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Société Périllos ©

Les papes secrets

 

L’épisode du schisme des papes a fait d’Avignon une ville papale. Cette dernière eut son apogée avec Benoit XIII. Ce pape – de son vrai nom Pedro de Luna – quitte hâtivement Avignon, pour s’installer à Perpignan, puis se retirer en Espagne et disparaître définitivement de la vie publique… mais, sans doute, pas avant d’avoir ouvert une sorte de lignée de papes secrets ?

L’élection de Pedro de Luna

Le 6 avril 1378, après la mort de Grégoire XI, à Rome, le conclave envisage comme successeur un cardinal aragonais du nom de Pedro de Luna. Ce dernier semble bénéficier de l’unanimité pour recevoir la tiare pontificale.
Seulement il y a un problème important, car Pedro n’est pas Italien. Cette possibilité, que le pape ne soit pas romain, provoque une nuit de terreur durant laquelle des hordes populaires menacent d'assassiner les prélats. Face à ce déchaînement, les cardinaux finissent par céder à la pression de la rue, et l’archevêque de Bari est élu sous le nom d’Urbain VI.
Après avoir réalisé leur faiblesse, les prélats organisent le 20 septembre 1378 un nouveau conclave. Cette fois, ils élisent Robert de Genève, qui, devenu pape en prenant le nom de Clément VII, s'installe en Avignon. L'Europe entre dans un long conflit de principe et se divise en deux camps, chacun alors prenant parti pour l'un ou l'autre pape, en fonction de ses seuls intérêts politiques. Alors qu'à Rome, Urbain VI continue à faire le vide autour de lui, en Avignon, Clément VII exerce avec sagesse son ministère.

Pierre de Lune finit par lui succéder en prenant le nom de Benoît XIII. Le livre « Le Porteur de Lumière » de Gérard Bavoux conclut que « C'est à partir de là, et suite à de nombreuses vicissitudes qui obligeront Benoît XIII à se retrancher dans la citadelle de Peñiscola, que devait commencer la vie cachée de cette Sainte Église ».

La vie secrète de l’Eglise

Il existe une Eglise d’Amour en opposition à l’Eglise de Rome, comme le soulignent AMOR et ROMA, ces deux mots latins désignant, en s’inversant sur eux-mêmes, l’un l’Amour, et l’autre la ville. Ce jeu de mot étonnant était pratiqué par les Cathares, ce qui leur valut peut-être une sévère vengeance de Rome, sous la forme de la terrible croisade contre les Albigeois. Ce remarquable passage de notre histoire était occulté depuis deux siècles au moment où Benoit XIII quitte Perpignan, pour se retirer définitivement à Peñiscola, près de Valence.

L’histoire nous décrit Benoit XIII comme infirme, mais toujours audacieux jusqu'à son dernier souffle. Au moment de rendre son âme à Dieu, il est déjà un personnage important dans l’histoire de l’Eglise... L’était-il vraiment et si oui pourquoi ? « On » dit que ce pape n’a pas fini sa vie en toute quiétude. Il aurait œuvré à la fondation d’une église secrète… une authentique église de l'ombre : la Sainte Église !

Si la situation d’un schisme existait au XVième Siècle, on la retrouve tout autant au XXième. En raison du Concile de Vatican II, et de la mort de Pie XII le 9 octobre 1958, une rumeur persistante prétendrait que le Vatican, à ce moment, se serait dévié de la croyance chrétienne. Il y aurait, par conséquent, des mouvements chrétiens prétendant conserver la vraie croyance … et continuer à sélectionner des « papes » selon d’autres critères que ceux admis au grand jour. Ce serait ainsi que Pie XIII aurait été élu, en 1998.
Bien sûr, un tel schisme secret n’a rien à voir avec le schisme du XVième Siècle. Le seul but de cet épisode est de montrer que la polémique existait – et existe – dans la croyance chrétienne.

Une Eglise peut-elle en masquer une autre ?

En ce qui concerne l'élection des souverains pontifes, le Droit canon est clair : l'élection d'un pape est nulle dès lors qu'elle est acquise sous la pression, comme ce fut le cas pour l'élection d'Urbain VI. Ceux qui, ensuite, élisent en toute conformité, sur le principe du Droit canon, un autre pape… donnent naissance à une authentique seconde église, celle qui est censée (selon eux) être la seule authentique dépositaire du « Dépôt de Pierre ». Bien sûr, une telle différence, dans le XXIième Siècle semblerait anodine. Mais c’est une chose primordiale pour le pape… et la lutte s’ouvre pour savoir quel pape est le véritable ‘berger’ de l’église chrétienne.
Dans cette interprétation, le pape reconnu est alors Clément VII… Quant à Benoit XIII, il se trouve sans statut officiel, et choisit de se retirer à Peñiscola. Mais est-il toujours le véritable pape et peut-il en avoir les fonctions et pouvoirs ? Il y a ceux qui disent « oui ».

Bien qu’en exil, Pedro de Luna (Benoît XIII) nomme des cardinaux en novembre 1422 : Jean Carrier, Julian de Loba, Jimeno Dahé et Dominique de Bonnefoi. La chronique raconte que ces quatre cardinaux seraient restés loyaux à Benoit… mais en réalité trois de ces cardinaux élisent pape Gil Sanchez de Munos (Clément VIII), qui ne règnera pas et abdique très vite… tandis que les trois cardinaux félons se rallient à Martin V, le pape romain.
Le premier, Jean Carrier, apprenant la trahison et la simonie des autres cardinaux, se déclare être le seul cardinal « authentique » et se donne la mission de conserver la lignée des papes secrets.

La lignée secrète

Peñiscola

Comme le Droit canon l’y autorise, Carrier constitue à lui seul un conclave légitime. En 1425, il procède à l’élection de Bernard Garnier, un prêtre français du diocèse de Rodez, lequel prend le nom de Benoît XIV. Dans cette élection, on continue à deviner une alliance avec l’Aragon et les Perillos… ces derniers ayant durant plus de trente ans soutenu et financé discrètement Pedro de Luna. N’oublions pas l’alliance par le mariage entre les Perillos et la famille de Pedro de Luna. C’est ainsi que la famille de Perillos, se retrouvant en possession de ce diocèse, continue à ‘sponsoriser’ Benoit XIII… et ses descendants.

Persécutés et traqués, le cardinal et le « pape » se cachent dans le centre de la France. Benoît XIV meurt quatre ans plus tard, non sans avoir nommé quatre cardinaux (dont l’un se nommait Jean Farald), lesquels élisent pape Jean Carrier en 1430, qui nomme aussitôt ses cardinaux : Pierre Trahinier (cardinal de Bethléem), Bernard (cardinal d’Hébron), Pierre Tifane (cardinal de Tibériade), Jean (cardinal de Gibelet), « X » (Cardinal de Iona) et Jacques (cardinal de Césarée). Ce sont ces cardinaux qui éliront Pierre Tifane (Benoît XV) en 1437 et Jean Langlade (Benoît XVI) en 1470. C’est à partir de là que commence vraiment la vie secrète de cette église.

L’église bénédictine

La lignée oubliée se cache dans l’ombre du temps et ses papes, eux-mêmes, indiquent le désir de poursuivre cette succession. Ils prennent la décision de faire le choix des successeurs parmi les cardinaux de France pour y élire un pape en secret. Et ce dernier serait le véritable pape, l’authentique berger de l’église.
Rien ne permet de dire que cette invisible lignée s’est arrêtée, même si a contrario, rien ne permet d'affirmer qu’elle a perduré et perdure toujours. A ce moment, on pourrait se demander si, dans l’Eglise, il y aurait des cardinaux ayant une alliance avec le pape… mais pas le Romain.
Sur ce propos, que peut-on penser de l’histoire de l’‘A.A.’, qui s’organisa comme un service secret au sein de l’église ? De toute évidence, cette ‘société’ est là pour la protection d’un secret. Mais lequel en vérité ? Est-ce vraiment le seul hasard si l’ ‘A.A.’ est devenue la dernière organisation secrète dans l’église française ?… où encore, comme on le prétend discrètement, elle détiendrait une ‘alliance secrète’ à propos d’un… ‘pape secret’ ?

Peu de chercheurs abordent cette étrange tradition. On connaît Paul Arnold et son roman "Une larme pour tous", et Jean Raspail dans "L’anneau du pêcheur" (1995). Dans ce roman, on retrouve un homme, en 1993, à Rodez, qui se dit être « Benoit ». Curieusement, cet auteur est convoqué à l’hôtel Matignon pour expliquer à son locataire de l’époque (Balladur) pourquoi les autorités ecclésiastiques semblaient avoir de bonnes raisons de s’émouvoir de son récit. On pourrait sérieusement se demander pourquoi…

« Quand Rome devient le centre de l’Antéchrist »

Si les débats politiques se dirigent quand même vers un sujet polémique, on observe ce phénomène : un point de vue est attaqué, souvent par un autre proposant, exactement l’opposé. Bien sûr, il y a toujours des observateurs pour dire que le pape de Rome est ‘le diable’, en raison des trésors de l’Eglise, toujours de plus en plus matériels… Alors qu’à l’opposé le message de Dieu est avant tout spirituel et détaché des biens matériels de la puissance des finances… et qu’en fonction de ce constat, Rome, ne pouvant représenter la pureté attendue, ne peut être que le Siège du Mal. Bien entendu !
Tel est le ton de certains débats publics ; mais pourquoi un autre débat plus spécifique que celui-ci n’existerait-il pas parmi les cardinaux de hautes fonctions ? Et si… pendant le XVième Siècle, peut-être même après, surtout en France, l’alliance avec Rome n’était toujours pas sécurisée ?

Où l’on retrouve Saunière et Perillos

On note que Saunière eut à la fois de la chance… et de la malchance. Parmi ses supérieurs, Billard laisse notre prêtre tranquille. Son successeur, Mgr. de Beauséjour, à l’opposé, ne supporte pas le comportement de Saunière.
Après la mort de Marie Dénarnaud, on voit Noël Corbu apparemment tenter des rapprochements ‘intimistes’ vers l’église, et même avec le pape. Si on ne sait pas exactement pourquoi… il y a cependant le témoignage de G. de Sède qui reste des plus intéressants. Il explique que l’évêché exerçait sur Rennes une étroite surveillance et aurait tenté d’acquérir les propriétés léguées par Saunière à sa servante. Cette dernière ne voulant rien lui céder, l’autorité religieuse aurait mis en place un stratagème astucieux. Un des parents de Marie n’aurait pas eu une conduite exemplaire durant l’occupation. Alors qu’il est détenu dans un camp de prisonnier, l’évêché lui envoie un émissaire de haute volée, l’abbé Gau, nouvellement élu à l’Assemblée, afin de lui proposer un marché : sa libération contre l’engagement de faire fléchir Marie pour qu’elle vende la propriété de Saunière. L’homme ne se fait pas prier… mais une fois dehors ne se soucie guère de respecter sa part de contrat ou peut-être ne peut-il la remplir avec succès…
Mais cette histoire a une suite et nous laissons la parole à G. de Sède : « Ce marché de dupes donna lieu, quelques années plus tard, à une bien singulière affaire. Un beau jour, l’évêché de Carcassonne reçoit la visite inopinée du nonce apostolique. Celui-ci vient s’enquérir au sujet du personnage dont nous venons de parler. En effet, ce personnage (appelons-le C.) a écrit quelques temps plus tôt au Vatican pour solliciter (car dit-il, il est fort pauvre) une bourse qui lui permettrait de faire élever ses enfants dans un établissement religieux de Carcassonne. Mérite-t-il cette faveur ? Telle est la question que vient poser le nonce. L’évêché, que le personnage a dupé, émet, bien entendu, un avis des plus défavorables : l’homme a trempé dans de vilaines affaires, ses mœurs sont douteuses, il ne manque nullement d’argent ; voilà ce que s’entend répondre le nonce, Mgr Angelo Roncalli, qui deviendra bientôt le pape Jean XXIII. On peut donc supposer, sans grand risque d’erreur, que ces renseignements peu flatteurs furent transmis au Vatican. Or, quelques mois plus tard, à la surprise générale, le Vatican accordait la bourse sollicitée. De quels moyens d’action disposait le demandeur ? »…
Mais on sait que l’attention de l’abbé Saunière se tourne, à la suite de celle de ses confrères, vers Perillos, l’ancien territoire des ‘sponsors’ de Benoit XIII, et ses successeurs.

Les événements de la succession de Benoit XIII se prolongent après 1415, et surtout après 1422, époque où s’efface discrètement de la scène ce pape ‘sponsorisé’ par les Perillos. On note qu’au même moment, un des Ramon de Perillos meurt sans enfants. Les territoires reviennent, par héritage, à son neveu, qui, couvert de dettes criantes, les revend aussitôt.
On note l’étrange présence à Perillos (document du notaire Courtade) d’un « tombeau royal », indiqué par Saunière, sur son moulage, comme « Tombeau de Christ », avec un « Tombeau de Joseph d’Arimatie » à côté. Ce serait une étrange erreur, de la part d’un prêtre, car on sait, en vérité, qu’il n’y aurait qu’un seul tombeau, celui de Joseph d’Arimatie. Mais, à mieux y réfléchir, on peut se demander si à une époque (ou pourquoi pas maintenant en secret ?..) il n’y avait qu’un pape …ou deux ?

Si… les cardinaux de France ont entretenu secrètement la succession d’un pape « de l’ombre », c’était obligatoirement dans un but précis ? Pourquoi pas la lutte, invisible, contre le pape de Rome ? En ce cas cet exercice difficile doit exiger de gros moyens pour entretenir ce genre de combat… et la prévision de réserves monétaires conséquentes !

Si… nous sommes 600 ans après la fondation de la tradition secrète de Benoit XIII, nous ignorons officiellement si la lignée existe encore. Nous pouvons toutefois supposer que son existence se poursuivit une cinquantaine d’années et sans doute plus. Vers 1420, sans doute Benoit XIII et les Perillos comprirent que la lutte se déroulerait dans le futur… sans pouvoir vraiment la situer dans un futur plus ou moins lointain. Alors un dépôt ‘monnayable’ à Perillos serait-il là pour permettre au descendant de Pedro de Luna de combattre un ‘faux pape’ de Rome et récupérer la tiare pontificale? Sur la maquette de Saunière on note la présence de certains mots clés, comme par exemple dans le cartouche l’inscription: ‘Etat primitif’ (sauf corruption ?), ainsi que la représentation de lieux paysagés de Jérusalem où se déroulèrent les derniers moments de la vie de Jésus et de la naissance de l’Eglise Chrétienne.
Doit-on comprendre, sur le négatif élastomère de la maquette, la présentation inversée du paysage comme une invitation – une aide – à affronter les derniers jours de l’Eglise Chrétienne … renversée ?… ou de son retour à un état primitif au moment où la lutte des deux papes commence ?

Bien sûr, ceci est un scénario spéculatif, et nous ne sommes pas les seuls à le suivre. Jean Robin, lui aussi, a parlé de cette tradition secrète… et en a fait le lien avec le mystère de Rennes-le-Château. Est-ce le fruit du hasard, ou la référence oubliée d’une croyance qui est au cœur du mystère ? Il est bien possible que nous ne tardions pas à le savoir…

Filip Coppens & André Douzet