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Société Périllos ©

Le Pas du Cheval
(2ème partie) - annexes ou images, ou...comment un toponyme
peut cacher bien des éléments fermés

 

Le Pas du Cheval

Dans notre chapitre précédent, nous n’avions matériellement pas pu entrer certaines images à propos des découvertes faites à proximité du secteur du Trou du cheval..

Cependant, avant d’en arriver à présenter ces images manquantes, nous profitons de cette annexe pour apporter quelques observations pratiques sur la carte I.G.N. concernée par ce secteur. Nousrelevons quelques observations assez étonnantes quand on voit que sur d’anciens relevés, elles s’avèrent différentes ou autrement placées. Dans un premier temps nous ne nous ne plaindrons pas car elles évitent que certaines curiosités malsaines puissent déborder plus qu’il ne soit nécessaire.

carte IGN

Pour commencer, nous allons observer sur cette carte le toponyme ‘Trou du Cavall’ ou ‘du cheval’. Ce nom, que nous classerons de façon arbitraire comme un microtoponyme, est en réalité un odonyme (ou hodonyme), puisque qu’il désigne un nom de lieu se référant à une voie de communication aussi réduite soit-elle. Sur la carte I.G.N. n°2547 OT, de 1989, ce nom se situe sur un angle prononcé de la limite communale entre Vingrau et Périllos, à quelques 250 m de la fin de la crête de La Serre (ainsi dénommé sur la carte). Le seul petit problème étant que sur le terrain, à cet endroit, il n’y a ni trou ni col… ‘pas’ ou passage mais seulement la fin infranchissable de la falaise!
On peut – avec nos grincheux de service – admettre qu’il n’y aurait à cet instant pas de quoi fouetter un chat, si d’autres observations ne venaient s’ajouter à la première. Par exemple, comment expliquer que ce ‘trou’ marque une invisible ligne administrative imaginaire et non le vieux chemin probablement là depuis l’Antiquité, voire plus ?

Des noms qui vont et viennent

Cette question elle aussi n’aurait guère d’importance si on ne tenait compte de la tradition liée à ce nom. En effet, il est d’abord dit que ce nom viendrait d’une anecdote burlesque. A une époque, un homme vient de village en village projeter des films cinématographiques à la population, un soir de temps à autres. A l’issue d’une de ces séances publiques, comme il s’en retourne, un violent orage le surprend au moment où sur sa route il franchit le pas entre les communes de Vingrau et Périllos. Pour protéger son matériel et lui-même, il ne trouve que l’opportunité de s’abriter dans une cavité qui s’appellera dès lors le Trou du cheval en raison de la monture portant le matériel de projection. S’il est vrai qu’autrefois c’était une chose fréquente pour de petites communes sans salle de cinéma, on reste étonné d’apprendre que ce technicien déplace ses bobines de film (38kg pour une bobine… souvent coupée en deux parties !) avec le projecteur à dos de cheval, et non dans un véhicule automobile… au long d’un chemin chaotique et non sur une route communale ou départementale, certes longue, mais plus commode.

Falaise aux cavités

De plus, en se faisant surprendre ici par la pluie, nous pensons logiquement qu’il se rend à son domicile se trouvant à Périllos et non à Embres, Tautavel ou Tuchan… Si l’homme retourne à Périllos, on est surpris qu’il n’y ait jamais exercé son art ou projeté de séance de cinéma, ni même à Opoul ! Mais après tout pourquoi pas, puisqu’on est jamais prophète en son pays. Même si cet épisode cocasse est tangible, il reste forcément récent par la technique cinématographique ne pouvant remonter avant l’invention, en 1894, du projecteur cinématographique par les frères Auguste et Louis Lumière, alors que le toponyme lui est bien plus ancien. Plus ancien certes, mais pas tant si on considère que ce nom devient conventionnel sur les documents terriers de la Révolution au détriment du précédent ‘Passe de La Madeleine’ (Castant 1525). Il peut s’agir, comme certains le pensent, d’un coup de torchon révolutionnaire donné sur les Hagiotoponymes ; c’est très possible après tout. Mais comme ici il n’est question que d’un prénom féminin, non précédé de ’sainte’, il peut s’entendre comme n’importe quel autre sans conséquence pouvant ne pas être soumis aux foudres destructrices révolutionnaires. Ce ne fut pas le cas, et ce nom fut piétiné par les fers de sabots d’un ‘cavall’ plus propre et moins porteur de miasmes suggestifs, bien que peut-être chargé d’un projecteur et de bobines de films au village. Toujours est-il que cette modification n’a pas de raison d’être, sauf celle dont on ignore tout. Quoi qu’il en soit nous sommes face au changement d’un nom de lieu sans grande raison ni logique si on résume le problème à un nom ‘Pas de la Madeleine ‘, qui devient ‘Traü del Cavall’. Dans les deux cas il faut bien ajouter que rien ne crédite plus l’un que l’autre.

Ensuite il faut convenir qu’ici se superpose une histoire burlesque à dormir debout, sans doute cousue lors du XIXème siècle aux les précédentes, pour cacher quelque chose de totalement inconnue. C’est un peu comme si en cette fin de XIXème siècle, quelqu’un venu par là (oui, mais qui ?) aurait demandé pourquoi ce toponyme, et qu’on lui serve alors cette amusante légende afin de couper court à des questions pouvant devenir irritantes… Non seulement cela aurait marché mais le pare-feu tient encore et s’est stabilisé dans la durée sans que personne ne réfléchisse qu’un cheval chargé en pleine nuit n’a aucune chance de franchir ce pas sans se blesser grièvement. Par contre, un mulet bâté le peut sans problème tant son pas est assuré en montagne comme peuvent l’assurer les équipages d’unités de Chasseurs Alpins.

Si ce réalisme est des plus logiques, ceci sera bien notre ‘plus belle conquête’ qui, contre toute attente, sera de service pour assurer le toponyme du lieu ! Il n’empêche qu’à ce degré, nous devons également admettre que ce changement, survenu au moment des convulsions administratives de 1789, n’a aucune chance de coller à l’anecdotique récit car les révolutionnaires ne sont guère visionnaires et ne peuvent prophétiser, sans s’auto-guillotiner, l’épisode du machiniste de cinéma se déroulant près d’un siècle plus tard.
Mais ce n’est pas encore tout concernant les cartes I.G.N. de ce superbe secteur. La carte 2547 OT (1/25000°) nous montre la limite communale entre Vingrau et Périllos marquée du nom de Trou du Cavall. Quand au chemin, il passe 250m plus bas, là où une faille s’ouvre entre deux roches significatives comme nous l’avons vu dans notre premier chapitre. Erreur des topographes ? Négligence d’un service national de relevé ? Indifférence des services communaux ? Qui peut le dire. Toujours est-il que l’évidence est là, bien campée face à nous. Pourtant comment croire que l’arrière grand-mère des cartes de nos jours, celle dressée par César François Cassini de Thury, comporte la justesse du passage et pas nos cartes modernes ? Nos modernes cartographes au service du sévère état-major militaire, d’où toute fantaisie est exclue, auraient donc commis cette erreur… eux capables de nous donner un calvaire, une source, un détail minutieux à quelques mètres près. Comment croire une telle impossibilité ? A ceci vient s’ajouter le fait que nous disposons désormais, dans l’arsenal catographique du chassis général de la France, le moyen par satellite de retrouver un élément sur le terrrain. Ceci, n’importe lequel – laquelle – d’entre nous peut en vérifier la précision et la véracité sur le moindre moteur de recherche. Alors comment expliquer cette cuisante série d’incohérences sur un secteur de 300m de longueur en plein pays français ?
A ce stade nous pouvons croire à la fin de nos déconvenues. Et bien nous devons déchanter car la série continue ; de pire en pire, car nous voici à la dernière édition de la carte I.G.N. en question. Elle est superbe, remise à jour comme on nous l’annonce, avec en plus une toponymie se déclinant en catalan ! Notre Trou du Cavall devient Trau del Cavall, comme l’Oriole devient la Vall Oriola et le couvent Ste Cécile, El convent de Santa Cécilia. Cela fait plus régional et en principe, n’enlève rien à la lecture d’un cheminement. Mais hélas une fois encore ce ne sera qu’une théorie impossible. Dans la réalité, le chemin – toujours décalé par rapport au nom de lieu – non seulement ne poursuit pas sa route vers le territoire de Périllos… mais repart immédiatement le collet franchi, en épingle à cheveux, et résolument vers Vingrau par le versant sud ! Il en est fini du Passage à cheval, à mulet, à pied, ou même en patins à roulettes, permettant de transiter entre Périllos et Vingrau. On croit rêver !

De tout ce passé topographique et traditionnel, concentré sur une portion étroitement localisée d’un territoire, ne reste rien d’officiel ni d’administratif. A la trappe la tradition, sa petite histoire si populaire et l’archéologie ! A la trappe de l’ignorence, car à présent on doit suivre sagement le chemin de randonnée pédestre balisé et décrit sur cette carte qui nous ramène en boucle au village de Vingrau ! Léo Ferré nous avait bien chanté que « les gens qui pensent en rond on les idées courbes », mais à ce point-là, sans le voir nous n’aurions pu le croire.

Retour sur l'impossible terrain

Trou du Cavall

Si les cartes mentionnent non pas un ‘passage’ mais un ‘trou’, ne faut-il pas penser que nous devons trouver un trou, une percée dans la roche native, au lieu d’un collet ? Certes, parfois un col s’apparente à une trouée ; mais en ce cas, il doit son nom au fait de l’homme qui aménage considérablement par ses travaux la nature, à des fins de franchissement montagneux comme une ‘pierre scize’ en est la preuve. Dans ce cas on est bien face à une trouée et non un trou. Jusque là admettons pouvoir accepter cette vision topographique sans grande importance excepté le fait de passer d’un côté à l’autre d’une montagne ou d’une chaîne montagneuse.

L’ennui une fois de plus dans le cas qui nous préoccupe, réside dans les curiosités rocheuses de ce secteur. D’abord le passage se fait par une faille naturelle de basse altitude aménagée, ensuite d’un passage en pavage fait par l’homme. Mais ensuite, à peu de distance en direction de Vingrau, on trouve effectivement un superbe trou naturel dans le haut de la falaise, presque au niveau de la cote d’altitude 558 inscrite sur la carte. C’est quasiment à l’aplomb de cette superbe ouverture que, côté Périllos, se situent les gravures mains, pieds et fers ou lunes… et quelques autres petites curiosités en forme de grottes, avens, ou abris sous roches.

L’aspect archéologique et historique de ces éléments est incontestable. Pour nous, il en est de même pour ce que mettent en évidence ces gravures, leur symbolisme et surtout les informations qu’elles nous donnent en fonction d’un passé des secteurs de la Mourtre et de certaines terres interdites des Périllos.
Si nous nous penchons sur les cartes I.G.N. concernées, nous avons beau chercher dans le foisonnement des détails topographiques du secteur, le nombre des cavités reconnues est pour le moins réduit à la part congrue. Bien que nous ne soyons pas de la commune ou spéléologue endurci, nous connaissons à présent plus d’une dizaine de cavités sur le versant Vingrau et à peine moins sur le côté Périllos… alors que pas une seule grotte n’est répertoriée pour ce secteur sur les cartes. C’est pour le moins étonnant car il est difficile de nous faire croire que les deux communes restent ignorantes de ces particularités naturelles et qu’elles ne les aient pas signalées aux services de l’I.G.N. A moins forcément que ces derniers aient délibérément choisi de ne pas en faire mention. Dans un cas comme dans l’autre, les raisons de ce silence seraient intéressantes à connaître. On peut accepter l’argument de vouloir protéger certaines de ces cavités qui abritent par exemple des nécropoles à incinération ou autres contenant des vestiges de sédentarisation d’époques différentes. Mais en ce cas, on peut en parler sans pour autant donner les coordonnées topographiques, expliquant que ces éléments apprennent qu’il y eut ici de la vie, et de fait certains cultes pratiqués dans ces refuges sanctuaires, qui sont autant de vestiges à protéger de la déprédation. De plus, il faut bien dire que ces points superstitieux antiques sont souvent recouverts d’une couche imposée par la religion et notre sainte mère l’Église… Voiler tout ceci n’est, en fait, qu’un secret de Polichinel en forme de rumeur, continuant sous le manteau à circuler et à révéler ça et là des détails sur lesquels finissent par se ruer ceux faisant de la piraterie et du pillage leur sport favori. Si c’est bien dommage, nous ne pouvons qu’applaudir au moment où une galerie s’effondre naturellement sur des vestiges ainsi protégés à jamais de la cupidité des hommes.

Petites découvertes entre amis

Pièce trouvée au Trou du Cavall

De tous ces sites et mémoires remontent parfois des vestiges trouvés par quelques anciens bergers, agriculteurs, chasseurs ou curieux des générations passées. Parfois l’un deux, nous honorant de sa confiance, nous confie le lieu d’un site qu’il connaît ou nous montre un objet retrouvé il y a souvent longtemps (et prescription !). De cette façon nous présentions précédemment une petite statuette à tête féminine, semblant vêtue d’un manteau. A ceci nous avons le plaisir d’ajouter à présent une sorte de pièce ou ‘méreau’ découvert avec d’autres monnaies anciennes sur ce secteur (peut-être un numismate chevronné pourrait-il nous en dire plus sur cette pièce). Si nous sommes en présence d’un de ces jetons de reconnaissance il serait instructif d’en savoir la correspondance puisque, souvent, ils servaient de signe distinctif au sein d’une corporation ou d’une caste.

Pièce trouvée au Trou du Cavall

Au demeurant, ce mot ‘méreau’ provenant du latin merere signifierait « être digne de » ou « mériter », pour ensuite décliner vers les formes « mérel », « merelles », « marelles ». Cette dérive, pour notre plus grand bonheur, nous conduirait au jeu de la marelle et de celui qui se pratique avec l’aide de Dieu : le jeu de l’oie ! Mais ne rêvons pas trop tout de même et restons à nos découvertes pour l’instant.
A ces monnaies, ou jetons, s’ajoute encore une pièce relativement rare : un grattoir en quartz incolore. Habituellement ce minéral se présente sous la forme de cristaux formés, alors qu’ici nous avons un gros éclat sans taille ou facette pouvant éventuellement provenir de la casse d’un gros cristal dont les morceaux auraient été disputés. Si ce vestige est peu fréquent sous sa forme de grattoir, il n’en est pas moins répertorié dans plusieurs musées et catalogué pour un usage à l’époque néolithique.

grattoir en quartz (avec place de la prise des doigts)

 

L’usage d’un tel outil minéral aurait été peut-être apprécié pour sa beauté et sa solidité puisque classé d’une dureté de 7/10 sur l’échelle de Mohs. Dans ce cas, il est cependant reconnu pour avoir été plutôt choisi à des fins plus votives que pratiques par son aspect rare, superbe et éclatant. Celui que nous présentons ici a été retrouvé dans une des cavités en question sur le versant Périllos, près des gravures. Si l’exemplaire que nous voyons ici est un élément plus rituel que domestique il pourrait éventuellement – et sous réserve d’un avis éclairé – expliquer sa présence à proximité d’un lieu magique, rituel ou voué à un culte oublié orienté vers une nécropole comme celle déjà appréhendée dans nos deux chapitres précédents. Il ne peut, par contre, s’agir d’un éclat hasardeux car on distingue parfaitement la taille de l’emplacement des doigts pour un usage optimum.


Anse brisée recto

Nous ajoutons un tesson de poterie comportant une sorte de anse en terre assez frustre, de teinte noire, avec des éclats luisants, sans doute cuite avec un enduit donnant une teinte terre de sienne sombre. Le décor montre un visage au front, menton et nez proéminents tandis que les yeux, assez gros, sont enfoncés dans leurs orbites. Selon la cassure visible à l’arrière de ce tesson on peut deviner que la pièce entière ne peut avoir été un récipient mais une sorte de plat tenu par deux, trois, voire plus, anses de cette sorte. Peut-être était-ce là un brûle-parfum ou un plat à offrande ?

Anse brisée verso

Une plus belle pièce à été retrouvée vers le ‘Trou’, à peu de distance de ce qui était l’orifice d’accès de la grotte effondrée. Il s’agit des restes d’un cheval en serpentine dont il manque le bas des quatre pattes. La main qui le présente permet d’en deviner la taille. La facture de cette petite oeuvre d’art est particulièrement soignée et précise. Cette pièce est actuellement soumise à un expert, cependant les premières conclusions la feraient remonter aux IXème ou XIème siècles. Il est vrai qu’en référence on peut comparer les harnachements et le mors, toute proportions de grandeur gardées, avec la statue équestre en bronze de Charlemagne (ou de son petit-fils Charles le Chauve) exposée au musée du Louvre.

Le cheval trouvé prés du site "le Pas du cavall"

Une des pattes étant retrouvée nous ne désespérons pas que soient retrouvées les autres ou, en leur absence, de faire reconstituer entièrement le sujet avec une résine de couleur neutre.
Tout ceci nous montre à l’évidence que ce secteur aujourd’hui oublié, effacé des cartes récentes et méprisé, fut fréquenté en tant que lieu ponctuellement sédentarisé, à des fins cultuelles ou funéraires. Ce qui ne nous empêche pas de poser ouvertement ici la question : pourquoi certains détails topographiques ou toponymiques subissent de telles modifications et quel pourrait être l’intérêt de telles manipulations trop visibles pour échapper à notre attention ?
En attendant de bien hypothétiques réponses, dès que nous aurons d’autres éléments découverts sur cet endroit – ce qui ne saurait tarder – ils entreront à la suite de ce chapitre avec nos dernières découvertes sur le site de l’ancien couvent Sainte Cécile (El convent de Santa Cécilia).

André Douzet
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15 octobre 2009