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Le
Prieuré de Sion (1ère partie) - « une société secrète » |
Possibilités
pour un prieuré fantaisiste
Le
‘grand public’ prend connaissance de l’existence d’un
ordre du Prieuré de Sion avec l’arrivée de l’affaire
‘de Rennes le Château’… du moins pourrions-nous
dire « d’un Prieuré de Sion » car rien ne prouvera
jamais qu’à cette époque il y eut des certitudes sur
son authenticité…
L'homme au centre de ce fameux Prieuré de Sion est un certain Pierre
Plantard. Qui est Pierre Plantard ? Pour certains, il s’agit d’un
chercheur génial… pour d’autres, il est peut-être
un escroc, mais aussi, pour une autre catégorie de spécialistes,
il serait un aristocrate de haute noblesse ou ni plus ni moins qu’un
descendant du Christ !? Pour citer Dan Burstein : « Il est souvent
difficile en ce qui concerne Plantard de trouver la ligne de ce qui est
connu et ce qui est la légende. » En même temps, il est
clair que l'évidence a souvent été interprétée
d’une manière plus complexe que nécessaire. Dans cette
analyse, nous essayerons plus spécialement d’interpréter
ses actions ou un comportement cohérent chez cet homme – et
ses mystères.
Naissance
d’un prieuré au-dessus de tous soupçons
Le
Prieuré de Sion est né avec l’enregistrement, sous ce
nom associatif, le 7 mai 1956, à la sous-préfecture de St-Julien-en-Genevois,
en Haute Savoie. Suivant la loi de 1901, les associations doivent être
enregistrées en tant que telle, et de fait, cela n’a donc rien
d’anormal en la circonstance. Heureusement, ce document officiel nous
fournit un élément de première main, non corrompu par
des « volontés ou interventions voilées » postérieures.
Son
bureau était ainsi déclaré et composé : comme
président nous trouvons monsieur André Bonhomme (profession
listée comme correspondant de presse) qui, étrangement, indique
également son nom d'emprunt : Stanis Bellas. Ensuite, le secrétaire
Pierre Plantard (profession : journaliste) propose aussi le pseudonyme de
Chyren… Le poste de trésorier est tenu par Armand Defago, technicien
à Annemasse. Il y a également un vice-président, Jean
Deleaval, dessinateur à Genève. Nous pouvons nous demander
dans quelle intention le président et son secrétaire choisissent
officiellement des surnoms, lors de l’enregistrement des statuts.
Ajoutons que celui de Pierre Plantard, Chyren, est utilisé par Nostradamus
dans ses prophéties...
Image © Paul Smith
L'adresse de l'association se trouve dans une demeure appelée «
Sous-Cassan » à Annemasse. Il s’agit de l’adresse
de Plantard. C’est une pratique courante de situer le siège
légal d’une société au domicile de son président
ou de son secrétaire.
L'association est donc en mesure de fonctionner et la sous-préfecture
en transmet la déclaration lors d’une publication au Journal
Officiel, le 25 juin 1956. Quelques chercheurs ont beaucoup parlé
de cette "annonce officielle". Cependant, en réalité,
il ne s’agit de rien de plus qu’une annonce faite par les services
administratifs. Une organisation est « active » dès son
inscription au service ‘associations loi de 1901’ d’une
préfecture ; l'annonce dans les colonnes du Journal Officiel n’est
qu’une démarche administrative gouvernementale, en exécution
de la loi, faite pour que tout un chacun puisse en prendre connaissance
officiellement. Des chercheurs ont également noté que l'association
avait été répertoriée comme « étude
et aide mutuelle ». C’est un terme générique,
comme celui des « Sociétés d’Amitié »
anglaises, ou françaises, utilisé par beaucoup d’associations.
Les
surprises de la vie associative
Des
quatre membres officiels du bureau, seuls Plantard et Bonhomme sont répertoriés
officiellement. Notons également qu'en août 1973, monsieur
Bonhomme écrit à la sous-préfecture pour indiquer qu'il
démissionne de la charge de président de l’ «
Association du Prieuré de Sion ». Curieusement, personne n’objecte
que les statuts de l'organisation prévoient l’élection
d'un nouveau président… qui n’aura jamais lieu…
pas plus d’ailleurs qu’il n’y aura de compte-rendu ou
rapport venant des autres officiers et déposé en sous-préfecture
concernant un nouveau président.
En conclusion, après avoir vérifié le Journal Officiel,
nous notons qu'il n'y a pas eu d’activité ou compte-rendu d’assemblée
générale ordinaire et encore moins extraordinaire pour ce
fameux Prieuré de Sion. Ce qui signifie brièvement que cette
association n’eut aucune vie, et qu’à un certain moment,
elle fut dissoute de fait, faute de ne pas avoir respecté le règlement
administratif. A notre connaissance, nous ne disposons d’aucune référence
mentionnant la date où l'association est officiellement dissoute.
La sous-préfecture, normalement, doit recevoir le compte-rendu de
toutes les assemblées générales. Si aucune communication
ne parvient d'une association pendant dix ou douze années, les autorités
dissolvent automatiquement l'association, partant du principe que cette
dernière ne fonctionne plus. Rien n’indique qu’une telle
communication n’ait été jamais reçue par la sous-préfecture
après la création du Prieuré en 1956. Dans le cas contraire,
cela impliquerait que vers l’an 1970, la préfecture n’ait
plus pris en compte cette association dans ses registres… Cela signifierait
que la lettre de Bonhomme à la préfecture, annonçant
sa démission, est devenue inutile.
Farces
en tous genres
En
1996, monsieur Bonhomme affirme à la BBC : « Le Prieuré
n'existe plus. Nous n'avons jamais été impliqués dans
aucune activité à caractère politique. Nous étions
quatre amis qui voulions nous amuser. Nous nous sommes appelés ‘le
Prieuré de Sion’ parce qu'il y avait une montagne avec le même
nom près de chez nous. Je n'ai pas vu Pierre Plantard depuis vingt
ans et je ne sais pas ce qu'il est devenu, mais il a toujours eu une grande
imagination. Je ne sais pas pourquoi les gens essaient de faire une si grande
chose de rien ». Dans ses propos, Bonhomme semble confirmer la dissolution
de l’association, ce qui signifierait que depuis un moment non identifiable
avec précision, il n'existe plus d’association française
enregistrée sous le nom de « Prieuré de Sion »...
Mais alors… dans ce cas, les allégations de monsieur Gino Sandri
s’annonçant en tant que « secrétaire général
», qui est une fonction jamais prévue, ni définie dans
les statuts de 1956, ne peut se prétendre d’un titre sans fondement…
et ne peut, encore moins, se présenter comme porte-parole d’une
organisation inexistante.
Naturellement, à tout moment, un « Prieuré de Sion »
peut fort bien avoir été créé dans un autre
pays… mais à notre connaissance, personne n’a jamais
identifié une telle organisation officiellement déclarée
près des services administratifs compétents. Ajoutons, enfin,
que l’association le « Prieuré de Sion » n’a
pas non plus fait la moindre communication au sujet d’une telle naissance.
But
avoué ou dissimulé astucieusement ?
Les
statuts donnent au Prieuré un sous-titre : CIRCUIT. Ce nom provient
de l’initiale des mots Chevalerie d’Institution et Règle
Catholique et d’Union Indépendante Traditionaliste. Mais quelle
est la signification d'un circuit, du mot ‘circuit’? C'est un
chemin à suivre… qui de temps en temps peut conduire vers le
début ou le but ? Mais alors, quel est ce BUT ? Pour citer les statuts
: « la constitution d'un Ordre Catholique, destiné à
restituer sous une forme moderne, en lui conservant son caractère
traditionaliste, l’antique chevalerie qui fut le promoteur pour son
action, d’un idéal hautement moralisateur et l’élément
d’une amélioration constante des règles de vie de la
personnalité humaine. »
C'est
une portée d’information d’un niveau bien plus élevé
qu’il n’y paraît… Ces statuts soulignent, si l’on
sait les comprendre, encore plus de précision sur leur but spécifique
: pour établir un « Prieuré, qui servira de centre
d'études, de méditation, de repos et de prières »,
sur la Montagne de Sion, qui est une montagne de 785 m de hauteur, à
30 kilomètres d'Annemasse et à 8 kilomètres de St-Julien.
Peut- on supposer qu’il ne puisse qu’être question d’une
association ou d’un groupe de personnes dont le seul loisir (très
louable au demeurant) soit de pratiquer l’escalade de la montagne
voisine, afin de s’y rassembler au sommet et d’y discuter des
valeurs traditionnelles de la vie ?… Restons sérieux !
Les statuts notent que l'adhésion est ouverte aux catholiques, dès
l'âge de 21 ans (l'âge de la majorité en 1956). Les membres
sont organisés en neuf catégories ; l’adhésion
dans chacune d’entre elles pouvant se multiplier par trois, on pouvait,
par conséquent, arriver à une possible adhésion totale
de 9841 membres.
Le « président » sera connu sous le titre « nautonier
». Ce titre suggère essentiellement que la communauté
doit être orientée, plutôt que menée ou présidée.
De toute évidence, cette ‘vision’ suggère un groupe
de personnes marchant vers le haut d'une colline pour méditer…
comme s’il y avait donc eu un pèlerinage oublié ou secret
à cet endroit.
Bien que géographiquement il s’agisse d’une organisation
concentrée sur la région de la Haute Savoie, les statuts indiquent
néanmoins que l'adhésion sera divisée en 729 provinces,
27 commanderies et un « haut bureau », l’Arche ‘Kyria’,
composé des quatre catégories principales, ou de 40 membres
au total.
L’union
aurait fait la force…
Certaines
questions, logiquement, doivent être posées à la lecture
de ces statuts : pourquoi avoir une répartition si complexe et pointue
dans les statuts, tant de degrés, tant de subdivisions ? C'est un
plan fortement ambitieux et qui suggère un mouvement de masse, pour
entourer la jeunesse de la France, plutôt qu'une organisation qui
semble favoriser les retraites spirituelles sur le Mont Sion près
d'Annemasse. Comment les fondateurs de cette ‘association’ n’ont-ils
jamais pensé qu’une telle masse de personnes puissent les rejoindre
? Comment trouveraient-ils, ou recruteraient-ils, 10.000 personnes en France
intéressées par cette ‘mission’ si ponctuellement
géographique, donc ayant peu de chance d’être connue
d’un large public, pour méditer sur une colline moins inspirée
qu’elle ne le paraît?
A
ces questions et constats n’oublions pas d’ajouter les propos
du président Monsieur Bonhomme qui déclarait « Nous
étions quatre amis qui voulions nous amuser. Nous nous sommes appelés
le Prieuré de Sion parce qu'il y avait une montagne avec le même
nom près de chez nous ». Donc… soit il s’agit d’une
franche plaisanterie… soit il s’agit d’un mouvement dont
les détails nous montrent des mécanismes très complexes
et prévus pour un but… un circuit… nettement moins ‘canulardesque’
que celui affirmé à la BBC.
En conclusion, notons que le Mont Sion le plus célèbre est, naturellement, celui qui se trouve à Jérusalem… Quant aux « chevaliers catholiques » de l’association du dit « prieuré de Sion », ils pourraient fort bien être une référence discrète mais directe aux chevaliers templiers – ou n'importe quel autre ordre chevaleresque impliqué dans l’affaire du « Saint Sépulcre » ! En fait, les statuts du Prieuré de Sion rendent tout à fait évident qu’il s’agit d’un ordre pouvant s’inscrire dans une mouvance néo-templière, comme pourrait l’expliquer les multiples provinces, commanderies et « grand conseil ». Le centre de leur univers n'est pas Jérusalem… mais leur propre montagne sainte, Montagne de Sion, près d'Annemasse… ainsi que les statuts en définissent le principe.
Le
travail commencé… et bien fini
Le mécanisme de liaison et d’extériorisation de l'organisation était un bulletin d’information. Une douzaine de numéros de CIRCUIT ont été publiés, gratuitement, en 1956. Tous ceux qui ont lu ces textes conviennent qu'il y a peu de choses intéressantes à y trouver sur un plan attendu comme spirituel ou ésotérique… et que leur portée n'est certainement pas de nature ésotérique. Picknett et Prince notent : « Il doit y avoir plus dans CIRCUIT que ce que l’œil peut y rencontrer… et il semble que ce fut le cas. Pendant que nous regardions les articles journaliers concernant l’achat de crayons en vrac, quelque chose a commencé à nous bouleverser, quelque chose d’étrangement familier. Un modèle émergeait, comme par exemple le choix répétitif des endroits particuliers, édition des adresses de contact et des numéros de téléphone, ou références voilées à certaines figures politiques.... Alors ceci nous a frappé. CIRCUIT était écrit exactement comme les publications de la Résistance pendant la guerre. » Picknett et Prince présentent ainsi l'idée que CIRCUIT était un « bulletin de rue » librement distribué aux masses, mais pouvant être seulement compris réellement par une petite partie de ces personnes, qui pouvaient comprendre ce que les mots indiquaient vraiment… plutôt que le sens primaire de ces mots.
Résister
comme mot d’ordre ?
Si
tel est le cas, l’attente de ce bulletin associatif signifierait qu'elle
aurait été atteinte pleinement avec un douzaine de numéros…
La vraie mission de ce ‘circuit’ a été accomplie,
et elle était le vrai et seul but du Prieuré de Sion : la
publication d'un « journal de résistance ». Mais saurons-nous
de quelle résistance il s’agissait et… contre qui ou
quoi ? Cependant, si cette hypothèse se vérifiait, il serait
incontestable, alors, que le vrai but du Prieuré de Sion d’Annemasse
ait été (sous des aspects farfelus bien réussis) en
grande partie strictement limité, à la fois dans le Temps
(de 1956), et tout aussi limité dans l'Espace de ceux qui l'ont obtenu
gratuitement, mais en en connaissant le but spécifique.
Cela impliquerait qu'à partir de 1957, le travail du Prieuré
soit avait abouti, soit était terminé, soit avait complètement
échoué… Quoiqu’il en soit, tout était fini.
Si cette action était celle que nous commençons à envisager,
elle suggérerait également que les statuts et les buts réels,
et secrets, étaient différents… et que les véritables
missions disposaient réellement d’une couverture, qui montra
son efficacité pour accomplir son vrai destin… qui, cependant
pourrait avoir été illégal ou politiquement subversif…