Plan du site | Recherche | Forums | Publications | Actualités
Le
Prieuré de Sion (3ième partie) - Plantard pour la France |

L’aube
du Prieuré
À
partir des années 60, Plantard déclare que le Prieuré
est déjà existant depuis l’époque médiévale,
au moment des croisades en Terre Sainte. Il ajoute que l'enregistrement
de 1956 n'est pas le début de l'organisation, mais essentiellement
sa fin en tant que ‘société secrète’ :
la fin du commencement, le début de la phase suivante ; une Renaissance.
Comme l'ordre progressivement devient plus ancien (1942, puis 1937, puis
1934), ainsi fut daté le prieuré, mais de façon plus
impressionnante, car il remonterait au 12ième siècle, pour
être revendiqué seulement du 18ième siècle.
Quant à Plantard lui-même : en 1984, il prétend avoir
pris ses fonctions dans le Prieuré le 10 juillet 1943 – quelques
mois après la fin de ‘Vaincre’. Plantard a choisi l’Abbé
François Ducaud-Bourget pour mentor et le présente comme la
personne l'ayant vivement recommandé pour l’initiation. Ducaud-Bourget
était l'aumônier conventuel de l'Ordre de Malte (un des Ordres
les plus respectés). C’est un homme qui s’était
vu attribuer la médaille de la Résistance pour son activité
durant la deuxième guerre mondiale. Plus tard, Ducaud-Bourget sera
choisi pour occuper la place de Nautonier du Prieuré dans les années
60.
Interludium
Un
an après la fin de ‘Vaincre’, Plantard est envoyé
en prison pour une durée de quatre mois ; les raisons de cet enfermement
restent officiellement inconnues. Il ne faisait pas de secret au sujet de
cet emprisonnement, disant qu’il avait passé son temps d’incarcération
à la prison de Fresnes, près de Paris, entre octobre 1943
et février 1944.
Il prétendait avoir été condamné pour sa participation
dans des activités de résistance. Après la guerre,
il a été confirmé que Plantard n'avait pas de casier
judiciaire à cette période ; ainsi, nous pouvons supposer
que ce n'est pas la loi française qu'il avait violée…
D’ailleurs, sa mère a confirmé que son fils avait été
arrêté par la Gestapo, et non par la police française.
Sans cause définie concernant son arrestation, autre que des « activités
de Résistance », il n’est pas évident que son
arrestation ait eu quoi que ce soit à faire avec l'Ordre qu'il avait
créé, ou avec d'autres activités de cette coloration.
Dans un des rapports de police de cette époque, nous lisons : « Plantard semble être un jeune homme étrange, sorti des rails, car il semble croire que lui et lui seul est capable de fournir à la jeunesse française la conduite efficace. Il n'a pas attiré autrement l'attention des autorités du point de vue de sa vie privée ou d'une perspective politique, et le bureau de casiers judiciaires nous a retourné une forme d'enquête avec la mention « inconnu de nos services ».
La
Suisse…
Pour
quelqu'un désireux de changer la France, Plantard se déplace
en Suisse en 1947, près du Lac Léman, mais il revient du côté
français de la frontière en 1951, pour s'établir à
Annemasse. On pense que sa profession était celle de dessinateur…
alors qu'il affirme avoir été journaliste, dans les statuts
du Prieuré en 1956. Ce dernier essai d’esquive est, peut-être,
une tentative afin de jouir de certains privilèges ‘journalistiques’,
qu’il pouvait avoir l'intention d’employer pour CIRCUIT.
Dans
les années 80 une source anonyme suppose qu'en 1952 Plantard effectuait
des transferts illicites, « des lingots d'or à partir de la
France vers la Suisse », en indiquant que c’était
à destination de l’Union des Banques Suisses. La quantité
estimée concernait plus de 100 millions de francs. S’étant
fait prendre, ou fortement soupçonner, ce serait pour cette raison
qu'il fut contraint de comparaître devant une cour criminelle pour
cette fraude.
Baigent, Leigh et Lincoln ont confronté Plantard avec cette allégation
et il a admis les transferts, mais ajouté que ce n'avait pas de caractère
illégal à cette période. Il a déclaré
que bien qu'il ait été emprisonné, il l’avait
été pour une autre cause.
Ce rapport est confirmé dans une lettre de la sous-préfecture
de Saint-Julien, impliquant le maire d'Annemasse, datée du 8 juin
1956 et liée ainsi à la base du Prieuré. La lettre
déclare qu'en décembre 1953, Plantard a été
condamné à six mois de prison pour abus de confiance…
on comprend, alors, qu’il s’agit de détournement. Les
lois françaises interdisent d’obtenir plus d’informations
quant à l’identité de la victime, ainsi que d’autres
détails sur ce genre d’affaire. Il semble évident qu’au
début des années 50, Plantard travaillait à augmenter
ses revenus en exécutant des transferts financiers. Qu'il ait été
impliqué dans des transferts financiers entre la France et la Suisse
peut être expliqué par le fait qu'il a habité d'abord
en Suisse et ensuite soldé le compte juste avant de passer la frontière.
La rumeur, dans les années 1980 et la confirmation des transferts
d'or, en 1953, semblent effectivement être liées à des
sujets d'argent ou d’ordre financier.
Plantard était-il seul, ou plusieurs personnes essayaient-elles de faire passer de l'argent d'un pays à l'autre ? Lui-même a argué du fait qu'il y avait autre chose au-dessous. Il a déclaré que le transfert d'or devait aider un réseau qui voulait placer de Gaulle au pouvoir. C'est une grande revendication, mais les chercheurs ont constaté que le transfert a effectivement coïncidé avec la dissolution du RPF (SAC), l’armée ‘privée’ de Charles de Gaulle. Cet événement lui-même a marqué le commencement d'une campagne pour le retour de ce dernier sur la scène politique. Quelques chercheurs se sont alors demandés si Plantard travaillait effectivement, mais discrètement, pour le SAC.
Les
événements de 1958
Libéré
de prison, en 1956, Plantard et ‘Cie’ créent le fameux
‘Prieuré’. Dans quel but ? Nous savons qu'en 1958, il
collabore avec Gaston Fould, un banquier juif bien connu, à l’élaboration
du ‘Manifeste aux Français’… encore un autre appel
pour « la Rénovation Française ». Ce document
était en conformité avec les statuts de l'Ordre et du Prieuré,
mais il est également clair que Plantard n'est, alors, pas si ‘indépendant’
que les statuts du Prieuré le laissaient supposer. Quel était
le vrai but du Prieuré ? Était-ce en effet un « Journal
de Résistance », comme Picknett et Prince l’affirment
? Et pour qui prêchait-il ?..
De Gaulle
Des sources affirment qu’en 1958, Plantard est secrétaire des « Comités de Salut Public ». Si ceci peut sembler être une fonction gouvernementale il en est autrement dans la réalité. En effet, les « Comités de Salut Public » sont des cellules dispersées essayant d'apporter et entretenir le pouvoir indispensable pour Charles de Gaulle. Si Plantard était en effet impliqué dans ces « cellules terroristes », CIRCUIT peut en effet être interprété en tant que « Journal de Résistance », donnant des informations aux camarades de la cause de de Gaulle. Ceci signifierait que le Prieuré de Sion était une façade pour un tel Comité.
En outre, la possibilité que Plantard ait travaillé pour de Gaulle et le SAC peut remonter à la deuxième guerre mondiale. Notons que « Alpha Galates » signifie « premiers Gaulois ». Plantard aime jouer avec certains mots, et il y a une correspondance évidente entre « les Gaulois » et « de Gaulle ». Les « premiers Gaulois », les « Alpha Galates », ont pu être ainsi les « premiers adhérents – le cercle intérieur – de de Gaulle ». C’est un simple jeu de mots, mais ça peut dévoiler l’entreprise entière, en ce sens que personne ne l’a notifié auparavant.
De
Gaulle était un ‘acteur’ important dans la deuxième
guerre mondiale et la Résistance. Depuis 1952, il y avait un effort
certain de hisser de Gaulle à la tête de la France, pour diriger
la nation et la rénover. Le transfert d'or par Plantard peut faire
partie de ceci – il l'a revendiqué – et marquerait ainsi
sa participation à la cause.
En 1958, on s’efforça de mettre en scène un coup d'état,
pour mettre de Gaulle au pouvoir… et ceci nécessitait la participation
des Comités. Les Comités ont pris le pouvoir à Alger,
le 13 mai 1958. Prévoyant cet événement, le premier
ministre Félix Gaillard démissionne. Dans le tumulte, l'armée
s'insurge contre le gouvernement. C’est alors que de Gaulle entre
en scène en tant que sauveur potentiel. Naturellement, ces événements
et son avènement ont été soigneusement orchestrés
par ses défenseurs.
Mais Alger était loin de Paris, et comme pour le soulèvement
de 1934, il était nécessaire de percevoir le danger dans les
rues de Paris, avant que la France ne se secoue… et soit prête.
Le 18 mai 1958 se répand la rumeur qu'un CSP (Comité de Salut
Public) s’active dans la région parisienne. Le Comité,
bien sûr, diffuse une annonce publique, assurant que le CSP pourrait
prendre le commandement de Paris – et de la France – comme ils
l’avaient fait à Alger quelques jours plus tôt. Curieusement,
plus tard les historiens indiqueront que personne d’autre que Plantard,
n’était en charge de cette campagne de publicité. Nous
reviendrons à ceci ultérieurement.
Les
soulèvements ont fait que le 1er juin, de Gaulle devient premier
ministre ; le 21 décembre 1958, il est élu au titre de premier
président de la cinquième République.
Michel Debré
En 1964, Anne-Léa Hisler (l'épouse de Plantard) déclare que le CSP a été mené par Marshal Alphonse Juin, Michel Debré, André Malraux et Pierre Plantard. Debré et Malraux étaient deux ministres dans le gouvernement de de Gaulle, établi le 1er juin 1958 : Debré était responsable de la justice et Malraux de l’information. Si c’est exact, Plantard était, en effet, un ‘membre’ du cercle intérieur de de Gaulle… donc un « Alpha Galates ». Nous remarquerons que les éditions de 1956 de CIRCUIT voulaient rassembler les défenseurs essentiels du Président dans la région d'Annemasse ; en bref, les visées publiques de CIRCUIT étaient probablement de structurer certains des Comités.
Hisler ajoute que Plantard avait employé le pseudonyme "Way". C'est un fait, qu'en 1958, le CSP a un membre qui envoie un communiqué, en utilisant le pseudonyme "Captain Way". En outre, en juin 1958, Le Monde a en effet indiqué que Way était Plantard. Le journal ajoute que ce dernier est « comptable pour une firme à Paris »… suggérant par là que Plantard, en 1952, a en effet œuvré dans le secteur financier… d’où sa condamnation de 1953.
Cette
évidence actuelle signifie que Plantard a été fortement
– et d'une manière primordiale – impliqué dans
l’avènement de Charles de Gaulle à la tête de
la France.
D’autre part, il y a le pseudonyme ‘Way’. Nous notons
que ‘Way’ - la route ou le circuit - indique de nouveau son
attirance pour les jeux de mots, car le « circuit » était
également sur l'emblème de l’organe de liaison de l'Ordre
dès 1942. Mais la mission, semble t’il, n'avait pas été
accomplie en 1946, comme envisagée à l’origine, mais
en 1958, quand de Gaulle est devenu « le premier Gaulois ».
Confirmation
Sept
semaines après sa première histoire sur « Captain Way
», Le Monde déclare que le Comité central du CSP arrêtait
toutes les opérations et produit de nouveau un communiqué.
En 1964, Hisler explique, alors, comment de Gaulle avait congédié
les comités, en demandant à Way (Plantard) de le faire.
Elle cite, à cette occasion, d'autres personnes dans ce groupe :
Achille Fould, avec qui Plantard travaillait en 1958 sur « La Rénovation
française » ; Paritsch, Maurice Du Par et enfin le Dr Paul
Baron.
En outre, on peut constater que les adresses énumérées
dans CIRCUIT correspondent, en effet, à des endroits depuis lesquels
le CSP fonctionnait, confirmant ainsi que CIRCUIT était en effet
une partie du mouvement gaulliste.
Peut-on, depuis ces faits, suggérer que Plantard, depuis au moins
le début des années 50, est impliqué globalement dans
le financement des diverses cellules gaullistes ?… en soulignant qu’il
est, lui-même, membre ou responsable de la cellule d'Annemasse en
1956 … avant de se déplacer à Paris afin de participer
à l'étape finale du programme qui porte de Gaulle au pouvoir
? Toute ces évidences, plus le propre rapport de Plantard, indiquent
que c’est exactement ce qui s’est passé...
Filip Coppens