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Les Dossiers Secrets
(1ère partie) - Le Prieuré reprend son élan

 

Etrangement, le Prieuré devient vraiment notoire seulement à partir de 1970, c'est-à-dire deux décennies après ses création… et cession.
Beaucoup ont ainsi essayé d'aligner les dates ‘1942-1958’ avec la deuxième incarnation du Prieuré, qui le propulserait à sa notoriété comme le suggère le roman de Dan Brown. Mais, comme nous le découvrirons bientôt, les deux épisodes correspondent à différentes époques et règles. De fait ils ont peu de choses en commun sinon n'importe quoi… comme seul un roman peut le prétendre.

Les Dossiers Secrets

La « deuxième étape » de la vie du Prieuré a commencé en janvier 1964.
Le mode ‘d’extériorisation’, cette fois, est totalement différent : la nouvelle méthode est faite sous la forme d’un dépôt légal de documents à Bibliothèque Nationale (Paris)… de telle sorte qu’il ne sera seulement lu et discuté qu’au cours des cinq à dix années qui suivront ces dépôts. Le but de l'exercice était donc une visée à plus long terme, et différent de l'étape précédente.
Les fascicules ‘Vaincre’ et ‘Circuit’ ont été librement distribués sous forme d’une publication de masse destinée à un grand nombre de lecteurs.
Les ‘Dossiers Secrets’ - nom donné à la série de documents déposés à la Bibliothèque Nationale de Paris - étaient des copies très sommairement reliées, sans l’idée d’un lecteur immédiat. Son but n'était donc pas ni une révélation rapide, ni l’attente d’un résultat immédiat.
Le premier document de cette série a été déposé en janvier 1964. On note toutefois que cette dernière est datée « Genève, 1956 ». La date (fausse) est naturellement l'année où le Prieuré a été officiellement enregistré…La ville de Genève est en Suisse et seule la frontière la sépare d'Annemasse en France … où se trouve la maison de Plantard. Ce premier document a été intitulé « Généalogie des rois mérovingiens et origine de diverses familles françaises et étrangères de souche mérovingienne ». Il est question des rois mérovingiens et comment leur descendance par le sang est restée présente dans certaines familles françaises.
Pour René Descadeillas, les documents sont écrits par quelqu'un qui est autant à l'aise en français qu’en allemand, mais certaines tournures de style pouvaient suggérer un rédacteur d’origine allemand. Descadeillas pense, alors,que l'auteur peut être suisse. Ce dernier signe du nom d’ « Henri Lobineau » et prétend, effectivement résider à Genève. Aucune personne, de ce nom, n'existait en Suisse et l'adresse de Genève était, elle aussi un leurre. Peut-être ces éléments nous invitent-ils à ce que nous recherchions une personne Suisse-Allemande en tant qu'auteur de ce document ? Si oui, ceci exclut d’un coup les deux suspects habituels souvent identifiés comme étant derrière le « Prieuré de Sion »: Plantard lui-même, et son associé Philippe de Chérisey, qui était un Belge français.

Le raccordement ‘suisse’ réapparaît maintes et maintes fois : les dossiers font plusieurs références en direction de la Suisse et occasionnellement, des copies des documents ont été signalées aux chercheurs de Genève. Ainsi, bien qu’uniquement axés sur le sujet des premiers éléments royaux de la France, l’origine réelle des « dossiers secrets » – le Prieuré de Sion ? – semble se trouver en Suisse… et particulièrement à Genève.
Pour le moment, nous noterons simplement qu'un raccordement entre la France et la Suisse sur le thème des ‘Dossiers Secrets’ existe depuis 1952. Il aurait été créé par Plantard, qui vécut dans les deux pays et semble avoir participé au financement de la campagne de Charles de Gaulle avec de l'argent français… exporté vers la Suisse.

Le deuxième dossier

L'église de Rennes-les-Bains

Le second dépôt se produit en août 1965, sous le titre « Les descendants mérovingiens ou l’énigme du Razès Wisigoth ». Il est signé par une certaine ‘Madeleine Blancasall’. Ce nom d'auteur est de nouveau un pseudonyme… faisant astucieusement une double allusion à la rivière ‘la Blanques’ et aux sels minéraux pour illustrer le secteur de Rennes-les-Bains. Le titre suggère à nouveau certaines descendances mérovingiennes… cette fois liées aux mystères du pays de Razès : la région de Rennes-les-Bains, et Rennes-le-Château tout à côté.
Dans le document il est déclaré traduit de l’allemand par un certain Walter Celse-Nazaire… encore un autre pseudonyme, cette fois pris depuis les saints patrons de l'église de Rennes-les-Bains : Celse et Nazaire. De nouveau, nous notons la présence de la langue allemande présente dans ce travail. Il est exprimé sur ce document, ou du moins feint par une inscription ‘annexe’, que son utilisation est exclusivement réservée aux seuls membres de l' « association Suisse Alpina », qui n’est autre que la grande loge maçonnique Alpina. Ces deux documents déposés à la Bibliothèque Nationale de France apparaissent ainsi tous deux sous une origine principalement suisse.

L'histoire

Les deux documents en question installent le mystère de Bérenger Saunière dans un cadre mérovingien. En 1964, le mystère de Rennes-le-Château est connu en France cependant nulle part, dans aucun milieu, avant l’apparition de ces fameux ‘dossiers secrets’ il n’est fait mention d’éléments mérovingiens pouvant intervenir dans cette histoire. Cette nouvelle dimension était originale et propre aux dossiers secrets. Dans ce cadre, le second document, par exemple, prétend que le secret de la survie d’une descendance mérovingienne était connu et conservé par la famille de Hautpoul de Rennes-le-Château… C’est une des dernières dames de cette famille qui aurait transmis ce secret à Bigou, prêtre du village en 1781, peu avant la révolution.
Cependant ajoutons que le thème du retour des rois mérovingiens au trône de France n'était pas original aux seuls dossiers secrets. Certains chercheurs ont découvert que Simone de Beauvoir a décrit un événement qui s'est produit en 1934 et dont Lionel de Roulet serait l’élément principal. Elle mentionne que durant l’absence de Sartre, à cette époque, elle aurait donné des leçons de philosophie à Lionel de Roulet, venu habiter à Paris. Lui et quelques amis auraient, alors, fondé une sorte de prétendu parti Mérovingien préconisant, au moyen d'affiches et brochures, le retour des descendants de Chilpéric au trône.
Du fait d’une diffusion par fascicules de nombreuses personnes intéressées pouvaient avoir pris connaissance de l'intérêt de De Roulet pour une filiation mérovingienne… et s’en inspirer ultérieurement. Trois décennies s’écoulent entre 1934 et le dépôt du premier document en 1964. Nous ajoutons, pour information, que les deux groupes ont employé les mêmes méthodes (brochures).

La troisième étape

Le troisième document est déposé en mai 1966. Il parait sous le nom de « Antoine l'Ermite »… une fois de plus il s’agit évidemment d’un pseudonyme évident, cette fois issu du patronyme d’un saint populaire. C'est une brochure de neuf pages qui n’est autre qu’un fac-similé des chapitres d'un livre par Robert Charroux, auteur spécialisé sur les mystères en général. Les textes du livre et les copies sont quasiment les mêmes à deux changements mineurs près...
Charroux est un des premiers auteurs à écrire sur le sujet du mystère de Rennes-le-Château. Dans son ouvrage, le chapitre concernant ce thème, s’articule en partie sur les testaments de la famille d’Hautpoul qui, depuis une année, sont identifiées en tant que protectrices et détentrices du secret mérovingien. L'auteur écrit : « en 1961, ils (les testaments) ont été donnés à Alpina par l’abbé Joseph Courtaly de Villarzel-du-Razès ».
Nous notons que ‘Alpina’, la célèbre loge des franc-maçons suisses, est la cible feinte du deuxième document. La date principale semblant être 1961, postdaterait le Prieuré de 1956, mais resterait antérieure au premier dépôt. Ajoutons que la figure principale du texte de R. Charroux est l’abbé Courtaly, un ami notoire de Saunière, qui l'a aidé à peindre le décor du maître-autel de l'église de Rennes-le-Château, comportant Marie Madeleine en prière dans une caverne.

Une nouvelle dimension

Courtaly tient une partie insolite dans le mystère de Rennes-le-Château. Bien qu'il y soit un élément bien connu, il n’a reçu pratiquement aucune attention particulière, excepté à propos des dossiers secrets. Il a vécu une moitié de siècle après Saunière (décédé en 1917), et une décennie après Marie Dénarnaud, la gouvernante de Saunière. Il est un acteur non négligeable dans le mystère de Saunière, mais curieusement tenu éloigné, ou carrément mis hors de l'équation.
Plus intrigant encore : nous savons que Courtaly a rencontré Plantard… car cet abbé prenait les eaux à Rennes-les-Bains au cours de sa retraite en 1961. Il est venu dans cette station thermale entre 1961 et 1964 et il est pratiquement établi qu’il ait rencontré Plantard, qui visite la station thermale fréquemment à ces époques. Courtaly est mort en novembre 1964, c'est-à-dire entre le moment où le premier et deuxième dossiers sont déposés à la Bibliothèque Nationale.

Quatrième document

Le quatrième document date de novembre 1966 et se présente comme un supplément au premier dossier. L'auteur, un certain « S. Roux », dans ce document énumère des rapports faits par un Lionel Burrus. Le document est travail qui semble clairement fabriqué pour ne pas paraître écrit par Lobineau… l'auteur du premier document. Nous notons que les chercheurs sur le sujet supposent cet homme résidant en Suisse… avec l’allemande comme langue native.

Bibliothèque Nationale de France

Des copies de ce document n'ont pas été que simplement remises au Dépôt Légal. Certaines ont été envoyées à quelques chercheurs notoires, y compris Descadeillas. Ces envois sont timbrés de Genève, où la famille de Burrus réside. Cependant il faut ajouter que… Burrus est mort dans un accident de voiture à l'âge de 20 ans, en septembre 1966… soit deux mois avant que le document ne soit publié ou envoyé.
Il reste l’éventualité de maintenant établir la vérité, ou supposer ‘quelqu'un’ s'étant assuré que les éléments de cette histoire ne pourraient jamais être vérifiés… et dans ce cas, cette affaire est un mensonge ou cache autre chose.
Burrus prétendait représenter la jeunesse chrétienne Suisse. il indiquait que Lobineau est en vérité Lion R. Schidlof, mort à Vienne, le 17 octobre 1966, donc 19 jours avant que le document ne soit remis placé à la Bibliothèque Nationale. Schidlof, expert en miniatures (peintures) faisait, ainsi, autorité dans son domaine. Il a habité à Londres entre 1948 et 1966 et meurt lors d’un voyage à Vienne à l’âge de 80 ans. En bref, nous pouvons, sans crainte de nous tromper, affirmer que le quatrième document est écrit par une personne qui s’est servie de l’identité de deux personnes récemment décédées pour cacher sa propre identité…

Dans ce document il est fait une référence spécifique aux généalogies des Hautpouls, mais cette fois présentée avec un scénario différent. Ainsi, « Roux » déclare qu'un Marius Fatin a donné la généalogie des Hautpouls à la ligue internationale des libraires anciens. Nous notons que dans le dossier précédent, il est prétendu que l’abbé Courtaly possédant les documents en a fait don à certains franc-maçons suisses.
Qui est Marius Fatin ? Il s’agit du propriétaire du château de Rennes-le-Château depuis 1946. Les fervents de Rennes notent que Fatin semble ne pas être impliqué dans « la controverse » du village qui présente son château comme déterminatif dans cette énigme… Pendant que certains autres chercheurs déclarent Fatin comme un ami de Charles de Gaulle, par le fait qu’il recevait apparemment chaque année une carte postale de lui (mais des milliers de personnes devaient recevoir des courriers de De Gaulle)… Enfin il est parfois également décrit en tant qu'un archéologue chevronné ou un franc-maçon de haut grade. Nous retiendrons simplement ici qu'un deuxième scénario, au sujet de ce qu’il advint des généalogies des Hautpouls, a été proposé. Pourquoi reste cependant une énigme.

Les documents 5… et 6

Le cinquième document est le troublant « Serpent Rouge »… timbré et posté en date du 20 mars 1967, mais avec un texte signé du 15 février 1967 ! Cette antériorité est importante en raison des trois auteurs présumés : Pierre Feugère, Louis Saint-Maxent et Gaston de Koker. Chacune des trois prétendus auteurs est un personnage réel, mais tous trouvent la mort entre le 15 février et le 20 mars. L’indication que le véritable auteur tente de faire passer est que les trois auteurs ont été assassinés ou se sont suicidés après avoir terminé et fait enregistrer ce texte. En vérité, l'auteur a probablement recherché dans les rubriques nécrologiques les décès par suicide. Il aura fini par trouver ces trois personnes, et user de leurs noms afin que tous les croient auteur de cet étrange texte…

Le sixième et dernier document de la série s'appelle « Les Dossiers secrets de Henri Lobineau »… Ce titre donnerait ainsi, non seulement un nom à la série, mais une ultime indication sur l’identité de l’auteur des ‘dossiers’ : « Lobineau ». Ce dernier recueil est déposé à Bibliothèque Nationale en avril 1967. Ceci signifie que six documents ont été déposés dans une période de 39 mois, entre janvier 1964 et avril 1967.

L’ultime document inclut une lettre, datée le 2 juillet 1966, de Marius Fatin, alléguant ainsi qu'il a vendu les testaments de François Pierre Hautpoul à la ligue internationale des libraires anciens… ramenant le lecteur au cœur du quatrième document. Néanmoins, il fournit maintenant une troisième possibilité quant à ce qui est arrivé à cette fameuse généalogie. Il explique qu’en réalité les parchemins testamentaires ont été dérobés dans la bibliothèque de Hoffet après sa mort en 1946… et passés frauduleusement en 1948 à la ligue… et qu’ensuite ils se trouvent dans les archives secrètes de l'ordre de Malte !
L'auteur du document est maintenant reconnu sous le nom de Philippe Toscan du Plantier. Cette fois il s’agit d’un personnage réel et bien vivant au moment des faits… il faisait les titres de journaux de l’époque. Il avait été arrêté pour avoir été en possession de LSD, le 11 avril 1967… soit 16 jours avant le dépôt du dossier dans les services de la Bibliothèque Nationale ! De nouveau, le véritable auteur avait sans doute épluché les journaux à la recherche d’un nom… pour créer, une nouvelle fois, une fausse indication sur l’identité de l’auteur des documents. Cependant, pour la première fois – pour le document final – l’ « auteur » présenté était encore vivant, mais, sans doute, complètement ignorant de ce qui se passait « en son nom » au moment des faits…

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