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La
Madeleine de Pezens… (1ère partie) - une bifurcation pour une sainte |
Les
églises de Rennes-le-Château
Comment
serait-il possible de passer outre l’incontournable élément
du personnage qu’est celui de Madeleine dans l’affaire de Rennes-le-Château
et de Périllos ? C’est impensable…
Concernant Rennes-le-Château, nous savons que Saunière arrive
dans une paroisse dont Marie Madeleine est la patronne et pour qui il aura
une véritable vénération au point d’emplir de
cette sainte les points cruciaux de son église : maitre-autel, statue,
vitraux… et de mettre son domaine sous son vocable et ses dérivés
sans la moindre retenue. Au demeurant, tous les chercheurs sur le sujet
qui nous intéresse présentement, sont également ‘contraints’
de passer par ce personnage inévitable dans l’affaire et d’en
étudier les ombres, les réalités et les secrets…
Cette église, considérée comme la partie visible de
l’iceberg de l’énigme de Rennes, du fait d’être
sous le patronage -‘matronage’ devrions-nous dire plus précisément-
de cette sainte, est admise sous ce vocable depuis ses origines les plus
anciennes. Certes cette situation arrange confortablement ceux, celles,
qui inflexiblement voient dans ces éléments les balises permettant
de s’engager sur les pas de la sainte venue jusqu’ici accomplir
une mission, pas forcément très divine au demeurant. On nous
explique, à voix basse, qu’il s’agirait d’une ‘mission’
essentiellement en rapport avec une ébouriffante descendance du Christ
dans les environs… quand ce n’est pas son ensevelissement dans
les proches environs de l’antique Rhedae… Certes, ceci arrange
bien de nombreux visionnaires, et scribouillards d’occasion, en mal
de Da Vinci Code, ou autres reniflant grands maîtres de ‘l’affaire
Jésus’ s’échouant lamentablement à Rennes.
Hélas pour cette
cohorte, nous démontrions dans un précédent chapitre
sur les origines de l’église de Rhedae, qu’elle ne fut
pas sous ce vocable avant la prise d’assaut, en 1362, des mercenaires
catalans d’Henri de Trastamare. En effet, lors de cet assaut c’est
l’église primitive qui les intéresse et aucune autre…
puisque de toute manière il n’y en a aucune autre ! Le sanctuaire
qui fait les frais de cette prise de la cité n’a jamais eu
pour nom Sainte Madeleine puisqu’il était sous le vocable de
St Pierre aux Liens et de toute manière se trouvait près du
rempart en contre bas de la motte féodale. C’est à la
suite de la destruction de cette église que la population et surtout
son seigneur décident de ne pas reconstruire l’église
et d’en déplacer l’usage à la chapelle castrale
qui est l’édifice que nous connaissons à présent
dans l’affaire de Rennes. De plus avant l’assaut des catalans
cette chapelle était sous la protection de la Vierge Marie ce qui
montre bien que l’endroit ne fut ni de près ni de loin consacré
à Ste Madeleine et donc aux antipodes de toute hypothèse sulfureuse
impliquant la sainte ou encore moins Jésus même sous sa forme
Christique… C’est à partir de cet aménagement,
de la chapelle seigneuriale en église paroissiale, que le nom de
Ste Madeleine lui est attribuée et non avant cette date de 1362,
ce qui nous met définitivement hors de portée de toute stupidité
wisigothique en la matière !
Par contre, ce qui serait bien plus intéressant, ce serait de savoir
les raisons qui motivèrent ce changement de patronyme alors que l’église
pouvait fort bien se placer sous la Vierge Marie tout de même «
Mère du fils de Dieu »… Ce ‘détail’
non seulement n’a jamais effleuré nos ténors mais de
plus on n’en trouve nul détail dans les écrits de l’époque
ou plus tard. Ce dont nous sommes certains c’est que ce sanctuaire
se trouve dans un état d’abandon frôlant la ruine, et
n’offrait pas le plus petit intérêt sur le plan religieux
qu’il soit, ou non, sous le vocable de cette sainte dont l’abbé
Saunière se fera l’ardent adorateur… Mais pour que son
action soit telle, sans la moindre explication rationnelle à qui
que ce soit, gageons que lui, au moins, sait alors pourquoi il en fait sa
propre patronne… sans doute en arrivant dans cette paroisse, délaissée
par l’autorité religieuse (qui se ressaisira vivement au moment
où l’abbé Saunière la met en valeur). Ce prêtre
sait-il déjà la mission qu’il va y remplir sous la bannière
de Madeleine ? Nous n’en doutons pas un instant, et la seule question
que pourrions maintenant nous poser serait de savoir comment il fut préparé
à cet événement… par qui et pourquoi.
La
chapelle oubliée de Pezens
Quoiqu’il
en soit nous retiendrons ici la présence de Madeleine en pensant
que, là où elle est vénérée, il peut
y avoir pour nos travaux un intérêt plus que notoire comme
on peut le constater dans les grands sanctuaires qui lui sont dédiés
: la Sainte Baume, Vézelay, Maguelonne, le Pilat et tant d’autres
églises où sa statuaire et ses représentations ne manquent
pas d’intriguer le connaisseur lancé sur les traces de cette
énigme.
C’est ainsi que nous allons, une fois encore, aller nous promener
sur la route départementale entre Villepinte et Carcassonne, comme
nous l’avons fait lors de notre dernière réunion de
la Société Périllos.
En
venant d’Alzonne, 1km avant la ville de Pezens, la route départementale
6113, à hauteur de la bifurcation vers Revel, se sépare en
deux voies à sens unique pour longer de part et d’autre une
chapelle remarquable. C’est ici que nous arrêtons nos pas avec
d’autant plus de facilité qu’il est commode de garer
les véhicules sur les bas côtés de la route sans ennuis.
Le lecteur ne sera pas étonné, et l’aura bien compris,
si nous disons que ce petit sanctuaire est placé sous le vocable
de Ste Madeleine… Un sanctuaire comme il doit y en avoir tant d’autres,
certes. Le problème est qu’une fois cette sensation passée
d’innombrables détails vont nous montrer qu’il en est
tout autrement et qu’ici se trouvent bien des éléments
inconnus et inédits du moins du large public. Et cette méconnaissance
est d’autant plus regrettable que ce sont des milliers de véhicules
qui passent près du sanctuaire sans que personne ne s’en préoccupe
ou se demande ce qu’il peut être ou quel fut son passé…
Alors que nous savons, comme nous allons le voir plus loin, qu’autrefois
au moment des lents véhicules attelés tous n’auraient
jamais poursuivi leur route sans le temps d’une courte prière,
d’une obole, d’une pensée religieuse ou méditative
sous les auspices de cette chapelle… peut-être pas implantée
ici de manière aussi anodine que ça.
Avant d’exposer nos premiers résultats, il semble de bon ton
de faire un survol des éléments connus et disponibles au chercheur
à propos de cet émouvant vestige fort heureusement classé
à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques.
Peu de documents sont pourtant consacrés à ce ‘bijou’
d’une certaine forme de foi du haut Moyen-âge… aussi ce
détour documentaire ne sera-t-il pas des plus longs mais toutefois
révélateur de ce passé lointain.
Nous sommes en présence d’une « très ancienne
chapelle romane, bâtie à plein cintre, avec un appareil Carolingien
…//…à l’origine église d’une petite
paroisse dont l’existence pourrait remonter au très haut moyen-âge,
à la période des grandes invasions barbares » nous assure
un texte repris déjà par Julien Courtieu dans son magistral
ouvrage (le seul contemporain) « Histoire de Pezens » (édition
de 1986)… Le ton est donné ici en ce qui concerne le bâtiment
lui-même. Son orientation générale n’a rien d’exceptionnelle
puisqu’elle affiche un axe résolument d’est en ouest
des plus traditionnels… du moins à première vue. Pour
une longueur totale de 19,50m sur 7,50m de largeur, sa hauteur la plus importante
culmine à 7m assurant par là, approximativement, la répartition
traditionnelle du ‘carré de 3/1 dont le petit côté
donne la profondeur’.
Dans cette dimension, se trouve une nef de 12m de long le reste se répartissant
entre l’ultime travée, amorcée par un arc épais,
et le chœur en abside semi-circulaire.
D’un
modeste oratoire rupestre à une église paroissiale?
La
description, précise et technique dans sa déclinaison, reste
cependant relativement discrète sur le fait que cet ensemble est
le résultat de trois aménagements consécutifs exécutés
à des époques distinctes. C’est ainsi que nous proposerions
chronologiquement un tout premier petit sanctuaire en forme d’oratoire,
à l’entrée droite et courte se terminant sur un fond
semi circulaire, sans doute primitivement grand ouvert à l’ouest
comme le montrent quelques détails d’appareillage… ainsi
qu’on peut le voir dans la petite chapelle extérieure au village
de Brenac face à Rennes-le-Château.
Ensuite, une allonge, plus large, a probablement été ajoutée
afin de donner une courte nef annonçant la fin d’un fruste
sanctuaire, et le début d’une chapelle à la fréquentation
déjà plus importante. Au demeurant, cet apport en superficie
explique déjà un intérêt religieux nettement
établi, confirmé par l’agencement ‘rituel’
de l’ouverture pratiquée au sud afin que le passant puisse
s’affranchir, de manière insolite mais astucieuse, de ses dévotions
et… dons. A ces origines, cette partie annonce que le sanctuaire est
alors considéré comme ‘entier’ et définitif…
puisque son mur ouest, sans doute muni de son porche d’accès
traditionnel, s’achève en hauteur par un fronton recevant la
niche d’une cloche. On observe encore que, dans la nef, cette pièce
de dernière travée est la plus large et forte de toutes, la
montrant ainsi apte à supporter l’ensemble de l’appareillage
clocheton et portail d’entrée disposé à l’ouest,
conformément au plan commun médiéval de ce genre d’édifice.
Pourtant l’évolution se poursuit semble t’il par un ultime
ajout, à peine moins ancien puisque de pur style roman pour ses ouvertures,
finissant par là de former le bâtiment tel que nous le voyons
à présent. Cette fois, à l’évidence, le
lieu est devenu un conséquent début d’agglomération
sédentaire, au point d’exiger, pour contenir ses paroissiens,
une nef à trois travées, dont la dernière à
l’ouest est équipée d’une tribune sans doute plus
récente. Cependant le porche ne se trouve plus au couchant, dans
l’axe traditionnel, mais s’ouvre définitivement sur la
façade sud… telle qu’on peut le voir dans de nombreuses
églises que nous connaissons bien dans nos recherches. Au demeurant,
ce pignon dut être prévu, par son rajout final, comme susceptible
de subir une poussée ‘expansive’ des murs puisqu’il
est appuyé d’une puissante ‘jambe de force’ surmontée
d’une mince ouverture d’éclairage.
Cependant, en observant attentivement la dernière partie du prolongement
de la nef on retient deux éléments. Le premier montre que
les travées ajoutées de la nef sont équipées,
chacune de part et d’autre, d’un arc longitudinal supportant
la voûte en berceau. Ces pièces d’architecture ont, tout
d’abord, pour effet de servir d’arc de décharge et ensuite
d’offrir au regard une certaine légèreté doublée
d’un agrément rompant la monotonie d’une nef à
pans droits, sans frise ni décor, en chaînage d’arasement.
On trouve le même effet dans l’église de Montsaunès
qui fut, rappelons-le, l’ancienne chapelle de la commanderie templière
du lieu au 13e siècle… devenue église avec l’installation
des chevaliers de Malte après la chute du temple au 14e siècle.
Le second élément, que nous proposons ici, apparemment échappe
à toutes remarques, études et relevés d’archives.
Si le prolongement est supposé au maximum du 14e siècle l’agencement
du porche est bien plus ancien à l’évidence… Forcément,
la chapelle de la ‘seconde génération’ s’arrête
au couchant sur un pignon fronton-clocher et une entrée au dessous.
Cette dernière ne peut qu’être fermée d’un
porche dans le plus pur et sombre style roman réduit à sa
plus sobre, forte et élégante expression. Au moment du dernier
aménagement agrandissant la nef il faut obligatoirement prévoir
un accès à ce qui devient une église, que celui-ci
soit à l’ouest ou au sud.
Revenons, en témoins, au moment de ces travaux conséquents.
Les maîtres constructeurs viennent de déposer un porche désormais
inutile dans la nouvelle nef. Ils disposent maintenant d’un encadrement
disponible et quasiment récent pour l’époque. En artisans
respectueux du travail et de la pierre, ou sur ordre, ils n’hésitent
pas un instant, et réinstallent naturellement l’assemblage
d’encadrement en l’incorporant soigneusement dans la nouvelle
façade sud ainsi percée d’un accès passé
de l’ouest au midi. L’opération offre l’économie
d’un porche et laisse aux fidèles d’alors le souvenir
respecté de leur ancienne ouverture vers le sanctuaire. Ceci expliquerait
qu’on puisse remarquer la légère incohérence
entre le style d’empierrement des murs d’un type plus récent
que ne l’est celui du complet tableau du porche… Quand à
la haute fenêtre, au sud, de la troisième travée si
elle est encore romane elle n’est déjà plus du même
style avec son embrasure à pan coupé montrant déjà
la fin d’un pur roman devenu décadent…
Tracé
et ouvertures
On
retient, sur le plan architecturale, que le tracé au sol de la nef
est rectangulaire, pendant que celui de l’abside du chœur, demi-circulaire
à l’extérieur est tracé en ‘outrepassé’
à l’intérieur, faisant ainsi de cet édifice une
curiosité remarquable pour la région.
Déclinaison
d’un porche au sud
L’accès, nous l’avons vu précédemment,
se fait depuis un porche roman étroit et bas, simplement constitué
de deux arcades supérieures accolées se surmontant, en plein
cintre, sans décor d’aucune sorte qui se poursuit sur montants
droits de même profil sans colonne ou autre chanfrein d’angle.
Sur cet austère appareillage que n’aurait pas décrié
un pur style cistercien s’ajoute seulement, simulant un arc de décharge
à l’alignement du mur, une mince arcade de pierres blanches
au dessus des précédentes de couleur grise. Ce dernier, sans
doute d’inspiration lombarde par ses claveaux croissants des embases
au sommet, encadre deux pierres carrées blanches superposées
mais illisibles. Ces dernières devaient comporter une dédicace
millésimée, surmontée d’une représentation
en ‘taille douce’, les deux à connotation fortement religieuse
leur ayant valu, à la révolution, un martelage en règle
et leur effacement complet…
Une
‘porte des morts’ au nord?
A propos de porte il est à signaler qu’une seconde, se trouvant
pratiquement face au porche, s’ouvrait au nord et desservant, selon
la rumeur, l’accès au cimetière. Si cet usage est tout
à fait plausible nous n’exclurons pas, pour notre part, de
supposer qu’elle pouvait être, en ce cas, une… porte des
morts, comme pour l’église templière de Serres et d’autres
du même ordre. Si de cette ouverture aujourd’hui disparue il
ne reste aucune trace intérieure, un regard averti peut tout au plus
vaguement la deviner de l’extérieur.
Archères,
fenêtres et embrasures
Les ouvertures d’éclairage sont au nombre de cinq. Nous en
donnons, ici, la description dans un ordre volontairement allant de la plus
simple aux plus… insolites et intéressantes.
La première étroite et haute, à embrasure, protégée
par deux barres de fer forgé, se trouve sur la face sud dans l’arc
de décharge longitudinal de la troisième travée. Percé
en demi-sphère, son linteau de façade est bien plus haut que
le sommet du portail. Côté nef sa percée s’évase
largement en suivant la découpe générale y compris
pour son arc supérieur.
Sur le pignon du couchant s’ouvre la seconde lucarne placée
au sommet du haut contrefort. Cette dernière, rectangulaire plus
haute qu’étroite, s’échancre dans la tribune avec
son profil de base. Elle serait la plus récente et n’offre
pas d’intérêt architectural notoire, sinon le non négligeable
passage des rayons solaires du soir balayant ainsi le chœur du sanctuaire
de lueurs rougeoyantes… à moins qu’elle n’ait été
pratiquée pour éclairer la tribune effectivement, en son absence,
plongée dans une pénombre peu accueillante pour les notables
y prenant place.
La troisième ouverture, estimée du XVIIe siècle, est
formée d’un oculus ovale horizontal surmonté du blason
des de Voisin, seigneur de Pezens de la fin du treizième siècle
à 1785… de profondes petites entailles périphériques,
régulièrement espacées, montrent que cette ouverture
était autrefois solidement barreaudée bien que trop étroite
pour laisser passer qui que ce soit. Curieusement elle reste, cependant,
défendue par un croisillon de fer forgé pris dans son tableau
extérieur. Une fois encore on note que cette ‘archère’
lumineuse s’élargit considérablement à l’intérieur
pour répandre copieusement sa clarté.
Couronne
d’épines ou… de héros ?
Nous voici arrivés, avec la quatrième ouverture, aux ‘pièces
de lumière’ que nous qualifions de ‘maîtresses’.
Celle-ci se trouvant à l’est, se présente sous la forme
d’une petite meurtrière surmontée d’un linteau
ouvert sur un demi-cercle décoré d’une couronne tressée
entourant une croix grecque… J. Courtieu dans son ouvrage (en référence)
voit ici une « torsade circulaire méplate de 15 boucles…//…
rappelant la couronne d’épines ». Malgré tout
le respect que nous devons à cet auteur remarquable, nous nous permettons
de ne pas être d’accord avec son commentaire en ajoutant qu’il
n’y a là aucune ‘boucle’, mais seulement deux ‘brins’
entrelacés treize fois (et non quinze). Ceux-ci ne se rejoignant
absolument pas restent ouverts en se terminant par deux brins séparés
l’un de l’autre des deux côtés… à
la façon des couronnes romaines destinées aux empereurs et
héros… Quand à la croix elle repose sur un court brin
plat de même dimension que la base de sa branche basse. On peut supposer,
en référence à d’autres « couronnes d’épines
», que si des épines il était question elles n’auraient
pas manquées d’être gravées, et incorporées
dans la représentation. On peut, de fait, supposer qu’il s’agit
là d’une ‘couronne de gloire’, réservée
dans l’Antiquité aux héros grecs ou aux empereurs romains,
plus que celle de sacrifice ou supplice, ce qui pour un… Christ solaire
ne peut que s’inscrire dans une logique des plus acceptables…
bien que peu orthodoxe (si nous pouvons nous exprimer ainsi). Ce décor
se retrouve également sur la pierre de soutien de l’autel.
Si à l’extérieur cet appareillage n’offre qu’un
très petit passage de lumière, à l’intérieur
en échange il s’ouvre sur une importante échancrure,
certes guère plus large mais haute de plus d’un mètre.
C’est ce ‘guide de clarté’ que nous observerons
plus loin en détail.
Fenêtre
ouverte sur un culte à Madeleine
La dernière ouverture est celle qui offre aux curieux le plus de
détails insolites et expressions de religion populaire. Située,
elle aussi au sud, elle se trouve dans l’ancienne partie droite de
l’oratoire. L’étude de cette portion de la construction
va demander un arrêt plus prolongé mais qui se montrera des
plus révélateurs.
Pour cette cinquième embrasure il ne s’agit plus d’une
étroite archère mais bel et bien d’une véritable
fenêtre de grande dimension. Si nous commençons notre étude
par l’extérieur nous voyons qu’il peut s’agit d’une
véritable porte ‘basse’ ensuite obstruée jusqu’à
une allège surbaissée. La partie linteau se présente
en deux parties une première dans le prolongement du mur est formée
d’une dalle de pierre ‘ardoisière’ butant vers
l’intérieur par une pierre de linteau plus massive dans laquelle
s’incruste un fort barraudage de fer forgé ici comme dans les
trois autres parties du tableau d’ouverture. L’allège,
ou coudière, est aussi constituée d’une dalle minérale
de même épaisseur que le linteau. L’imposante grille
forgée en carré semble avoir subie des torsions ou tentatives
d’écartement de son maillage… Il n’en est rien
car ces ‘élargissements’, quasiment tous pratiqués
sur la partie basse, ont été fait volontairement à
plusieurs fins évidentes. Les deux ou trois ‘forçages’
se trouvent en réalité à hauteur et aux emplacements,
pour l’intérieur, d’un bénitier et d’un
tronc de fer. Le passant, le pèlerin, le pratiquant, pouvaient ainsi
facilement exercer leurs rapides dévotions en se signant et versant
leurs oboles dans les deux récipients correspondants… La grande
ouverture, seulement munie de sa solide grille, permettait certes de faire
acte de dévotion, mais surtout de pouvoir sans obstacle (vitre ou
panneau de bois chichement ajouré) contempler, sur le mur d’en
face, l’objet du culte rendu dans ce sanctuaire sous la forme d’un
imposant tableau censé représenter la Madeleine ! Cette rare
ouverture daterait de 1693 et aurait été pratiquée
en raison d’un vœu fait et surtout exaucé, par les habitants
de Pezens ayant imploré la protection de la sainte contre les ravages
de l’épidémie de pourpre… Un pèlerinage
se pratique encore en l’honneur de la Madeleine en trois fois dans
l’année : pour la célébration de l’équinoxe
de printemps, la fête de la sainte (22 juillet) et en octobre après
les vendanges… Les invocations à celle qui est devenue la patronne
de Pezens, se font également pour les guerres et… les inondations…
ce qui est pour le moins curieux et inédit.
Une
confrérie du fer à cheval ?
Les tableaux d’ouverture de l’embrasement sont ornés
de gravures représentant des éléments décrits
comme des fers à cheval. Certes les dessins que nous pouvons voir
peuvent être considérés comme tels à un détail
près. En effet on trouve deux formes de ‘fers’. Les premiers
sont en ‘croissant’ avec un empattement extérieur à
chacune de leurs deux extrémités. Les seconds sont d’une
autre forme de ‘croissant’ sans prolongement latéraux
à leurs bases. On note que les deux tracés sont faits d’une
seule ‘volée’, frustes certes mais précis et sans
hésitation. La ressemblance laisse penser que les auteurs ont simultanément
l’habitude du ciseau à graver la pierre… et du fer à
cheval, mulet ou bœuf (encore que la forme du sabot oblige un autre
ferrage). Pourtant, si jusque là il n’y a rien à redire,
nous ajoutons qu’à mieux regarder ces représentations
on n’y trouve nulle part les trous permettant le passage des clous
fixant le fer aux sabots de l’animal de trait. Car quelque soit ce
dernier, et le choix de la forme du fer, celui-ci ne peut tenir sans cloutage
même par la force du Saint Esprit… force en laquelle, pourtant,
nous ne saurions douter un seul instant. Un simple oubli sans doute nous
dirons nos grincheux de service… un oubli sans doute bien compréhensible
au moment d’une gravure faite dans un esprit de ferveur religieuse
empressée. Mais oui… pourquoi pas… tout comme on peut
encore supposer qu’il ne s’agit ici que d’une représentation
symbolique et sommaire. Mais en ce cas comment justifier une fluide précision
dans le tracé incorporant le détail des ‘retour’
sur le fer et à la fois l’anachronisme d’un oubli des
passages de clous ? A cette question nous ajoutons que les gravures ne sont
pas toutes de la même époque, de la même main…
avec chaque fois l’oubli des trous, comme si l’erreur pouvait
s’être transmise sur plusieurs personnes et plusieurs ‘moments’.
Ce n’est guère plausible car dans cette hypothèse les
auteurs savent tous les perforations des fers à cheval. La remarque
est d’autant plus importante que les gravures sont pratiquement toutes
d’une époque définie entre les 17e et 18 siècles,
ainsi qu’on puisse le lire sur les dates millésimant ces gravures
aux tableaux du porche d’entrée : 1717 et 1730. Serait-il possible
qu’à cette époque une confrérie, une obscure
société, liée au cheval mais totalement oubliée
se soit évertuée à marquer son passage ou sa présence
de cette façon ? L’affirmer est aussi difficile que de le nier.
Or, si nous reprenons les dates d’importance de ce qui fut un village,
un hameau regroupé autour de son église à ces époques
de ‘marquage’… s’en est fini de la sédentarisation
du lieu et de son culte… Quant à ceux pratiquant ces gravures
ils ne sont certainement pas de simples palefreniers, ou rouliers incultes,
puisqu’ils agrémentent leurs ‘fers’, sur les tableaux
latéraux de la ‘fenêtre au culte de Madeleine’,
de brefs textes exclamatifs tels que « jetons la joie » et «
canten » (chantons en languedocien), illustrant par là une
ferveur peu usitée en matière de vénération
à la Madeleine… Ces fers ainsi schématisés font,
de prime abord, surtout penser à un visage symbolisé encadré
d’une coiffure de sa hauteur, sans traits intérieurs définis…
mais s’exprimant en deux ferventes sentences toutes orientées
vers le point de culte à Ste Madeleine visible et offert depuis cette
ouverture barreaudée. Les gravures sont au nombre de six sur les
montants verticaux du porche (dont un présente indiscutablement des
trous de cloutage) au moins deux sur les tableaux de la fenêtre (ornés
de croix intérieures et deux autres sur le calvaire à l’arrière
de la chapelle (ceux-ci sont enfouis sous la terre de remblais).
Autrefois
était une maladrerie
Il
faut savoir que l’endroit est placé sur le passage d’une
voie romaine secondaire devenu route de pèlerinage -puisque cette
route était anciennement un « ancien grand chemein ‘Cami
Romieu’ » (route de pèlerinage)- et, pour ces raisons
d’importante fréquentation, depuis le moyen-âge celui
de l’hospitalité. Nous ne savons pas si ce sont ces motifs
de transition… ou l’inverse… qui font que l’endroit
devint une maladrerie placée sous le vocable de Sainte Madeleine.
Toujours est-il que Julien Courtieu rapporte, depuis un document annexe,
que « Au XIIIe siècle, cette église est désignée
dans l’Ave Maria du Chapitre Cathédrale de Carcassonne, sous
le nom de ‘Decimarium Beate Marie de Rescluse’, Sainte-Marie
la recluse ou la pénitente, confirmant que Sainte-Madeleine était
paroisse avant 1269 ». Le ton est donc ainsi donné sans équivoque
par ce « ETAIT paroisse AVANT 1269». Nous ajoutons, quant à
nous, que si un texte ancien fait état de cet endroit, cité
en référence, nous notons qu’il y est question d’une
église et non plus d’une chapelle et encore moins d’un
oratoire… sous ce patronage semblant établi et reconnu. Madeleine
pourrait donc bien avoir été choisie comme protectrice…
ou instigatrice… d’une maladrerie existante près d’une
‘paroisse avant 1269’. Cette suggestion sera, au demeurant,
confirmée un peu plus loin. Mais auparavant nous trouvons d’autres
informations relative à l’existence de cet établissement
au XIVe siècle avec le ‘dénombrement’ des consuls
de Pezens faisant état de possessions « de Lospital de la Magdalino
», possessions aussi mentionnées dans le compoix de 1606 et
du registre des marguilliers de 1605. Enfin au XVIIe siècle cette
maladrerie est rattachée à l’Hôtel-Dieu de Carcassonne…
sur volonté du roi Louis XIV en l’an 1696. Puis comme le résume
si bien Courtieu « Ensuite tout disparaît : hôpital, maisons,
cimetière, seule demeure la vieille chapelle au milieu des champs
»… Certes, les spécialistes nous disent doctement qu’avec
la fin du 16e siècle s’éteint la nécessité
des ‘hôpitaux’ placés sur les grandes routes, remplacés
avantageusement par les ‘Charités’ citadines diverses
et mieux équipés. Si c’est bien évident sur un
plan médical nous voulons cependant ajouter quelques remarques.
Raisons
interdites d’un passage à la trappe annoncé pour une
maladrerie ?
Si une ‘maladrerie doit ‘fermer’ pour raison pratique
de soins médicaux dispensés dans des ‘ailleurs’
de meilleures conditions chirurgicales (ce qui reste encore à prouver),
rien n’oblige que suivent d’autres irrémédiables
et radicales mesures. Parmi celles-ci nous retiendrons, en ce cas d’abandon
forcé de l’établissement ‘hospitalier’,
qu’il ne s’adresse visiblement pas à l’antique
sanctuaire, surtout si celui-ci est apparemment si considérablement
fréquenté depuis le haut moyen-âge. Cette mesure ne
semble pas avoir non plus été imposée au bâtiment
de culte qui se trouve cependant, pour le moins curieusement, relégué
de sa fonction d’église à celle plus restreinte de chapelle…
Enfin, que dire du fait que le village installé autour des constructions
hospitalières soit aussi ‘passé à la trappe’
de l’oubli avec ses masures, habitants, intendances et structures
sociales sans autre forme de procès ? Là encore on ne peut
que rester perplexe devant ce nettoyage par le vide exécuté
en quelques années après pourtant un édit royal…
Tout ceci, à la réflexion, mérite un peu plus d’information
documentaire… hélas pour l’instant inexistante.
Mais ce n’est pas encore tout. Une ‘maladrerie’, logiquement,
est avant tout réservée à l’usage des ladres
et indigents divers des époques médiévales, pré
et postrévolutionnaire. Si nous pouvons admettre, comme de nos jours,
que certains établissements, pour motif de restructuration, puissent
‘passer à la trappe’ au bénéfice d’autres
plus performants, demandons nous où se trouve les points ‘dispensaires’
les plus proches. Bien entendu nous avons Carcassonne et Toulouse. Mais
ensuite nous en avons un autre à… Villepinte qui semble être
resté en fonction bien après cette fermeture insolite. La
question sera de se demander pourquoi deux établissements de soins
ont pu rester en activité durant des siècles sans se ‘concurrencer’
le moins du monde… et l’un des deux, celui sous le vocable de
la Madeleine, soit ‘sabré’ sans autre formalité
? Deux dispensaires, proches l’un de l’autre de quelques km
à peine, supposent soit une incroyable affluence de pèlerins
lourdement souffrants (et il serait resté des traces d’archives
d’une telle population s’imposant de pénibles déplacements)…
soit qu’un des deux reste discrètement destiné à
d’autres usages sous le couvert d’assistance à des contagieux
obligés de faire étape en des… maladreries.
L’ombre
du Temple ou des Hospitaliers ?
Ce genre de ‘vitrine’ était particulièrement cher
à l’ordre du Temple comme on peut le voir concernant la fameuse
maladrerie… de la Madeleine !!!... au fond d’un méandre
des gorges inaccessibles de l’Ardèche, lieu de ‘reclus’
agrémenté lui aussi d’une chapelle, de même ampleur,
appareillé dans son chœur d’une ouverture désaxée
de la même manière que celle de… la chapelle de Pezens
! Oui… mais admettons que rien, à ce stade n’autorise
le moindre ‘clin d’œil’ en direction des intentions
templières d’alors sur cette ancienne route impériale
puis route nationale 113… A moins que… oui à moins que
nous puissions nous tourner, certes avec la plus grande prudence, en direction
des Chevaliers de l’ordre des Hospitaliers, plus tard Chevalier de
Malte, dont une commanderie se trouvait à Pexiora à peu de
distance de Villepinte précisément. Le hasard est grand et
tentant est le lien possible. Cependant, si l’ordre de Malte avait
pour primitive mission de pratiquer l’hospitalité, avant même
le combat aux croisades, il ne s’illustrait pas dans ces détails
architecturaux de frises en chaînage d’arasement en forme de
damier, symbole devenu en échange caractéristique et habituel
aux édifices religieux templiers, peut-être en raison de leur
gonfanon composé sur le principe de la dualité, noire et blanche,
du damier.
Et ce damier, en revenant à notre façade sud de la chapelle
Ste Madeleine de Pezens, il se trouve bel et bien dans la frise haute d’appareillage
de la partie la plus ancienne du sanctuaire : le chœur d’origine
! Cette ligne de ‘damier’ surmonte une autre, partielle composée
de ‘billettes’. Cet ensemble est situé au dessus de la
fenêtre dédiée à l’adoration de la Madeleine
comme si, dans cet étroit périmètre, toute la souvenance
du lieu devait se retrouver résumée…
Catalogue
des curiosités en façade méridionale
Le passant croit avoir tout vu de cet étrange répertoire cultuel…
Pourtant, il n’en est rien s’il lève son regard un peu
plus haut au-dessus, et à droite, de l’ouverture il peut distinguer
une autre pierre apparemment anodine, plus claire et longue que les autres.
On peut y trouver, à droite, le bas d’un oiseau sur ses pattes
et devant lui, à gauche, un autre volatil semblant couché
ou couvant. Il est impossible, dans l’état actuel des choses,
de savoir si cette gravure est religieuse dans le style de la frise de corniche
de l’église de Montsaunès avec ses étranges oiseaux,
ou si elle provient d’une construction (temple romain ou stèle
dédiée aux dieux mânes) païenne ayant précédée
ici l’oratoire. Toujours est-il que cette pierre fut utilisée
en réemploi et bien mise en valeur sur cette façade sud…
sans qu’on puisse en connaître la signification symbolique ou
ésotérique qu’elle ne peut cependant manquer d’avoir.
On retient, de tous ces détails que le mur méridional, du
bâtiment ‘catalogue’ toutes les curiosités architecturales
et décoratrices du sanctuaire, du moins concernant son extérieur.
Sous
le sanctuaire la mémoire des morts
Concernant
enfin l’extérieur on peut trouver en façades nord et
sud des alignements de pierres à hauteurs des ‘tendeurs’
de serrage en croisillon de fer, évitant que la nef ne s’ouvre
en s’écartant. On peut supposer que la hauteur d’origine
du dernier rajout était plus basse, à moins évidemment
que cette ligne quasiment horizontale ne soit tout simplement une litre
commémorant qu’ici, comme pour l’église de Sainte
Madeleine de Rennes-le-Château, un important personnage est enseveli
dans un caveau… ou crypte sous le dallage de la nef ou du chœur…
ce qui après tout n’est pas impossible. Le lieu semble avoir
été de prédilection, pour l’ensevelissement des
morts, depuis bien plus longtemps que celui où la dernière
travée a été rajoutée. En effet, ainsi que nous
le vérifierons lors de notre visite intérieure du sanctuaire,
au moment des travaux du passage de la nationale sur sa voie nord, ont été
mises à jour des croix discoïdales attestant par là qu’un
cimetière très ancien gisait ici avec ses sépultures
inviolées antérieures au Xe siècle. Il en est de même
en plusieurs autres proches lieux où furent retrouvés d’étonnants
vestiges cultuels permettant de situer, ici, une vie à la fois sédentaire
et religieuse intense depuis le Ve siècle et sans doute au moment
de la croisade contre les Albigeois. De plus ces témoignages sont
parfois superposés à des couches à peine plus profondes
allant de l’Antiquité au néolithique démontrant,
par les éléments retrouvés fortuitement, que l’emplacement
était occupé par les humains depuis ses époques les
plus reculées… et les emplacements funéraires réutilisés
quasiment régulièrement au fil des âges…
Avant d’entrer dans le sanctuaire, lors de la seconde partie de cette étude, pour y admirer en détails son étrange contenu consacré à une étrange intense dévotion de Ste Marie Madeleine, nous ajoutons qu’une troisième partie de ce chapitre sera consacrée entièrement au calvaire situé à l’ouest dans l’alignement du chœur. Un calvaire qui, n’en doutons pas, nous réserve lui aussi quelques petites surprises.
A suivre…
André Douzet
Seconde
partie :
Hommage à Madeleine : « Pécheur voilà ton modèle
»
Une représentation classique ?
Un maître autel primitif bien proche de celui qui fut à Rennes-le-Château
Des graffitis en forme de ceux de Montsaunès et d’Opoul
Croix discoïdales et pattée
Le pas d’âne
L’axe solaire ?
Un caveau en forme de crypte…
Troisième
partie :
Une église et un calvaire