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Société Périllos ©

Les mystères de Palairac
(1ère partie) - L’énigme de la grotte de Lacanal

 

Pour ceux qui voulaient en savoir plus

C’est donc le 22 juillet 2007 que nous faisions connaissance avec la commune de Palairac, sous la conduite de monsieur le maire, notre ami Michel. Un compte rendu de cette activité avait ponctué cette sortie des plus conviviales qui, après Palairac, s’était poursuivie par Notre Dame de Faste, sur les pentes du Mont Tauch, au-dessus de Tuchan. Cette journée, quoique bien remplie, nous laissait sur notre faim d’en savoir plus sur les cantons de Tuchan et de Mouthoumet ainsi que sur la richesse de leur passé en mémoires, thèmes et sujets ne pouvant qu’attirer toute notre attention. Certes, nous avions visité l’église de Palairac, ainsi que plusieurs mines anciennes sur ce territoire, mais notre temps se limitant à une petite journée, y compris un rapide survol des étranges curiosités du Mont Tauch, nous ne pouvions aborder toutes les richesses insolites sur lesquelles nous voulions aller plus avant. Dès lors, nous avons décidé d’explorer un peu plus ce passé fascinant, au fil de nouveaux chapitres.
Puisque, pour nous, tout a commencé à Palairac une journée de juillet, c’est précisément par cette commune que nous ouvrons ce périple au plus profond du passé insolite de cette région.

Un don de la terre… et de Charles le Chauve

Nous sommes ici dans un des plus anciens territoires constitués en seigneurie du secteur, en relation avec les princes et rois de l’époque. En effet, un ancien document, sans doute le plus vieux manuscrit en la matière, fait état d’un don de Charles le Chauve, en 876, en faveur d’un de ses vassaux du nom de Milon… Trente quatre ans plus tard, les abbés de Lagrasse deviennent les maîtres absolus des lieux et le restent jusqu’à la Révolution.
Avant d’aller résolument dans les ombres de ce petit village, précisons qu’aujourd’hui, ce qu’il nous est permis d’en voir n’est que l’infime partie de l’importance qu’il tint autrefois. Cette puissance provenait essentiellement de l’exploitation des ressources métallurgiques locales d’une abondance phénoménale. Par comparaison, cette dernière était telle qu’elle surpassait, à elle seule et de loin, celle des richesses minières pourtant conséquentes du territoire des deux Rennes dans le Razès. La différence d’information, entre ces deux régions, tient du fait que les revenus du sous-sol des Rennes sont bien connus grâce à l’affaire de Bérenger Saunière, curé de Rennes-le-Château, alors que ce que nous appellerons ‘l’affaire Palairac’ vient à peine de venir en lumière.
Ces mines sont de plusieurs ordres, allant de vagues exploitations à ciel ouvert à de superbes longues galeries très impressionnantes que nous avons pu visiter lors de notre activité. Les gisements locaux proposent un large choix de minerais parmi lesquels on compte surtout : fer, antimoine, plomb, argent, galène argentifère, cuivre, barytine… et de l’or. En vérité, nous sommes ici face à un véritable pays de cocagne du minerai, nettement supérieur à celui du vieux Razès qui fait là figure de parent pauvre. Ce territoire d’aubaine se situe entre plusieurs communes se partageant de multiples concessions, comme Davejean, Peyrecouverte, Talairan, Villerouge, Maisons, pour ne citer que celles-ci. L’exploitation de certains lieux miniers eut lieu très tôt dans l’histoire de l’homme comme en témoignent les mises à jour de sites néolithiques, dont certains s’illustrent de mégalithes ou dolmens proches des filons de surface. Cette richesse passe ensuite sous l’emprise des Romains qui laissent un mobilier journalier et funéraire au fond de certaines cavités oubliées. Les temps médiévaux montrent un second souffle en la matière et les exploitations connaissent une recrudescence comme, par exemple, la mine de Lacanal où l’extraction s’est poursuivie de l’Antiquité jusqu’à notre époque, pour une production de minerai estimée, selon la période, à 3 à 4 kg/tonne.

« Le fer fait la force »

On peut estimer que le secteur s’émaillait de près d’une centaine de points miniers, toutes époques et types (plein air ou galeries) confondues, dont 71 uniquement pour le secteur de ‘Monthaut’ (région de Peyrecouverte) s’avérant le plus riche des Corbières. Ces formidables productions métallurgiques seront à l’origine des fortunes et pouvoirs de cette commune qui en fera sa devise « Ferrum Fortiam Ferrit » ce qui signifierait « Le Fer a Fait la Force », ou « le Fer a Fait ma Force ».
Nous allons marquer un arrêt, pour l’instant, et nous intéresser à l’exploration de ce monde souterrain dont les méandres semblent se prolonger à l’infini. Un rapide survol des toponymies nous emporte aux confins de ce royaume minéral dont les noms fleurent bon le suggestif ancien d’emplacements ouvrant sur les ténèbres de l’imaginaire des : ‘La Caune des Causses’, ‘L'Abeilla’, ‘La Bousole’, ‘l'Aiguille’, ‘Lacanal’ et autres ‘Las Corbos’ ou ‘le Caraillet’... lorsque ce ne sont pas des noms de lieux s’y intégrant où y conduisant, cette fois en surface, comme ‘pech de la Calvière’, le ‘col de La Croix de Pierre’ et ceux ‘d'en Couloum’, ou ‘de l'Homme Mort’ près du ‘Roc de Golta’, qui fut un important site gallo-romain. Ces routes, ces lieux réservent parfois d’autres surprises moins toponymiques mais tout aussi étranges, tels des fûts de croix démunies de leurs croisillons de fer (matériau ne manquant pas dans le secteur, loin s’en faut !) et n’offrant plus au chercheur que d’étranges textes énigmatiques sur lesquels il faudra bien un jour ou l’autre revenir plus sérieusement…

Une action en forme d’exaction…

Nous ne laisserons pas sous silence une action de l’Etat français ne pouvant que nous laisser perplexes. En effet, dès 1991, le Ministère de la Recherche et de l'Industrie, sous prétexte de mise en sécurité de ce qu’il appelle des « mines orphelines » (n’ayant plus de propriétaire ni exploitation) dont il devient responsable, condamne systématiquement toutes ces anciennes exploitations. Si l’intention d’éviter des accidents est louable, on reste toutefois sidéré par le fait que la mesure s’applique à près de 130 sites, le plus souvent oubliés, ne pouvant provoquer plus d’accidents que ne peut en subir un promeneur moyen dans la pleine nature de cette région!
Quoi qu’il en soit, nous savons bien que celui qui est bien décidé à s’introduire dans ces milieux souterrains contournera toujours l’obstacle obstruant l’entrée principale d’une mine… Cet état, à notre avis, est nettement plus dangereux après la mesure qu’avant, en raison de l’usage d’explosifs, n’écroulant pas forcément tout, laissant ainsi passer l’inconscient qui trouve une entrée secondaire oubliée des artificiers. Il se trouve, sans s’en rendre compte, dans des réseaux fragilisés par les destructions et pouvant s’effondrer d’un instant à l’autre… alors qu’auparavant les circulations souterraines pouvaient se pratiquer sans plus de risques qu’au cours d’une banale expédition spéléologique.

Ecran de fumée, passage en force et pure spéculation

Certaines de ces mines étaient en activité durant la dernière guerre, en raison du minerai qu’elles pouvaient encore offrir sans le moindre danger. On sait aussi que ces refuges servirent également, durant ce même conflit, de caches aux Résistants locaux. On peut, à juste titre, se demander si ces mesures, en fin de compte plus destructrices que réelles ‘mises en sécurité’, ne feraient pas écran à d’autres raisons nettement moins avouables. On pourrait fort bien suggérer que ces motifs soient de supprimer radicalement d’anciens dépôts d’armes et explosifs du Maquis, impossibles à déplacer en raison de leur état de dangereuse dégradation ? Ce prétexte est alors raisonnable. Cependant, si les Maquisards de ce secteur utilisèrent peut-être 3 ou 4, voire 5 caches d’armes, on serait étonné qu’ils aient eu besoin d’un arsenal en forme de ‘ligne Maginot’ pour stocker leur armement… Ensuite, renseignement pris, ce genre de mesure n’est pas en application dans d’autres secteurs miniers tout aussi importants. L’autorité de service pourrait nous répondre qu’il faut bien commencer le nettoyage des sites miniers par un secteur, et que celui-ci ou un autre revenait à la même chose.
Certes ! Mais alors, que penser de cette rumeur soutenant que, malgré les oppositions faites par les municipalités concernées et les demandes de suspension administrative de la mesure, les artificiers, et autres destructeurs patentés, se soient exécutés quasiment en catimini et surtout au détriment des demandes de sursis ou d’appel des décisions ? L’Administration aurait-elle choisi de passer au-dessus des règles qu’elle impose aux autres, et si oui, peut-on simplement évoquer une sécurité dont habituellement elle sait se passer en de pareilles circonstances (comme à Périllos, par exemple)? Ou pourrait-on, tout à coup, supposer qu’une certaine autorité se soit inquiétée de quelque chose… une information, par exemple, notifiant qu’un jour prochain ‘on’ pourrait s’intéresser d’assez près pour mettre le nez là où il ne serait pas recommandé, ni opportun, de le faire. Craindrait-on, en haut lieu ou dans un certain milieu, qu’un chercheur obstiné finisse par situer ce que ces messieurs n’auraient jamais pu retrouver. Ou, pire encore, que ce même chercheur lambda se trouve nez-à-nez, à force de ténacité, avec ce qui peut être perdu mais non ignoré ? Depuis cette crainte, ‘On’ décide, dans l’urgence, de tout colmater irrémédiablement.
Cependant, comme combler une mine paraîtrait suspect, on condamne en bloc tous les accès, y compris et surtout ceux, ou celui, qu’il serait dangereux de souligner, et la décision est prise de noyer l’élément dans la masse afin que nul ne découvre le ‘pot aux roses’. Comme il y a toutefois quelques levées de boucliers justifiées, on fait la sourde oreille, on accélère la manœuvre en passant outre toutes les procédures pouvant faire obstacle. Ensuite, ce qui est fait étant fait, il ne reste qu’à faire le gros dos sous les remontrances diplomatiques d’usages, et laisser passer l’orage des réprimandes. Le béton armé, les explosifs et les coups de bulldozers feront que tout sera définitivement fermé et la nature, comme à l’habitude, finalise l’opération en effaçant pudiquement toutes les dernières cicatrices des folies et misères humaines !
Bien entendu, ajoutons très vite que ces constats sont pures spéculations et rien n’autorise à supposer un tel forçage de main, surtout de la part des autorités qui, nous le savons bien, ne se prêtent jamais à de telles pratiques, sauf bien entendu en cas de force majeure ou… raisons d’Etat. Toujours est-il que de nombreuses légendes nous montreront qu’il est possible que des parties entières de ces mines aient été oubliées, perdues… ou prudemment escamotées du domaine de la curiosité publique.

La mine qui se fermait de l’intérieur

Nous prendrons, dans ce cadre de supposition, l’exemple de la grotte de Lacanal, une des plus belles en matière de mines bien conservées et autrefois exploitées de manière remarquable. Un peu trop remarquable d’ailleurs, car pour cette mine, on trouve encore de nombreux détails des plus insolites.
En effet, on nous montre des sortes d’aménagements permettant d’inonder entièrement toutes les galeries… et on peut bien se demander pour quelle raison on pourrait être amené à submerger ce genre de réseau, puis à l’assécher une fois la manœuvre terminée.
Ensuite, on nous montre qu’il y avait un système de fermeture de l’entrée principale ne pouvant se mettre en place que de l’intérieur ! On peut bien se demander pourquoi, et qui aurait eu besoin de se barricader de la sorte sinon des ouvriers trop zélés aimant leur travail au point de se claquemurer pour mieux s’épuiser à une tache éreintante ! Non… restons sérieux… et demandons-nous les raisons d’une telle installation.

La légende de Louis XIV, roi de France

Une légende raconte qu’en 1660, Louis XIV, roi de France, se rend en personne sur place. Une fois là, il caracole à cheval dans les galeries -larges et hautes mais tout de même pas assez pour ce numéro de cavalerie- jusqu’au moment où il lance une pièce d’or à son effigie dans un lac souterrain.
Arrêtons-nous quelques instants pour nous pencher sur les détails de cette histoire et y apporter quelques remarques. On imagine mal un roi décidant de s’enfoncer dans l’univers salissant et ténébreux d’un réseau de galeries en pleine exploitation. L’image devient encore plus difficile si s’ajoute le fait que sa royale personne, faisant l’objet de mesures de sécurités dignes de nos hommes d’état, se soit avancée seule, sans escorte ni éclairage intense. Ensuite, pour avoir visité cette galerie, nous pouvons affirmer qu’un cavalier n’y aurait pu avancer qu’en se couchant quasiment sur sa monture, ce qui est une posture peu digne pour sa majesté habituellement représentée fière et droite en équitation. Ceci sans même parler du sol dont le relief n’est guère fait pour le pas d’un pur sang, car on ne saurait supposer une seule seconde qu’un monarque s’abaisse à chevaucher un poney, un petit âne ou un mulet… seuls animaux éventuellement capables de circuler avec un cavalier dans les galeries.
Mais le plus surprenant dans cette histoire est encore qu’on nous explique qu’il n’y a pas de lac dans la distribution de cette mine. Certes, à partir d’ici, le royal ticket n’est plus valable et ce n’est plus là qu’une gentille légende sans le moindre fondement.

L’avocat du diable… et de la légende

Maintenant, laissons la parole à l’avocat du diable qui va nous présenter les arguments de la défense. Pour commencer, une légende est toujours fondée sur un détail, parfois infime ou à présent imperceptible. Un roi est un roi et on hésite à affabuler sur ses présences si elles ne sont pas fondées. Or, il est notoire que ce territoire reçut la visite de plusieurs monarques sur lesquels nous reviendrons, et la visite de Louis XIV est officiellement répertoriée. Il serait venu, nous dit-on, pour se faire pardonner les exactions de ses troupes en 1655. A cet effet, il aurait offert diverses pièces d’orfèvrerie et autres mobiliers à l’église du village. Ainsi donc, sa majesté est bien venue dans cette région où sa visite laisse un souvenir de largesses assez inhabituelles, car des dégâts, ses royaux régiments en faisaient dans toutes les provinces, sans pour autant que ces dernières soient honorées d’une princière visite et grassement dédommagées !… Ceci n’est pas dans les coutumes de la maison !

Nicolas Poussin

Il est peut-être plus que temps de supposer que Louis XIV soit venu ici pour d’autres raisons que celle de quémander le pardon pour le passage dévastateur de ses troupes. Evidemment, si nous ne pouvons exclure un sursaut de honte de sa majesté, nous ajoutons que la manœuvre a pu permettre astucieusement d’augmenter l’éclat de sa royale grandeur, suffisamment pour faire taire tous soupçons du petit peuple. Si ce fut le cas, le coup était bien joué !
Nous ajoutons à ce dossier que nous sommes au « Grand siècle » instauré par ce roi qui se voulait… solaire comme seul l’or sait l’être également. C’est aussi le siècle d’hommes s’illustrant en entrant tous dans notre affaire par la grande porte et avec tous les honneurs dus à leur valeur tels messieurs N. Poussin, P. Delorme, P. de la Rivière, N. Pavillon, les honorables frères Fouquet, les de Cassini et quelques de Périllos… pour ne citer qu’eux!
Quant à la promenade aussi équestre que souveraine, la tradition ajoute qu’elle s’achève vers un lac souterrain où fut lancée l’imputrescible et brillante obole. Cette théâtrale illustration, nous allons maintenant la regarder sous un autre éclairage.

L’étrange mission de l’ingénieur César d’Arçons

Tout d’abord, voyons d’autres arguments concernant l’absence de ce lac souterrain. Nous allons nous en éloigner un peu mais ce ne sera que pour y revenir plus vite. Au XVIIe siècle, un certain César d’Arçons, qui n’est autre que l’ingénieur qui visite les mines d’or du secteur des deux Rennes en 1668, se lance dans l’exploration et l’étude de Lacanal. On sait qu’à la suite de ses travaux il affirme ne pas avoir pu « déboucher l'effondrement au fond de la galerie qui mène vers les travaux supérieurs de la mine »… sans pour autant préciser la finalité de cette tentative. Ce n’est pas tout, car on apprend qu’il est en mission sur ordre de Colbert, afin « d’exploitation et réduction des minerais de Davejean, Peyrecouverte et Lacanal ».
Le plus étonnant réside dans la suite de ce rapport au long duquel il ‘omet’ de préciser où il installe ses ateliers de premier raffinage… que par ailleurs personne ne retrouvera jamais ! On peut se demander, sans craindre le ridicule, ce que cherche cet ingénieur dans les parties ‘supérieures’ des galeries… et ensuite, pourquoi il dissimule les installations de dégrossissage du minerai ?
Pour les réseaux en hauteur, on pourrait penser à des galeries au-dessus du lacis inondable, donc à l’abri d’une montée d’eau subite, accidentelle ou provoquée, ce qui met pratiquement ce niveau hors danger et hors… curiosité, sans éveiller le plus petit soupçon. Vers les années 1660, le passage vers cette section supérieure n’est plus accessible et l’effondrement cache peut-être une poche d’eau à laquelle Louis XIV a peut-être pu accéder. Ensuite, un ingénieur intervient après que soit claquemuré cet accès. Fait-il ses investigations pour retrouver le passage ou pour vérifier que « l’opération fermeture » s’est bien déroulée ? Si nous ne le savons pas, en échange, nous avons la certitude que l’existence de toute une portion en hauteur de la mine n’est ni une légende ni une tromperie puisque César d’Arçons en sait l’existence et pertinemment par où on peut passer, ou du moins par où on pouvait passer avant « l'effondrement au fond de la galerie ».

Le Grand siècle !

N’oublions pas que ces événements se passent dans un étroit créneau calendaire où s’entremêlent des personnages tous impliqués dans le sillage de l’affaire de Rennes-le-Château – Périllos, ayant pu intervenir, de près ou de loin, dans ce secteur à la limite du Roussillon. Les dates, de plus, coïncideraient aux moments houleux et définitifs du rattachement du Roussillon à la France, ayant eu lieu en 1659, soit neuf ans avant l’inspection de l’ingénieur César d’Arçons à propos des mines du secteur de Rennes-le-Château, un an avant la visite de Louis XIV à Palairac… mais forcément avant 1681 qui est la date de son décès. Sans vouloir ‘dévoiler nos batteries’, nous pouvons dire que cette durée de 21 ans est suffisante pour transférer ou cacher quelque chose en un territoire désigné pour de rares initiés. Des galeries effondrées sous d’apparents aspects anodins nous rappellent d’autres « effondrements » tout aussi anodins, sous le village mort de Périllos. Tout comme, en parallèle, on note un réseau souterrain pouvant être submergé (sous l’église et le village de Périllos)… mais facilement remis à sec! Quant aux surprenantes possibilités de poches d’eau souterraines, le secteur concerné n’en est pas chiche, comme ne le sont pas non plus les phénomènes de disparitions d’indications minières du territoire aux confins roussillonnais. Certes, si ceci n’est pas suffisant pour amorcer une hypothèse complète, comme le susurreraient nos sympathiques contestataires de service, nous pouvons répliquer que ces éléments sont bien suffisants pour ne pas être négligés. Nous ne négligeons pas non plus le comportement de l’ingénieur César d’Arçons dont on aimerait bien connaître les raisons des cachotteries à propos du site de traitement des minerais… cachotteries demandant une importante logistique et l’achat de nombreux silences, sachant qu’une unité de ‘dégrossissage’ ne se dissimule pas dans un mouchoir de poche. Messieurs Colbert, César d’Arçons, ainsi que peut-être sa majesté, auraient-ils eu des motifs d’enclencher ce genre d’exercice de recherche puis de dissimulation? Le saurons-nous jamais, si l’on considère qu’à ces questions que personne ne semble s’être posées, nous n’avons aucune réponse pour l’instant ?

Effondrement sur un antique secret

A l’aide de ces détails, nous comprenons qu’une galerie s’est effondrée tout au fond de la mine sur sa partie basse, celle-là même précisément susceptible d’abriter le cheminement vers le haut et vers une poche d’eau conséquente pouvant être prise, avec un peu de crainte superstitieuse, pour les eaux sombres… d’un lac, aussi petit soit-il, mais fermement prétendu ne pas exister. Certes, le fait qu’on ne connaisse pas de lac dans ces galeries souterraines ne peut signifier formellement qu’il n’y en ait pas eu !!!!!! C’est du moins ce qu’on peut imaginer sans efforts et ce que dut se dire un roi en se dirigeant sans hésitation là où il le devait. Peut-être ce devoir se situait-il au cœur d’un sanctuaire tellurique dédié au dieu Saturne travesti en un St Saturnin, discret patron oublié de plusieurs églises locales, sur lesquelles également nous ne pourrons manquer de revenir. Saturne le romain s’identifie au dieu Chronos des grecs. Nous devons souligner, dans ce travail, l’aspect de ce dieu d’abord lié aux semailles, au sein de la terre, ensuite, et surtout, aux ‘saturnales’, périodes si chères aux alchimistes médiévaux puisque cette période, de recalage entre deux calendriers, permettrait la possibilité du Grand Œuvre.
Le sanctuaire de ce culte, de ce rite réservé uniquement à la rencontre d’une divinité et d’un ‘roi – dieu’ ne pouvait être ailleurs que dans une partie isolée d’une mine sacrée… un lieu d’un autre temps devant disparaître dès le passage du dernier roi encore à la fois solaire et divin. Et son passage, précisément, il en paya l’écot de son visage dans un cercle d’or lancé aux seins des eaux d’une retenue sacrée depuis des temps immémoriaux. Le large et auguste geste du monarque allant s’inscrire en lettres d’or dans la postérité sous le patronage de l’astre roi… Juste retour des choses équilibrées. Le fait de lancer cette obole était-il un péage, un achat, un dû, un hommage ou… un rituel bien précis réservé à la pratique d’un roi initié ? Pour nous, il s’agirait alors d’un rite comportant plusieurs éléments : le cheval, l’obscurité, l’eau, la terre, l’or et un monarque. Si l’on se réfère à la ‘Liafaye’ de Ste-Croix-en-Jarez, nous avons là tous les ingrédients du culte au roi perdu ou… monarque oublié !

Roi perdu, immortalité et trésorerie

Le fait qu’un tel personnage ait été vénéré signifie au moins une attente qui, à Palairac, aurait pu se concrétiser et être suivie systématiquement de son trésor. Cependant, dans ce cas de figure, il faut bien comprendre le mot ‘trésor’ au sens de ‘trésorerie’ administrative et financière, indispensable à l’usage d’un règne, même dans l’ombre. Cette idée, souvent sous-entendue dans l’affaire de Rennes-le-Château et du Roussillon, se retrouve dans les perspectives d’un certain… Pierre Plantard, s’acharnant en son temps à retrouver précisément d’antiques mines sur les secteurs des deux Rennes. Peut-être aurait-il dû élargir sa prospection jusqu’au secteur qui nous intéresse présentement ? Dieu… seul le sait.

Pierre Plantard

Toujours est-il que souvent ‘très – or’ et alchimie font bon ménage sur le plan d’une exceptionnelle longévité. Cette dernière pourrait se déployer sur deux plans, l’immortalité obtenue depuis une alchimique panacée dite ‘Universelle’, et ensuite par une trésorerie inépuisable permettant la longévité d’une dynastie par exemple ou d’une famille dont l’origine serait à la fois divine, royale et sacrée ! Ajoutons que les deux peuvent s’envisager sans le moindre problème si on considère cette fois que de rares personnages eurent le privilège divin d’être rois de la Terre et de ses habitants et éternels… par l’esprit. Ces ingrédients se retrouvent facilement dans les vieilles traditions retrouvées concernant le territoire de Périllos en Roussillon… par le plus pur des hasards.
Cependant, notre sujet étant pour ce chapitre axé sur les mines, détruites ou non, des terres de Palairac et environs, nous devons y revenir maintenant.

V.I.T.R.I.O.L.

On peut considérer que ‘l’incident du lac’ est fondé sur un élément disparu ou inconnu… ou légendaire. Un lac souterrain, en lui-même, n’a rien de bien extraordinaire et est même relativement fréquent en matière de curiosité souterraine. Cependant, nous allons élargir notre travail en anticipant, sur un chapitre ou deux, sur le sujet alchimique. Nous ferons nôtres les propos de Marc Dem démontrant que « Les origines de l’alchimie sont rattachées à l’exploitation du sous-sol par l’homme désireux d’y trouver les richesses cachées ». A la suite de cette remarque, on trouve la célèbre devise bien connue des alchimistes et apprentis maçons, qui ne nous quitteront plus dès les prochains chapitres :
« Visita interiora Terrae
Rectificando invenies occultum lapidem »
La traduction généralement admise signifierait :
« Visite l’intérieur de la Terre
En opérant, tu trouveras la pierre cachée ».
Il semble être difficilement plus clair si on veut désigner le domaine minier comme creuset d’où surgit ‘LA’ pierre du pouvoir sans laquelle le savoir n’est pas grand-chose. Serge Hutin (‘Les Alchimistes’) également estimait que les notions primitives de l’antique alchimie prenaient leurs racines au sein des arts ignés des arts métallurgiques Cabires… qui, au demeurant, s’impliquèrent dans le ‘cortège’ du dieu Chronos, maître du temps et dévoreur de ses propres enfants...
Quel dieu pouvait être plus honoré en ces lieux, d’abord réservés aux extractions minières et leurs rites obscurs, ensuite aux fondeurs et leurs rites obscurs, encore aux forgerons et leurs rites obscurs, et enfin aux alchimistes et rois aux rites obscurs, également parfois sulfureux.
Saturne, en cet emplacement, prend encore plus sa place quand on sait qu’à Rome, ce dieu était gardien du trésor public… en raison du fait que pendant le fameux « Age d’Or », la divinité enchaînée ne pouvait se livrer au pillage du métal sous sa garde, sauf au moment des Saturnales où il pouvait se déchaîner !

César et Saturne

Le plus curieux, à propos des expertises de César d’Arçons, reste qu’elles commencèrent par une visite à la mine un samedi de décembre et que ce mois et ce jour sont ceux de Saturne… sans doute encore un plaisant effet du hasard ???
Quant à la définition… alchimique de Saturne, elle entre tout à fait dans le profil de notre recherche puisqu’elle représente une planète à son nom et … le plomb pour les initiés de l’Art Royal. Un astre, un métal, un dieu pour une couleur sombre comme les ténèbres des mines oubliées où tout et tous se déplacent avec lenteur et lourdeur. Il ne saurait y avoir de fumée sans feu, dit la sagesse populaire… Aussi, nous rendrons hommage, en terminant ce petit chapitre d’introduction aux mystères de Palairac, à l’ingénieur César d’Arçons affirmant, peut-être avec une légère teinte de malice ou d’humour, que « la galerie haute conduit… au cœur de la mine ». Et ce cœur minier n’était-il pas primordial pour une vie dont il rythmait la couleur rouge des oxydes de base au fil de ses sombres pulsations chtoniennes… et puis, qui peut avec certitude nous dire qu’il ne bat plus ?

Prochain chapitre : ce qui est en bas est en haut

A. Douzet

Pour en savoir plus : On consultera avec profit et bénéfice le contenu du site personnel de notre ami Michel Rzepecki, maire de Palairac.

Rappel des convenances et des lois : Ce domaine souterrain des mines et royaumes oubliés provoque souvent spontanément des vocations d’aventuriers. S’il est permis d’établir des hypothèses et admis qu’il est humain de chercher à les vérifier sur, et sous, le terrain, il est aussi demandé de respecter quelques règles élémentaires en matière de prospection. Nous sommes là dans des propriétés communales ou territoriales soumises à des règles et lois. Ces obligations sont avant tout instaurées dans l’intérêt des ‘aventuriers d’opérettes’, inconscients des dangers mortels qu’ils encourent en s’introduisant illégalement dans ces milieux, et aussi des risques qu’ils font encourir aux secoureurs tenus d’aller à leur rescousse au péril de leurs vies. Ensuite, l’aspect légal et pénal rappelle qu’on ne fait pas impunément un pied de nez aux lois. Enfreindre des interdits communaux met le contrevenant sous le coup de lourdes sanctions.
En cas d’intérêt prononcé pour cet aspect, il est vivement recommandé de prendre contact avec la mairie qui saura donner toutes les informations et recommandations en la matière.
C’est en respectant ces règles élémentaires que nous conservons les bonnes relations avec les autorités de cette sympathique commune au passé des plus enrichissants pour nos travaux.