Plan du site | Recherche | Forums | Publications | Actualités

Société Périllos ©

Bulletin météorologique : Pluie d’or sur Alet
…ou une curieuse révélation de « La Muze Historique »

 

Les lettres chroniques d’un certain J. LORET

Nous venons d’entrer en possession de la copie d’un document qui mérite notre attention. Dans un premier temps, il nous semble acceptable de pouvoir entrer cette pièce étonnante dans le dossier ‘Notre-Dame de Marceille et ses annexes’, dans la mesure où il est envisageable de considérer ce qui concerne Alet et Mgr Nicolas Pavillon comme une possibilité en la matière. Evidemment, cette mesure est provisoire et peut à tout moment être déclassée, puis constituer à elle seule, un nouveau dossier.

Ce document n’est pas sorti du chapeau d’un magicien, où de quelques archives occultes d’une quelconque société secrète d’opérette. Notre correspondant que nous connaissons pour la pertinence de ses recherches a découvert une série d’éléments, pourtant faciles d’accès mais peu usités du milieu ‘RLCéen’, entrant dans l’intérêt de nos travaux… c’est un de ceux-ci reçus dernièrement, que nous décidons de mettre à la portée de nos lecteurs. Certes, cette pièce écrite ne donne pas de solution immédiate à nos interrogations. Cependant, elle a le mérite d’apporter, en échange, une possible nouvelle direction de recherche pouvant être reprise par d’autres sans doute plus qualifiés que nous.

Il s’agit de deux petits textes, ou plus exactement de ‘lettres en vers’ retrouvés dans les colonnes d’un important recueil du genre. Cette collection de courriers, exprimés en vers, est le fruit d’un certain Jean Loret qui eut une correspondance assidue avec Marie de Longueville qui sera la future duchesse de Nemours.
Nous sommes à l’époque de la Fronde et l’auteur écrit ces missives du 12 mai 1650 au 28 mars 1665. Elles seront ensuite connues sous le nom de « La Muze Historique ou recueil des lettres en vers contenant les nouvelles du temps écrites à son altesse Mademoiselle de Longueville, depuis duchesse de Nemours (1650-1665)». Cette correspondance s’arrête le 28 mars 1665, sans doute non pas en raison d’une décision de Loret, ou pour manque de matière, mais parce qu’il décède quelques jours après… Considéré aux ordres de Mazarin puis de Fouquet, dès l’incarcération de celui-ci Colbert fera opposition à la pension Loret.

Une compilation de faits divers

P. Daffis, libraire Editeur, réédite en 1878, cette collection augmentée et commentée par Ch.L. Livet, dans laquelle notre ‘archiviste’ retrouve les passages que nous citons plus loin et qui sont extraits du tome III (1659-1662).
Ces ‘lettres en vers’ sont une sorte de ‘vrac’ intellectuel que Viollet-le-duc résume admirablement en disant : « Ce recueil contient tous les faits remarquables, politiques, littéraires, tous les bruits de ville, toutes les nouvelles étrangères qui ont occupé les esprits depuis le 1er janvier 1650 jusqu’en 1665, et offre un intérêt très vif de curiosité ; que les lettres de Loret, souvent piquantes dans leur naïveté, sont aujourd’hui le seul monument qui nous reste, peut-être, des opinions politiques et littéraires de cette époque féconde ; que la Fronde, les intrigues auxquelles elle donna lieu, les personnages qui y figurent, une partie des pièces de Corneille, toutes celles de Molière, y sont appréciés selon l’esprit du temps, toujours avec bonne foi, souvent avec esprit ».

Première lettre en vers du 24 septembre 1661

C’est dans cette compilation de ‘lettres en vers’ que notre correspondant trouve deux extraits intéressants. Pour le premier, il s’agit de la « lettre trente-huit » du samedi 24 septembre 1661, intitulée ‘ASSIDUE’. On y lit, au passage de plusieurs mondanités, quelques remarques (page 406, 50 à 55) concernant :

« la soudaine infortune,
maladie et captivité
de Monsieur Fouquet arrêté :
tous m’en demandent des nouvelles,
mais je n’en ay bonnes, ny belles ;
Et mesmes, quand bien j’en aurois,
Je ne sçay si je les dirois :
Car c’est un important chapitre
Qu’on ne doit traiter qu’à bon titre »

On comprend ici qu’il ne semble pas faire bon parler de l’affaire concernant Fouquet dont on sait ensuite l’issue effarante qui se produira.
C’est à la page 408 (260 à 275) que le premier extrait nous surprend sans pour autant se départir de son laconisme.

Nicolas Fouquet

« Pluzieurs ont mandé de Toloze
Une assez admirable choze,
Qu’il ne falloit pas oublier,
Mais, bien plutôt, la publier ;
Sçavoir est, qu’en ce Territoire
Il a pleû, de fraîche mémoire,
Par un miracle sans-pareil,
De beaux Ecus d’or au Soleil,
Dont aucuns d’icelle Contrée
(Si ce n’est point choze atitrée)
En ont, par grande rareté,
Envoyé quelque quantité
(Non pas peut-être, cent, ny mille)
A leurs amis de cette ville,
Pour afermir plus pleinement
Ce surprenant événement »

Dans les huit lignes suivantes Loret laisse comprendre qu’il est parmi les incrédules face à cette ‘averse’ de pièces d’or… Mais cependant cette ‘tirade’ s’achève sur le fait que pour de pareil cas il faut y voir un acte… du ‘boiteux’. Evidemment, nous le comprenons bien, il s’agit de ce démon boiteux ayant pour nom… Asmodée préposé à la surveillance des trésors qu’il peut éventuellement laisser accessibles sous réserve de quelques conditions. A ce propos le lecteur se reportera à notre travail concernant le démon Asmodée veillant à l’entrée de l’église de Rennes-le-Château statufié sur ordre de l’abbé Saunière lui-même… Jusque là nous ne pouvons voir dans ces détails que l’effet d’une pure coïncidence comme celle dont le hasard nous gratifie largement tout au long de nos recherches depuis des années.

Après le ‘boiteux’, la seconde lettre du 29 octobre de la même année

Nous pourrions en rester là, si la suite n’était pas encore plus croustillante sur le propos. Comme nous allons le voir, page 420, à la « Lettre quarante-trois, du samedi vingt-neuf Octobre », intitulée ‘HISTORIENNE’.

« 55- Je fis, passez sont trente jours,
Dans ma lettre, certain discours,
Qu’à Toloze, ou son territoire,
Selon un billet, ou mémoire,
Qui dessus ma table est encor,
60- Il avoit plû des Ecus d’or :
Cela n’étoit point une baye,
Et l’histoire n’est que trop vraye :
Mais j’ai sceu, par autres billets,
Que ce fut au Comté d’Alets,
65- Et non celuy de Toloze,
Qu’arriva la susdite choze ;
Et l’Evesque, dit-on, du lieu,
Que l’on tient très-zélé vers Dieu,
A procez, touchant cette afaire,
70- Encontre le Propriétaire
Du champ ou tomba l’or susdit ;
Lequel Propriétaire dit
Qu’êtant chû sur sa propre terre,
Il est à luy de’ bonne guerre,
75- Et Monsieur l’Evesque maintient,
(C’est encore mieux dit, soûtient)
Et par bonnes raizons apuye
Que cette précieuse Pluye,
Dont on va parler loin et près,
80- Est du Ciel envoyée exprés,
Ainsi qu’une moisson dorée,
Pour les pauvres de la Contrée. »

L’auteur, ensuite, disserte sur le fait que jamais ‘la Magistrature’ n’eut un tel cas à débattre tout comme les avocats n’eurent à plaider pareil événement, ce qui à l’évidence complique le moindre jugement « si ce n’est par apointement, ou d’un commun consentement »…
Et puis ce sera tout sur cet incident pour le moins hors du commun. Qu’en fut-il vraiment ? Nous n’en savons rien, car pour l’instant nulle part ce phénomène de ‘pluie de Louis d’or’ n’est largement mentionné… Le sérieux des propos rapportés par J. Loret exclut qu’il puisse s’agir d’une farce de carabins ou autre 1er avril, car nous sommes au mois d’octobre.

Pavillon, un évêque qui aime la pluie… et se mouiller ?

Il reste, à présent, à nous demander qui est évêque à Alet à cette époque. Notre attente sera de courte durée car on s’aperçoit très vite que le prélat en place dans ce diocèse n’est autre que le fameux Nicolas Pavillon dont le nom accompagne, en filigrane, différents aspects historiques du passé d’Alet, Notre-Dame de Marceille, ainsi que différents points obscurs de l’affaire de Rennes-le-Château.
Visiblement Loret ne semble pas savoir le nom de l’évêque en poste ou encore, peut-être, ne tient-il pas à en faire mention. C’est un petit oubli que nous venons de réparer ici.
Alors,… Oui alors ? Et bien à ce stade il nous reste ‘l’arrête centrale’ de ces deux curieuses lettres en vers adressées à ‘son Altesse Mademoiselle de Longueville’. Cette épine dorsale d’un fait oublié de tous (mais le fut-il vraiment ou peut-on dire qu’il fut… dissimulé?) est pour le moins curieux. Une pluie de pièces d’or s’abat nous dit-on, tout d’abord sur Toulouse, comme le stipule la lettre première. Puis ensuite, dans la suivante, il y a rectification du lieu et l’exposé succinct de la mise en place d’une tentative religieuse de récupérer une telle ‘manne céleste et aurifère’ que lui conteste naturellement le propriétaire du champ où ce déluge providentiel s’est produit…
Il y aurait, dans cette intervention, peu de surprise, si ce que nous dit Loret est juste, et pourquoi en douter, sur le fait que ce religieux soit attentif à l’intense misère des ouailles de son diocèse. En effet, Nicolas Pavillon eut la réputation de faire le bien autour de lui dans sa paroisse et jusqu’à Toulouse qu’il gratifie de dons importants au moment des grandes pestes dévastant la contrée…

Le charme discret du secret

En vérité que s’est-il produit ici… si près du sanctuaire de Notre-Dame de Marceille situé au cœur de bien des énigmes qui nous fascinent depuis des années ? Nicolas Pavillon aurait-il été homme à tenter la récupération d’un… trésor dont la résurgence prétendue providentielle pouvait être liée à l’affaire de Rennes ou de N-D de Marceille seulement ? Et pourquoi pas si celui-ci pouvait justifier logiquement qu’il fut dans son droit de défendre les intérêts financiers de son diocèse… tout en soulageant la misère de ses croyants???
Certes, ne doutons pas que d’autres que nous poursuivront l’investigation de cette curieuse affaire résumée en deux lettres anodines. Cependant, avant de clore provisoirement ici cette découverte, nous ajouterons que tout au long de ses ‘courriers en vers’ J. Loret se montre prolixe en identités des acteurs, heureux ou malheureux, de ses ‘chroniques’… Or, voilà que tout à coup dans ces deux petits commentaires il se montre des plus évasifs quant aux noms de ceux dont il est question. Il est difficile de croire, quand on regarde la personnalité de l’auteur, qu’il n’eut pas accès aux noms des antagonistes ainsi qu’à leurs fonctions… Lauret sera tout aussi discret en ce qui concerne la suite de ce… procès, ses conclusions et conséquences, alors que sur tant d’autres faits du même ordre, il se montre tenace et précis sans pour autant trop afficher ses convictions. Nous pensons, de notre côté, poursuivre les recherches en archives des tribunaux de l’époque au cas, certes improbable, où il resterait un ‘attendu’ ou les traces d’une enquête sur cet orage trésoraire.

Deux remarques en forme d’interrogation

Alet-les-Bains

Nous finirons provisoirement sur cette dernière ‘averse’ en soulignant deux choses. La première sera qu’il est surprenant qu’aucune chronique, légende ou commentaire ne fasse mention, même brève, de cet incident météorologique… dont plus d’un d’entre nous aimerait bénéficier… n’en doutons pas. La seconde sera plus… insidieuse, car ne se pourrait-il pas que cette manne céleste et enrichissante, au lieu de descendre des cieux vers la terre d’un pauvre laboureur… n’en soit remontée et ce soit révélée au moment de l’usage d’un soc à profondeur ayant mis à jour quelques ‘pièces d’or’ enfouies ici depuis longtemps ? A propos de laboureur, nous nous souvenons d’un autre qui eut la divine surprise de trouver sous l’outil et l’animal de son labeur… une vierge noire sur les flancs du sanctuaire de N-D de Marceille très précisément. Si tel fut le cas d’une découverte, fortuite ou non, il fallait la justifier et une intervention divine venue des nuées restait indiscutable jusqu’à nouvel élément… que personne ne se serait permis d’aller chercher pour nier que Dieu dans son immense générosité se soit montré attentif à la misère d’un lieu du Razès… Loret en savait-il plus qu’il n’en écrivait ? Nous ne le saurons sans doute jamais et cette interrogation n’est-elle pas, pour les chercheurs, plus riche de possibilités qu’un complet commentaire ? Seul l’avenir nous permettra peut-être de répondre à cette attente.
Bien entendu, la Société Périllos reste à l’écoute de quiconque pourra, et voudra, nous faire part de ses remarques et découvertes de nouveaux éléments en la matière… Bonne chasse à tous !

André Douzet

NB : Nous tenons à remercier, pour ses travaux et découvertes en archives, une fois de plus, notre ami Zéphyrin sans qui cet élément n’aurait jamais été porté à notre connaissance.