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Opoul sous Périllos
(3ème partie) - Plateau de Salveterra et énigmes funéraires

 

Le royaume des morts de la terre sauvée

Nous avons longuement visité le plateau de Salveterra et les vestiges qui le parsèment encore dans la plus grande indifférence et l’abandon de tous, sauf sans doute de ceux qui, bravant les lois, les explorent encore avec leurs détecteurs de métaux. Pour ces derniers, le maigre butin de surface rapporté, ne valant guère les risques pénaux encourus, n’offre rien de significatif en matière de découvertes.
Les périmètres sédentaires que nous avons pu situer montrent effectivement que le plateau servit de nombreuses fois d’asile au fil de l’occupation humaine la plus reculée. Cependant, en reprenant nos constats, il en est un qui revient de façon récurrente, c’est celui de l’issue inéluctable de la vie débouchant sur des sanctuaires funéraires obligatoires. A propos des points de sédentarisation, on peut en distinguer trois grands emplacements sur ce lieu délimité de toutes parts par des falaises donnant sur le vide. Tout d’abord, nous avons la zone occupée par le château lui-même. Ici, depuis des siècles se succèdent des hommes, des militaires, dont le devoir est de veiller puis défendre la place. Notons également que la garnison ne fut jamais conséquente en ne dépassant pas la moyenne d’une petite vingtaine d’hommes, et guère plus du double au moment des grands affrontements frontaliers, assez peu communs au demeurant. Ensuite, il y a le petit hameau des époques wisigothes, face au roc ‘Roudoune’ (ou Rodon), qui fit l’objet d’une fouille archéologique aussi officielle que des plus discrètes. Cependant, malgré le silence entourant cette ‘campagne’, la visite de ce site désormais à l’abandon permet d’apprécier le nombre de foyers potentiels de cette période. On peut ainsi deviner les fondations de quatre ou cinq, dont trois fouillés, de ces derniers et estimer à une petite trentaine le nombre moyen d’individus ayant vécu ici.
Il reste à présent le point de vie sans doute le plus conséquent et récent, si on peut s’exprimer ainsi pour les 16ème et 17ème siècles. Pour ce dernier, se trouvant, nous l’avons vu, à peu de distance des fameuses grandes citernes souterraines situées au nord, l’importance est nettement plus conséquente que les deux précédents sites sédentaires. A ceci, il serait utile d’ajouter une ‘quantité arbitraire et inconnue’ englobant de manière indéfinissable les occupants des époques primitives et antiques.
Une fois établi ce provisoire petit bilan des points habités autrefois sur le plateau, il nous faut revenir sur le constat habituel de la mortalité.
Si les périodes de fièvre guerrière ont été conséquentes dans ce secteur du Roussillon servant de tampon au pied des Pyrénées, nous avons vu qu’elles se portèrent assez rarement sous les murs de la petite forteresse royale. De fait, s’il y eut des escarmouches, elles ne durent toutefois pas être des plus meurtrières. Cependant, une fois l’aspect militaire abordé, il reste que le plateau est un site sédentarisé depuis sans doute des centaines voire plusieurs milliers d’années. Or, sauf nouvelles indications, il n’a jamais été question que ce lieu produise, sur les humains, des effets de longévité outrancière. Ce qui signifie tout simplement que les habitants du plateau, toutes époques confondues, durent ensevelir leurs morts au fur et à mesure des décès. Cette remarque biologique, hélas incontournable, nous permet de soulever cette interrogation : si, depuis des siècles, l’homme mourait en ces lieux et ensevelissait ses semblables selon les rites de chaque époque, où pouvait se trouver les emplacements funéraires rituels et, plus tard, les cimetières communs ? Il faut bien ajouter qu’à ce moment, pas le plus petit indice ne permet de supposer en quel endroit le royaume des morts pouvait avoir été disposé. Certes, on peut dire qu’il ne doit pas s’agir d’une importante population comme on l’imagine, mais d’une succession d’individus ayant vécu sans interruption sur le plateau depuis la préhistoire, avec plus ou moins d’importance… ce qui laisse toutefois des traces indiscutables si on estime, au minimum, que le nombre global de morts dépasse un bon millier d’individus. Ces traces sont d’autant moins sujettes à caution que les derniers habitants du plateau le quittèrent vers le milieu du 17e siècle. Nous pouvons supposer qu’à cette époque ils n’emportèrent pas leurs morts avec eux… et donc abandonnèrent au moins la dernière nécropole, sans doute bien remplie. S’il n’y eut plus d’habitants sédentaires à Salveterra, on a tout lieu de penser que les cimetières tombèrent dans l’oubli, ce qui leur permit sans doute de ne pas être saccagés ou profanés, comme celui de Périllos, et donc d’être encore existants quelque part sur le site…

Mortalité guerrière

Pour le château, le problème pouvait être différent car, en cas d’accident, maladie ou victime d’échauffourées, la garnison pouvait disposer d’un caveau ou d’une fosse réservée à cet usage mortuaire. Encore que la présence de la citerne interne, et enterrée, devait interdire la proche présence de ce genre de polluant voisinage. Le changement de garnison n’étant pas rapproché (comme à Salses en raison des maladies dues aux moustiques) il fallait bien, d’une manière ou d’une autre, qu’il existe sur place un lieu réservé à cet effet. Le périmètre de la petite forteresse et l’emplacement de ses bâtiments sont connus en détails et rien ne montre ce genre d’usage… A moins bien entendu que, sous les décombres des murailles écroulées, subsiste un passage vers une fosse ou un caveau militaire… lequel ouvrirait depuis une galerie, telle celle dont l’entrée enfouie sous les ruines est surmontée du fameux ‘carré magique’ que nous avons déjà vu et sur lequel nous reviendrons. Il s’agirait là, nous le rappelons, de l’opportunité d’utilisation d’un aven naturel aménagé, situé près de l’oratoire, ou chapelle de St Sauveur, du fort. Sur ce sujet, nous ouvrirons cet automne un chapitre uniquement réservé à la remise à jour du ‘carré’ et de l’ouverture qu’il signalait… ou protégeait.

« Santa Magdeleina de Salveterra et ‘descente dans le tombeau’ »

Si, pour les époques antiques et médiévales, on peut être quasiment certain qu’il n’existe plus la moindre archive, il en est tout autre pour le moment du départ des derniers habitants. En effet, ces derniers, organisés en un village nanti d’une église, disposaient forcément d’un chapelain tenant un registre des activités religieuses : baptêmes, mariages, décès et divers. S’il est inconcevable que ce ‘registre’ ait été abandonné, ou détruit, il y a lieu de penser qu’il suivit le dernier prêtre ou fut transmis à l’évêché ou à la cure d’Opoul ou mieux encore à celle de Périllos puis, par rebondissement, à celle de Durban ! Et c’est sans doute ce choix qui fut accepté puisque, lorsque l’abbé J. Codes, curé de Périllos, clôt le registre en cours, il est fait mention d’une annexe qui lui est accolée concernant l’église « Santa Magdeleina de Salveterra ». Le registre annexé a été complété en 1568 par un curé du nom de Croquel.
Sur ce modeste registre, dernier témoin d’une vie sans doute difficile en cet endroit, on peut constater un équilibre démographique qui se rompt de manière catastrophique, effectivement au 17e siècle, pour devenir la peau de chagrin d’une extinction définitive. Ce qui nous intéresse est qu’à aucun moment nous ne trouvons mention d’un transfert de dépouilles et qu’au contraire, les deux derniers prêtres notent (d’une écriture soigneusement calligraphiée) que l’inhumation suit l’office des morts dans la même foulée. Nous trouvons même une formule répétée par deux fois de sujets ‘descendus’ dans le tombeau… sans, hélas, que nous sachions dans quel ‘tombeau’ ni où il se trouvait. Cette absence montrerait que pour ces curés la ‘descente au tombeau’ est laconique, ‘communautaire’ et routinière… si on peut s’exprimer ainsi sur un sujet aussi austère. Il faut toutefois ajouter un détail pouvant modifier cette information, qui est le terme ‘descendre au tombeau’, ne signifiant pas forcément autre chose qu’être mis en terre… ce qui peut changer, nous l’admettons volontiers, le sens de cette phrase et ses conséquences.
Dans un premier temps, nous dirons que ceci n’a guère d’importance et que seul compte, pour notre travail, le fait que les dépouilles n’aient pas été transportées en un autre lieu que le plateau lui-même.
En effet, ce détail, certes macabre, montre bien qu’un endroit (voire plusieurs) était réservé à effet de cimetière, mais que ce dernier échappe à toutes recherches contemporaines… peu accentuées, il est vrai. Et ces recherches, nous avons tenté de les conduire au mieux des éléments fragiles et incertains dont nous disposons.
A l’évidence, il n’y a aucun souvenir administratif ou religieux sur ce sujet (mairie, évêché) sauf le vieux registre attenant à celui de Périllos qui reste lui aussi des plus laconiques. Nous avons donc tenté une hypothèse depuis plusieurs exemples connus.

Montségur pour cadre de comparaison

Nous avons pris Montségur pour cadre de comparaison. Nous savons que, durant le très long dernier siège du pog, il y eut de nombreux blessés et des morts. Jusqu’au moment où entre en action la catapulte, installée par l’évêque Durant, on peut supposer que les cadavres sont rapidement enfouis sur le plateau autour du château. Ensuite, la situation ne permet plus ce genre de sortie et les cadence et précision de tir de la ‘pierrière’ deviennent meurtrières pour les malheureux assiégés.
L’ennui est qu’au moment de la reddition de la forteresse, on sait que plus personne n’était sorti et qu’aucun cadavre ne se trouvait dans l’enceinte… pas plus que ne fut retrouvé un cimetière, même fait dans l’urgence du siège. Quand on sait que les Cathares se faisaient enterrer dans des cercueils de bois et non incinérer (notre très douce Sainte Mère l’Eglise se chargeait, elle, d’assurer abondamment leurs crémations !), on peut se demander où se trouvait le territoire des morts du lieu… s’il n’était SOUS terre ! Ce sont des siècles plus tard qu’apparaissent les preuves de cavités (mollement niées, évidemment, par l’archéologie officielle) sous le château, ayant pu, entre autres, servir de sanctuaire ultime à ces malheureux. Ensuite, lors d’une sortie héroïque pour démanteler la terrible catapulte, quelques soldats tentent un assaut dont l’issue leur est fatale. Les morts, de part et d’autre, sont précipités dans un même aven les abritant dans un identique sommeil éternel… dont ils seront tirés au XXe siècle par des archéologues d’occasion. Bien entendu, cette découverte fut discrète, et un peu gênante, car les géologues, experts en matière de terrain, clamaient à qui voulait les entendre qu’il ne pouvait y avoir de cavités sur le pog ! Comme quoi, quand les experts en géologie étalent grassement leur science, on a de quoi bien rire… avant de sangloter de dépit. Toujours est-il que, de cette expérience, on peut tirer la conclusion que les sites en hauteur, ou appelés à vivre retranchés durant certaines périodes, disposaient de ‘sous-sols’ abritant un ponctuel royaume des morts. Certes, on dira, en forme de contestation, que Montségur est un site lié à trop d’autres événements pour être innocent. En ce cas, nous citerons d’autres nécropoles en hauteur, comme celle de Périllos, nettement plus proche du plateau de Salveterra ( !!!), ou encore la redoute des Baux de Provence, Opède, St Paul-Trois-Châteaux, ou Sainte-Croix-en-Jarez (Loire), Le Coral (près de Prats de Mollo), Serralongue… et tant d’autres qui feront qu’en fin de compte le plateau de Salveterra devient un fait commun parmi d’autres sur le plan de l’ensevelissement des morts.

Une « brèche rocheuse ouverte par un éboulement accidentel »

A présent, pour contredire immédiatement nos joyeux contestataires ne voyant dans nos travaux qu’un ‘tirage de couverture vers nos éléments de recherches’, disons simplement que nous tentons de faire ce qu’ils sont dans la plus complète incapacité de faire eux-mêmes, c’est à dire des recherches conséquentes, depuis plus de vingt ans, sur le passé de ce secteur et ses particularités.
Après cet aparté, nous reprenons, rassurés, nos investigations concernant les emplacements mortuaires du plateau de Salveterra. Nous savons que les avens sur les lieux ne manquaient pas et étaient connus, voire fréquentés, pour des circonstances bien particulières dont nous ignorons tout, sauf qu’on trouvait dans ces galeries naturelles de remarquables quantités d’ossements. Ces informations ne sont surtout pas issues d’allégations douteuses en provenance de quelques ‘m’as-tu vu’ locaux, mais bel et bien de professionnels de renommée, en archéologie et histoire, confirmant nos doutes. Ainsi, nous apprenons qu’il y eut au moins deux ossuaires, dont un composé de restes humains de différentes époques soigneusement entreposés comme on peut en voir au long des catacombes de Paris ou de Lyon.
Pour l’heure, nous ne disposons que d’éléments fondés sur d’anciens constats et non d’emplacements vérifiables à présent. Ces constats, jusqu’à nouvel ordre, sont au nombre de trois. Les deux derniers sont un possible caveau ‘militaire’ envisagé sous le castel, et le grand aven comblé sans motif évident.
Quant au premier, le plus important, il est celui d’une ouverture à peu de distance des soubassements de ce qui fut la seule église du plateau (et non une chapelle !) sous le vocable de ‘Santa Magdeleina de Salveterra’, clairement cité au 16e siècle sur un document existant, et sur un autre de Menétrier issu d’un relevé d’E.d.L. daté de 1869. On note déjà, comme nous l’avions fait remarquer, une similitude entre l’aven du château contre son oratoire, ou petite chapelle, de St Sauveur et celui du village tout près duquel l’église sera construite. Cette dernière ouverture a au moins été comblée avant 1950 puisqu’en 1951, on ne trouve plus mention de cet aven décrit par Menétrier comme une « brèche rocheuse ouverte par un éboulement accidentel ».

Une nécropole potentielle ?

Encore en 1940, il reste dans la mémoire d’anciens du pays, dont un instituteur de Salses qui en fait mention dans ses notes, effectivement le vague souvenir d’une ‘fosse obstruée’ près des pans de murs de l’église ancienne… Il n’est donc pas utile d’en rajouter plus sur l’évidence de cet orifice qui finit par s’être colmaté et qui pour nous reste une trace formelle d’une ouverture vers une potentielle nécropole très ancienne réutilisée au fil des besoins et des âges.
L’usage d’une galerie naturelle à des fins humaines particulières, pourquoi pas funéraires, nous ramène à l’église St Michel de Périllos. En effet, on pourrait être surpris de trouver cette opportunité sous, ou près, d’un bâtiment religieux. En réalité, ce n’est pas l’ouverture qui se situe près d’une église, oratoire ou chapelle, mais l’inverse. En effet, un aven ne se plie pas aux besoins de l’homme ; c’est bien celui-ci qui adapte ses besoins à une réalité géologique ou topographique… L’église du plateau de Salveterra, comme celle de Périllos, a été mise à proximité de l’entrée pour s’en assurer l’usage, le contrôle ou autre nécessité. L’emplacement n’eut pas été celui-ci s’il n’y avait eu de l’importance, pour l’Eglise, d’avoir une main mise discrètement sur cet accès vers le monde de dessous.
Les curés ont rarement eu, pour but premier, de pratiquer la spéléologie, mais par contre, ils avaient celui de veiller à la bonne pratique des règles de leur religion. A cet effet, souvent, ils s’arrangeaient pour ‘récupérer’ d’antiques sanctuaires, ou lieux à forte connotation, pour les soumettre à l’usage ou au contrôle de notre Très Sainte Mère l’Eglise… La récupération d’une nécropole souterraine sur un plateau tel que celui de Salveterra était une double aubaine alliant l’utile à l’agréable ; celle d’endiguer, voire effacer, certains souvenirs peu conformes aux attentes de Rome, et ensuite celle de maîtriser l’accès au royaume des morts… moyennant paiement du passage tel que le négocierait tout bon Charon digne de ce nom…

… et l’ombre de la Sanch

La démographie du plateau montre un ‘débit’ humain de faible importance mais suffisant pour régulièrement alimenter un lieu mortuaire de taille moyenne. Aux prêtres ordinaires (si on peut s’exprimer ainsi), pouvant s’intéresser à ces lieux ténébreux, nous ajoutons la Sanch qui eut, dès le début de son existence, un regard sur les églises de ce secteur, comme à Opoul, par exemple.
Si un tel sanctuaire mortuaire était contesté, il faudrait bien que ceux-là mêmes qui le nieraient soient en mesure d’expliquer pourquoi sur ce plateau, où la vie humaine s’est imposée depuis près de 50.000 ans, il ne persiste aucune mémoire d’un cimetière… sous forme d’archives accessibles au commun, ou sous celle de vestiges d’un enclos à usage de cimetière conventionnel. Il faut bien reconnaître qu’à cet instant, malgré le vain effort de quelques archéologues perpignanais, aucun vestige de tombes, sarcophages ou autres, toutes époques confondues, n’a été repéré. De plus, en matière de logique, ce genre de ‘mobilier’ se trouvait craintivement rassemblé près d’anciens sites sacrés ou rituels pour la Préhistoire et l’Antiquité. Dès l’arrivée du Moyen-Âge, le royaume des morts était frileusement agglutiné à l’entrée ou proximité des édifices religieux (voir Rennes-le-Château, Notre-Dame de Marceille, Rennes-les-Bains et surtout Périllos !) afin de s’y placer sous leur protection. Dans ce cas, hormis le centre d’intérêt de nos recherches, pourquoi le plateau de Salveterra aurait-il fait exception ?
Il reste que nous avons deux possibilités, plus deux autres non négligeables mais plus incertaines, sur le plateau de Salveterra en forme de catacombes : dans l’enceinte même du vieux fort et près des vestiges de l’église. Nous savons, concernant le premier site, qu’une galerie s’amorce sous le fameux ‘carré magique’. Cependant, pour le peu que nous ayons pu constater, cet élément est obstrué et nous ne saurions envisager une exploration plus poussée sans immédiatement tomber dans l’illégalité la plus complète. C’est ici la seule solution envisageable sauf nouvelles informations.

L’ancienne église oubliée de Salveterra et l’infrarouge

En ce qui concerne l’emplacement de l’ancienne église, l’affaire est plus complexe car nous sommes là aussi sur un site communal interdisant la moindre initiative de sondage. Cependant, l’usage des clichés ‘infrarouges’ permet ‘d’ausculter’ l’endroit sans déplacer la moindre pierre. C’est ainsi que nous avons pu localiser, avec précision, ce que l’ingénieur topographe Menétrier, vers 1869, suppose être une « brèche rocheuse ouverte par un éboulement accidentel »… et plus tard simplement décrite, en 1940, comme les restes d’une ‘fosse obstruée’. Une simple promenade sur le lieu permet bien de constater l’absence de traces d’un cimetière, et donc de convenir de l’existence d’une descente par cet aven vers une nécropole restée en usage jusqu’au départ des derniers occupants du plateau. L’imagerie ‘I.R.’, parfaitement lisible, mais en grand angle, permet de localiser à moins d’un mètre près le point de localisation de l’ouverture disparue. Il va de soit que les clichés ‘I.R.’, en notre possession, ne seront transmis qu’à l’autorité compétente. En effet, il est hors de question de les présenter à l’heure actuelle sur le net, afin de préserver l’information des habituels pillards et ‘Tartarins’ d’opérette s’accaparant, pour leur compte, ce genre de révélation pouvant leur assurer une mise en valeur à peu de frais.

D’un champ des morts au pied du plateau à Bernard Courtade

Il reste, après ces deux importantes probabilités, celle de cet ossuaire connu d’un archéologue des Pyrénées Orientales. Ce dépôt de restes osseux humains n’est surtout pas à confondre avec celui trouvé par hasard, vers les années 1950-1960, et redevenu introuvable ensuite, constitué uniquement d’un amoncellement d’os d’animaux dont certains, certes, très anciens. On pourrait ajouter, sur le sujet des sites funéraires des terres de Périllos, qu’il existe à très peu de distance du plateau un site sur lequel une tradition persistante explique qu’il y aurait eu une bataille -sans doute tout au plus une escarmouche !- meurtrière. On apprend encore que les morts auraient été directement enfouis dans un petit vallon, aujourd’hui au bord de la route conduisant à Périllos… Lors des travaux de défonçage des terrains agricoles, ou viticoles, des vestiges d’ossements et armements rudimentaires auraient été retrouvés mais aussitôt enfouis pour raison vaguement superstitieuse… Avec cet exemple, nous retrouvons le cas de figure envisagé précédemment, montrant que nos ancêtres selon les circonstances ensevelissaient leurs morts à même le sol, sur le lieu du décès, alors qu’ils pouvaient fort bien transporter les corps pour les inhumer en ‘terre sacrée’. Ce site, que nous choisissons pour exemple, s’y prête d’autant mieux que ce petit vallon se trouve surmonté d’une légère hauteur au sommet de laquelle s’ouvre un petit aven qui aurait pu servir, pour l’occasion, de sanctuaire funéraire ponctuel… L’évidence nous montre qu’il n’en fut rien, prouvant ainsi que l’usage d’une nécropole souterraine, naturelle ou non, est bien le fruit d’une réflexion, tradition, superstition… ou volonté ponctuelle bien déterminée sur laquelle nous ne savons plus rien… A moins, comme tout permet de le croire, que l’existence d’un tombeau royal et sacré (selon le notaire Bernard Courtade, au XVIIe siècle) ait provoqué, d’abord un attrait funéraire particulier, bien compréhensible, et ensuite l’exigence d’une surveillance depuis un point élevé tel le plateau de Salveterre. Rappelons-nous à cet instant que le roi Jacques 1er d’Aragon, en son temps, insiste à plusieurs reprises sur l’importance du site « indispensable à la sûreté de tout le Roussillon ». Comme nous le suggérions, ne peut-on pas envisager que cette sécurité ait été plus que guerrière, et donc plutôt d’un ordre qui nous échappe puisque jamais le castel ne fut vraiment armé en conséquence, entretenu sérieusement ou sous contrôle d’une élite militaire confirmée. A mieux y réfléchir, tous les détails que nous venons de suivre pourraient bien converger vers l’idée d’une sorte d’Elysée idéal, mais totalement oublié, situé dans le secteur proche de Salveterra dont ce dernier pouvait être un des verrous.
Pour ces raisons, il est encore possible qu’au moment de déserter le plateau, toutes les traces de mémoire, d’un événement ou d’un lieu devenu autant secret que sacré, aient été soigneusement effacées par quelques dignitaires religieux, politiques… ou autres dont la situation ne leur permettait pas de se montrer au grand jour dans cette opération de ‘nettoyage’ des plus discrets…

… Et puis le temps est venu, au XVIIe siècle, de la complète désertification humaine du plateau… Il n’y eut plus ni soldat, ni habitant, ni château, ni village sur le plateau de Salveterre. Tout s’est lentement dégradé… détruit… effondré jusqu’au plus profond de la mémoire locale. Le royaume des morts du plateau, et surtout celui qui se trouvait au-dessous s’enfonçait définitivement dans l’oubli de tous… ou enfin presque. Et c’est ici que l’histoire se déplace avec les derniers habitants se réfugiant tant plus bas que plus haut vers le village de Périllos comme le montre le registre de son église St Michel.
Au sein de ce dernier, le souvenir, toutefois resté fugace, s’est déformé jusqu’à ne plus devenir qu’un avertissement donné aux enfants à qui leurs grands-parents interdisaient d’aller là où pouvait encore errer le ‘démon’, en un lieu paradoxalement nommé… « tombedieu », comme si, en ces contrées oubliées, dieux et démons pouvaient cohabiter pour des raisons que seuls quelques derniers initiés tentaient d’oublier enfin. Un peu plus de deux siècles plus tard, ‘on’ racontera que par manque d’eau et de confort, les derniers habitants de Périllos vont à leur tour quitter leur village à l’agonie pour rejoindre le secteur d’Opoul… En vérité, on sera bien obligé de masquer une réalité autre que le manque d’eau… qui ne manque surtout pas sur ce sommet, comme indiscutablement nous l’avons démontré plusieurs fois. Par exemple, on fera silence sur certains événements officiels qui ne seront jamais mis en lumière. Quant à l’électricité, on sait par l’étude d’un dossier ministériel qu’à la fin de la guerre, vers 1919, une alimentation était rapidement envisagée. Le ‘hasard’ fit si bien les choses que la désertification stoppa net le projet… qui renaquit de ses cendres, il y a quelques années, au moment où tout n’était plus que ruines dans un hameau qui n’avait cure de la ‘fée électricité’. Ensuite, on lâcha sur le site une équipe qui finit de le défigurer en en effaçant, à cœur joie, les derniers vestiges révélateurs d’un passé formidable…
Il reste à présent à nous tourner vers Opoul d’en bas, où ceux, et surtout celles, qui détenaient les dernières bribes du savoir s’éteignent sans doute au grand soulagement de quelques initiés. Mais Opoul, malgré quelques pitoyables inutiles soubresauts, étrangement, ne sera jamais que la coquille vide de toute grandeur, passé nobiliaire et mémoire locale, qu’elle fut de tous temps, comme nous le verrons à la suite.

A suivre…

André Douzet