nous le verrons plus loin.
L’Histoire habituelle tord trop brièvement le cou au passé
antique de ce plateau en le résumant à quelques pages. On
y trouve, pauvrement résumées, par ci et par là, quelques
vagues découvertes laconiques intéressant l’Antiquité.
Notons au passage quelques tessons, monnaies et un ‘anneau à
cachet’. Cependant, en ce qui concerne ce dernier, il est utile de
rendre à César ce qui lui appartient. En effet, cet objet,
des plus rares et précieux, n’a jamais été mis
à jour sur le plateau mais sur le site du vieux couvent Ste Cécile
qui, lui, se trouve sur le territoire des Périllos et non d’Opoul
!
Et nos joyeux scientifiques, s’estimant largement dédouanés
du contingent de découvertes imposées en la matière,
s’en vont sereins, avec le sentiment du devoir accompli. Nous ajouterons
que loin s’en faut, et de beaucoup, que leur mission ait été
remplie et consignée en forme d’un maigre répertoire
de découvertes. On tournerait volontiers la mince page des temps
antiques en espérant que ces pauvretés archéologiques
restent exception et fassent place à la richesse des inventaires
préhistoriques. On serait en droit d’espérer un peu
mieux car à quelques kilomètres un homme, le plus ancien d’Europe,
laisse ses vestiges et sa dépouille dans une Caune d’Arago.
Ce vénérable ancêtre reste connu à jamais sous
l’illustre nom d’ « Homme de Tautavel », en
affichant moins 450.000 ans au compteur de l’Humanité…
Les scientifiques que nous avons interrogés sont affirmatifs sur
le point que si cet « homme » était dans ce secteur du
Verdouble, ses congénères se trouvaient forcément présents
et éparpillés sur ce qui deviendra le territoire de Périllos.
Or, à bien regarder les inventaires et répertoires de découvertes
préhistoriques concernant les secteurs de Périllos et Opoul,
il n’est même plus question d’une mince page mais de quelques
lignes du plus grand laconisme. Là encore, tous de rester soulagés
de ne pas avoir à en dire plus. Le problème pour tous ces
gens ‘spécialisés’ et ‘administratifs’
est que nous avons pu retrouver énormément d’éléments
sur ces temps obscurs ou oubliés. La liste, de tout ce que nous avons
pu récupérer ça et là chez quelques anciens
ou des témoignages, est d’une richesse affolante.
Certes,
les terres de Périllos, une fois encore, regorgeaient de vestiges
préhistoriques, mais le secteur du plateau de Salveterre n’avait
rien à envier à ses voisins. Ce sont des découvertes
spéléologiques qui souvent sont à l’origine de
mises à jour extraordinaires… Ensuite, les terres soumises
à la plantation et aux défrichages livrèrent un impressionnant
lot de vestiges humains des premiers âges. Enfin, nous sommes confrontés
à la surprise la plus stupéfiante lorsque nous apprenons que
plusieurs découvertes fortuites faites dans ce secteur du plateau
ont été transmises à nos joyeux scientifiques. En deux
lieux au moins, répertoriés, tout fut saccagé…
peut-être pas du tout par des pillards car les découvertes
n’ont pas fait l’objet d’une communication publique…
Quant à d’autres sites, ayant fait l’objet d’un
inventaire des plus sommaires, pour ne pas dire pire, on peut chercher longtemps
un bulletin d’une société dite ‘savante’
pour en avoir connaissance. En la matière, s’il est de coutume
que les mairies soient concernées par ces travaux de localisations
archéologiques, on peut toujours inviter nos lecteurs à se
rendre à la mairie d’Opoul pour s’informer de la dite
coutume et des résultats. Certes, il est possible que le suivi des
dossiers et communications se soit quelque peu grippé en partance
pour cette municipalité et qu’une erreur d’aiguillage
administratif ait eu lieu, à notre plus grand regret. Cependant,
il est aussi de coutume qu’une mairie s’inquiète de ce
qui se découvre sur ses terres et dessous, et réclame quelques
comptes rendus archéologiques appropriés. Une fois encore,
il doit être facile de se renseigner et voir le niveau d’intérêt
des élus communaux successifs aux moments des recherches… Le
vide est un gouffre en la matière ! Rappelons une fois encore, qu’en
échange, on se démène fébrilement pour remonter,
sous les applaudissements d’une foule ébahie, un ou deux bâtiments
hors intérêts culturels dans le village mort de Périllos,
au détriment du sauvetage d’éléments relevant
du patrimoine national… dans la plus parfaite indifférence
de tous et des plus hautes autorités elles-mêmes. En cas de
désaccord, nous serions heureux qu’ici on nous donne le démenti,
ou droit de réponse, que nous nous ferions un devoir de respecter.
Bref, l’homme occupe le site depuis ses origines, comme nous pouvons
facilement en témoigner. Ensuite, en ce qui concerne l’Antiquité,
le problème est le même et nous sommes en possession d’éléments
attestant alors, qu’une fois de plus, la municipalité reste
sans le moindre vestige à montrer en la matière, ce qui devient
un vide chronique sidéral de plus en plus difficile à comprendre.
Une
place stratégique de choix
Si
l’occupation romaine du plateau reste certaine, les vestiges construits
n’en restent pas moins quasiment inexistants. On peut alors supposer
qu’un camp sommaire, ou poste d’observation, fortifié
se soit élevé au même endroit que le château actuel.
Il est vrai que l’endroit idéal pour ce genre de stratégie
reste le même depuis l’apparition des frontières et territoires
à défendre ou surveiller. En ce cas, l’époque
romaine se serait superposée elle-même à un plus ancien
lieu de retranchement sur le promontoire face à la mer.
Cet emplacement est facile à comprendre face à la morphologie
naturelle du secteur. En effet, le seul endroit où peut cheminer
une voie de communication reste le long de la côte en raison de la
‘planitude’ d’abord et ensuite l’arrivée
aux pieds des Pyrénées qui peuvent se franchir à faible
altitude, même en saison hivernale. Si quelques chemins pouvaient
se pratiquer depuis l’arrière pays, ce ne pouvait se faire
qu’avec un équipement léger, tel un petit char à
deux roues, et encore pas partout. Ensuite, pour pénétrer
dans l’intérieur des terres depuis la côte, de nombreux
détours s’imposaient face à d’infranchissables
barrières de calcaire, comme les hauteurs de Galamus et St Paul de
Fenouillède par exemple. Il faudra attendre la fin des XIXe et XXe
siècles pour voir les premiers travaux lourds qui permettront enfin
de raccourcir les distances de communication.

Ce constat se double, et se confirme, par les anciens rapports militaires
dont on dispose, faisant état de l’impossibilité de
faire circuler facilement, et encore moins rapidement, des colonnes d’infanterie,
prolonges et pièces d’artilleries ou des convois d’intendance
militaire. Les rapports sans équivoque montrent que toutes tentatives
de se déplacer lourdement en direction des terres, même pour
se défendre ou attaquer, posent d’énormes problèmes
insolubles. Ceci explique que souvent les points fortifiés se trouvent
tournés vers la même direction d’où peut surgir
un réel danger: la mer. Cette solution s’agrémente de
l’avantage non négligeable de se faire ravitailler ou rejoindre
par voie maritime. Le meilleur exemple reste l’imposant château
de Salses, en forme de verrou infranchissable, près de l’ancien
étang, sans coup férir au seul endroit de passage… Les
troupes françaises en firent le douloureux et mortel constat car
cette formidable fortification, faite pour soutenir un long siège
d’artillerie, était capable de rendre coup pour coup avec des
pièces dont la disposition et le système de tir laissent encore
aujourd’hui le visiteur pantois.
Il est donc tout naturel que le point fortifié du plateau de Salveterre
se situe à l’extrémité de la face orientale.
Cet emplacement facilement aménageable se double d’un point
de vue extraordinaire et d’un accès commode pour les occupants
mais également à la fois simple à défendre à
moindre frais. Ajoutons qu’à part par effet de traîtrise
ou d’abandon, la place ne fut jamais prise d’assaut avant l’apparition
des armes à feu, l’artillerie fragilisant de fait ce genre
de forteresse.
Un
oppidum de bas en haut
Nous
ne savons rien, à ce jour, sur la forme et la garnison des époques
antiques concernant le site. Un vague, mais luxueux, dépliant de
la mairie d’Opoul fait mention en vrac d’informations pas toujours
fiables ni complètes… Il est donc temps de compenser un petit
peu les lacunes de ce document, au demeurant émaillé de fautes
d’orthographe. En se donnant la peine de rechercher dans les archives
disponibles, on trouve des éléments incontestables de vestiges
d’une occupation sédentaire et structurée dès
le 7ème siècle par exemple. A cet emplacement stratégique,
la stratigraphie architecturale montre ensuite des structures plus anciennes,
elles-mêmes accrochées à des soubassements en tuilots
romains posés sur d’autres, forcément antiques. Quelques
silex de belle facture attestent aussi de l’occupation néolithique,
voire plus lointaine, déjà abordée précédemment…
L’origine du nom d’Opoul proviendrait de mot romain ‘oppidum’
signifiant généralement ‘hauteur’. On peut donc
être surpris que le village « d’en bas » ait conservé
cette appellation qui ne lui correspond en rien. Tout comme il en est de
même à propos du nom de « castel d’Opoul »,
au XIVe siècle, qui ne peut correspondre à celui du plateau
mais bel et bien à une construction forte, oubliée de tous,
dans le village d’en bas. La confusion se prolonge avec le nom Oped
encore attribué faussement vers le XIe siècle au hameau d’en
bas… Nous ajouterons simplement à ces déclinaisons étymologiques
que la phonétique du lieu nous parle tout autant d’un autre
Hautpoul lié à l’énigme de Rennes-le-Château
qui conduisit plusieurs prêtres concernés en ces terres de
Roussillon. Des prêtres, mais bien avant eux d’autres personnages,
sans doute aux époques bibliques.
Toujours est-il que la vie, qui s’installa ici depuis l’aube de l’Humanité, s’y est accrochée jusqu’au XVIIe siècle, dans une fresque où se succèdent tant de personnages, le plus souvent obscurs, oubliés ou sans nom… On y trouve un roi Wamba (673), un prince Calaron de Fortio (512), un cabaliste juif et sa famille (892), Oliba, Arnaud Guillem de Salse, un étrange Rodin de Borreau qui disparut une nuit avec son aréopage sans laisser de trace en 910… plusieurs tribus dont les Redon ou Rodon, les Sardon ou Sordon, sans parler des interminables relèves de garnisons, surtout au moment où le roi St Louis s’empare des Corbières. Face aux forteresses de la Couronne de France s’alignant contre le Roussillon, on ne trouve étrangement que quelques rares redoutes aragonaises dont, naturellement, celle du plateau de Salveterre. A l’occasion, on en profite pour oublier, évidemment, l’ultime bastion des Périllos se trouvant en première ligne même avant le château du plateau.
D’Oped
à Salveterra
Ce serait vers 1246 que Jacques 1er aurait établi officiellement un village constitué que le passé n’avait pas attendu pour l’implantation de très anciens foyers sédentaires. Cependant, ce roi innove en matière d’occupation en accordant de nombreux privilèges, immunités, exceptions et largesses à ceux et celles qui acceptent de s’y installer. C’est le début du village de Salveterra. La tradition dit que le site Opida, Oped, Opol, devient pour cette occasion le village et plateau de Salveterra car ce nom illustrerait les avantages exorbitants pour ceux qui venaient y vivre durement. Il fallait que le poste soit primordial pour justifier tant de faveurs royales. Ce fut sans doute le cas car Jacques 1er d’Aragon insista à plusieurs reprises sur son importance « indispensable à la sûreté de tout le Roussillon ». Son héritier Jacques II, roi de Majorque, confirme les avantages et en rajoute encore sous la forme d’autorisation par grande canicule de conduire les animaux aux points d’eau de Salse. C’est dire l’importance que le site conserve ses habitants pour ces rois peu habitués aux largesses sans retour.
L’implantation
d’un arbre défensif… pour cacher quelle forêt ?
Toujours
est-il que le périmètre du plateau s’équipe de
hautes et épaisses murailles, construites à l’aplomb
du vide, là où les ‘à pic’ n’assurent
pas efficacement l’intégrité du site. Plusieurs tours
et deux poternes principales surgissent également du sol pour défendre
et assurer les accès au plateau. Un système de défenses
avancées permet en trois passages, astucieusement défendables,
d’empêcher efficacement une prise d’assaut depuis le bas
des défenses et ce à peu de frais.
Quant au castel lui-même, ses dimensions sont bien moins impressionnantes
qu’elles ne le paraissent du bas de la falaise. Sa plus grande longueur
n’est que de 40 mètres pour moins de 35 sur sa largeur moyenne.
Certes, les enceintes sont larges et hautes et percées de nombreuses
meurtrières bien orientées dont les angles de tir ne laissent
guère d’angles morts. Tout au plus quatre à cinq bâtiments
collés les uns aux autres, sur deux niveaux, assurent les logements,
différents magasins et casemates enterrés. L’ensemble
est protégé par une énorme tour (de près de
8m de diamètre) surveillant une chemise composée d’un
épais mur tourné vers le plateau. Un fossé large de
10 mètres, en contrescarpe, finit d’assurer le système
de défense.
Mais les catalans ne ménagent pas non plus la dérision en
terme d’humiliation à l’attention d’éventuels
assaillants. L’architecture militaire a prévu d’installer
des latrines sur la face où un assaut est le plus envisageable. Cette
‘pièce’ est faite pour avoir son ‘écoulement’
en surplomb et remplir son usage en se déversant sur les agresseurs
potentiels… On imagine à la fois la fureur face à un
tel affront et le gourmand contentement des défenseurs…
Certes, l’emplacement est stratégique mais ridiculement équipé
en rapport à la mission attendue. C’est ainsi que nous restons
perplexes sur l’importance pour « tout le Roussillon »
d’un point défendu seulement par pas plus de 17 soldats mal
équipés… et des hommes, sans connaissance de la guerre,
pris dans le village pour défendre un point stratégique isolé
et loin de tout, donc avec une efficacité d’intervention des
plus faibles. Les équipements sont des plus réduits comme
le montre un inventaire de 1369 : 16 arbalètes et 1500 carreaux (projectiles
de l’arbalète), 6 cuirasses, 7 boucliers et quelques casques
dépareillés. A cela s’ajoute la suite pitoyable d’un
coffre sans couvercle, une paillasse, une lanterne et… un couvercle.
On trouve aussi curieusement un ‘chien de garnison’ qui doit
compenser l’assoupissement des sentinelles la nuit en les réveillant
en cas de bruits suspects dans l’obscurité… On croit
rêver devant d’aussi dérisoires équipements pour
la seule place de ligne face aux forteresses françaises parfaitement
équipées… Le roi fera généreusement envoyer
quelques armements supplémentaires et surtout de la nourriture, soit
10 sacs de farine, un autre de sel, une jarre d’huile, un tonneau
de vin et un quintal de jambon. Vraiment, il n’y a pas là de
quoi encourager une garnison isolée. Mais il y a encore pire puisque
l’officier commandant le fort prévient plusieurs fois que les
murs sont dans un tel état de délabrement qu’ils menacent
ruine ! En tous cas, tout ceci ne permet certainement pas de soutenir un
siège en règle comme semble l’attendre la couronne de
Catalogne.
De toute manière, le but même de cette forteresse, devenue
royale, reste assez nébuleux et indéfini dans tous ses aspects,
jusque dans la vue extrêmement étendue propice à l’observation
mais inapte à l’intervention rapide en raison précisément
de la distance de 15 km séparant la forteresse de la voie d’invasion.
On peut déjà à ce stade se demander si l’importance
du lieu ne serait pas motivée par une autre crainte ou une autre
raison. En ce cas, le terme même de Salveterra pourrait-il, à
un second degré, conduire à entendre… la « terre
sauvée » ou la « terre d’un sauveur » ???
Qui peut le nier ou l’affirmer ?
En
cheminant vers le château…
Mais
avant de finir cette page, où il est trop sommairement question du
château de Salveterra, nous devrons encore regarder le chemin à
parcourir pour y parvenir.
Le plus souvent, une forteresse ne dispose que d’une seule entrée
principale ou du moins un seul accès, ceci pour faciliter la défense
de ce point clé souvent attaqué en priorité lors d’un
siège. Il était donc stratégiquement nécessaire
que ce ‘passage vers l’intérieur’ soit sous haute
surveillance mais encore facile à défendre efficacement. A
cet effet, l’architecture militaire évitait de multiplier ces
points difficiles, surtout pour de petites forteresses telles que celle
qui nous intéresse. La voie d’accès à cette poterne
principale présentait naturellement tout autant d’intérêt
et de soins. Pour une faible garnison, comme ici, il devait être crucial
de limiter le problème à une seule voie d’accès
déjà bien suffisante et compliquée à garder.
Aussi est-on relativement surpris d’apprendre, par une très
ancienne précieuse image inconnue du château (17e siècle),
qu’il y avait à l’origine deux accès au plateau
et dont un seul aujourd’hui reste encore praticable. A ce sujet, nous
sommes très étonnés d’être les seuls à
souligner ce détail vérifiable.
L’un des chemins, provenant du côté oriental, est celui
qu’on utilise encore pour parvenir jusqu’au site. Le second,
plus surprenant, était le prolongement de la voie de desserte de
Périllos… celle qui passe au plus près de la Mourtre
! C’est ce beau chemin qui, dans l’indifférence ou la
discrétion générale, a disparu à notre plus
grand regret. En effet, ce dernier dérivait de celui qui frôle
plusieurs sites environnant les sites ‘zéro’, et ‘un’,
inscrits sur le moulage de l’abbé Saunière… Quel
dommage que cette disparition progressive par manque d’intérêt
des usagers ! Mais, au fait, s’agit-il d’un hasard ou d’une
volonté d’effacer un autre élément devenu trop
dangereux en ce qui concerne le secret de Périllos ? A ce stade d’interrogation,
si l’image date du 17e siècle, nous pouvons nous demander pour
qui elle était, mais aussi si ce 17e siècle n’était
pas révélateur d’autres éléments. On peut
se le demander si on considère ce vrac de quelques petites remarques :
- Au 17e siècle, le chemin de Périllos au plateau existe encore
mais sans doute plus pour longtemps.
- Bien avant, la couronne d’Aragon prend possession d’un point
essentiel sous prétexte de défense d’intérêt
général, permettant ainsi d’éloigner du lieu
tout seigneur, héritiers, vente ou détournement personnel…
jusqu’au 17e siècle où le site perd tout intérêt.
- Un site que tous démontrent comme invivable et où on maintient
coûte que coûte une garnison inopérante, dérisoire
et un village à grands renforts d’avantages démesurés
pour l’endroit.
Mais encore voici l’arrivée de ce 17e siècle qui semble
tout à coup présenter l’accélération d’un
processus qui doit discrètement échapper au commun.
- C’est au 17e siècle que le Roussillon passe à la couronne
de France et scelle irrémédiablement le pouvoir et la place
des seigneurs de Périllos.
- C’est à partir du 17e siècle que les Périllos
sont spoliés, de leurs terres et titres, au bénéfice
des gros et gras barons de Durban…
- C’est au 17e siècle que Richelieu fait démanteler
le château de Salveterra.
- C’est au 17e siècle que la population du plateau le quitte.
- C’est au 17e siècle que De Cassini vient dresser le relevé
topo du secteur en tenant effacés certains détails de ce pays.
- C’est au 17e siècle qu’un notaire royal du beau nom
de Courtade (dont un descendant sera un prêtre ami de Béranger
Saunière curé de Rennes-le-Château) dresse la liste
des propriétés arrachées aux seigneurs de Périllos.
C’est à ce moment et sur le registre répertoire que
se situe la mention faisant état « d’une tombe royale
et sacrée » sur ce proche secteur sous le château…
- C’est au 17e siècle que fleurit une société
à propos de ce secret territorial entouré du fourmillement
de certains personnages comme Charles Perrault et son frère, les
De Cassini, Philibert Delorme, Polycarpe de la Rivière, les familles
de Lupé et d’Urfé…
Nous en passerons, et des meilleurs !
Malheur
au vaincu !
Mais
nous sommes toujours en ce 17e siècle qui scelle à jamais
le sort du château royal de Salveterra comme nous le décrit
laconiquement une chronique de 1639. A ce moment, une troupe forte de 600
hommes, envoyée par Henri de Bourbon, met le siège sous les
murs du plateau. Le trop inexpérimenté jeune capitaine de
la forteresse, effrayé de n’avoir qu’une poignée
de défenseurs à opposer, rend la place sans combat le 10 juin
de cette année.
Richelieu exulte en ces termes : « L’armée du Roy
en Languedoc est entrée dans le Roussillon. On a pris le château
d’Opoulz qui estoit imprenable qu’avec beaucoup de peine et
de temps, si le gouverneur ne se fust estonné (épouvanté).
» Nunez Geraldo, gouverneur peu téméraire déconfit,
se replie avec armes et bagages, accompagné de ses 72 hommes et un
chien. A son arrivée à Perpignan, il est arrêté,
jugé, condamné à mort et garrotté. On ne plaisante
pas avec l’honneur à la cour de Catalogne, et encore moins
avec les sévères codes de la guerre… malheur au vaincu
!
Avec la reddition honteuse de Nunez, l’histoire du château s’achève
définitivement. La paix du Traité des Pyrénées
de 1659 montre l’inutilité des fortifications de Salveterra
dont le roi de France aurait ordonné le démantèlement.
On ne sait si ce dernier eut lieu ou si, abandonné et non entretenu,
ce bastion finit par s’effondrer naturellement. Henri-Paul Eydoux
résume parfaitement la mort de cette orgueilleuse et insolite forteresse
en écrivant à son sujet, en 1979, dans son ‘Monuments
méconnus en Languedoc et Roussillon’ : « En tous cas,
il entra dans les oubliettes de l’Histoire, n’offrant plus,
sur le plateau désert, que le spectacle de ses ruines pitoyables
et émouvantes »…
L’ombre
de l’abandon
Aujourd’hui,
en effet, il ne reste que quelques pans de murailles laissant deviner cependant
le plan des anciennes structures. Au centre, pratiquement comblée,
se trouve encore la citerne qui contenait 11.000 litres d’eau. Par
contre, placé sous le vocable de St Sauveur, l’oratoire du
fort a totalement disparu et on ne sait donc pas comment il se présentait
ni où il était installé… St Sauveur, patron du
château qui défend le plateau de Salveterra… tout près
d’un autre hypothétique tombeau d’un sauveur désigné
par une maquette voulue par l’abbé Saunière, curé
de Rennes-le-Château… Ca commence à faire beaucoup de
‘sauvés’ pour un lieu et des constructions royales fortifiées
ou sédentaires dont le but final ne peut leurrer que le commun.
Cependant, à ce stade, nous pourrions une fois de plus supposer n’être
que les victimes d’un hasard malicieux. Pourtant, nous allons voir,
au fil des chapitres suivants, que les convergences étranges et d’irréfutables
constats nous conduiront à d’autres éléments
de moins en moins hasardeux…
A suivre
Prochains développements : Les villages successifs sur le plateau
L’implantation wisigothe
La démographie ‘dégringolante’
Les fouilles sans compte rendu ni résultats
Une église oubliée mais au vocable significatif
En regardant le Roc Roudoun
Mais où est donc le royaume des morts ?
Découvertes en surface
Découvertes en profondeur
Mines et minerai sur le plateau ?
Légendes et réalités ?
La cloche des morts
Une tombe ou… l’entrée d’un souterrain
Trois citernes et… une étrange cuve
L’énigme des ‘petits gris’
Le vrai château d’Opoul
L’ombre de la Sanch
Mensonges et réalités