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Les
eaux perdues de Perillos Ou… l'inattendue magie d’une carte postale |
Histoire
d’eau à Périllos
Plusieurs
fois, nous avons abordé le problème de l’eau en ce qui
concerne le vieux village de Périllos puisque le manque du précieux
liquide vital était un prétexte de l’abandon des habitations
et de sa destruction. Nous avions aussitôt démontré
qu’il n’en était rien et qu’il faudrait aux prétendues
autorités nous trouver un autre motif un peu plus convaincant que
celui-ci ou celui d’un abandon faute de progrès.
En effet, le sommet du piton habité autrefois disposait à
faible profondeur d’une nappe s’étendant sous le village
et un peu alentours. Nous avions dénombré au moins trois puits
dans le seul périmètre du village et au moins une source à
moins de deux mètres de profondeur, à peu de distance du hameau
primitif. Ceci sans tenir compte du fameux ‘Puits de France’,
jamais connu à sec en temps de canicule, et ce de mémoire
d‘homme puisque l’ingénieur fontainier Jordy Marsello,
en 1815, fait état de la capacité de cet étonnant point
d’eau dans son compte rendu. Certes, à cette époque,
le puisard n’a pas ce nom évidemment mais celui plus féminisé
de ‘Francella’. Ce même fontainier mentionne, par ailleurs,
deux points d’eau dans le village qu’il visite et qualifie d’exceptionnels
par la qualité et la réputation curative de ces résurgences.
Ce document, nous l’avons retrouvé dans un département
des archives régionales, excluant radicalement la moindre idée
de supercherie dans ce qui va suivre ici et qui pourrait fortement étonner
les chercheurs en la matière.

Depuis les données de J. Marsello, il est possible, avec un peu d’attention, de localiser avec assez de précision les emplacements des puisards et résurgences. A ce jour, les puits autrefois disposés dans Périllos ne sont plus décelables et sont inconnus de tous car déjà au début du XXe siècle il n’en restait plus qu’un en activité, hormis celui ‘de France’.
L’astuce
du ‘puits soufflant’
Evidemment,
nous ne comptons pas dans ces ressources en eau le vague puisard prétendu
‘restauré’, au bord de la petite route d’accès,
à peu de distance du transformateur électrique. Ce dernier
est plus du ressort de la ‘boutasse’ que d’un accès
à une résurgence courante. Il faut dire à ce sujet,
comme nous l’avons remarqué plusieurs fois, qu’il s’agit
à présent d’une vague masse d’eau croupie là
où, il y a encore dix ans, on pouvait puiser de l’eau correcte,
même en plein été. Nous avions démontré
que cet écoulement était sans doute en vérité
une sorte de drainage en provenance de l’aven naturel conduisant sous
l’antique chapelle des seigneurs de Périllos. Ce phénomène
de captage était rendu possible par un astucieux système en
correspondance avec un second regard naturel, très proche et bien
plus étroit, servant à la mise en dépression du boyau
de circulation. Cet accès en forme de buse en pierres sèches,
descendant à moins de deux mètres de profondeur, montrait
l’évidence d’un courant d’air provenant de ce mécanisme
original et astucieux d’assainissement. L’orifice secondaire
était connu sous le nom de ‘puits soufflant’ par le fait
qu’au fond de ce trou sec la flamme d’une bougie, ou la fumée
d’une poignée d’herbes fraîches enflammée
pour l’expérience, était systématiquement aspirée
dans une seule direction.
L’originalité de cet antique mécanisme montrait plusieurs
choses évidentes. D’abord que l’homme connaissait, depuis
les origines du village, constitué depuis sans doute l’époque
romaine, l’existence de cet aven courant jusque sous ce qui deviendra
la chapelle St Michel des sires de Périllos, dès l’aube
du Moyen-âge. Ensuite, qu’avec la découverte de cette
particularité, les occupants du lieu surent maîtriser et canaliser
les eaux de ruissellement naissant dans cette galerie et l’évacuer
vers le premier contrebas du hameau, peut-être afin de récupérer
cette onde providentielle. Encore ces observateurs de la première
heure comprirent-ils qu’une sortie secondaire et verticale de ce réseau
natif permettait de rompre l’effet de siphon et de tenir un local
souterrain au sec en amont, sous ce qui deviendra l’église
du village dès le départ des seigneurs vers l’exil.
…Et
la destructrice idiotie humaine
Cet ingénieux
équilibre resta pratiquement en place jusqu’à il y a
moins de deux ans, au moment où, malencontreusement (pour le moins),
‘on’ décida la mise en place d’un dallage sur couche
de béton recouvert de pierres… pour faire plus joli, nous disait-on
alors ! On croirait à une farce d’un premier avril de très
mauvais goût si ce n’était pas l’affligeante réalité.
Toutefois, la dépression devait rester encore un peu en activité
car le regard circulaire, conservé sous la forme d’un dérisoire
puits reconstitué, laissait deviner encore un peu d’eau boueuse
en son fond… On constate, en étudiant minutieusement les implantations
des constructions autour du sanctuaire primitif, que celles-ci avaient été
disposées de manière à ne pas perturber ce fragile
équilibre et laisser le sol… respirer librement à cet
effet drainant. Puis, il y eut le tripotage, inconsidéré et
hasardeux, des fondements du bâtiment proche de l’église.
Ce dernier, construit contre la faille naturelle, la laissait partiellement
deviner à cet endroit il y a encore quelques mois… avant qu’elle
ne finisse par être complètement obstruée par les travaux
de terrassement. Ainsi, la destructrice idiotie de certains avait, en deux
mois, fini par venir à bout de ce providentiel drain qui sut durant
des siècles assainir le sanctuaire souterrain du lieu… dans
la plus complète indifférence des autorités !
Même
si nous ne pouvons que déplorer ‘l’effet rouleau compresseur’
des conséquences de prétendues rénovations, sous les
applaudissements généraux, il faut en échange bien
préciser qu’il n’empêche nullement nos travaux
de recensement des points d’eau du village. A ce jour, la destruction
programmée de la mémoire du village mort, sous couvert d’insidieuses
prétendues remises en état, ne s’étend qu’à
ce qui est immédiatement visible.
Fort heureusement, la méconnaissance du sous-sol permet de tenir
encore dans l’ombre d’autres réalités hydrologiques
du site. Le même compte rendu de Jordy Marsello fait état à
son époque de l’existence, dans les ‘magasins’
(caves) sous les vestiges de l’enceinte du donjon, de deux petits
locaux ayant fonction de remise, contenant des prises d’eau toujours
en état malgré l’effondrement des appareillages. Le
méticuleux observateur décrit que si un premier de ces points
se présente sous la forme d’un simple puits, un autre se montre
plus curieux dans sa forme. Il s’agirait là d’un écoulement
canalisé s’épanchant dans une sorte de bassin ou plutôt
de ce qui pourrait être une sorte de sarcophage. Le rapport affirme
qu’il y aurait lieu de plutôt penser ici à un bassin
réservé à l’usage d’animaux domestiques
pouvant s’abreuver depuis leur écurie. Pourtant, le minutieux
technicien pense que le problème devient plus complexe car, à
mieux observer l’accès à ce local souterrain, il explique
qu’à son sens aucune bête, du type mulet ou bovidé,
ne peut accéder ici sans passer par ce qui était autrefois
des habitations… et encore moins emprunter l’étroit passage
qui conduit à cet ensemble.
Certes, nous ajouterions, pour notre part, qu’en certaines très
froides contrées, la chaleur animale était si appréciée
que la pièce principale de vie se trouvait contre l’écurie
afin de mieux supporter les intempéries hivernales. Concernant ce
secteur du Roussillon, si on admet quelques jours où le thermomètre
descend sous le zéro fatidique, il est notoire que les habitations
et les dépendances domestiques étaient nettement séparées.
Une
tentative couronnée de succès
Nous
avons donc tenté de resituer ces emplacements dans les ruines du
village. Comme nous disposons d’un ancien cadastre révolutionnaire
(en possession d’un habitant de Durban), l’opération
n’est guère difficile car peu d’implantations ont été
changées depuis. Cependant, à ce jour, les effondrements masquent
bien des éléments ou en rendent l’accès difficile,
voire dangereux.
C’est donc avec de multiples précautions que nous nous sommes
engagés dans les ruines près de ces points curieux. Effectivement,
à ces emplacements, nous sommes au-dessus de voûtes ayant résisté
à l’écroulement des murailles… du moins pour un
des sites. L’autre en échange ne semble plus accessible sans
danger. Nous envisageons, pour en savoir un peu plus sur ces éléments,
de prospecter l’endroit à l’aide du matériel de
sonde optique dont nous disposerons en fin de cette année.
On a surtout l’impression, à mieux regarder ce qui reste du
dessus de cet appareillage, qu’il était partie intégrante
d’une installation plus étendue et très ancienne, pour
ne pas dire antique. Ensuite, en observant la morphologie de ce ‘quartier’
du village, on peut supposer que ce captage encaissé en cours de
pente pouvait fort bien se situer en surface ou encore dans le demi sous-sol
d’un bâtiment de plein pied… installations qui, au gré
des hommes, finissent incorporées dans des constructions dotées
d’un ou deux étages. Ainsi, au fil des temps, le village se
resserrant autour de la motte féodale, les constructions s’étoffent
d’aménagements sédentaires tout en conservant, reléguées
dans les soubassements, des arrivées d’eau fortuites et opportunes.
Si cette hypothèse est certes intéressante, elle n’exclut
pas une suite fondée sur l’observation des aménagements
de l’endroit décrit par le fontainier Marsello agrémenté
de quelques dimensions. On peut, depuis ces dernières, retracer une
sorte d’auge ou abreuvoir en pierre taillée de forme trapue,
courte et sensiblement ovalisée. Si cette dernière ne se présentait
pas aussi courte que profonde, on pourrait même penser à des
sarcophages pour des adolescents ou petits êtres. Or il serait difficile
de supposer ici, d’abord une cuve funéraire recevant de l’eau
en permanence (exception faite pour certains rois espagnols), et ensuite
que ce genre de nécropole soit conservée dans les sous-sols
d’habitations domestiques… Il faut, alors simplement envisager
qu’il ne s’agit pas là de vestiges mortuaires mais d’autre
chose de plus pratique… utilisant une résurgence naturelle.
Peut-être
un reflet de Rennes-les-Bains à Périllos ?
Les
bains de Rennes-les-Bains
De
toute évidence, il est certain que le premier sous-sol de ce type,
si l’on considère son emplacement, devait appartenir aux dépendances
du donjon. Ceci pourrait alors expliquer que ce dernier n’ait jamais
disposé d’une citerne… inutile si on peut, à discrétion,
puiser de l’eau à longueur d’année.
Ces observations nous conduisent naturellement à plusieurs réflexions
ou remarques. D’abord, la forme de ces ‘petites cuves’
n’est guère conventionnelle, surtout pour se trouver dans un
sous-sol où nul gros animal domestique ne peut venir s’abreuver.
Ensuite, le stockage d’eau potable à usage des humains n’est
ici guère rationnel car de faible quantité. On note que la
déclivité naturelle permettrait, à moindres frais,
de faire sortir à ‘ciel ouvert’ le précieux liquide
et ainsi d’en faciliter l’accès et l’usage…
On peut provisoirement conclure que les éléments à
notre disposition indiquent un autre usage pouvant nécessiter de
petits réservoirs dont la forme, tout compte fait, peut ne pas nous
être inconnue.
Et en effet, tout un chacun peut vérifier qu’existent bel et
bien de tels petits bassins, massifs, profonds légèrement
ovalisés aux angles et recevant des eaux à usage des humains…
aux anciens bains de Rennes les bains, précisément au bord
de la route où ont été conservés les vestiges
des anciens établissements de cures thermales. Ce qu’on peut
voir de ces installations curatives se trouve également dans une
sorte de sous-sol disposant au-dessus de constructions étagées.
De plus, l’espace où le visiteur peut déambuler était,
à son origine, un espace fermé en raison des malades venant,
même en hiver, prendre les soins appropriés. Avec très
peu d’imagination, nous trouvons ici des similitudes d’installations
non négligeables. L’arrivée des eaux soignantes aux
bains de Rennes se faisait de manière naturelle et, avec un peu patience,
on peut entendre à intervalles réguliers, le grondement des
vapeurs et du liquide arrivant des profondeurs en… emplissant autrefois
les baignoires de traitement.
L’étrange similitude peut s’arrêter à la
seule forme des ‘bassins’ rappelant effectivement une petite
baignoire. De toute évidence, on ne peut pas, non plus, imaginer
les anciens habitants de Périllos allant faire leur toilette, à
tour de rôle, dans l’obscurité de deux caves enfoncées
dans des bâtiments sous les structures de l’ancienne motte féodale…
contenant une inconfortable baignoire totalement incongrue ici.
Ces réflexions ne sont certes pas suffisantes pour affirmer haut
et clair qu’il y eut d’antiques installations curatives à
cet endroit du Roussillon… ce que d’ailleurs nous nous gardons
bien de faire. Pourtant, nous ne pouvons que rester perplexes, et ne rien
négliger qui puisse un jour éclairer un peu cette nouvelle
énigme. Quoi qu’il puisse en être, force est de constater
que les terres des seigneurs de Périllos, même très
arides en surface, ne manquèrent jamais d’eau en sous-sol.
A ce jour, nous avons localisé, pour le village et son premier périmètre
(200 mètres à la ronde), des puits comblés et d’autres
encore en eau… ainsi que des résurgences à peu de profondeur
dans des avens enfouis sous des ronciers ou pierriers. Certes, les constats
du fontainier restant techniques, ils nous sont précieux dans le
sens où il s’agit d’appréciations professionnelles
d’un fonctionnaire dans le cadre de ses activités. C’est
donc seulement depuis ces dernières que nous pouvons élaborer
sérieusement un état des lieux des points d’eau du vieux
village de Périllos.
Il nous reste donc à essayer de comprendre à quoi pouvait
correspondre ces étranges locaux et leurs ‘petits’ bassins
réservés à un énigmatique usage. Nous disposions
depuis près de dix ans des informations du fontainier sans pour autant
évoluer. La situation de la Société Périllos
sur le site même de l’ancien territoire du Roussillon nous impose
des mesures de prudence, de réserve, aux moments de donner communication
des éléments en notre possession à n’importe
qui, à la mairie d’Opoul ou autres, prétendant imposer
mielleusement une vue fausse de ce que fut le village autrefois… sous
couvert d’authenticité. C’est pourquoi nous ne donnons
pas copie ici de documents pouvant servir ceux-là mêmes qui
nous dénigrent joyeusement sans pour autant disposer de ce qui leur
est indispensable pour justifier leurs avances.
V’la
le facteur !... ou l’arrivée d’une carte surprenante
Nous
en étions là au moment où le hasard mettait entre nos
mains un élément nouveau et imprévisible sur le sujet.
Ce dernier se présentait sous la forme désuète d’une
carte postale… de Périllos. Renseignements pris depuis longtemps,
nous savions qu’une seule œuvre sous cette forme avait été
enregistrée en dépôt légal à Paris. Pourtant,
à ce jour, même en écumant les collectionneurs et pourvoyeurs,
nous n’avions jamais pu mettre la main sur cette image. C’est
donc avec un certain étonnement que nous reçûmes ce
document depuis les archives d’une personne habitant le Durbanais…
montrant, s’il le fallait encore, que Durban fut en plusieurs périodes
l’endroit où se focalisèrent de nombreux éléments
concernant Périllos. A toutes fins utiles, ajoutons que c’est
aussi chez un particulier habitant Durban que nous avons pu obtenir de consulter
un exemplaire d’un vieux terrier prérévolutionnaire,
montrant par exemple la forme du village quelque peu différente de
ce qu’elle deviendra et restera jusqu’à son délabrement
final… par exemple, en ce qui concerne l’emplacement de la mairie
qui ne se trouvait pas là où elle est depuis 1830 seulement!
Cette carte postale a les couleurs nostalgiques de la mémoire et
est comme cette dernière… un peu floue. Cependant, les informations
que nous y lisons peuvent avoir plus d’importance que celle d’une
anodine correspondance épistolaire.
Tout d’abord, lisons la correspondance ainsi rédigée
: « Monsieur, à mon passage à Périllos monsieur
Millegou étant absent en souvenir je lui envoie son pays. Salutations
Sincères - signature ». L’envoi est fait à l’adresse
de « Monsieur Millegou, Maire de Périllos par Opoul, Py - Orientales.
L’affranchissement est fait avec un timbre (semeuse rouge) de 10 centimes
et le tout a été oblitéré d’abord à
Opoul puis à Rivesaltes, le 15 avril 1908. Cette date est confirmée
sur le recto de la carte à côté du paysage : «
Rivesaltes 15 avril 1908 ».
L’image photographique en sépia, pas très nette, permet
de comparer le village avec ce qu’il en reste aujourd’hui. On
observe qu’habituellement ce genre de cliché, destiné
à un large public, est souvent agrémenté, pour un rendu
vivant, d’un ou plusieurs personnages de l’époque. Or,
sur ce paysage, on ne distingue pas d’habitant ou de sujet en premier
plan. Par contre, les détails sont suffisants pour bien distinguer
les bâtiments, alors tous en bon état. On peut voir en arrière-plan
le clocher de l’église et le pan de ruine du donjon qui n’a
guère changé depuis. Nous reviendrons prochainement sur une
petite étude de l’angle de prise de vue et l’état
des maisons ainsi que quelques notoires particularités.
Perillos-les-Bains
?
Si
ce témoignage peut sembler anecdotique, on peut encore noter un détail
intéressant. En effet, à droite de l’image se lit une
sorte de titre ou légende à propos du lieu. En 1908, Périllos
n’étant pas rattaché à Opoul, son nom n’est
pas lié administrativement à cet autre village. Il serait
donc normal d’attendre un commentaire du genre : « Périllos »
(tout simplement), ou tout au plus « Périllos –Pyrénées
Orientales ». Or, contre toute attente, nous lisons en toutes lettres
« Perillos-les Bains ».
Ce titre insolite a de quoi nous surprendre… et les premières
réactions sont de supposer une plaisanterie ou, à la rigueur,
une méconnaissance de l’intitulé du village qui sera,
quelques années après, vide de toute vie. Certes, si ces possibilités
sont envisageables, il faut bien ajouter qu’à cette époque
on ne pratiquait plus que rarement la plaisanterie au sein des textes sur
une carte postale. De ce constat, nous avons cherché à savoir
qui était l’auteur de cet envoi et surtout du rajout en haut
de l’illustration. Avant tout, nous voyons un personnage qui s’adresse
à « Monsieur le Maire de Perillos par Opoul », en termes
certes courtois mais emprunts de respect. Nulle part, dans le laconique
texte, nous pouvons deviner un lien d’amitié ou de familiarité
notoire. De plus, il apparaît que l’auteur est de passage à
Périllos et espère y rencontrer « Monsieur Millegou,
Maire de Perillos »… mais visiblement en revient bredouille.
S’il y avait eu une forme de cordiale complicité entre les
deux hommes, on peut supposer qu’ils se seraient concertés
sur un moment de rendez-vous propice. De plus, à l’évidence,
ces détails montrent que nous pouvons exclure la moindre intention
de plaisanterie dans le titre apposé à côté de
l’image. C’est depuis ces éléments que nous avons
cherché à savoir qui était l’auteur du courrier
laconique mais significatif.
En cherchant bien, nous avons fini par trouver un certain Léon Begai pouvant correspondre à l’homme que nous recherchons. Ce dernier s’avère être collaborateur en travaux d’analyses minières et hydrauliques… puisque on en retrouve traces dans les archives de la mairie de Périllos, également retrouvées à Durban. On peut donc supposer, à la lecture de tout ceci, que ses rapports n’ont rien de vraiment humoristiques et qu’il fait peut-être simplement une allusion à un élément d’analyse professionnel lorsqu’il émaille le paysage concerné du titre « Perillos-les Bains »… qu’il pense perçu au juste niveau par son correspondant périllossien. Certes, nos arguments sont ici sous réserve que nous soyons bien tombés sur le bon personnage, car nous n’avons pu étendre nos recherches qu’aux départements des Pyrénées Orientales et l’Aude. Cependant, il faut bien admettre que la coïncidence, dans ce cas, ressemble plutôt à un faisceau de convergences qu’au fruit du hasard…
Les
eaux abondantes et bénéfiques de ‘sous Périllos’
De
fait, ces lieux sont disposés sur de véritables réserves
d’eaux naturelles et souterraines. N’oublions pas qu’Opoul,
par exemple, est maintenant alimenté par un captage donnant en quantité
impressionnante une eau d’une grande pureté mais aussi d’une
qualité telle qu’elle pourrait être mise dans le commerce
avec une appellation ‘minérale naturelle’ inhabituelle.
Certes, ce captage a été fait à très grande
profondeur et nous sommes loin, évidemment, depuis la vallée
jusqu’à l’altitude de Périllos. Cependant, tout
ce secteur est émaillé de sources, puits et résurgences
discrètes mais nombreuses… A ceci, nous ajoutons que certains
de ces points d’eau périphériques au village mort peuvent
être classés dans des catégories particulières
approchant celles dites ‘curatives’. Nous prendrons comme exemple
un puits d’eau ‘saumâtre’ mais limpide à
forte teneur saline. Ce puisard n’est pas très loin de Périllos
puisque dans le secteur du couvent Ste Cécile…
A ces observations, nous ajoutons le fait qu’à peu de distance
des villages limitrophes de l’Aude et des Pyrénées Orientales
se trouvent des sources déjà utilisées par les romains
pour des soins curatifs réputés… N’oublions pas
non plus que ces sources à ‘pouvoirs’ étaient,
jusqu’au début du Moyen-âge, considérées
comme un bienfait de quelques divinités devenues obscures…
vite supplantées par quelques saints et saintes des plus contestables
permettant à la religion naissante d’assurer sa suprématie
en ces lieux de régénération naturelle. Enfin, il reste
également à souligner que souvent ces eaux étaient
considérées comme sacrées car capables de ‘laver’
les morts ou de perpétrer le pouvoir de certains ‘royaux’
d’entre eux… Souvent, d’ailleurs, les sites curatifs disposaient
des deux usages, avec cependant plus de discrétion pour le second
que le premier.
Un
petit San Juan de la Pena oublié aux confins du Roussillon ?
Depuis
ces éléments dispersés, serait-il vraiment incongru
de supposer, à cet endroit, un site d’eau curative… donc
magique jusqu’au Moyen-âge… sur ce qui deviendra le fief
et la demeure des seigneurs de Périllos ? Un site ‘thermal’,
certes plus restreint que ses semblables alentours, mais suffisant pour
un usage particulièrement, ou discrètement, localisé…
vite oublié avec l’arrivée de la vie sédentaire
sur le sommet de l’antique hauteur vouée à la ‘bête’
qu’il faut ‘christianiser’ avec l’implantation heureuse
d’un St Michel bien à propos. Ces bêtes terrifiantes,
au demeurant d’apparence reptilienne, qui pour vivre choisissaient
des lieux marécageux ou riches en résurgences magiques…
seront, un jour ou l’autre, enfin détruites par un seigneur
plus courageux que les autres, les réduisant à grands traits
d’arbalètes… à l’état de côtelettes
magico-religieuses affichées symboliquement à la porte des
grands sanctuaires du Roussillon. Et puis, pourquoi cette résurgence
hydraulique n’aurait-elle pas inspiré aux Périllos …
ou à leurs illustres prédécesseurs, des similitudes
avec le sanctuaire de San Juan de la Pena ? En effet, ce dernier lieu aurait
abrité un Graal mais surtout les dépouilles des rois d’Aragon.
L’endroit se présente sous l’aspect d’un immense
abri sous roche duquel sourd une résurgence qui donnerait naissance
aux grands fleuves de l’Espagne. Les couronnes aragonaises se firent
ensevelir de telle sorte que les eaux s’écoulant sur leurs
royales dépouilles arrosent toutes les régions de leur territoire
permettant ainsi un indéniable lien magique entre ces princes et
leurs terres… lien magique auquel s’ajoute le non négligeable
mystère du St Graal ! Certes, en plus réduit, nous avons à
Périllos un caveau des seigneurs d’où sourd un écoulement
parcourant grâce à des avens naturels le sous-sol du village…
pour aller se jeter dans les ruisseaux, sous Ste Barbe par exemple, qui
arrosent la contrée… lors des saisons pluvieuses bien entendu.
A cet aspect magique et religieux à la fois s’ajoute la dévotion
des seigneurs de Périllos pour les récits chevaleresques du
Graal. A ce sujet, il serait opportun d’ajouter que, selon la maquette
de l’abbé B. Saunière, la sépulture d’un
certain Joseph d’Arimatie se trouverait précisément
enfouie à peu de distance de la motte féodale d’où
s’écoule l’eau… curative. Bien sûr, certains
grincheux répliqueraient qu’il ferait beau voir une source
sortir au sommet d’une hauteur. En forme de réponse à
cette dernière tentative de refus, nous les inviterons simplement
à se rendre au sommet du mont St Sabin, dans le Pilat (ou de relire
nos articles sur le sujet) pour y méditer sur ce genre de négation
et ses risques de ridicule.
Fragilité
d’une intense hypothèse
Admettons,
au moment de la conclusion de ce travail, que ces éléments
soient connus, disons au début du Moyen-âge, sur ces terres
aux confins du Roussillon. En ce cas, pourquoi ‘certaines personnalités’,
triées sur le volet, n’auraient-elles pas voulu -ou prétexté-
bénéficier des vertus, certes d’abord curatives, des
eaux captées et utilisées depuis l’Antiquité
par les occupants locaux… à des fins magico-religieuses ? Certes,
le lieu peu important et de faible débit ne permet alors pas de recevoir
plus de deux ou trois ‘patients’ à la fois… Il
est possible que ce soit alors plus que suffisant pour assurer à
cette ‘élite’ un bain rituel dans une onde magique naissant
dans la crypte où reposent ceux ‘sachant’ le secret ‘royal
et sacré’ de cette contrée soigneusement reléguée
à l’oubli volontaire des princes d’épée
et de goupillon…
Bien entendu, nous sommes conscients que cette hypothèse est audacieuse
et forcément fragile, mais à bien y réfléchir,
qui peut la réduire et sur quel critère ? Car, pour en finir
sur cette carte postale arrivée bien à point dans ce dossier,
il faut bien remarquer que l’expéditeur, probablement à
propos des ressources hydrauliques sous le village de Périllos, écrit
précisément « Perillos-les Bains » et non…
par exemple « Perillos-les eaux ». Si la nuance est mince,
elle n’en est pas moins présente et non de notre ressort. Et
c’est sans doute ce qui donne toute sa saveur à ce petit élément
épistolaire unique en son genre.
Si, pour l’instant, nous conservons arbitrairement la diffusion de
la copie des documents concernant l’ancienne mairie de Périllos,
retrouvés à Durban, ainsi que le document de l’ingénieur
fontainier, Jordy Marsello, notre décision peut varier selon l’état
des relations concernant nos travaux sur les énigmes du passé
de Périllos.
Nota bene : Nous ne donnerons pas ici les détails permettant de retrouver ces sous-sols en raison du fait que ceux qui prétendent tout savoir sur le passé et les fondations de Périllos n’en ont, de fait, pas besoin. Ensuite, les endroits peuvent s’avérer assez dangereux à celui, celle, qui s’y aventurerait sans précaution… et en cas d’accident, notre responsabilité pourrait être engagée. Ensuite, il va de soit que l’eau coule toujours suffisamment au fond de ces cavités. Il est de fait hors de question que quiconque la souille, sous n’importe quel prétexte comme celui d’obstruer un puits ou modifier les fondements de certains bâtiments implantés sur l’écoulement naturel de cette résurgence…
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On peut se procurer une copie conforme (format et couleur) recto-verso de cette carte postale dans notre shop (4 € - 3 ex. pour 10 € frais inclus), ou en se renseignant auprès de Septera Editions |
André
Douzet
TOUTES REPROS DES DOCUMENTS ET DE LA CARTE POSTALE DANS
CET ARTICLE SONT INTERDITES SANS AUTORISATION
Le 27 avril 2010