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L’Orme
du Prieuré de Sion ou l’énigme du Maitre Parfait |
Le
problème
Nous
avons longuement réfléchi sur la façon de vous présenter
cet ouvrage révolutionnaire intitulé « Les Pénitences
Secrètes de Bérenger Saunière ». Il eût
été facile de citer un extrait du texte afin d’épargner
notre peine, et d’être certain de présenter au lecteur
un échantillon de ce qu’il aurait entre ses mains s’il
se décidait à acquérir ce Roman initiatique.
Mais cette œuvre romanesque mérite d’être lue d’un
seul trait, d’être méditée longuement, et de garder
jusqu’à son terme l’intégrité de son texte.
Il eût été à déplorer, sinon, que le lecteur
n’embrasse point d’un seul regard la structure complexe, enfin
mise à nu, de l’énigme de Rennes-le-Château. Plus
encore, présenter un extrait du Roman initiatique n’aurait
offert que peu d’intérêt au final, puisque le lecteur
aurait été tenté d’extrapoler sur cette base
et, incité par la rêverie propre au domaine de la fiction,
se serait imaginé le contenu du livre… Contenu en toute hypothèse
fort différent de celui rédigé par l’auteur et
conforme à l’œuvre authentique. Garder en son entier le
texte et le soustraire à un morcellement arbitraire participe donc
de la préservation de la pensée de l’auteur.
La
solution
L’église
Saint Gervais et Saint Protais
Il nous a semblé par contre intéressant d’user d’une autre méthode pour vous présenter ce Roman initiatique. En effet, l’une des prétentions majeures de cet ouvrage est d’apporter 100 % d’informations nouvelles sur l’affaire de Rennes-le-Château et « d’exploser le mythe ». Un moyen sûr de faire la publicité de ce livre serait donc de démontrer le plus simplement du monde que bien des années plus tard, malgré les beaux discours et les écrits soignés, rien ou presque rien de Bérenger Saunière, de Rennes-le-Château, ou de l’affaire de Gisors ne nous est réellement parvenu, et que les terres mystérieuses du Vexin ou du Razès sont demeurées terriblement vierges de toute étude critique. C’est avec une grande facilité que l’on peut constater que rien n’a été fouillé, et que les éléments essentiels du mythe, dans leur simplicité première, sont demeurés impénétrables à toute analyse ! Nous allons nous y atteler ici en quelques lignes tapées à la hâte au sujet de l’Ormeteau Ferré de Gisors et de l’église Saint Gervais et Saint Protais dudit lieu. Sujet qui n’est d’ailleurs pas abordé directement dans le Roman cité, mais qui y trouve par contre toutes ses clefs…
Gisors
Il
fut un temps où notre ami Gérard de Sède faisait grand
cas de l’affaire de l’Ormeteau Ferré de Gisors et de
ce qui lui arriva en l’année 1188. Selon ce dernier, ainsi
que selon Plantard son collègue, un « accord » tacite
aurait lié à l’origine deux ordres : le Prieuré
de Sion, organisation secrète, et celui des Templiers. L’accord
aurait été remis brutalement en question lors d’un évènement
fort étrange qui aurait consommé la séparation des
deux entités : « la rupture de l’Ormeteau Ferré
de Gisors ». C’est ainsi que l’Ordre des Templiers se
serait affranchi de la tutelle qu’aurait exercé sur lui la
société secrète du Prieuré de Sion. Ordre énigmatique
dont la fondation remonterait en l’an 1099, au moment même de
la prise de Jérusalem par le Duc de Bouillon, Godefroy VI. Les premiers
grands maîtres des Templiers auraient ainsi été directement
créés, puis délégués par le Prieuré
de Sion pour la gestion de l’Ordre, celui-ci servant à l’origine
de « devanture » ou de « succursale ». La situation
se serait prolongée, et caché derrière les hautes murailles
du Temple,
l’Ordre
de Sion aurait ainsi exercé son pouvoir par cet intermédiaire
jusqu’en 1188, date d’un bouleversement interne au Prieuré
de Sion. Après la « rupture », fort mal vécue
à ce qu’on en dit par les deux ordres, l’une des entités
serait retournée à l’anonymat le plus absolu, le Prieuré
de Sion, gardant les commandes et fomentant des troubles politiques afin
d’asseoir son pouvoir, l’autre, le Temple, recherchant la Gloire,
aurait pris une grande place dans la vie politique, et tentant d’accomplir
sa « mission », aurait ainsi attiré les persécutions
et précipité sa chute.
Pierre Plantard
On a beaucoup spéculé sur la signification de cette « rupture de l’Ormeteau Ferré », sur l’existence ou non d’un Prieuré de Sion, tantôt société bien réelle et historique, tantôt invention ridicule issue d’un esprit détraqué, celui de Pierre Plantard, un mégalomane revendiquant le trône de France. Y a-t-il eu une société secrète, celle du Prieuré de Sion, à l’origine de la fondation de l’Ordre du Temple ? L’origine des Templiers nous est-elle réellement connue ? Cet ordre ne fut-il jamais lié à une congrégation mystérieuse demeurée cachée dans l’ombre ? De quelle importante symbolique cet Ormeteau Ferré fut-il jadis chargé, et en quoi fut-il lié, de près ou de loin, aux origines du Prieuré de Sion ?
Questions
Autant
de questions auxquelles il est difficile de répondre à première
vue. Pourtant, s’il est avéré désormais que le
Prieuré de Sion n’a jamais existé tel que décrit
par Pierre Plantard et ses amis, Henry Lincoln, etc., les premiers écrits
de Gérard de Sède, c'est-à-dire les plus proches des
racines du mythe, nous font penser que, bien que sans existence sous ce
nom et cette forme, le Prieuré de Sion n’en fut pas moins un
ordre secret, certes décentralisé, différent de celui
décrit, mais présent, en particulier à Gisors.
Aussi pour revenir aux sources du mythe et à la signification première
qu’eut cette rupture de l’Ormeteau Ferré, relisons les
écrits traitant de cet événement dans l’ordre
chronologique allant du plus récent au plus ancien, du plus mythifié
au plus proche de la primitive réalité, d’Henry Lincoln
et de son « Enigme Sacrée » aux « Templiers sont
parmi nous » de Gérard de Sède.
Voici, abrégée, la scène de l’Ormeteau Ferré
telle qu’on peut la lire dans « l’Enigme Sacrée
». Sorte de résumé, cet extrait nous donnera une meilleure
idée de l’évènement qui se serait déroulé
à Gisors, et qui fit il y a quelques années tant parler de
lui à l’occasion de sa redécouverte par Pierre Plantard
(quelques commentaires de notre cru ont été ajoutés
au texte afin d’éventuellement éclairer le lecteur)
:
«
Si l’on en croit toujours les « Documents du Prieuré
», l’année 1188 fut d’une importance cruciale pour
Sion et pour les chevaliers du temple [On pourrait se demander si cette
date n’est pas une erreur volontaire, qui aurait due être remplacée
par la date de 1118, celle de la fondation officielle de l’Ordre du
Temple, et donc de sa séparation d’avec l’ordre pénitentiel
du Saint Sépulcre…]. Un an auparavant Jérusalem avait
été reprise par les Sarrasins, en grande partie à cause
de la violence et de l’incompétence de Gérard de Ridfort,
grand maître du Temple. […] (Cet évènement) obligea
selon toute vraisemblance les « initiés » de Sion à
regagner « en masse » la France, et probablement Orléans.
[…] Les événements de 1187 semblent en tout cas avoir
précipité la rupture entre l’ordre de Sion et celui
du Temple. On n’en connaît pas les raisons précises,
mais selon les Dossiers Secrets l’année suivante vit un tournant
décisif dans l’existence des deux ordres. Et lorsqu’en
1188 une séparation définitive survint entre eux, l’Ordre
de Sion se désintéressa de ses protégés (les
Templiers), le père rejetant l’enfant… Cette rupture
eut lieu au cours d’une cérémonie rituelle [La coupure
de l’Ormeteau aurait donc eu un caractère rituel ?] à
laquelle les Dossiers Secrets […] font allusion en évoquant
la « coupure de l’Orme » qui se serait déroulée
à Gisors. […] L’histoire et la tradition se rejoignent
pour reconnaître qu’un événement extrêmement
étrange eut lieu à Gisors en 1188, événement
qui provoqua l’abattage d’un Orme. Voici les faits : Près
de la forteresse se trouvait une prairie appelée « le champ
sacré ». [Le lieu aurait également abrité jadis
une chapelle. On aurait aimé connaître les raisons et légendes
qui ont poussé les chroniqueurs à qualifier ce lieu de «
sacré » ?] […] En son milieu se trouvait un très
vieil Orme, qui en 1188, au cours d’un entretien entre Henri II d’Angleterre
(Plantagenêt) et Philippe II de France (Auguste) devint, pour une
raison […] l’objet d’une grave, pour ne pas dire sanglante
querelle. […]
Philippe semble avoir exprimé à Henri son intention d’abattre
l’arbre, lequel aurait alors fait renforcer le tronc de l’Orme
à l’aide de lames de fer. Le jour suivant se présenta
une phalange de 5 escadrons de Français en armes, chacun sous le
commandement d’un grand seigneur du royaume. […] Un combat s’ensuivit.
[…] Le soir les Français étaient maîtres du champ
de bataille et l’arbre était abattu. […] L’histoire
et la tradition confirment […] « les documents du Prieuré
», une dispute curieuse survint à Gisors en 1188, qui se termina
par l’abattage d’un Orme. […] A partir de 1188 mentionnent
les « Documents du Prieuré » les Chevaliers du Temple
sont autonomes, indépendants de l’Ordre de Sion et de toute
contribution militaire ou autre à son égard. […] Cette
même année l’Ordre de Sion connaît de son côté
une restructuration complète. Jusque-là les mêmes grands
maîtres, Hugues de Payns ou Bertrand de Blanchefort par exemple, dirigeaient
simultanément les deux institutions. A partir de 1188 l’Ordre
de Sion va choisir son propre guide indépendant du Temple. Le premier
d’entre eux sera Jean de Gisors. […] »
La
maturation d’un mythe
Avec
cet extrait de « L’Enigme Sacrée », nous constatons
que le mythe est arrivé à sa pleine maturation, et que les
éventuelles erreurs potentiellement « instructives »
commises par de Sède lors du montage historique ont été
soigneusement gommées, lissées. Il n’y a pas grand-chose
à retenir ici de ce texte, sinon le cadre ainsi posé, et le
fait que les éléments les plus intéressants jadis visibles
dans la version écrite par G. de Sède dans « Les Templiers
sont parmi nous » ont disparu, ne laissant plus aucun indice capable
de nous faire remonter la piste de la signification de cette « coupure
de l’Orme ». Plus rien non plus sur le rapport entre cet Orme
et les origines du Prieuré de Sion ou d’une quelconque société
secrète…
Il serait donc intéressant de revenir au plus près de la première
mention de cet évènement dans l’affaire du Prieuré
de Sion. C’est ce que nous allons faire en relisant ce passage, résumé
et compilé soigneusement par nos soins, des « Templiers sont
Parmi nous » par Gérard de Sède:
« Aux portes de la cité, sur la fameuse route romaine, se trouvait un terrain connu sous le nom de Champ sacré. Depuis des temps immémoriaux, il y avait sur ce champ un Orme, qui, si on en croit les chroniques, sortait vraiment de l’ordinaire : « quatre hommes pouvaient à peine l’envelopper de leurs bras étendus ; à lui seul, il faisait comme une forêt et son ombrage couvrant plusieurs arpents de terre pouvait recueillir et soulager des milliers de personnes. De plus, sous couleur de protéger contre toute atteinte ce monstre botanique, on avait cerclé son tronc d’un poids énorme de fer et de beaucoup d’airain, si bien qu’on l’appelait l’Ormeteau Ferré. […] (C’est sous le feuillage de) l’Ormeteau que Saint Bernard avait médité la règle des Templiers. […] Comme à Gisors, il y avait à Paris un Orme célèbre de toute antiquité : c’était celui qui se dressait devant l’église Saint-Gervais et Saint Protais, à quelques pas de l’île de la Cité. […] Plus heureux que son frère du Vexin, cet arbre mourut de vieillesse, mais on prit grand soin de lui toujours donner un successeur. […] Mais surtout l’Orme de Saint Gervais et Saint Protais était comme celui de Gisors, un lieu de réunion traditionnel : et si ce n’étaient pas des princes qui se donnaient rendez-vous sous son ombrage, c’était une corporation aussi fière qu’eux de son lignage. [G. De Sède entend ici par « corporation », celle des Francs-Maçons, mais également les autres, les corporations pénitentielles…] […] L’Ormeteau Ferré semble vous fixer la route à prendre, le lieu à atteindre. […] Si le lecteur est entré dans notre jeu, il ne sera pas étonné d’apprendre que l’église Saint Gervais et Saint Protais reçut en 1195 sa charte dans le Vexin et qu’un prieuré du Vexin s’en vit confier le patronage. Ce qui le surprendra peut-être davantage, c’est que l’église de Gisors soit elle aussi, dédiée à Saint Gervais et Saint Protais, saints Jumeaux du Calendrier [Comme Saint Abdon et Saint Sennen ?]. Les deux églises ont du reste connu un destin parallèle : l’une et l’autre ont eu pour emplacement primitif un sanctuaire du VIème siècle, etc. […] Mais le plus curieux n’est pas là : c’est que les emblèmes qu’un œil perspicace découvre dans le chœur de Saint Gervais à Paris se retrouvent pour la plupart à Saint Gervais de Gisors. […]
Des
commentaires, qui remplacent le fond de la pensée
Les
travaux de Lhomoy, cherchant le secret des templiers à Gisors
Quelques
commentaires s’imposent ici afin de relever le fond de la pensée
de Gérard de Sède. Pensée très instructive,
qu’importe en effet que l’auteur ait voulu l’exprimer
par allégorie dans ce texte, ou qu’il l’ait involontairement
laissé transparaitre… N’oublions pas que G. de Sède
était, selon les propres termes de notre ami Chaumeil, un « impressionniste
». La vérité est donc dissimulée quelque part
dans ce texte… mais où ?
Il nous faut tout d’abord remarquer que cet Ormeteau Ferré
est associé à Saint Bernard et à la fondation de l’Ordre
des Templiers, puisque de Sède nous dit en somme que la règle
fut rédigée sous son ombre protectrice. Est-ce à dire
que l’arbre serait une allégorie représentant le fameux
Prieuré de Sion veillant aux destinées des Templiers ?
Amusante perspective ! Mais qui se cache sous la fausse identité
du Prieuré de Sion ?...
Il semble d’autre part que l’existence même de cet Ormeteau soit liée à un lieu saint, une église plus précisément. Gérard de Sède ne cesse en effet d’associer l’arbre et le sacré, l’Orme et l’église Saint Gervais et Saint Protais. L’auteur se montre ici assez explicite puisqu’il nous déclare qu’il faut « entrer dans son jeu » et suivre la route tracée par l’Ormeteau pour « atteindre le lieu »… Nous en sommes convaincus, le texte présenté ici par de Sède contient déjà en germe toutes les pièces du puzzle à assembler. Entrons donc dans ce jeu. Il faut ainsi s’orienter vers l’Eglise Saint Gervais et Saint Protais de Paris, puisque l’Ormeteau Ferré « se dressait devant » cette église, « à quelques pas de l’île de la Cité. »
Voyons maintenant ce que nous apprend la présence de cet arbre en plein cœur de Paris. De Sède va nous révéler que deux choses sont à retenir :
– En tout premier, que « l’Orme de Saint Gervais et Saint Protais était comme celui de Gisors, un lieu de réunion traditionnel ». Lieu de réunion pour qui, pour quoi, dans quel but ? Pour les corporations si l’on en croit de Sède, c'est-à-dire les Francs-Maçons, mais également ce qui se trouve aussi désigné par ce nom : les Confréries de métiers, les bouchers, les tanneurs, les horticulteurs, les tisserands, bref ce que l’on nomme communément les corporations de Pénitents à caractère institutionnel et religieux. La Sanch de Perpignan en fait partie…
– En second, que la présence de cet Ormeteau Ferré devant l’église de Saint Gervais et Saint Protais de Paris associe également la présence de l’Ormeteau de Gisors à une autre église portant exactement la même dédicace que celle de Paris, c'est-à-dire Saint Gervais et Saint Protais de Gisors… De Sède enfonce le clou, et nous surprend en nous indiquant que « l’église de Gisors est elle aussi dédiée à Saint Gervais et Saint Protais » et que si « les deux églises » ont effectivement « connu un destin parallèle », il faut surtout retenir que « les emblèmes qu’un œil perspicace découvre dans le chœur de Saint Gervais à Paris se retrouvent pour la plupart à Saint Gervais de Gisors. » Tout est dit pour qui sait entendre.
Des
emblèmes révélateurs
Quels
sont ces emblèmes qui semblent si révélateurs pour
de Sède ? Nous les retrouvons à la fin de son ouvrage, où
ils font l’objet d’une importante documentation. Sur 27 pages
d’iconographie et de documentation, 10 concernent directement les
églises Saint Gervais et Saint Protais de Paris et de Gisors…
Lorsque l’on connaît le nombre de sujets et de thèmes
abordés dans « Les Templiers sont parmi nous », on ne
peut que s’étonner de la place donnée dans cet ouvrage
aux ornements de ces églises…
Mais… allons aux faits. Plusieurs éléments vont attirer
spécifiquement notre attention. Il s’agit du gisant de la chapelle
Saint Clair portant l’intitulé : « C’est un affreux
squelette ou le Maître Parfait », du pilier des Tanneurs, et
de l’ornementation propre à la Confrérie de l’Assomption.
De cet affreux squelette, parlons-en… De Sède y accordait beaucoup
d’attention, car il était pour lui l’image parfaite du
mythe qu’il allait lancer. De « Gisors » transformé
en « Gît – Or », « là où gît
l’or », il allait tirer quelques années plus tard avec
« Le trésor maudit de Rennes-le-Château », la phrase
suivante : « Et ce trésor est la mort ». Quant à
ce gisant, et pour souligner son extrême importance, de Sède
lui donna le nom de « Maître Parfait » et le représenta
sous deux angles différents, sur deux gravures distinctes, dans sa
documentation. Contrairement à l’opinion courante, il ne s’agit
d’ailleurs pas d’un gisant. La sculpture représente un
cadavre en décomposition, les os sont apparents, la chair meurtrie
par la corruption et la pourriture… Il s’agit selon les archéologues
d’une allégorie exécutée vers 1532. Il n’y
a en effet aucun cadavre à l’intérieur du gisant, et
la sculpture n’est là que pour inciter à la méditation
et rappeler à chacun sa fin dernière. Fort proche du style
de la « Dance Macabre », ce gisant invective le passant et l’invite
à réfléchir sur cette phrase écrite sur son
côté : « Qui que tu sois, tu seras terrassé par
la mort, reste là, prends garde, pleure. J’étais ce
que tu es, tu seras ce que je suis, fais maintenant ce que tu voudrais avoir
fait quand tu te mourras ».
Pour ceux qui ne le savent pas, il s’agit d’un « memento
moris », un type d’œuvre d’art exécuté
exclusivement par les Pénitents dans le cadre d’un CULTE DES
MORTS.
Où
on parle des pénitents
Des
Pénitents… parlons-en. Il n’a jamais été
fait mention, dans aucun livre sur le mystère de Rennes-le-Château
ou du Prieuré de Sion, de la présence de Pénitents
à Gisors et plus particulièrement en l’église-Cathédrale
de Saint Gervais et Saint Protais. Ce n’est pas faute pourtant d’avoir
soi-disant « exploré », à travers plusieurs
centaines d’ouvrages, toutes les pistes menant à Gisors et
à son hypothétique trésor… ! Or, dans cet édifice,
on marche littéralement sur les cagoules des frères Pénitents,
et presque tous les emblèmes visibles dans ce lieu leur sont attribuables.
Vers le nord de l’église existe une chapelle du XIVème
siècle dédicacée à « l’Assomption
». Sa réalisation est l’œuvre de la Confrérie
Royale des Pénitents Flagellants de l’Assomption, érigée
par décret de Charles V à l’occasion d’une terrible
épidémie de peste, afin de fournir de la main d’œuvre
pour enterrer les cadavres et entretenir les cimetières… Culte
des Morts oblige… C’est vers le début du XVIème
siècle en effet que les Pénitents de l’Assomption s’attachent
les services d’un sculpteur Rouennais dénommé Pierre
des Aubeaux. Celui-ci est chargé de réaliser « le Mystère
du Trépas », groupe de statues sur un thème éminemment
mortuaire, qui fut malheureusement détruit partiellement au XVIIIème
siècle.
La même église abrite encore un grand nombre de chapelles de
Pénitents dont il serait fastidieux de détailler les particularités.
Bornons-nous à citer les noms des confréries : il s’agit
pour l’essentiel des Flagellants de Saint Louis, des Cordonniers,
des Pénitents tanneurs de peaux (Alchimistes de premier ordre et
hiérarchie) et de Saint Jacques. On se demande comment tant d’encagoulés
pouvaient se loger dans une seule église… !
Nous finirons notre petite étude par le pilier des Tanneurs, qui
avait été remarqué par Gérard de Sède
non loin du transi dans la chapelle de Saint Claude, vers le côté
sud de l’église Saint Gervais. Pour cet auteur, il s’agissait
d’un pilier contenant un message en lien avec la « rupture de
l’Orme ». Après enquête, il s’avère
surtout que l’Ormeteau était fréquenté par la
confrérie des Tanneurs, et que le pilier de ladite corporation est
l’œuvre des Pénitents. Nous lisons en effet, dans les
archives consacrées à l’Eglise Saint Gervais et Saint
Protais de Gisors, que ce pilier fameux fut l’œuvre des flagellants
de la confrérie des Tanneurs qui avaient également réclamé
un certain Enguerrand Le Prince de Beauvais pour exécuter en 1526
deux vitraux.
Conclusion
S’il y eut un Prieuré de Sion à Gisors, ses membres furent bien des habitués de l’Eglise Saint Gervais et Saint Protais, et lors des chauds étés il est fort probable que certains d’entre eux, pour cérémonie ou par accommodement, s’abritèrent du soleil sous l’ombre bienveillante de l’Ormeteau Ferré. Mais au vu des éléments décrits par Gérard de Sède, le Prieuré et la corporation dont il était question tenaient plus de la confrérie de Pénitents encagoulés que d’un Prieuré de Sion tel que décrit dans « l’Enigme Sacrée »… Ce qui n’empêche point que le trésor des Morts soit une réalité ! Car cette démystification, loin de banaliser l’affaire de Rennes-le-Château, nous plonge au contraire dans de passionnantes perspectives de recherches…
Isaac Ben Jacob