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Opoul
sous Périllos (3ème partie) - Plateau de Salveterra et énigmes funéraires |
Le
royaume des morts de la terre sauvée
Nous
avons longuement visité le plateau de Salveterra et les vestiges
qui le parsèment encore dans la plus grande indifférence et
l’abandon de tous, sauf sans doute de ceux qui, bravant les lois,
les explorent encore avec leurs détecteurs de métaux. Pour
ces derniers, le maigre butin de surface rapporté, ne valant guère
les risques pénaux encourus, n’offre rien de significatif en
matière de découvertes.
Les périmètres sédentaires que nous avons pu situer
montrent effectivement que le plateau servit de nombreuses fois d’asile
au fil de l’occupation humaine la plus reculée. Cependant,
en reprenant nos constats, il en est un qui revient de façon récurrente,
c’est celui de l’issue inéluctable de la vie débouchant
sur des sanctuaires funéraires obligatoires. A propos des points
de sédentarisation, on peut en distinguer trois grands emplacements
sur ce lieu délimité de toutes parts par des falaises donnant
sur le vide. Tout d’abord, nous avons la zone occupée par le
château lui-même. Ici, depuis des siècles se succèdent
des hommes, des militaires, dont le devoir est de veiller puis défendre
la place. Notons également que la garnison ne fut jamais conséquente
en ne dépassant pas la moyenne d’une petite vingtaine d’hommes,
et guère plus du double au moment des grands affrontements frontaliers,
assez peu communs au demeurant. Ensuite, il y a le petit hameau des époques
wisigothes, face au roc ‘Roudoune’ (ou Rodon), qui fit l’objet
d’une fouille archéologique aussi officielle que des plus discrètes.
Cependant, malgré le silence entourant cette ‘campagne’,
la visite de ce site désormais à l’abandon permet d’apprécier
le nombre de foyers potentiels de cette période. On peut ainsi deviner
les fondations de quatre ou cinq, dont trois fouillés, de ces derniers
et estimer à une petite trentaine le nombre moyen d’individus
ayant vécu ici.
Il reste à présent le point de vie sans doute le plus conséquent
et récent, si on peut s’exprimer ainsi pour les 16ème
et 17ème siècles. Pour ce dernier, se trouvant, nous l’avons
vu, à peu de distance des fameuses grandes citernes souterraines
situées au nord, l’importance est nettement plus conséquente
que les deux précédents sites sédentaires. A ceci,
il serait utile d’ajouter une ‘quantité arbitraire et
inconnue’ englobant de manière indéfinissable les occupants
des époques primitives et antiques.
Une fois établi ce provisoire petit bilan des points habités
autrefois sur le plateau, il nous faut revenir sur le constat habituel de
la mortalité.
Si les périodes de fièvre guerrière ont été
conséquentes dans ce secteur du Roussillon servant de tampon au pied
des Pyrénées, nous avons vu qu’elles se portèrent
assez rarement sous les murs de la petite forteresse royale. De fait, s’il
y eut des escarmouches, elles ne durent toutefois pas être des plus
meurtrières. Cependant, une fois l’aspect militaire abordé,
il reste que le plateau est un site sédentarisé depuis sans
doute des centaines voire plusieurs milliers d’années. Or,
sauf nouvelles indications, il n’a jamais été question
que ce lieu produise, sur les humains, des effets de longévité
outrancière. Ce qui signifie tout simplement que les habitants du
plateau, toutes époques confondues, durent ensevelir leurs morts
au fur et à mesure des décès. Cette remarque biologique,
hélas incontournable, nous permet de soulever cette interrogation
: si, depuis des siècles, l’homme mourait en ces lieux et ensevelissait
ses semblables selon les rites de chaque époque, où pouvait
se trouver les emplacements funéraires rituels et, plus tard, les
cimetières communs ? Il faut bien ajouter qu’à ce moment,
pas le plus petit indice ne permet de supposer en quel endroit le royaume
des morts pouvait avoir été disposé. Certes, on peut
dire qu’il ne doit pas s’agir d’une importante population
comme on l’imagine, mais d’une succession d’individus
ayant vécu sans interruption sur le plateau depuis la préhistoire,
avec plus ou moins d’importance… ce qui laisse toutefois des
traces indiscutables si on estime, au minimum, que le nombre global de morts
dépasse un bon millier d’individus. Ces traces sont d’autant
moins sujettes à caution que les derniers habitants du plateau le
quittèrent vers le milieu du 17e siècle. Nous pouvons supposer
qu’à cette époque ils n’emportèrent pas
leurs morts avec eux… et donc abandonnèrent au moins la dernière
nécropole, sans doute bien remplie. S’il n’y eut plus
d’habitants sédentaires à Salveterra, on a tout lieu
de penser que les cimetières tombèrent dans l’oubli,
ce qui leur permit sans doute de ne pas être saccagés ou profanés,
comme celui de Périllos, et donc d’être encore existants
quelque part sur le site…
Mortalité
guerrière
Pour
le château, le problème pouvait être différent
car, en cas d’accident, maladie ou victime d’échauffourées,
la garnison pouvait disposer d’un caveau ou d’une fosse réservée
à cet usage mortuaire. Encore que la présence de la citerne
interne, et enterrée, devait interdire la proche présence
de ce genre de polluant voisinage. Le changement de garnison n’étant
pas rapproché (comme à Salses en raison des maladies dues
aux moustiques) il fallait bien, d’une manière ou d’une
autre, qu’il existe sur place un lieu réservé à
cet effet. Le périmètre de la petite forteresse et l’emplacement
de ses bâtiments sont connus en détails et rien ne montre ce
genre d’usage… A moins bien entendu que, sous les décombres
des murailles écroulées, subsiste un passage vers une fosse
ou un caveau militaire… lequel ouvrirait depuis une galerie, telle
celle dont l’entrée enfouie sous les ruines est surmontée
du fameux ‘carré magique’ que nous avons déjà
vu et sur lequel nous reviendrons. Il s’agirait là, nous le
rappelons, de l’opportunité d’utilisation d’un
aven naturel aménagé, situé près de l’oratoire,
ou chapelle de St Sauveur, du fort. Sur ce sujet, nous ouvrirons cet automne
un chapitre uniquement réservé à la remise à
jour du ‘carré’ et de l’ouverture qu’il signalait…
ou protégeait.
«
Santa Magdeleina de Salveterra et ‘descente dans le tombeau’
»
Si,
pour les époques antiques et médiévales, on peut être
quasiment certain qu’il n’existe plus la moindre archive, il
en est tout autre pour le moment du départ des derniers habitants.
En effet, ces derniers, organisés en un village nanti d’une
église, disposaient forcément d’un chapelain tenant
un registre des activités religieuses : baptêmes, mariages,
décès et divers. S’il est inconcevable que ce ‘registre’
ait été abandonné, ou détruit, il y a lieu de
penser qu’il suivit le dernier prêtre ou fut transmis à
l’évêché ou à la cure d’Opoul ou
mieux encore à celle de Périllos puis, par rebondissement,
à celle de Durban ! Et c’est sans doute ce choix qui fut accepté
puisque, lorsque l’abbé J. Codes, curé de Périllos,
clôt le registre en cours, il est fait mention d’une annexe
qui lui est accolée concernant l’église « Santa
Magdeleina de Salveterra ». Le registre annexé a été
complété en 1568 par un curé du nom de Croquel.
Sur ce modeste registre, dernier témoin d’une vie sans doute
difficile en cet endroit, on peut constater un équilibre démographique
qui se rompt de manière catastrophique, effectivement au 17e siècle,
pour devenir la peau de chagrin d’une extinction définitive.
Ce qui nous intéresse est qu’à aucun moment nous ne
trouvons mention d’un transfert de dépouilles et qu’au
contraire, les deux derniers prêtres notent (d’une écriture
soigneusement calligraphiée) que l’inhumation suit l’office
des morts dans la même foulée. Nous trouvons même une
formule répétée par deux fois de sujets ‘descendus’
dans le tombeau… sans, hélas, que nous sachions dans quel ‘tombeau’
ni où il se trouvait. Cette absence montrerait que pour ces curés
la ‘descente au tombeau’ est laconique, ‘communautaire’
et routinière… si on peut s’exprimer ainsi sur un sujet
aussi austère. Il faut toutefois ajouter un détail pouvant
modifier cette information, qui est le terme ‘descendre au tombeau’,
ne signifiant pas forcément autre chose qu’être mis en
terre… ce qui peut changer, nous l’admettons volontiers, le
sens de cette phrase et ses conséquences.
Dans un premier temps, nous dirons que ceci n’a guère d’importance
et que seul compte, pour notre travail, le fait que les dépouilles
n’aient pas été transportées en un autre lieu
que le plateau lui-même.
En effet, ce détail, certes macabre, montre bien qu’un endroit
(voire plusieurs) était réservé à effet de cimetière,
mais que ce dernier échappe à toutes recherches contemporaines…
peu accentuées, il est vrai. Et ces recherches, nous avons tenté
de les conduire au mieux des éléments fragiles et incertains
dont nous disposons.
A l’évidence, il n’y a aucun souvenir administratif ou
religieux sur ce sujet (mairie, évêché) sauf le vieux
registre attenant à celui de Périllos qui reste lui aussi
des plus laconiques. Nous avons donc tenté une hypothèse depuis
plusieurs exemples connus.
Montségur
pour cadre de comparaison
Nous
avons pris Montségur pour cadre de comparaison. Nous savons que,
durant le très long dernier siège du pog, il y eut de nombreux
blessés et des morts. Jusqu’au moment où entre en action
la catapulte, installée par l’évêque Durant, on
peut supposer que les cadavres sont rapidement enfouis sur le plateau autour
du château. Ensuite, la situation ne permet plus ce genre de sortie
et les cadence et précision de tir de la ‘pierrière’
deviennent meurtrières pour les malheureux assiégés.
L’ennui est qu’au moment de la reddition de la forteresse, on
sait que plus personne n’était sorti et qu’aucun cadavre
ne se trouvait dans l’enceinte… pas plus que ne fut retrouvé
un cimetière, même fait dans l’urgence du siège.
Quand on sait que les Cathares se faisaient enterrer dans des cercueils
de bois et non incinérer (notre très douce Sainte Mère
l’Eglise se chargeait, elle, d’assurer abondamment leurs crémations
!), on peut se demander où se trouvait le territoire des morts du
lieu… s’il n’était SOUS terre ! Ce sont des siècles
plus tard qu’apparaissent les preuves de cavités (mollement
niées, évidemment, par l’archéologie officielle)
sous le château, ayant pu, entre autres, servir de sanctuaire ultime
à ces malheureux. Ensuite, lors d’une sortie héroïque
pour démanteler la terrible catapulte, quelques soldats tentent un
assaut dont l’issue leur est fatale. Les morts, de part et d’autre,
sont précipités dans un même aven les abritant dans
un identique sommeil éternel… dont ils seront tirés
au XXe siècle par des archéologues d’occasion. Bien
entendu, cette découverte fut discrète, et un peu gênante,
car les géologues, experts en matière de terrain, clamaient
à qui voulait les entendre qu’il ne pouvait y avoir de cavités
sur le pog ! Comme quoi, quand les experts en géologie étalent
grassement leur science, on a de quoi bien rire… avant de sangloter
de dépit. Toujours est-il que, de cette expérience, on peut
tirer la conclusion que les sites en hauteur, ou appelés à
vivre retranchés durant certaines périodes, disposaient de
‘sous-sols’ abritant un ponctuel royaume des morts. Certes,
on dira, en forme de contestation, que Montségur est un site lié
à trop d’autres événements pour être innocent.
En ce cas, nous citerons d’autres nécropoles en hauteur, comme
celle de Périllos, nettement plus proche du plateau de Salveterra
( !!!), ou encore la redoute des Baux de Provence, Opède, St Paul-Trois-Châteaux,
ou Sainte-Croix-en-Jarez (Loire), Le Coral (près de Prats de Mollo),
Serralongue… et tant d’autres qui feront qu’en fin de
compte le plateau de Salveterra devient un fait commun parmi d’autres
sur le plan de l’ensevelissement des morts.
Une
« brèche rocheuse ouverte par un éboulement accidentel
»
A
présent, pour contredire immédiatement nos joyeux contestataires
ne voyant dans nos travaux qu’un ‘tirage de couverture vers
nos éléments de recherches’, disons simplement que nous
tentons de faire ce qu’ils sont dans la plus complète incapacité
de faire eux-mêmes, c’est à dire des recherches conséquentes,
depuis plus de vingt ans, sur le passé de ce secteur et ses particularités.
Après cet aparté, nous reprenons, rassurés, nos investigations
concernant les emplacements mortuaires du plateau de Salveterra. Nous savons
que les avens sur les lieux ne manquaient pas et étaient connus,
voire fréquentés, pour des circonstances bien particulières
dont nous ignorons tout, sauf qu’on trouvait dans ces galeries naturelles
de remarquables quantités d’ossements. Ces informations ne
sont surtout pas issues d’allégations douteuses en provenance
de quelques ‘m’as-tu vu’ locaux, mais bel et bien de professionnels
de renommée, en archéologie et histoire, confirmant nos doutes.
Ainsi, nous apprenons qu’il y eut au moins deux ossuaires, dont un
composé de restes humains de différentes époques soigneusement
entreposés comme on peut en voir au long des catacombes de Paris
ou de Lyon.
Pour l’heure, nous ne disposons que d’éléments
fondés sur d’anciens constats et non d’emplacements vérifiables
à présent. Ces constats, jusqu’à nouvel ordre,
sont au nombre de trois. Les deux derniers sont un possible caveau ‘militaire’
envisagé sous le castel, et le grand aven comblé sans motif
évident.
Quant au premier, le plus important, il est celui d’une ouverture
à peu de distance des soubassements de ce qui fut la seule église
du plateau (et non une chapelle !) sous le vocable de ‘Santa Magdeleina
de Salveterra’, clairement cité au 16e siècle sur un
document existant, et sur un autre de Menétrier issu d’un relevé
d’E.d.L. daté de 1869. On note déjà, comme nous
l’avions fait remarquer, une similitude entre l’aven du château
contre son oratoire, ou petite chapelle, de St Sauveur et celui du village
tout près duquel l’église sera construite. Cette dernière
ouverture a au moins été comblée avant 1950 puisqu’en
1951, on ne trouve plus mention de cet aven décrit par Menétrier
comme une « brèche rocheuse ouverte par un éboulement
accidentel ».
Une
nécropole potentielle ?
Encore
en 1940, il reste dans la mémoire d’anciens du pays, dont un
instituteur de Salses qui en fait mention dans ses notes, effectivement
le vague souvenir d’une ‘fosse obstruée’ près
des pans de murs de l’église ancienne… Il n’est
donc pas utile d’en rajouter plus sur l’évidence de cet
orifice qui finit par s’être colmaté et qui pour nous
reste une trace formelle d’une ouverture vers une potentielle nécropole
très ancienne réutilisée au fil des besoins et des
âges.
L’usage d’une galerie naturelle à des fins humaines particulières,
pourquoi pas funéraires, nous ramène à l’église
St Michel de Périllos. En effet, on pourrait être surpris de
trouver cette opportunité sous, ou près, d’un bâtiment
religieux. En réalité, ce n’est pas l’ouverture
qui se situe près d’une église, oratoire ou chapelle,
mais l’inverse. En effet, un aven ne se plie pas aux besoins de l’homme
; c’est bien celui-ci qui adapte ses besoins à une réalité
géologique ou topographique… L’église du plateau
de Salveterra, comme celle de Périllos, a été mise
à proximité de l’entrée pour s’en assurer
l’usage, le contrôle ou autre nécessité. L’emplacement
n’eut pas été celui-ci s’il n’y avait eu
de l’importance, pour l’Eglise, d’avoir une main mise
discrètement sur cet accès vers le monde de dessous.
Les curés ont rarement eu, pour but premier, de pratiquer la spéléologie,
mais par contre, ils avaient celui de veiller à la bonne pratique
des règles de leur religion. A cet effet, souvent, ils s’arrangeaient
pour ‘récupérer’ d’antiques sanctuaires,
ou lieux à forte connotation, pour les soumettre à l’usage
ou au contrôle de notre Très Sainte Mère l’Eglise…
La récupération d’une nécropole souterraine sur
un plateau tel que celui de Salveterra était une double aubaine alliant
l’utile à l’agréable ; celle d’endiguer,
voire effacer, certains souvenirs peu conformes aux attentes de Rome, et
ensuite celle de maîtriser l’accès au royaume des morts…
moyennant paiement du passage tel que le négocierait tout bon Charon
digne de ce nom…
…
et l’ombre de la Sanch
La
démographie du plateau montre un ‘débit’ humain
de faible importance mais suffisant pour régulièrement alimenter
un lieu mortuaire de taille moyenne. Aux prêtres ordinaires (si on
peut s’exprimer ainsi), pouvant s’intéresser à
ces lieux ténébreux, nous ajoutons la Sanch qui eut, dès
le début de son existence, un regard sur les églises de ce
secteur, comme à Opoul, par exemple.
Si un tel sanctuaire mortuaire était contesté, il faudrait
bien que ceux-là mêmes qui le nieraient soient en mesure d’expliquer
pourquoi sur ce plateau, où la vie humaine s’est imposée
depuis près de 50.000 ans, il ne persiste aucune mémoire d’un
cimetière… sous forme d’archives accessibles au commun,
ou sous celle de vestiges d’un enclos à usage de cimetière
conventionnel. Il faut bien reconnaître qu’à cet instant,
malgré le vain effort de quelques archéologues perpignanais,
aucun vestige de tombes, sarcophages ou autres, toutes époques confondues,
n’a été repéré. De plus, en matière
de logique, ce genre de ‘mobilier’ se trouvait craintivement
rassemblé près d’anciens sites sacrés ou rituels
pour la Préhistoire et l’Antiquité. Dès l’arrivée
du Moyen-Âge, le royaume des morts était frileusement agglutiné
à l’entrée ou proximité des édifices religieux
(voir Rennes-le-Château, Notre-Dame de Marceille, Rennes-les-Bains
et surtout Périllos !) afin de s’y placer sous leur protection.
Dans ce cas, hormis le centre d’intérêt de nos recherches,
pourquoi le plateau de Salveterra aurait-il fait exception ?
Il reste que nous avons deux possibilités, plus deux autres non négligeables
mais plus incertaines, sur le plateau de Salveterra en forme de catacombes
: dans l’enceinte même du vieux fort et près des vestiges
de l’église. Nous savons, concernant le premier site, qu’une
galerie s’amorce sous le fameux ‘carré magique’.
Cependant, pour le peu que nous ayons pu constater, cet élément
est obstrué et nous ne saurions envisager une exploration plus poussée
sans immédiatement tomber dans l’illégalité la
plus complète. C’est ici la seule solution envisageable sauf
nouvelles informations.
L’ancienne
église oubliée de Salveterra et l’infrarouge
En ce qui concerne l’emplacement de l’ancienne église, l’affaire est plus complexe car nous sommes là aussi sur un site communal interdisant la moindre initiative de sondage. Cependant, l’usage des clichés ‘infrarouges’ permet ‘d’ausculter’ l’endroit sans déplacer la moindre pierre. C’est ainsi que nous avons pu localiser, avec précision, ce que l’ingénieur topographe Menétrier, vers 1869, suppose être une « brèche rocheuse ouverte par un éboulement accidentel »… et plus tard simplement décrite, en 1940, comme les restes d’une ‘fosse obstruée’. Une simple promenade sur le lieu permet bien de constater l’absence de traces d’un cimetière, et donc de convenir de l’existence d’une descente par cet aven vers une nécropole restée en usage jusqu’au départ des derniers occupants du plateau. L’imagerie ‘I.R.’, parfaitement lisible, mais en grand angle, permet de localiser à moins d’un mètre près le point de localisation de l’ouverture disparue. Il va de soit que les clichés ‘I.R.’, en notre possession, ne seront transmis qu’à l’autorité compétente. En effet, il est hors de question de les présenter à l’heure actuelle sur le net, afin de préserver l’information des habituels pillards et ‘Tartarins’ d’opérette s’accaparant, pour leur compte, ce genre de révélation pouvant leur assurer une mise en valeur à peu de frais.
D’un
champ des morts au pied du plateau à Bernard Courtade
Il reste, après
ces deux importantes probabilités, celle de cet ossuaire connu d’un
archéologue des Pyrénées Orientales. Ce dépôt
de restes osseux humains n’est surtout pas à confondre avec
celui trouvé par hasard, vers les années 1950-1960, et redevenu
introuvable ensuite, constitué uniquement d’un amoncellement
d’os d’animaux dont certains, certes, très anciens. On
pourrait ajouter, sur le sujet des sites funéraires des terres de
Périllos, qu’il existe à très peu de distance
du plateau un site sur lequel une tradition persistante explique qu’il
y aurait eu une bataille -sans doute tout au plus une escarmouche !- meurtrière.
On apprend encore que les morts auraient été directement enfouis
dans un petit vallon, aujourd’hui au bord de la route conduisant à
Périllos… Lors des travaux de défonçage des terrains
agricoles, ou viticoles, des vestiges d’ossements et armements rudimentaires
auraient été retrouvés mais aussitôt enfouis
pour raison vaguement superstitieuse… Avec cet exemple, nous retrouvons
le cas de figure envisagé précédemment, montrant que
nos ancêtres selon les circonstances ensevelissaient leurs morts à
même le sol, sur le lieu du décès, alors qu’ils
pouvaient fort bien transporter les corps pour les inhumer en ‘terre
sacrée’. Ce site, que nous choisissons pour exemple, s’y
prête d’autant mieux que ce petit vallon se trouve surmonté
d’une légère hauteur au sommet de laquelle s’ouvre
un petit aven qui aurait pu servir, pour l’occasion, de sanctuaire
funéraire ponctuel… L’évidence nous montre qu’il
n’en fut rien, prouvant ainsi que l’usage d’une nécropole
souterraine, naturelle ou non, est bien le fruit d’une réflexion,
tradition, superstition… ou volonté ponctuelle bien déterminée
sur laquelle nous ne savons plus rien… A moins, comme tout permet
de le croire, que l’existence d’un tombeau royal et sacré
(selon le notaire Bernard Courtade, au XVIIe siècle) ait provoqué,
d’abord un attrait funéraire particulier, bien compréhensible,
et ensuite l’exigence d’une surveillance depuis un point élevé
tel le plateau de Salveterre. Rappelons-nous à cet instant que le
roi Jacques 1er d’Aragon, en son temps, insiste à plusieurs
reprises sur l’importance du site « indispensable à la
sûreté de tout le Roussillon ». Comme nous le suggérions,
ne peut-on pas envisager que cette sécurité ait été
plus que guerrière, et donc plutôt d’un ordre qui nous
échappe puisque jamais le castel ne fut vraiment armé en conséquence,
entretenu sérieusement ou sous contrôle d’une élite
militaire confirmée. A mieux y réfléchir, tous les
détails que nous venons de suivre pourraient bien converger vers
l’idée d’une sorte d’Elysée idéal,
mais totalement oublié, situé dans le secteur proche de Salveterra
dont ce dernier pouvait être un des verrous.
Pour ces raisons, il est encore possible qu’au moment de déserter
le plateau, toutes les traces de mémoire, d’un événement
ou d’un lieu devenu autant secret que sacré, aient été
soigneusement effacées par quelques dignitaires religieux, politiques…
ou autres dont la situation ne leur permettait pas de se montrer au grand
jour dans cette opération de ‘nettoyage’ des plus discrets…
…
Et puis le temps est venu, au XVIIe siècle, de la complète
désertification humaine du plateau… Il n’y eut plus ni
soldat, ni habitant, ni château, ni village sur le plateau de Salveterre.
Tout s’est lentement dégradé… détruit…
effondré jusqu’au plus profond de la mémoire locale.
Le royaume des morts du plateau, et surtout celui qui se trouvait au-dessous
s’enfonçait définitivement dans l’oubli de tous…
ou enfin presque. Et c’est ici que l’histoire se déplace
avec les derniers habitants se réfugiant tant plus bas que plus haut
vers le village de Périllos comme le montre le registre de son église
St Michel.
Au sein de ce dernier, le souvenir, toutefois resté fugace, s’est
déformé jusqu’à ne plus devenir qu’un avertissement
donné aux enfants à qui leurs grands-parents interdisaient
d’aller là où pouvait encore errer le ‘démon’,
en un lieu paradoxalement nommé… « tombedieu »,
comme si, en ces contrées oubliées, dieux et démons
pouvaient cohabiter pour des raisons que seuls quelques derniers initiés
tentaient d’oublier enfin. Un peu plus de deux siècles plus
tard, ‘on’ racontera que par manque d’eau et de confort,
les derniers habitants de Périllos vont à leur tour quitter
leur village à l’agonie pour rejoindre le secteur d’Opoul…
En vérité, on sera bien obligé de masquer une réalité
autre que le manque d’eau… qui ne manque surtout pas sur ce
sommet, comme indiscutablement nous l’avons démontré
plusieurs fois. Par exemple, on fera silence sur certains événements
officiels qui ne seront jamais mis en lumière. Quant à l’électricité,
on sait par l’étude d’un dossier ministériel qu’à
la fin de la guerre, vers 1919, une alimentation était rapidement
envisagée. Le ‘hasard’ fit si bien les choses que la
désertification stoppa net le projet… qui renaquit de ses cendres,
il y a quelques années, au moment où tout n’était
plus que ruines dans un hameau qui n’avait cure de la ‘fée
électricité’. Ensuite, on lâcha sur le site une
équipe qui finit de le défigurer en en effaçant, à
cœur joie, les derniers vestiges révélateurs d’un
passé formidable…
Il reste à présent à nous tourner vers Opoul d’en
bas, où ceux, et surtout celles, qui détenaient les dernières
bribes du savoir s’éteignent sans doute au grand soulagement
de quelques initiés. Mais Opoul, malgré quelques pitoyables
inutiles soubresauts, étrangement, ne sera jamais que la coquille
vide de toute grandeur, passé nobiliaire et mémoire locale,
qu’elle fut de tous temps, comme nous le verrons à la suite.
A suivre…
André Douzet