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| L’ourse et le dragon |
« Sculpté sur l’architrave, on voyait le bateau de
la lune, à bord duquel se trouvait HATHOR, à la tête
de vache, et portant le disque et les plumes, et Hapi, le Dieu du Nord,
à tête de chien. Le bateau était dirigé par HARPOCRATE
vers le Nord, représenté par l’Etoile Polaire entourée
par le Dragon et la Grande Ourse. »
Bram STOKER « Le joyau des 7 étoiles »
L’adjectif «
polaire » revient avec insistance dans bien des écrits liés
à l’ésotérisme. Sans évoquer ici le groupe
dit des « Polaires » dont l’histoire officielle, parfois
liée à la région des Pyrénées, est tout
de même bien connue, nous considérons ici seulement quelques
aspects géographiques et symboliques, voire ontologiques de la question.
On peut d’ores et déjà affirmer que ces trois aspects
sont liés et, pour mieux dire, ainsi que Christophe Levalois «
la réalité physique reflète la réalité
métaphysique » (C. LEVALOIS « La terre de lumière,
le nord et l’origine » p.75). Ce sont surtout les enseignements
de la Société Théosophique et ceux de l’école
dite Traditionnelle de René Guénon qui évoquent la
question de l’habitat primordial de notre humanité («
adamique » pour parler comme Jean Phaure) en Hyperborée. Ces
deux écoles assurément ennemies, représentent toutefois
quelques aspects communs tout en comptant bien des différences :
la théorie évolutionniste des théosophistes et qui
postule un avenir meilleur, étant très datée historiquement,
ainsi que l’a montré René Guénon, mieux vaut
retenir une vision cyclique de l’Histoire, selon nous, elle est en
effet plus liée à la tradition (les 4 âges d’Esiodes,
les 4 âges (yugas) de l’hindouisme. Cette théorie veut
que l’humanité soit passée par l’Age d’or,
âge de primauté du spirituel, pendant laquelle elle occupait
un pôle nord alors habitable (la terre tournait sur elle-même
sans inclinaison, procurant ainsi à ses habitants un printemps continu).
A la suite d’un cataclysme tant physique que spirituel (les deux étant
liés), c’est une humanité déchue qui a dû
quitter THULE désormais glacée, pour perdre progressivement,
au cours des âges d’Argent, de Bronze et de Fer (à la
fin duquel nous vivons) sa spiritualité et gagner en matérialisme.
Le centre spirituel primordial a été transporté suivant
les méridiens vers divers centres secondaires qui ont gardé
le souvenir dénaturé de ses enseignements et parfois jusqu’à
son nom, toutefois déformé (TULA). Selon les enseignements
de ces écoles, l’Atlantide a été un de ces centres
secondaires. Cette tribulation a été très logiquement
accompagnée par le passage d’une tradition polaire à
une tradition solaire. Ainsi qu’un père de l’Eglise,
ORIGENE, l’a écrit, l’orientation des monuments religieux
est fonction de l’orientation spirituelle des croyants. On peut imaginer
qu’avant de se tourner vers l’Orient (Jérusalem, la Mecque)
nos ancêtres se trouvaient vers l’Ouest (Atlantide) et avant,
vers le Nord (Thulé).
Dans « arctique », il faut entendre ‘arktos’, l’ourse.
De nos jours, le Nord terrestre, projeté dans le ciel, pointe vers
l’Etoile Polaire, laquelle est cernée par les constellations
de la petite et de la grande ourse. La terre est « suspendue »
à la polaire comme la boule au fil à plomb, lequel est souvent,
dans la Franc-Maçonnerie et le Compagnonnage, associé à
l’équerre.
Cette équerre a la forme de la lettre grecque Gamma (G).
La rotation de ce « gamma », que constitue par sa forme la petite
ourse, a donné le symbole du SVASTIKA ou « croix gammée
» (Bertrand Mariller ‘Le Svastika’). Rotation autour de
l’étoile polaire qui se fait en 24 heures.
Où avons-nous lu que sa forme évoquait la cuisse ? En témoignent
la figure héraldique dite « quadriquètre » (cf.
B Mariller) ou le blason de l’île de Man qui représente
la rotation de trois cuisses autour d’un axe central (le symbole général
étant ici différent) ; c’est l’analogue du triskèle
celtique.
Cela reviendrait à dire que les polaires sortent de la cuisse de
Jupiter comme DIONYSOS…
Projetée sur la terre, cette rotation céleste représente
la rotation terrestre sur son axe et les deux svastikas dextrogyre et levogyre
correspondent à cette même rotation terrestre mue du pôle
nord au pôle sud (René Guénon « Le symbolisme
de la croix »).
L’ « étoile flamboyante » de la Franc-Maçonnerie
utilise le même symbolisme en plaçant cette fois le G à
l’intérieur de l’étoile. La signification reste
la même.
Entre
parenthèses, il semble que le culte de MITHRA, qui prospéra
en Europe occidentale jusqu’au Ve siècle, soit un culte polaire
dont la divinité secondaire était SOL (le soleil).
MITHRA
quant à lui, en tant que taurobole, est clairement lié au
Septentrion : « en tuant le taureau céleste, Mithra affirme
son pouvoir sur le cosmos entier et permet au signe suivant, celui d’ARIES,
le Bélier, de devenir la maison du soleil à l’équinoxe
du printemps. Comme par ironie, au moment où le Mithraïsme était
solidement implanté, le point équinoxial quittait déjà
le signe du Bélier pour entrer dans celui des Poissons, événement
célébré par exemple en ces termes « Digne est
l’Agneau qui a été égorgé » (Apocalypse
V, 12) et « Voici ! Je vous ferai pêcheurs d’hommes »
(Mathieu IV, 19) (Jocelyn Godwin « Arktos », p.185).
Dans « arctique » il faut également entendre «
arcane », « arche » et tombeau de Dieu : «
arca dei » et fatalement « arcadie », des mots qui
sont familiers à ceux qui s’intéressent à l’affaire
de Périllos. Périllos qui constitua peut-être, si on
en croit les différents indices disponibles, un centre secondaire
exempt de l’influence solaire atlante, comme en connut également
la Roumanie et ce, semble-t-il, jusqu’à une date récente
(XIXe siècle). Il faut lire à ce sujet « La Dacie hyperboréenne
», suite d’articles parus dans la revue « Etudes Traditionnelles
» à la fin des années 30 et signés GETICUS.
Cet ouvrage a été récemment réédité
par les éditions Pardès. L’auteur écrit, à
propos de la Svastika : « nous ne croyons pas qu’il y ait un
pays où l’on en fasse un tel usage, traditionnellement bien
entendu ». Même de façon non traditionnelle, c’est
en Roumanie qu’a débuté l’usage par les antisémites
de ce symbole. Ainsi que l’écrivent les frères THARAUD
(célèbres romanciers et journalistes français du début
du XXe siècle) dans « L’envoyé de l’Archange
», ouvrage consacré à CORNELIU CODREANU, ce fut l’universitaire
antisémite CUZA « qui longtemps avant le Führer, avait
fait son emblème de ce vieux signe sacré des Aryens ».
En fait, ce symbole, comme le souligne René Guenon, n’est nullement
l’exclusivité d’une partie de l’humanité
; on le trouve partout, Amérique, Chine, Afrique… pour en revenir
à CODREANU, disons pour aller vite, qu’il fut un singulier
« fasciste mystique » qui avait placé ses troupes «
la garde de fer » sous la protection de l’Archange Michel qui
est d’ailleurs le saint patron de la chapelle de Périllos.
La Roumanie abrita donc, d’après GETICUS, une tradition polaire
qui ne fut pas matinée d’influence atlante comme le fut la
tradition celtique, toujours selon les critères de René Guénon.
A propos de la Roumanie, Jean Pierre GIUDICELLI écrit dans «
Pour la Rose Rouge et la Croix d’Or » : « la tradition
dacique de Transylvanie et la fonction des Voïvodes est un des plus
purs fleurons de la Tradition du Nord », il ajoute : « la présence
du Dragon se mordant la queue dans les armoiries et certains symboles gravés
sur les pierres tombales (svastikas, ailes déployées) témoignent
d’un pays du Centre ».
Dragon, en roumain, se dit dracul, et au delà du personnage cinématographique,
de plus en plus à la mode, notons-le, en explorant l’œuvre
de l’auteur de « Dracula », Bram Stoker, qui fut membre
de la Société secrète « Order of the Golden Dawn
» et l’auteur entre autres de l’intéressant roman
« le joyau des sept étoiles », il faut s’interroger
sur ce chemin initiatique particulier qu’est la « voie du Dragon
».
Bram
Stoker
Cette voie est évoquée en pointillés dans un livre romantique de Jean Paul BOURRE intitulé « Le culte du vampire aujourd’hui » (1978). Quelques passages seront sans doute évocateurs pour les familiers de l’« affaire de Périllos », au hasard : « Skemeth (sic pour Sekmeth) qui règne sur les propriétés magiques du sang. Ils savaient que Skemeth (sic) préside au plus haut du ciel sous la forme du rayon vert… » (p.67). Il évoque également « La magie sacrée d’Abramelin le Mage », ouvrage existant sous la forme de manuscrit à la Bibliothèque de l’Arsenal où il fut étudié et traduit par le Grand Maître de l’Ordre de la Golden Dawn, Samuel L. Mathers. Bourre qualifie ce traité de « Bible renversée » de l’Empereur Sigismond (XVe siècle). Notre ami, Michel Erasmy, dans son livre « Le mystère de la gare de Perpignan » (p.64), nous raconte l’épisode de la rencontre houleuse, à Perpignan, entre le chef du Saint Empire Romain Germanique et l’Antipape Pierre de Lune. Sigismond était lié à cette « bible », Robert Ambelain le cite en note dans son édition de la « magie sacrée », et Vladtepes, dit Dracula, fut membre de son Ordre. J.P. Bourre écrit également « La Golden Dawn passa le flambeau de cette terrible connaissance à une secte allemande appelée « Thulé ». « La société Thulé, à propos de laquelle bien des légendes ont couru, était l’une des premières utilisations en Allemagne du svastika et à l’origine du parti national-socialiste, son PC était à Munich à l’hôtel des 4 saisons », justement là où Johnatan Yarker, le héros du « Dracula » de Bram Stoker, commence son aventure… La société Thulé enfin dont certains membres se sont intéressés de près aux mines de Périllos, d’après l’un de nos informateurs. Bref, l’ouvrage de JP Bourre a inspiré certains des chapitres les plus ébouriffants du « Jules Verne initié et initiateur » de Michel LAMY. Continuons notre promenade de livres en livres et constatons que M. LAMY et JP BOURRE ont tous deux rendu compte, par ouï-dire, d’un bien curieux roman du célèbre CASANOVA, plus connu pour ses bonnes fortunes que pour son appartenance à la Franc-Maçonnerie ainsi que pour son aventure érotico-ésotérique avec la marquise d’Urfé (ainsi qu’on peut le découvrir dans les « mémoires » du vénitien). Encore moins connu est le roman « ICOSAMERON » sous-titré « histoire d’Edouard et Elisabeth qui passèrent quatre-vingt-un an chez les Mégamicres, habitants aborigènes du Protocosme dans l’intérieur de notre globe », et qui fut imprimé à Prague. Après un long prologue qui, analysant la « Genèse », tend à prouver que les pré-adamites étaient hermaphrodites et que le Paradis Terrestre est au cœur de la Terre, le roman est celui d’un « missing time » de 81 ans pendant lequel les deux protagonistes n’ont pas vieilli, ayant vécu leurs aventures à l’intérieur du globe dans un monde éclairé par un soleil immobile où le temps s’écoule plus lentement qu’en surface. Les héros, partis à la recherche des hyperboréens, ont été pris dans un maelstrom (comme dans les contes d’Edgar Poe) pour être jetés dans le monde intérieur qui se révèle peuplé d’hermaphrodites de toutes les couleurs, sauf le noir et le blanc. Couleurs de première importance dans les aventures polaires d’Arthur Gordon Pym, d’Edgar Allan Poe.
Portrait
de Vlad
Quelques uns des aborigènes ont la peau tachetée comme le dieu égyptien Seth. Ces êtres étranges nourrissent Edouard et Elisabeth avec leur lait, lait qui est rouge alors que leur sang est blanc ; c’est une « ambroise, dit Edouard, qui allait nous donner l’immortalité même » (T1 p224) Immortels… comme le comte de Saint-Germain que connut Casanova et dont la mère se nommait TEKELY (« Le comte de Saint Germain » Paul Chacornac p.16). « Tékély –li « c’est justement, soit dit en passant, le cri que poussent les habitants du pôle (sud) dans « Arthur Gordon Pym ». Revenons à notre roman à la fin duquel Elisabeth, victime d’épistaxis, nourrit de son sang un mégamicre affamé qui, lors, a bien des raisons de nous faire penser aux vampires.
Enfant,
Casanova, souffrant du même mal, avait été guéri
par une vieille sorcière vénitienne, épisode marquant
pour lui ; ce fut semble-t-il aussi, une sorte d’ « initiation
». Les mégamicres pensent que l’univers est formé
de matière brute « un bourbier épais et infini, dont
le centre est partout et la périphérie nulle part »
; cela nous rappelle les théories évoquées par Pauwels
et Bergier dans leur célèbre « Matin des Magiciens ».
Ces androgynes ne dorment pas, volent à l’aide de chevaux ailés,
leur langage ne comprend que des voyelles (1), ils connaissent et parlent
la langue des oiseaux, certains adorent les dieux que sont des serpents
à visage humain qui nichent dans les arbres fruitiers… (allusion
transparente au péché originel) et qu’Edouard, aidé
des nombreux rejetons dont il ne tarde pas à peupler le « protocosme
», ne tardera pas à détruire. Invinciblement poussé
à l’inceste, Edouard et Elisabeth donnent des jumeaux, etc…
jusqu’à ce que le héros, devenu législateur,
prohibe l’inceste. Au départ du couple, après 81 ans
de présence, ils laisseront 4 millions de descendants !
Précisons en passant qu’Edouard introduit la chirurgie oculaire,
la poudre à canon qu’il utilise pour faire la guerre. C’est
d’ailleurs une explosion qui chasse le couple de ce monde qu’ils
ont contribué à rendre un peu moins habitable. Le chemin qu’ils
parcourent à travers l’écorce terrestre aboutit au lac
ZIRCHNITZ qui se trouve paraît-il en Transylvanie ; la boucle est
bouclée.
Une
des bannières de la Golden Dawn
Au moment d’écrire la conclusion, je m’interroge, où ai-je voulu en venir ? J’avoue que je n’en sais rien, ne voyez là que quelques connexions fortuites entre quelques livres étranges. Quiconque s’intéresse, ou mieux se passionne pour les livres, sait que parfois un livre tombe d’un rayon et s’ouvre à la page qu’il fallait. Un exemple ? J’ai ouvert tout à l’heure « Le mystère de la vie et de la mort, d’après l’enseignement des temples de l’ancienne Egypte » d’ENEL et, par hasard, à la page 120. J’y ai trouvé l’analogie entre la cuisse et l’OURSE qui est donc égyptienne ! Et j’ai pu penser que MESKHET le roi du Graal, le roi pêcheur, AMFORTAS était blessé à la cuisse !.. Cela signifie-t-il que le château du Graal n’était alors plus« orienté »vers le Nord ?… (en attendant la venue du pur chevalier) et qu’il avait perdu la boussole ? Les boussoles anciennes avaient, d’ailleurs, placé à l’endroit du Nord, une fleur de lys. Bref, tout ce qui est écrit plus haut est redevable aux voix intérieures et des hasards objectifs. « L’intelligence, cette petite chose à la surface de nous-mêmes » écrivait Maurice BARRES. Le sang, le Nord, le Graal, l’immortalité sont liés symboliquement et Jean MARKALE dans son ouvrage sur le vampirisme relie celui-ci au mythe du Graal ; du fait, je me sens moins seul. Cela m’évite le péché d’originalité car, comme l’écrivait Grégoire de NAZIANCE, « Chaque jour je prie Dieu qu’il ne m’alourdisse pas du péché le plus lourd à supporter, le péché d’avoir des idées personnelles ».
1) La magie populaire conserve parfois des souvenirs des temps hyperboréens, ainsi, dans un papyrus magique grec, les 7 voyelles grecques ( a e ê i o u ô) représentent les 7 étoiles de l’OURSE et non les 7 planètes, ce que voudrait la tradition solaire ( Joscelyn Godwin « Arktos » p.187).
Bibliographie
BOURRE
(JP) « Le culte du vampirisme aujourd’hui ». Alain LEFEUVRE,
1978
CASANOVA DE SEIGALT (Jacques) « Icosaméron » CLAUDIO
ARGENTIERI, 1928
CHACORNAC (Paul) « Le comte de Saint-Germain » EDITIONS TRADITIONELLES
, 1982
ERASMY (Roger Michel) « Le mystère de la gare de Perpignan
» 1988
GETICUS « La Dacie hyperboréenne » PARDES, 2003
GIUDICELLI (JP) « Pour la rose rouge et la Croix d’or »
AXIS MUNDI, 1988
GODWIN (Joscelyn) « Arktos » ARCHE, 2000
GUENON (René) « Le symbolisme de la croix » GUY TREDANIEL,
1983
LEVALOIS (Christophe) « La terre de lumière » PCL, 1985
MARLLER (Bernard) « Le Svastika » PARDES, 1997
POE (Edgar Allan) « Les aventures d’Arthur Gordon Pym »
CALMANN LEVY, 1884
STOKER (Bram) « Le joyau des 7 étoiles » MARABOUT, 1976
THARAUD (J et J) « L’envoyé de l’Archange »
PLON, 1939
Stéphane Chalandon