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Société Périllos ©

Un étrange prieur Chartreux : Polycarpe de la Rivière

 

Un prieur qui écrit beaucoup

Les armes d'Urfé

Mais maintenant revenons sur un des plus étranges prieurs de cette chartreuse : Polycarpe de la Rivière.
Né vers 1584, il fait en sorte d’être uniquement connu sous le pseudonyme de Polycarpe de la Rivière. De son nom, son lieu de naissance, sa famille, nous ne savions rien, si non qu’il est d’une région du Velay et de noble origine. Or, depuis peu nous avons enfin pu localiser ses lieu de naissance et nom d famille.
D’abord maître de musique au château d’Usson (en Forez) il tombe sous le charme de Marguerite de Valois, réfugiée (de 1586 à 1605), près de la famille d’Urfé pour y trouver protection…
Polycarpe quittera à regret marguerite de Valois et les Urfé sur une sorte d’ordre qui semble lui être intimé. Il fait son noviciat chez les jésuites de Lyon, puis demande très vite son admission à la grande Chartreuse ou le père Dom Bruno d’Affringues le reçoit immédiatement et lui témoignera, jusqu’à la fin étrange de sa vie, une vive affection.
Dans sa 22ème année Polycarpe fait sa ‘profession’ le premier mai 1609. Il écrira de nombreux ouvrages ‘religieusement lénifiants’ et sera chaleureusement approuvé, tout d’abord, par ses supérieurs :

1609 : « Adieu du monde ou le mesprit de ses vaines grandeurs et plaisirs périssables » édité en 1619.
En 1617 il édite aussi « Récréation spirituelle sur l’amour divin et le bien des âmes » au cours de ce livre est inclus pour la première fois l’anagramme de Polycarpe de la Rivière : « J’ai de propre le ciel d’amour ».
1618 : « L’Adieu au Monde » (réédité cinq fois).
1621 : « Le Mystère Sacré de Nostre Rédemption » (trois tomes).
1618 : l’Eloquent Amoureux ou Pensée sur le Cantique de Salomon. Ouvrage introuvable.
1619 et 1622 : « Récréations Spirituelles sur l’amour divin et le bien des âmes ». Avec l’anagramme de Polycarpe apparaît un élément mettant en évidence un système de cryptographie phonétique que Polycarpe semble maîtriser audacieusement.
1619, 1621, 1625, 1631 : réédition de « L’Adieu du monde… » mais cette fois apparaissent ses armes héraldiques et sa devise : « Solutido mihi provincia ».
1625 : « L’Ame pénitente auprès de la Croix »
1626 : « Angélique » Son supérieur reproche à Polycarpe d’avoir écrit cet ouvrage en français… il déplore qu’il ne fut pas écrit en latin afin d’être plus… réservé au religieux et moins accessible ! Cet ouvrage contient de curieuses observations sur l’histoire naturelle et des détails innovants qui ne seront connus du public qu’au XVIIIème S.
On note que cet ouvrage est écrit à la chartreuse de Bonpas où Polycarpe est nommé Prieur. Mais plus curieux encore, on remarque que ce livre occasionne le reproche de son supérieur. Le contenu de ses écrits aussi commence à changer considérablement. Mais le plus insolite est à venir : les sujets deviennent de moins en moins religieux au sens ‘régulier’. Ensuite les thèmes abordés sont tels que certains ouvrages seront radicalement censurés, interdits… Ses supérieurs émus et inquiets tentent d’arrêter ce prieur dans ses écrits et il sera même invité à s’expliquer devant l’Inquisition de ses travaux, recherches littéraires et éventuelles découvertes :

Anagramme de POLYCARPE DE LA RIVIERE

1638 : « Annales Ecclsiae. Urbis et comitatus Avenionensis ». Manuscrit en deux volumes.
1638 : « Histoire de la ville d’Avignon ». Ce volume est la suite des deux manuscrits. Ce livre est interdit par Rome malgré toutes les interventions du chanoine Maselli.
1640 : « Historia Ordinis Cartusiensis ». Interdit de publication demandé par l’ordre même des chartreux.
« Catalogus Priorum Majoris Cartusiae Gratinano Politanae ».
1636 : « Historia Ecclésia Gallicanae, seu Natilia Episco patuum Galliae ». L’œuvre subit tant de censures et d’interdits que seulement trois volumes sur les dix-sept prévus seront publiés, les autres seront refusés d'imprimerie.
« Annales Episcoporum Diensium“.
“Tractatus Paraenetiars ad Gallian, latine conscriptus”.
“Traite de la Sainte Eloquence ».
« Traité de l’oraison. manuscrit en l’état. Sans date ».
« De Rébus Gestis Episcoparum Diensium » Ce livre sera édité après le décès de Polycarpe par des mystérieux et anonymes admirateurs de l’auteur en 1668.

Manuscrits non répertoriés, non datés, de ‘l’après Angélique’ :

-Recueils de documents historiques non classés.
-Annales de l’histoire religieuse de la France et de l’Eglise.
-Observations sur les vents. (?)
-Critiques.
Extraits.
Lettres de Peyresc.
Epitaphe d’Hypolyte de médias.
Annales des rois et princes.
Annales de Valbonne.
« Duae Magdeleine. Du repos éternel et des sept dormants »
Papiers personnels et correspondance de polycarpe : 411 feuillets.
« Vents soubs les eaux – Eaulx sous la Terre »
« Modifius Archiep Hiérosolym Apud ».
On s’aperçoit que les ouvrages interdits sont écrits depuis des documents introuvables, visiblement connus seulement de Polycarpe. Ses sources documentaires seront qualifiés d’impossibles par les détracteurs de ce prieur qui refusera même devant l’Inquisition de donner ses sources documentaires. Aucun historien ne pourra jamais retrouver les bases de travaux de ces ouvrages. Certains localiseront seulement des confirmations partielles, mais le reste est encore recherché par des historiens inconditionnels de cet auteur. De là à traiter Polycarpe de la Rivière de menteur, il n’y aura qu’un pas, que bien des historiens religieux et écrivains, désorientés par les révélations merveilleuses de Polycarpe, franchirent le plus vite possible… « malheur à celui par qui le scandale arrive ! ».

Fragiles hypothèses et mort de Polycarpe

Nous n’apportons aucune affirmation. Nous suivrons simplement une série d’éléments fragiles, non fondés, mais indéniablement réels pris isolément :
1- Dom Polycarpe est indéniablement un érudit de très haut niveau.
2- Il est le prieur qui exécute le plus de travaux et remaniements à Ste Croix. A son départ la Chartreuse est fondamentalement transformée.
3- Sa prise de fonction à Bonpas coïncide avec une vague d’écrits tous censurés et interdits par l’Eglise.
4- Il travaille sur des données historiques qui sont bien trop nombreuses pour être toutes mensongères.

Un inépuisable ‘thrésor’

La chartreuse de Bonpas... ancienne commanderie templière

En effet il devient prieur de Bonpas en 1630 et disparaît en 1639. Il est souffrant, souvent alité, dispensé d’office… La somme des documents qu’il à rassemblés et qu’il nomme « l’inépuisable thrésor » aurait demandé des années complètes de travaux de faussaire avant de pouvoir exploiter ces sources mensongères. En outre ces données correspondent en trop de points avec des périodes ‘délicates’, mal éclairées, de notre histoire…
L’ébauche d’une hypothèse mérite d’être retenue sous toutes réserves de prudence : pourquoi les remaniements complets des bâtiments de Ste Croix n’étaient pas le prélude à retrouver dans un recoin quelques informations historiques, ou autres, oubliées ?
De plus les travaux concernent tout le Grand Cloître, donc la partie exclusive des pères chartreux, et devaient nécessiter une somme colossale… Dom Polycarpe non seulement ne demande rien à l’ordre cartusien, mais il ‘auto – finance’ les travaux du monastère sans rien toucher aux caisses même de la chartreuse… d’où pouvait-il sortir des tels moyens ?
Il nous faudra bien, à un moment ou un autre, revenir sur cette interrogation.

La disparition de Dom Polycarpe

En 1630 Polycarpe prend ses fonctions de prieur à Bonpas, qui est une ancienne maison templière, puis hospitalière et confiée au chartreux en 1320 par le pape Jean XXII.
1634. Dom Polycarpe qui correspond assidûment avec Peiresc depuis sa nomination à Lyon en 1616, se plaint de ne presque plus pouvoir marcher.
On sait que Peiresc, nanti d’une culture générale exceptionnelle, réunissait à Aix tous les érudits de Provence et surtout entretenait d’étroits contacts avec les chartreux de Montrieux. Polycarpe comptait parmi ces savants.
1638. Sur sa demande il est déchargé de ses fonctions de prieur pour de graves raisons de santé et demande à pouvoir ‘prendre les eaux’ aux bains du Mont Dore. Sa demande sera acceptée en 1639, et il lui est attribué un domestique et deux chevaux pour cette démarche médicale. Il quitte Riom et de là plus personne n’aura jamais de nouvelles de lui…
L’historien Launoy accuse Dom Polycarpe d’avoir apostasié. A cette calomnie le père T. Raynaud répondra que rien n’autorise une telle affirmation outrageante.

Ballaruc - ancien plan

Barjavel le voit arriver jusqu’aux bains de Ballaruc. Eusèbe Disier assure la même chose…
Mais le prieur de Valbonne affirme qu’il ‘sait’ Polycarpe réfugié chez le vicaire de Mornas, puis chez Monsieur de Châteauneuf (Vaucluse) bienfaiteur notoire de Bonpas.
Une autre rumeur persistante explique qu’il est entré au service du gouverneur du Languedoc, Mr de Verneuil, en qualité de bibliothécaire…
Combis-Velleron le croit mort de maladie chez Mr Raybaud à Arles.
Enfin le Général des Chartreux doute que Polycarpe ai quitté l’ordre secrètement…
Après des mois d’enquête aucune information ne dissipera jamais l’énigme de la disparition de Polycarpe de la Rivière.
Quant à nous, nous retiendrons :
1- qu’arrivé à Clermont, il congédie le domestique avec les chevaux pour prétendre poursuivre seul et à pied… Comment croire à une telle stupidité pour un homme souffrant et pouvant à peine se déplacer ? A moins qu’il n’ait prévu de poursuivre sa route, par un autre mode de transport, vers une autre destination qu’il voulait garder secrète.
2- Un autre détail important : Polycarpe, qui tient à ses écrits et documents, les confie à son départ de Bonpas à un ami de confiance : « ..Sortant de Bonpas pour aller demeurer en la nouvelle Chartreuse de Moulins il réunit tous ses mémoires et documents en mains d’une personne qui lui est du tout confident… » (courrier à Rome du 28 février 1640). Puis encore : « …Il n’a avec lui ni papiers ni écrits… » (courrier précédent à Rome en date du 18 février 1640).
Polycarpe qui ne se sépare jamais de ses écrits les confie étrangement et, tout à coup, à quelqu’un… peu après, il ne peut plus supporter ses douleurs et va ‘prendre les eaux’… Il semble bien, en vérité que Dom Polycarpe de la Rivière ait de longue date prévu une sorte de scénario de secours… car il confie alors plusieurs fois à Peiresc ses craintes qu’on le supprime ou finisse par l’emprisonner à vie…
Il aurait donc minutieusement programmé sa disparition et la mise en sécurité de ses documents et archives. On observe aussi que le Vatican semble bien plus préoccupé de savoir si Polycarpe avait avec lui ses archives et manuscrits que de son état de santé ou même des conditions de sa disparition !

Vue de Ste Croix vers 1820

L’identité de Polycarpe de la Rivière restera une énigme … tout autant du pourquoi de la vouloir garder secrète… aussi sa personnalité restera dans l’obscurité avec la vraie raison de son ‘téléguidage’ vers Ste Croix et une mise à jour fabuleuse qu’il gardera à jamais silencieuse.
Le Professeur François Secret, dans son livre « Les Kabbalistes Chrétiens de la Renaissance » (chez Dunod. 1963) écrira : « …le personnage le plus intéressant est encore Polycarpe de la Rivière, Velaunois, qui, entré à la Grande Chartreuse, en 1608, devient Prieur de Ste Croix en Jarez, de Bordeaux et de Bonpas. Erudit, qui fut en correspondance avec Gasssendi, Peiresc, il composa des ‘Annales du diocèse d’Avignon’ restées manuscrites, et il disparut en 1640.// Son « Adieu au monde ou les mesprit de ses veines grandeurs périssables » publié à Lyon, en 1610, et réédité en 1631, témoigne de sa culture et de son goût pour la kabbale Chrétienne…»

La découverte d’un autre trésor

Avant de quitter l’étrange Polycarpe de la Rivière, prieur chartreux, attardons nous encore une fois sur une découverte insolite qu’il fit dans les bâtiments de Ste Croix en Jarez et qui nous rappelleront immanquablement une autre histoire que le lecteur connaît bien Mieux.
Si plusieurs mises à jour étranges furent faites à Ste Croix… souvent liées au ‘sang sacré’ ou de celui de la Ste Croix, nous ne retiendrons que celles-ci sont faites par Dom Polycarpe.

Le Mystère Sacré - 1621- Polycarpe de la Rivière

Il s’agit d’un des documents manuscrits de ce chartreux rapportant les conditions étranges d’une découverte faite sans mention précise du lieu: « …Lequel ayant leu au pied d’une grande statue cete inscriptîo, ‘quad aux Kalendes d’avril le soleil battant fur ma tête m’aura entourée de fa lumière, j’avray la tfte d’or’, & veu qu’a ce fujet la plufpart de fes voifins y accouroient au jour none, l’un vec des marteaux, l’autre avec des hâches, frappas a dos & a vêtue cette povre ftatue, & lui defpeçâs la tefte dâs laquelle ils croyaiêt ce riche théfor eftre caché, lui don jugement beaucoup plus raffis é solide, accôpagné d’un autre philosophe sô femblable s’y trâfporta l’année après, & ayant diligêmment obfervé les rayôs du soleil, qui battoiêt fus la tefte de la ftatue, él’ombre qu’elle formoit fur une pierre proche de là, fit lever cette pierre, & trouva incontinent fous icelle, ce que les autres attendoient du cerveau de la tefte de l’iamge. Dôt fe tournant au même instant vers fon compagnon, le voyez vous ? Ô richeffes et quel autre lieu vous pouvoit eftre plus convenable ? l’ombre la pierre vous conurêt de cemmêt… » .

Mais ce n’est pas tout, car sur la page suivante se trouve un autre texte bien plus insolite. Ce texte est transcrit ci dessous sans rajout ou modification d’aucune sorte, même dans ses ponctuations.

AB OE H X 7 lettres
124
Abscedens c’est à dire
Gradus vous reculant, creusez 4 degrés
Quatuor ou marches et vous trouverez un
Sodiensthrefor
Inuenis
Thefaurum Ces 7 lettres grecs trouvées écrite dans une
colonne de marbre
rendez.au.Roy.Denis.le.Thresor.d’or.que.vous
avez trové.

Revenons brièvement à Polycarpe et à ses notes étranges. Ces feuilles éparses et manuscrites soulevèrent d’innombrables protestations et batailles d’érudits de la fin du XVIIe S. au début du XIXeS.
Il est certain que ce prieur mit à jour une somme colossale de documents très anciens concernant les origines de l’Eglise Romaine, son implantation dans certaines contrées et surtout des dépôts ‘prévisionnels’ dispersés méthodiquement.
De plus, selon Polycarpe, ces manuscrits font apparaître des transactions au niveau des premiers rois de France, ou plutôt des ‘chefs de guerre’ d’époques très reculées. Ensuite les commentaires laissent clairement comprendre qu’il y eut établissement, sous un étroit contrôle, de seigneurs en mesure, potentiellement, de prendre ou favoriser, un pouvoir autre à une époque plus éloignée. Polycarpe fait allusion, par exemple à: «… la douxième année du règne du seigneur Childebert Roi, cinquième indiction… ».

Couverture d'un livre de Polycarpe de la Rivière - remarquez ses armoiries au bas

La dernière levée de boucliers, contre les écrit du chartreux n’est guère ancienne, puisque du XIXe S.. Elle nous permet de constater que sous la cendre, la braise luit encore et les passions couvent, prêtes à embraser une nouvelle polémique. L’Eglise ne semble toujours pas avoir pardonné à ce prieur d’avoir disparu surtout avec ses précieux documents. En 1875, l’abbé André et Canron attaquent encore violemment, une ultime fois les fameux manuscrits… défendus tout aussi ardemment par Le Blanc et Albanès.
Que sont ces fameux documents ? Il s’agirait tout d’abord de quatre manuscrits historiques. Duprat les décrits sommairement et en atteste formellement l’existence. Le premier document serait celui d’un certain Savaron. Les autres appartiennent maintenant à Dom Polycarpe de la Rivière, qui prouve les tenir des Bénédictins… et d’un mystérieux dépôt chartreux ! A ce propos voyons ce qu’en disent les historiens provençaux ;
« … On a l’acte de fondation de l’église du lieu. D. Polycarpe de qui on la tient, dit avoir extraite des archives d’une abbaye où on a été la chercher inutilement. Les livres de St Denys, pape et d’un certain Accace, sur lesquels ce chartreux s’appuie – dans un siècle ou les livres se sont bien plutôt multipliés que perdus - sont tombés dans un anéantissement total. Des quatre manuscrits, bien comptés, qui, outre le fragment de St Amat, ont servi à D. Polycarpe pour composer notre histoire, il n’en est pas un qui existe pour notre consolation ; avouons qu’un malheur aussi constant, qui en suppose tant d’autres, est bien propre à faire adorer les jugements de Dieu, et à confondre ceux des hommes ! Or, c’est de ces manuscrits que sont sortis l’étonnant discours de St Amat, martyrisé par Crocus, et l’incroyable épisode des ‘cendres des martyrs de Lyon, jetés au Rhône et recueillis par les Avignonais ‘, le sermon qu’Asterius tint en 257, à ses ouailles, pour être enterré à st André, les inscriptions antiques à diane, à Jupiter, etc ? L’épitaphe du patrice Dynamius, celle de Remegisus, les diplômes de Charles martel et de Charlemagne et nombres de pièces qu’il serait même trop long d’énumérer… »
Polycarpe, lorsqu’il écrit ses documents les intitule : « Bonus et vere aureus codex », « codex optimae notae et indubitatae fidei », « Codex bene », « Antiquus et probus noster codex», et à propos d’une épitaphe «…quam cum alüs quibusdam fideliter nobis representat vetustissimus codex toties a nobis jam supra laudatus… » et travaillant sur ses documents il s’en exprime ainsi : « …ce qu’il faut descrire de notre thrésor… ».
Quand à M. Mazaugues il écrit le 28 août 1717 : « J’au lu avec plaisir ce que vous m’écrivez sur D. Polycarpe de la Rivière. Ce que M. Raybaud a de ce chartreux n’est qu’une très petite partie de ses collections, qui sont aussi inconnues que le sort de son auteur… » Léon Ménard semble confirmer ce constat le 28 mai 1764 : « .. On m’a assuré que feu M Raybaud offrit de vendre une charretée de titres et de monuments qu’avait laissés Dom Polycarpe… ».
Tout ceci, d’époque, pourrait confirmer que Polycarpe découvre, ou retrouve, après « l’avoir extraite des archives d’une abbaye » une somme d’archives et de documents très précieux et uniques. De ces derniers il exploite et explore plusieurs filières historiques qu'à sa disparition plusieurs archivistes et historiens, dont ceux de Rome, rechercheront activement, mais sans succès.
Mais supposons que ce prieur ait eu accès à des informations concernant un, ou plusieurs ‘dépôts’… absolument rien ne laisse entendre que le terme ‘Trésor’ signifie richesse monétaire ; il peut s’agir de tout autre choses, véritable trésor pour un érudit tel que Polycarpe, mais réelle valeur pour le commun de cette époque: archives, documents ou autres notes et informations ou révélations historiques.

L'étrange crypte St Lazare et la fresque de Madeleine - St Victor

Nous pourrions poursuivre ainsi à l’infini sur cet étrange prieur. Nous savons à présent qu’il finit non pas ses jour dans le secteur de Maguelonne, mais près du Languedoc, caché chez de fidèles amis.
Mais il faut ajouter que les recherches de Peiresc, avec qui ce chartreux entretenait d’étroites relations épistolaires, s’orientaient bien souvent en direction de Marie Madeleine et St Lazarre. C’est à Marseille, sous l’abbaye forteresse de St Victor qu’il fit des études approfondies sur la crypte de Marie Magdeleine, St André, et St Lazarre ! On voit encore, sur place, un document de Peiresc (1626) concernant une inscription de St Lazarre… On y voit aussi un St Victor terrassant un dragon et on y apprend que ce saint personnage, ancien soldat romain, fut séduit par le discours de Marie Madeleine et se convertit immédiatement à la nouvelle religion naissante.

Inscription de Lazare relevée en 1621 par Peiresc

Nous savons par plusieurs courriers de Polycarpe qu’il appartenait à la première ‘Société des Anges’ (dont une antenne située dans le Pilat), probablement depuis son séjour au château d’Usson. C’est dès son arrivée à Bonpas et sur invite de Peiresc qu’il adhère aussi à l’étrange ‘Compagnie du Brouillard’. Ces deux mouvements auraient mis en place une succession au sein de leur ordre afin de préparer ceux qui deviendront Maçons lors de l’installations, un siècle plus tard, dans les loges pionnières de France !

Mais avant d’aller plus loin, ne peut-on pas considérer, toutes proportions gardées, des analogies entre Polycarpe et Bérenger Saunière ?
- Prise de fonction religieuse, dans des conditions peu claires, en un lieu prédestiné par son histoire et ses énigmes.
- Découverte monétaire importante, et pour Polycarpe des écrits sur la vraie histoire de l’origine des rois de France puis de l’église ?
- Documents trouvés considéré comme un ‘vrai trésor’.
- Réfection complète du Grand Cloître de Ste Croix.
- Ennuis graves avec l’autorité religieuse et suspension des fonctions religieuses.
- Mise en question des origines de la royauté et du début de la religion…
- Mise à l’abri des documents inédits et manuscrits en lieu sur ou auprès d’amis certains. Intérêts notoires de grands érudits.
- Les découvertes majeures de Polycarpe se feront dans le Pilat, et en un secteur où se rendra bien plus tard Bérenger Saunière en queste d’éléments qu’il ne révélera jamais à qui que ce soit. Puis il se dirige vers la Provence et le Languedoc.
- Persistance de détails liés à Marie Madeleine et Lazarre.
- Polycarpe est membre de la première ‘Société des Anges’, puis lorsqu’il est prieur à Bonpas il adhère à celle du ‘Brouillard’.
A la clarté de ses détails l’ordre des chartreux semblait craindre, à l’époque de Dom Polycarpe, la mise à jour et surtout la divulgation de certains éléments documentaires dissimulés dans le secteur de Ste Croix dans le Pilat. Ce curieux dépôt pouvait avoir pour origine, ou gardien, les familles de Roussillon…
Il est en tous cas certain que Saunière, à propos ou non d’éléments sur le fait, suivit une démarche assez proche de celle de Polycarpe, en des lieux similaires ainsi que sur des personnages religieux de même nature.

Signature de Polycarpe de la Rivière au bas d'un manuscrit de Ste Croix

A. Douzet