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Société Périllos ©

Le voyage de Ramon au Purgatoire

 

Vie et carrière d’un seigneur de Périllos

Un fait historique, en Irlande, rapporte qu’un seigneur Ramon de Périllos s’est illustré pour avoir effectué un ‘voyage au Purgatoire de St Patrick’ au XIVe siècle. A cette époque, une telle expédition tient plus de l’odyssée que d’un voyage ou même un pèlerinage à but religieux. Certes, la destination correspond bien au but d’un pèlerinage mystique. Cependant, alors, rares sont les seigneurs venus de France ou de plus loin, comme la Catalogne, pour que l’événement soit particulièrement remarqué. Curieusement, aujourd’hui, Ramon de Périllos, héros de ce voyage ‘au bout des Enfers’, est connu en Irlande pour ce fait alors qu’en France, jusqu’à nos travaux, ce personnage inconnu de tous est tombé dans l’oubli le plus profond. En ce qui nous concerne, nous avons obtenu des éléments plus ‘historiques’ grâce à notre défunte amie Mary Reid qui étudiait précisément les causes, conséquences et détails de ce déplacement aux confins de l’Irlande qui avait nécessité, à ce moment-là, l’obtention d’autorisations de trois rois différents. Un récit d’époque, dans une bibliothèque d’Espagne, en donne les détails dignes d’une chronique et quelques spécialistes, en Universités, se sont régalés à en extraire leur thèse de doctorat dans la plus parfaite indifférence de tous !

Ramon de Périllos est, en son temps, à la fois diplomate et militaire. Il faut aussi remarquer qu’il se montre également un homme féru de littérature à un tel point que les spécialistes considèrent qu’il fut plus remarqué pour sa culture et son savoir ‘philosophique’ que par ses qualités diplomatiques ou politiques sans pour autant que ces dernières aient été dédaignées.
Bien que ses domaines soient en Roussillon, Ramon passe peu de temps dans ses terres ou le donjon familial. Curieusement, il est élevé et parfait son éducation à la Cour française en tant que page de Charles V (roi de 1364 à 1380) ; Charles V, né en 1338, fils aîné de Jean II le Bon, qui régnait de 1350 à 1364. Ramon reste à la Cour de France jusqu'à la mort du roi en 1380. A son retour en Catalogne, il entre aussitôt au service de Pierre le Cérémonieux (roi d'Aragon de 1336 à 1387) et de son fils Jean I (Juan I).

Ramon, les arts, la littérature et ses missions

En 1374, Ramon, lors d’une bataille, est fait prisonnier par les princes maures de Grenade. Il est rançonné, selon les coutumes de la guerre de cette époque, et Pierre le Cérémonieux paie son rachat. A son retour, l'amitié et l’estime partagées par Jean I et Ramon se développent, sans doute en raison de la passion profonde des deux hommes pour les arts et la littérature. Ramon, entretenant encore des relations diplomatiques avec la Cour de France au sein de laquelle il se rend régulièrement, conserve intact son rapport avec le futur roi d'Aragon grâce à leurs échanges épistolaires.

Pedro de Luna

En 1378, on voit Jean écrire à Ramon, en mission d’ambassade à Chypre, et lui demander un ouvrage intitulé ‘Les merveilles de la terre sainte’ (De Mirabilibus Terrae Sanctae). Son roi, en 1379, envoi un autre courrier (conservé aux archives d’Espagne) à Ramon dans lequel il fait mention d’un autre ouvrage l’intéressant au plus haut point. Le monarque lui relate qu’au cours d’une visite dans la ‘maison’ de Ramon à Perpignan, il découvre là une copie du roman de Lancelot. Cet ouvrage lui semble si précieux qu'il décide, sans autre forme de procès, de le prendre pour son usage… Sans doute cette conduite, pour le moins étonnante, est-elle la marque d’un privilège royal ou un signe d’amitié qui peuvent nous échapper sur l’instant!? Cette même année, alors que Ramon se trouve en Avignon, Jean lui envoie une lettre, datée du 12 août, lui demandant d’envoyer sept chanteurs d'Avignon à la Cour catalane… Ceux-ci effectivement arrivent le 3 octobre. Il est dit qu’un de ces chanteurs est Jean de Watignies, autrefois attaché au choeur de chapelle de Pedro de Luna à Avignon. Celui-ci semble être resté au service de Jean 1er jusqu’au 5 mai 1384, après quoi il serait revenu en Avignon jusqu’en 1391, date à laquelle il entre au service du duc de Bourgogne. Le 13 août 1386, Jean 1er écrit à Ramon, alors en mission diplomatique à Paris, pour lui demander instamment une copie du mystérieux ‘Tractatus’, un autre chevalier présumé descendu, lui aussi, dans le fameux ‘Purgatoire St Patrick’. Cette chronique serait l’oeuvre écrite par le conte Henry de Saltrey… qui aurait été incorporée simplement au manuscrit de Ramon décrivant son périple en Irlande.

Amitié pour un roi

En 1387, Jean devient roi et choisit immédiatement Ramon de Périllos en tant que chambellan. Ce dernier, dans le cadre diplomatique de ses missions, se trouve souvent dépêché à l'étranger, comme le montrent les courriers : à Chypre, Avignon, Paris, etc. Ces déplacements seraient ordonnés par un Jean 1er (1350-1396) qui, en homme de lettres, se montre bien plus intéressé par les livres que par les mondanités, au point d’en négliger parfois son royal état… Il lui arrive de vendre, pour assouvir sa passion littéraire, d’importantes places fortes stratégiques frontalières pour acquérir, au prix fort, des documents uniques ! La musique, la littérature, la chasse et l'astrologie sont parmi les passions du roi. Ces dernières, il les partage intimement avec Ramon qu’il estime son égal depuis la quantité et le genre de livres qu’il est réputé avoir acquis.
Ramon devient gouverneur du Roussillon, en 1390, tout en maintenant sa présence d’ambassadeur et conservant son poste de confiance auprès de son roi. C’est ainsi qu’on le retrouve, cette année-là, ambassadeur de la Cour d'Aragon en France. En 1394, il est envoyé à Chypre pour orchestrer le mariage entre la soeur de Jean 1er et le fils du roi de Chypre. En mai 1396, il est détaché à Avignon pour conférer avec le pape Benedict XIII (Pedro de Luna)… un Aragonais qui a soutenu Jean et Ramon de Périllos. En outre, ce dernier se voit confier la difficile tâche de détourner les troupes françaises envoyées pour envahir la Catalogne et tenter de les réorienter vers l'Italie.
Puis, le désastre frappe ! Le 19 mai 1396, Jean 1er meurt, âgé de 46ans. La Tradition dit qu’il serait mort d’effarement, lors d’une chasse, à la vue d'une énorme louve alors qu’il se trouvait isolé de ses hommes. Apprenant la nouvelle de la mort de son roi et ami, Ramon cesse sur le champ les négociations et revient immédiatement en Aragon.

Les premiers résultats des questionnements sur la mort du roi restent dans une grande confusion ; plusieurs personnes, parmi ses proches, sont arrêtées mais rapidement mises hors de cause. Ramon de Périllos lui-même est appelé pour s’expliquer car il est accusé d’avoir potentiellement établi des contacts de traître avec le comte de Foix. Pas la moindre preuve n’ayant été apportée à cette accusation mensongère, Ramon n'a jamais été plus inquiété. Pourtant, il prend la décision d’accomplir tout de même un pèlerinage en Irlande, au Purgatoire de Saint Patrick. Certains historiens supposent que ce fut surtout un acte ostensible afin, par cette épreuve, de prouver son innocence... Si l’hypothèse est plausible, il en existe peut-être une autre plus personnelle ou tout autant politique.
Convaincu qu'il devrait visiter le Purgatoire, Ramon revient à Avignon pour chercher l'approbation de son ami de confiance… le pape Pedro de Luna. Après son retour d'Irlande, Ramon serait revenu à Avignon pour servir le pape jusqu’à sa fuite de la cité. En 1403, Ramon sera élevé à la fonction de Capitaine Général d'Avignon. La dernière mention que nous ayons de lui est celle de député dans la ‘Généralitat de Catalunya’ pour la période 1416-1419.

Le Purgatoire de St Patrick

A ce jour, le lac Derg est pour les catholiques irlandais le lac le plus sacré d’Irlande. Entre le 13ème et 15ème siècle, le Purgatoire de St Patrick et l'Irlande sont souvent synonymes. Quand St Patrick est venu pour prêcher en Irlande, on lui énonce qu'il doit rester sur cette île pour prouver l'exactitude de sa foi. Dieu gratifie le saint homme d’un périple nocturne au Ciel et en Enfer sous la forme d’un rêve… tout comme celui de Jacob dans l’ancien testament. En échange, certains spécialistes modernes prétendent que le lac Derg n’a jamais été l’ermitage de St Patrick en raison du fait qu’aucun écrit officiel n’en fait réellement mention et cela durant plusieurs siècles après sa mort. Aujourd'hui, le pèlerinage débute, à proprement parler, par la traversée du lac.
La légende raconte que la basilique, visitée à présent, marque l'endroit où St Patrick serait lui-même descendu dans le puits du Purgatoire. Malheureusement, cette histoire ne semble pas être la vérité. Du 12ème jusqu'au 16ème siècle, l’antique sanctuaire du Purgatoire se trouvait sur une île différente du lac, l’île des Saints. L'île du site, où les pèlerins se rendent maintenant, a été arrangée au 7ème ou 8ème siècle par des ermites Celtisants. Au 12ème siècle, St Malachie d'Armagh encourage les canons de St Augustin à trouver un prieuré sur l'île des Saints. S’inspirant du modèle de leurs voisins celtiques vénérant une caverne, le saint homme associe à leur fondateur (Saint Daveoc) les Anglo-Normands qui localisent une caverne sur l'île des Saints. La présence de cette cavité est un excellent prétexte pour affirmer que St Patrick aurait été conduit, par le Christ lui-même, à cet aven pour y avoir sa vision du purgatoire. Plus tard, l'église celtique ayant été délaissée et supprimée, la communauté ayant son ermitage ici a été déplacée.

Des Pèlerins et des initiés

Aujourd'hui, l'île de St Patrick est réservée chaque été pour accueillir les 20.000 pèlerins qui s’y rendent. Pourtant, les touristes ne sont pas vraiment les bienvenus et les appareils photographiques sont interdits sur l'île. Les pèlerins peuvent arriver à n'importe quel jour de la saison jusqu'au 13 août, sous quelques réserves étonnantes : être âgé de 14 ans minimum et ne souffrir d’aucun handicap! « La nature des pénitences exclut n'importe quel visiteur souffrant, trop âgé ou tributaire de soins médicaux »… résume curieusement un panneau explicatif des conditions d’accès. Admettons l’insolite de telles exigences imposées à des pénitents pouvant venir en raison précisément de problèmes de santé… Cependant, si aujourd’hui les visiteurs sont admis sur l’île durant une période estivale, il semble qu’au Moyen-Âge l’endroit était extrêmement restreint, même réduit ou carrément interdit en ce qui concerne le sanctuaire. Il paraîtrait également que, comme pour les oracles de la Grèce antique, certains postulants jugés ‘indésirables’ fussent poignardés pour ne pas rapporter les détails du rituel. On ne plaisantait pas avec le sacré à ces époques !
Nous disposons du témoignage d’un personnage ayant ‘survécu’ au voyage au Puits St Patrick. Il s’agit de Giraldus Cambrensis qui, en 1186, réalise une topographie de l’Irlande… A cette occasion, il précise que l’île est visitée par de bons et mauvais esprits s’étant partagés le site en deux parts distinctes. Il décrit la partie maléfique couverte de ‘rochers raboteux’. Ce secteur contenait visiblement neuf puits et les rares personnes présentes sur les lieux et ayant choisi de passer la nuit dans l’un des avens affirment y avoir subi d’indescriptibles tourments. Cette partie nord-ouest du territoire s'appelait Kernagh, ce qui signifiait ‘l’île de la clameur’. En 1411, il était fréquemment dit que ce secteur était la demeure de Satan qui y disposait d’un comparse appelé ‘Cornu’. Pour ce dernier, il s’agit d’une sorte de héron sans ailes ni plumes qui « pousse un cri comme un souffle de trompe présageant la mort de quelque pèlerin ». Le mur définissant depuis l’Antiquité cette partie de l'île se voit toujours. Une parcelle de terrain de 35 mètres par 4 dans le sud-ouest de l'îlot est, de mémoire, consacrée aux anges et se nomme ‘Règles’ et « elle abonde en chênes, ifs et autres arbres agréables. »
Quand le pèlerinage est transféré sur l'île, où il subsiste encore au 16ème siècle, la même subdivision y a été reportée. L'île des saints a été fermée en raison d’un moine hollandais se plaignant amèrement qu’il n'y avait reçu aucune vision… Sur cette seule remarque, le pape fait fermer l'île en 1497. Les occupants du pays ont donc réoccupé l'île délaissée plutôt que laisser péricliter les importantes sources de revenu. Mais il semble bien qu’avec la fermeture de l'île des Saints, le ‘rite’ spécifique se soit éteint en ne laissant place qu’à un simple pèlerinage sans grande contenance. C’est maintenant tout ce qui reste de ce que fut, dans le passé, une puissante expérience, fondée sur le même niveau que les oracles mortuaires de la Grèce antique. Cette dernière, rappelons-le, permettait aux pèlerins de percer, en le franchissant, le voile de l'au-delà dissimulant l’âme des défunts au purgatoire.

Un incroyable purgatoire

Qu'est-ce que le Purgatoire ? Il est habituellement défini comme l’état ou l’endroit situé dans un ‘monde proche’ où les âmes de ceux qui sont morts dans la grâce mais non exempts de toute imperfection doivent encore expier pour quelques péchés véniels non pardonnés et non entièrement épurés avant l’admission au Paradis. On peut résumer la situation en supposant que les âmes du Purgatoire seraient en cours d’admission ou de rachat pour l’accès au Paradis. Au lac Derg, ce passage et l’épreuve qu’il impose pourraient être gagnés par l'incarcération dans le gouffre de St Patrick où l’on dit, traditionnellement, qu’on y retrouve la vision du Ciel et des Enfers… comme certains ont pu en rapporter le témoignage terrorisé. Les pèlerins, à l’époque médiévale, ont pu trouver au fond de cette caverne les possibilités d’un tel effarant voyage dont les conditions auraient été établies, ou activées, par St Patrick lui-même… Ce fait paraît improbable dans son principe mais est tout à fait envisageable si le processus et ses conditions de réalisation sont beaucoup plus anciens que le saint homme lui-même. Ceci n’exclut pas pour autant que St Patrick ait trouvé un endroit… désactivé et ait pu le ‘réactiver’ selon des pratiques dont nous ignorons tout. Ce genre d’action s’il est rare n’est pas impossible ni inconnu … comme, par exemple, en ce qui concerne le site de Ste Reine et St Clément et son étrange sanctuaire souterrain.
Le lac Derg prit sa réputation internationale dès la fin du 12ème siècle. Pour certains chercheurs, il s’agit d’une sorte d’opération de ‘promotion mystique’ comme il en fleurit tant en Europe à cette époque. Ce n’est pas l’avis de Michael Dames pour qui le phénomène « est fondé selon le principe de la répétition mythique, fonctionnant dans un ordre ininterrompu du fils de Dieu, par St Patrick, à l'individu. »… Il continue sa démonstration ainsi : « C'est le voyage surnaturel du Christ après le calvaire qui est à la base du pèlerinage : il est descendu dans l'enfer et le troisième jour il s'est levé d’entre les morts, avant de monter au ciel. ». Ce serait cette phénoménale possibilité, qui s'ouvrirait à tous les pèlerins, qui a attiré tous les pénitents à cet endroit tout au long des âges… y compris un Ramon de Périllos, à l'issue du 14ème siècle.

Voyage ou Tractatus ?

Bien que pour certains auteurs Ramon n’ait jamais fait ce voyage, il existe de nombreux éléments prouvant le contraire et nous les considérons comme plus qu’acceptables : Ramon, seigneur de Périllos, s’est bien rendu au Purgatoire de St Patrick ! Cependant, on ne peut nier que la description de son aventure mystique est quasiment celle lisible du Tractatus. A ce constat indéniable, nous ajouterons que deux visites similaires faites au même endroit, dans les mêmes conditions, ont de solides chances d’être décrites de manière identique !... Le Tractatus est la première référence écrite enregistrée à propos du Purgatoire de St Patrick : « Tractatus de Purgatorio Sancti Patricii ». Ce traité sur le Purgatoire de St Patrick a été écrit, entre 1184 et 1186, par un moine Anglo-Normand cistercien anonyme de l'abbaye de Saltry, Huntingdonshire en Angleterre. La véritable identité de ce moine serait celle d’Henry de Saltrey. Le récit, véritable odyssée, relate l'histoire du chevalier Owein et de son entrée dans l'au-delà par le canal du Purgatoire.
L'histoire est la description d’un fait s’étant déroulé, pour la première fois, entre 1148 et 1153. L'île sur laquelle le purgatoire a été situé a été ‘adaptée et orchestrée’ par les Canons augustins qui sont certainement responsables, et à la base, de la création du pèlerinage. Les Canons ont été présentés en Irlande en 1140 par l’évêque St Malachie qui s’illustra par des prophéties dont Saunière, curé de Rennes-le-Château, détenait la meilleure édition.
Nous l’avons dit, Ramon s’est rendu à Avignon afin d’informer le pape, son ami, de sa décision d’accomplir un pèlerinage, dont le prélat avait certainement connaissance. Pedro de Luna tenta de dissuader Ramon d’accomplir ce long et dangereux périple. Ramon de Périllos s’est alors tourné vers Tarascona… un membre appartenant à la famille de Galniello (sans doute Fernando Perez Calvillo), et à Jofre de Sancta Lena. Le frère de Ramon, Pons de Périllos, également présent lors de cette rencontre, fut majordome de Jean 1er et chambellan de l'épouse du roi, Violante.
Ramon quitte Avignon le 8 septembre 1397, accompagné de quelques membres de sa famille:
- son neveu, Bernat de Sentelhas, qui était docteur, ‘commis’ et sacristain de l'église de Mallorca. Il était le fils de sa soeur Brunissenda et d'Eimeric III, baron de Centelles.
- ses deux fils : Loys l’aîné, et Ramon le plus jeune. Le premier est mort en 1437 et le second -la date est incertaine- entre 1441 et 1444.
D'Avignon, l’aréopage de Ramon de Périllos se dirige vers Paris, à la Cour du roi. Là, il sollicite des lettres de recommandation et d’autorisation du roi et de ses oncles, le duc de Berry et le duc de Bourgogne, afin d’en obtenir autant auprès du roi d'Angleterre. Ces lettres royales obtenues, Ramon se dirige vers Calais, pour traverser la Manche. Le voyage vers Londres se déroule le 1er novembre, jour de la Toussaint, et passe par l'église de Thomas de Canterbury. A Londres, il est dit que le roi se trouvait au manoir de Woodstock, situé à environ 8 milles (12 km) d'Oxford. Estanefort est l’endroit où Ramon et sa compagnie se sont rendus pour y être reçus par le roi. Après plusieurs jours à la Cour d’Angleterre, le seigneur de Périllos part pour Sextrexier (Chester) où un vaisseau lui est accordé, par une charte royale, pour se rendre à bon port, par la mer, jusqu’en Irlande. Le bateau longe la côte Galloise jusqu'à Holyhead où il croise au large de l'île de Man pour, quelques jours plus tard, accoster à Dublin. Ici, il rencontre Roger Mortimer, Comte de March, qui est le premier cousin du roi Richard d'Angleterre (1374-98). Le comte met Ramon sous la protection de deux châtelains, Jean Devry et Jean Talbot, qui l'aident à terminer sans encombres le reste de son voyage.
Ramon visite l'archevêque d'Armagh, dans la ville de Durdan (Drogheda)… et le retrouve une seconde fois à Dondale (Dundalk) après avoir envoyé un message à la Cour de Niall O'Neill, le roi irlandais, en Armagh.

Le récit d’un initié ?

Tous les éléments sont maintenant en place pour frapper à la porte du Purgatoire. Comme nous l’avons déjà vu, le récit des ‘visions’, reçues au Purgatoire de St Patrick, a été inspiré du Tractatus ? Ce constat rend quasiment impossible de vérifier si Ramon eut ou non la vision décrite… ou s'il n'a pas souhaité partager ce qu’il a vu, ou ce à quoi il fut ‘initié’, avec le reste du monde… et cette hypothèse a toutes les chances d’être tout à fait crédible ! Il est notoire que quelques détails personnels, dans la version de Ramon sur sa ‘queste des visions reçues au Purgatoire’, sont connus.
Dans ce profond sanctuaire, il affirme avoir vu quelques amis et parents décédés :
- Frère Franciscan del Pueh, franciscain d'un couvent de Gerona, étroitement lié à Ramon.
- Na Aldolsa de Quaralt, une nièce de Ramon, puisque deux de ses soeurs ont épousé les membres de la famille de Quaralt, seigneurs de Santa Coloma.

… Et le retour

Après l’épreuve au sanctuaire, Ramon de Périllos revient près du roi d’Irlande à la Cour duquel il célèbre la fête de Noël. Quelques jours plus tard, il franchit la nouvelle année en compagnie de la comtesse de March, dans un de ses châteaux. Pour s’en retourner, il suit le même itinéraire que celui de son arrivée et s’arrête pour rencontrer le roi d’Angleterre dans Liquefiel (Lichfield). Son trajet le conduit à Douvres, à Calais et à la Cour de France à Paris où il reste avec le roi, sur ordre du pape, durant quatre mois. Au départ de ce dernier pour Reims, Ramon descend sur Avignon où l’attend le pape qui le reçoit et le garde à son service jusqu'à la fin de ses jours… semblerait-il.
Il ne fait aucun doute, et c’est surprenant après une épreuve comme celle du Puits St Patrick, que Ramon ne fit jamais état de ce qu’il avait vécu ou reçu de cette initiation durant sa vie dans la cité papale d’Avignon… Cette réserve étonnante vient-elle d’un ordre explicité du pape ou de son propre chef afin de ne rien divulguer à quiconque de cette aventure ? La seule chose qui nous reste d’indiscutable dans cette affaire est le fait qu’il comprenne, à présent, que sur un point précis de son territoire il y a une ‘porte vers l’autre monde’. Est-il arrivé d’une façon ou d'une autre à réaliser que ses terres ancestrales de Périllos contiennent également un Purgatoire?... Un oracle des morts ? Mais en ce cas, pourquoi ne revient-il pas et ne finit-il pas sa vie en ce lieu sacré ?

Le pèlerinage de 1997

En 1997, un groupe de Catalogne fait un pèlerinage pour célébrer le 600ème anniversaire du voyage de Ramon en Irlande. En échange, c’est un autre groupe de pèlerins irlandais qui fait ‘le voyage de retour’ jusqu’à Périllos et une plaque, apposée contre le mur à droite de l’entrée de l’église St Michel, commémore l’événement. Un des membres de ce groupe était Mary Reid, qui nous confia plus tard : « Comme hommage personnel en 1997, j'ai mis mes pas dans ceux de Ramon au Purgatoire du lac Derg. Les visions de l'enfer ont disparu et sont remplacées, sur place, par les rondes interminables des paters et des aves engourdissant l'esprit. J’ai compris aussi que la désolation des montagnes environnant le sanctuaire avait peu changé depuis le temps de Ramon. J'ai surpris une vieille femme raconter que les récipiendaires éprouvent seulement l'avantage du lac Derg à leur retour dans leur demeure. Je m’en suis retournée dans ma maison dans le froid et l’humidité, affamée, épuisée de cette marche harassante sans pouvoir dormir en route. Je suis tombée dans un sommeil profond et tellement mérité après mon pèlerinage. Dans mon sommeil, j'ai entendu une voix m'appeler en Catalogne… Il s’est écoulé seulement deux jours quand un fax m’est arrivé. Il s’agissait d’organiser la célébration de l’événement du départ, depuis Périllos, de Ramon pour l’Irlande. Puis des échanges téléphoniques, et c’est alors que j’ai compris que la voix entendue dans mon rêve était celle de l’organisateur de cette cérémonie… Dans mon assoupissement, j'avais accepté de m’engager ! Ainsi j'ai fait mon premier pèlerinage à Périllos... Pour emprunter les mots de Ramon, prononcés à l’instant de sa descente dans le Puits du Purgatoire, ‘si Dieu le veut bien, je retournerai’ » … Et Dieu l’a bien voulu !

Filip Coppens