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Société Périllos ©

Périllos: nombril d’un autre monde ?
(1ère partie) - les lieux visibles

 

Quand le sacré se fait territoire

Dans nos précédentes études, nous avancions l’hypothèse que sur l’ancien territoire de Périllos, une « sacralisation » du paysage avait été accomplie, en plusieurs occasions bien définies. Ces mises en place, depuis une nature prédisposée à cet événement, ont été effectuées par des gens initiés « préchrétiens » de haut niveau. Il est également évident que ces ‘aménagements’ ont ensuite été incorporés naturellement dans la religion chrétienne. L’un des plus flagrants constats se trouve dans l’implantation des trois chapelles primitives de Périllos. En effet, les orientations de ces sanctuaires ‘extériorisés’, non seulement ne sont pas conformes aux coutumes chrétiennes, en la matière, mais ont été maintenues dans ce sens jusqu’au moment du rattachement du Roussillon à la France… A ce moment, nous avons vu que la chapelle St Michel de Périllos, devenant l’église paroissiale, se trouve ‘re-axée’ selon la tradition catholique, afin de ne pas éveiller plus de soupçons qu’il n’en faut. Ensuite, nous trouvons, près de la chapelle Ste Barbe (terre de Périllos), les vestiges de sites mégalithiques et le légendaire qui les accompagne encore jusqu’au tout début du 20ème siècle. … Ensuite, là encore, des mains sacrilèges mettront à bas ces témoins indiscutables de ce passé sacré, totalement oublié ou occulté. Nous présenterons en temps voulu les emplacements mégalithiques abattus et saccagés, ce qu’il en reste, et les récits merveilleux que nous avons réussi à récupérer.
Pour le seul territoire français, il existe des centaines de très anciens sites sacrés de ce type. Cette multitude montre qu’une telle implantation, son adaptation ou récupération, s’inscrit bien dans la coutume. Sur ce sujet, notre propos n’est surtout pas de suggérer que les particularités du territoire de Périllos sont plus sacrées que tous les autres lieux… mais seulement de souligner que notre site entre, avec précision, dans la ‘vision’ de ce genre d’aménagement sacralisé au fil des siècles.
Le but de cette étude est seulement de reconnaître, puis cerner, les éléments caractéristiques de ce genre de paysage à Périllos, et en même temps d’essayer de comprendre quel type de lieu sacré nous pouvons imaginer sur ce secteur hors du commun.
En ce qui concerne l’ensemble des lieux sacrés, il est certain que de telles implantations se sont produites seulement si le territoire ‘sauvage’ environnant présentait des aspects qui, pour nos ancêtres, pouvaient être perçus comme des manifestations évidentes du sacré. Ainsi, une « terre sainte » est l’intime union des qualités naturelles, décrites ci-dessus, des lieux logiquement soulignés par des installations rituelles artificielles, donc humaines… qui donnèrent naissance à de grands centres religieux bien connus.

Haut Poul

Officiellement, le plateau d’Opoul n’a jamais appartenu aux seigneurs de Périllos… ni d’ailleurs à Opoul, du moins à l’époque où ce château avait encore une fonction de vigilance. Cependant, on peut dire que ce point surélevé était limitrophe pour les deux territoires en se trouvant forcément du côté du village d’Opoul. Toutefois, nous pouvons ajouter qu’aux époques de l’Antiquité, cette notion frontalière ne pouvait se concevoir comme elle se concrétisera au début du Moyen-Âge. On pourrait même, dans l’absolu, supposer que ce ‘plateau’ se trouvait à l’origine sous la compétence des premiers maîtres de Périllos, pour la bonne raison qu’Opoul n’eut jamais de seigneurie particulière ou remarquable… et en tous cas, pas un instant, ne posséda de forteresse à cet emplacement hautement stratégique, occupé seulement par une garnison royale.
Nous commencerons donc par le plateau d’ Opoul. Le nom du village actuel d’Opoul en bas provient de l’étymologie de l’antique bourg d’en haut : ‘le haut polis’, la haute ville.
En grec, ‘haute ville’ se lit souvent incorrectement, sous la forme ‘acropolis’, ce qui nous mène vers le centre d’Athènes, même si la présence d’une « acropole » n’est pas un fait spécifique à cette ville… En effet, la plupart des anciennes cités possédaient une « acropole », parfois dans le seul but d’y trouver un refuge efficace durant les guerres. Il est bien évident que ‘acropole’ ne signifie pas ‘Haut Poul’. Cependant, pour ceux qui ont pu visiter les deux sites, on retrouve une correspondance intime entre ces deux derniers. Concernant Athènes, pour la plupart des visiteurs, l’acropole est synonyme de Parthénon … qui est le temple d’Athènes, un des plus célèbres monuments de l’Antiquité. Cependant, même sans la présence de ce temple, l’acropole est réellement un haut lieu, avec d’étranges parallèles avec le site du plateau d’Opoul.

L’acropole d’Athènes est à 80 mètres de hauteur ; comme Opoul, c’est un plateau ovale, qui pour Athènes atteint les dimensions de 150 sur 350 mètres. On sait que le plateau était un site cérémoniel depuis les temps néolithiques. Même si l’image de redoutable citadelle prédomine souvent, l’acropole a toujours été perçue essentiellement comme un centre religieux. Le plateau d’Opoul abritant un petit village devient un poste militaire de ligne à partir du XIIIe siècle.
L’accès au plateau d’Athènes se fait par une route ‘processionnelle’, sur le versant ouest, par le Propulaea. Ce cheminement rituel se poursuit jusqu’à une statue en bronze d’Athéna… l’ancien temple d’Athéna et le Parthénon. Le flan sud était largement réservé à des spectacles plutôt publics, dans lesquels est inclus le théâtre de Dionysos.
Ces structures grecques ne sont pas très anciennes, dans la mesure où, aux époques du néolithique, ces aménagements n’existaient pas et seuls le plateau et les grottes qu’il abrite sont vus comme sites religieux.

Pour ceux qui éprouveraient des difficultés à imaginer une acropole « naturelle », il est simple de visiter le plateau d’Opoul… Tout comme à Athènes, on y trouve des grottes (caunes) sur les falaises et des fortifications, qui évidemment ne datent pas de l’ère grecque, mais du XIIe Siècle et, tout au sommet, la ‘citadelle royale’.

L’acropole d’Opoul

Une comparaison entre l’acropole ‘primitive’ et le plateau d’Opoul nous apporte d’autres analogies à propos de la forme géologique : au sud, on trouve une grande plateforme - un parking moderne - d’où débute le chemin d’accès qui grimpe jusqu’au plateau, par le côté est, plutôt que celui d’ouest comme à Athènes. Les deux plateaux finissent par des falaises sur trois côtés. Les deux plateaux sont des socles calcaires, typiques pour le bassin méditerranéen… propres aux endroits riches en cavités, grottes et nombreuses sources. Dans les deux cas, il y a des grottes, au pied des falaises, qui sans doute ont été utilisées depuis l’ère du Néolithique.
Les grottes de l’Acropole se trouvent au long des falaises des côtés est et nord. Celles du nord sont au nombre de trois. Elles étaient dédiées à certaines divinités oubliées depuis les origines de ces cultes. Au moins deux de ces cavités étaient consacrées à Apollon et la troisième au dieu Pan. Ces cavernes étaient accessibles, par des escaliers, depuis le sommet du plateau.

L’Acropolis est, bien entendu, le nom le plus répandu sur ce sujet, mais ce n’est qu’une sorte d’appellation ‘qualificative’, car il existe de nombreuses autres ‘acropoles’ en Grèce. Le véritable nom propre de l’acropole d’Athènes est « Cecropia ». Ce nom vient de Kekrops ou Cecrops, le fondateur et premier roi d’Athènes… qui était un ‘homme serpent’. Il a le pouvoir d’enseigner aux humains l’art du mariage, de la lecture, de l’écriture et enfin de l’enterrement des morts. En bref, c’est un dieu cultuel.

Salvaterra

Durant pratiquement toute son histoire, l’acropole était considérée comme une terre sainte et interdite aux constructions des hommes… car l’endroit était regardé pour abriter la résidence des dieux… inviolable et inhabitable par les humains. C’est ‘seulement’ aux environs de 1100 avant J.C. que le temple d’Athéna Polias reçut ses premiers bâtiments. Ce fut le début de l’implantation d’autres monuments, du type religieux uniquement. Dans ce cadre, on ajoute qu’en ce qui concerne une habitation antique du plateau d’Opoul, nous sommes également sur des vestiges attestant ce genre d’occupation. Hormis la preuve des témoignages archéologiques très anciens retrouvés sur le site du plateau, il était impossible que l’homme de l’Antiquité n’ait pas considéré ce lieu comme le domaine des dieux. On note que ce secteur possédait toutes les particularités pour être désigné comme sacré. C’est donc dans certaines conditions très précises que vont surgir, à cet endroit, des constructions à vocation exclusivement religieuses.

Reste-il une trace du premier périmètre sacré sur le plateau d’Opoul ? Il est tout à fait possible que ce témoignage réside dans son ancien nom : Salveterra… la ‘Terre du Sauveur’, ‘Terre sauvée’ ou Sauvage… L’église, ou le sanctuaire, qui se trouvait sur le plateau était-elle sous le vocable du Sauveur ? On peut le supposer car, dans le village d’Opoul, une fontaine alimentée depuis le plateau porte aussi ce nom... Voilà une appellation bien religieuse…

Roc Redon

A première vue, le site du Roc Redon n’a guère d’importance dans un paysage sacré. Cependant, comme nous l’avons déjà souligné, de telles énormes excroissances rocheuses énigmatiques sont de première importance sur le plan sacral. Nous avons dénombré plusieurs sites identiques, accompagnés des mêmes suppositions de pratiques rituelles, en Angleterre, où les Celtes les utilisèrent en les incorporant dans leur paysage sacré. Peut-être les Celtes anglais ont-ils eu certaines choses en commun avec leurs jumeaux français ? De plus, nous observons que le Roc Redon est une formation géologique unique dans la région, et même dans le secteur entier du Roussillon… au point de représenter une certaine considération sur un aspect religieux d’une importance particulière.
L’acropole d’Athènes représentait un point central universel considéré, de fait, comme le nombril du monde. Sur ce registre, par effet d’analogie, une masse rocheuse comme le Roc Redon ressemble à un nombril d’enfant, ou celui d’une femme enceinte… identifiée à la terre matricielle, ou mieux encore, à la Déesse Maternelle, par excellence, enceinte. Cette similitude se retrouve également avec les pierres omphaliques… de Delphi par exemple.

La Caune

Sur le même plan que celui de la Déesse Maternelle, la ‘Terre Sainte’, nous notons que les grottes – il y en a des dizaines sur le territoire de Périllos – sont considérées comme une vulve, par où on pénètre dans l’intérieur de la terre… En comparaison avec le corps féminin, les grottes sont vues comme des centres initiatiques – centres de re-naissance – et ceux qui ressortent de la grotte sont comme des « re-naissants », nés de la vulve de la Mère… en analogie avec leur première naissance naturelle et biologique.

On sait, par la nature des objets retrouvés sur ce site, que la Caune était un endroit sacré. Mais on sait aussi qu’apparemment les autres grottes sur ce territoire ont eu un aspect religieux, comme celle d’Oursu. Malheureusement, la localisation de cette grotte reste encore inconnue à ce jour. Laissons alors ce dernier site pour rester dans la grotte de La Caune.
En Grèce, une des grottes les plus célèbres est celle de Korykian, sur le Mont Parnasse, au-dessus de Delphi. Cette grotte n’a été fouillée qu’en 1969, par des archéologues français. Pendant les recherches, ont été retrouvés – entre autres – la statuette d’un homme, datant de Néolithique, ainsi que beaucoup d’autres statues et objets moins anciens. Avec ces vestiges, nous pouvons très bien imaginer nous trouver face aux découvertes faites dans La Caune !
La grotte Korykian est d’une grandeur exceptionnelle : 60 mètres pour la longueur, 26 mètres de largeur et 12 mètres de hauteur. Cette cavité est dédiée au dieu Pan, et le nom de la grotte vient de celui de la nymphe Corycia. On peut imaginer les rites, liés à la Pythie, pratiqués dans cette grotte. Cette femme magicienne et prophétesse, attachée au sanctuaire d’Apollon, conduisait, en hiver, la procession vers cette grotte, ou des rites ‘sexuels’ se déroulaient selon le culte habituel. On retiendra que dans ces grottes les stalactites et stalagmites étaient considérées comme des emblèmes phalliques de la nature minérale. Nous retrouvons, particulièrement dans La Caune, une profusion de ces concrétions calcaires d’une beauté majestueuse… bien que les plus belles concrétions aient été victimes de la stupidité dévastatrice des hommes de ‘notre temps’ ! Mais surtout, nous retenons également que la grotte ‘Oursu’ (ou Oursv) était la destination d’un pèlerinage pour les gens de Périllos… comme le relate laconiquement le très ancien registre religieux de l’église de Périllos. Ici, cependant, la déambulation n’est pas conduite par une Pythie, mais par le prêtre de cette paroisse… qui, tout de même, sur le principe, représente symboliquement la même fonction !
On souligne que « La Caune » est vraiment une appellation très forte puisqu’elle ne signifie que ‘la grotte’. Devant ce toponyme, peut-on supposer que cette extraordinaire cavité était particulièrement connue … et reconnue… au point que les habitants de Périllos l’appellent respectueusement « la grotte » ? Allons plus loin dans cet ordre d’idée de l’impression sur la mémoire des lieux que nous connaissons maintenant, dont certains sont totalement oubliés du commun ‘communal’. Nous pouvons, dans ce sens, supposer qu’il s’agit, par ce nom, plus d’un ‘titre’ que d’une simple appellation populaire attribuée uniquement à ce site souterrain… alors qu’il y en a une multitude d’autres sur tout le secteur. En ce qui concerne ces derniers, nous entendons parfois leur dénomination utiliser ce mot à son début (‘la caune de fer’, ‘la caune de l’esprit’, par exemple) mais jamais seul… Ce privilège semble exclusivement réservé à cette immense cavité laissée à l’abandon et à l’œuvre dévastatrice des imbéciles… (Sans doute n’a t’elle pas la chance d’être considérée comme immédiatement attractive au touriste, à l’image des bâtisses en cours de prétendue réhabilitation ‘à l’identique’ dans le village de Périllos?). Il reste également le fait possible que le nom réel de La Caune ait été oublié depuis des temps immémoriaux, au point de ne garder que ce mot pour toute identité… ce qui serait, admettons-le, assez surprenant.
De nombreuses grottes se trouvent sur les versants des montagnes, également bien connues en Crête, où une importante civilisation néolithique donna naissance à la Grèce. Dans ces secteurs moins étudiés, les grottes ont souvent un étroit lien avec Zeus. La tradition, le mythe expliquent que, dans l’une, Zeus est né, dans une autre, il s’est caché, et enfin qu’une dernière lui sert de sépulture… La grotte de Psychro (Crête) est utilisée comme endroit religieux depuis 2800 avant J.C. et a reçu de très nombreuses offrandes au fil des siècles antiques. De plus, non seulement les grottes sont considérées comme sacrées, mais les montagnes qui les abritent le sont tout autant.

Olivier et prophéties

La Caune se trouve en bas du ‘Montailhou de Perilhou’. Cette montagne est la plus haute de ce secteur du Roussillon et délimitait, à cet endroit, la frontière avec le territoire français. Pourquoi ne peut-on pas considérer cette montagne comme un « lieu hautement sacré», un ‘Mont Olympos’, une résidence privilégiée pour les dieux ? Pourtant, bien que probablement sacré, ce ‘Montailhou’ laisse la place à un autre ‘vrai’ Mont Olympos des Pyrénées, le Canigou !

Mais, à propos de ce point culminant sacré sur les terres de Périllos, notons tout de même qu’il existe une autre surprenante toponymie de ce lieu : ‘Le Mont des Oliviers’. Effectivement, nous avons de quoi être surpris, puisque, de mémoire d’homme et de botaniste… il n’y eut jamais l’ombre d’un olivier sur ce sommet ! Par contre, l’endroit est parcouru par un réseau souterrain des plus intéressants… dont un des avens majeurs est maintenant enfoui et occulté sous la station radar de Météo France… curieux hasard, puisque depuis cette machine qui interroge les nuées, on établit également des… prophéties, très scientifiques celles-ci ! Quant à l’olivier, et ses fruits remarquables, il est reconnu comme un arbre particulièrement sacré (c’est également au Jardin des Oliviers que Jésus fut arrêté). Avec ces éléments, nous nous approchons plus près encore de notre sujet car l’olivier est également sacré à Athéna… où la déesse elle-même en a planté un seul et unique sur… l’Acropole.

Tout ceci nous donne des détails et informations précises sur ce qui peu à peu dessine la forme d’un paysage magique et cultuel à Périllos. Cependant, en ce cas, à quel usage était destinée cette contrée maintenant admissible en tant que sanctuaire sacré? Un lieu sacralisé est un lieu avant tout religieux, où les mythes deviennent réalité… mais quels mythes sont abrités sur cette contrée oubliée?

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Filip Coppens