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Du
portail d’une église à un lieu oublié (2ème partie) - D’un lieu oublié au portail d’une église |
Souvenirs
d’enfance
On
nous explique que Saunière enfant, voire tout jeune adolescent, investissait
les alentours de Rennes-le-Château pour y conduire, déjà
en chef de bande, ses compagnons de jeux… On peut donc supposer qu’il
connaît, pour s’y être ébattu, très tôt,
les recoins oubliés de ces secteurs jusqu’à Rennes-les-Bains
et que ces derniers ne posent pour lui aucun problème de repérage.
On peut également supposer que son collègue, l’abbé
Henri Boudet, à parfait ce savoir sans doute plus en détail
selon ses hypothèses archéologiques locales. Evidemment, nous
entendons par ‘hypothèse’, ce qu’il ‘sait’
sur les richesses mégalithiques du secteur… jusqu’à
l’utiliser, en user, abuser au point de modifier les données
des cartes (si nous pouvons dire ainsi) afin que tous s’y perdent,
du moins ceux qui n’ont rien à y faire, allant dans le droit
fil d’une transmission réservée à quelques initiés.
La suite des avatars des frères Boudet nous montre que leur mission
fut remplie au-delà de toute espérance en la matière,
puisque le commun ne manqua pas, et ne manque toujours pas, de se faire
piéger sur des données faussées par une carte pour
le moins étonnante.
Il n’y a plus rien d’inconnu, nous dit-on doctement, concernant
les lieux mégalithiques des secteurs des deux Rennes repérés
par Boudet, car à ces informations on ajoute facilement, au gré
des sites et des ténors, sur ce vaste sujet tout ce qu’on pense
être recensé. Sur ce registre nous disposons d’éléments
généraux sur les ‘fauteuil du diable’, pierre
du dé, roches branlantes et autres témoins d’un passé
mégalithique conséquent sur cette région. Il serait
utile d’ajouter que ce passé est scientifique, mais aussi romantique
et parfois un peu légendaire…
Cette panoplie de sites et roches, aussi énormes que ‘magiques’,
ne semblait plus avoir de secret pour les frères Boudet mais aussi
pour Saunière qui ne pouvait manquer d’en connaître chaque
parcelle. Si toutefois son savoir vint à montrer quelques lacunes
ne doutons pas que quelques personnages, discrètement surgis des
coulisses de ce théâtre, se soit chargés de lui rafraichir,
ouvrir ou compléter la mémoire en la matière.
Saunière, bien que prêtre, est aussi enfant d’un pays
où les traditions et superstitions, chevillées au corps, sont
respectées et en aucun cas bafouées. On voit, à ce
propos que les églises et autres calvaires, oratoires et chapelles
locales, sont souvent superposées à d’antiques lieux
de cultes païens remontant parfois à la nuit des temps. Au demeurant
ces ‘vernis’ religieux sont souvent posés sans trop abimer
les anciens vestiges, permettant au fil des appareillages de retrouver çà
et là, parfois, des matériaux de réemploi témoignant
ainsi des décors d’édifices primitifs…
Il ne semble guère indispensable d’insister sur le fait que
le plateau et les alentours, de ce qui devint Rennes-le-Château, est
occupé depuis l’aube de l’humanité. De fait, il
est quasiment obligé que ce secteur dispose, au moins aux époques
celtes et romaines, d’un temple ou de petits oratoires dédiés
à quelques divinités oubliées ou dieux mânes.
Si l’abbé Saunière, seul ou ‘inspiré’,
prit connaissance de l’obscur passé souterrain de son église
et de sa paroisse, il est envisageable qu’il ‘savait’
les premières fondations de son domaine et de quelques ruines de
temples entre les deux Rennes. Pourquoi, en ce cas, n’aurait-il pas
fait sienne l’intention d’intégrer dans son plan de réaménagement
de conserver certains aspects ‘ésotériques’ et
traditionnels dans ses travaux. Certes, pour admettre une telle théorie
il faudrait pouvoir apporter un début de preuve de ces éléments.
Nous en serions là de nos réflexions si deux de nos adhérents
ne s’étaient pas aventurés hors du sentier conduisant
aux ‘mégalithes’ de Boudet.
Au
hasard d’un sentier, un lieu oublié…
Ils
commencent leur exploration depuis le sentier conduisant au ‘fauteuil
du diable’… du moins celui bien connu sous ce nom, quasiment
en surplomb de l’extrémité du village de Rennes-les-Bains.
S’égarent-ils, ou poussent-ils un peu plus loin leurs recherches
?... toujours est-il qu’ils se retrouvent dans des fourrés,
et peu à peu leur progression devient plus lente jusqu’au moment
où c’est un roncier qui semble leur barrer la route sur une
légère hauteur.
C’est sur cette dernière qu’ils se trouvent au dessus
d’un périmètre où la végétation
n’a que peu de prise. L’endroit en contrebas est, en effet,
occupé par de maigres végétaux à l’avantage
d’une aire constituée par la roche affleurante. Nous nous trouvons,
ici, face à un espace d’environ deux à trois cents mètres
carrés donnant à première vue sur une sorte de cuvette
en pente douce étrangement aménagée. Effectivement,
à première vue l’environnement du lieu fait irrésistiblement
penser à un petit amphithéâtre ou aux vestiges d’une
antique habitation du type ‘Clansaye’. De toute évidence,
ici, l’homme a travaillé le sol rocheux, dans un but précis,
après avoir décapé le sommet de la petite hauteur de
la terre et des arbres. La proximité de ‘pierres mégalithiques’
telles que les deux fauteuils du diable, et celles désignées
par Boudet (les Roulers et la pierre levée sur la rive gauche de
la Sals) reconnues comme d’autres vestiges vénérés
dans l’Antiquité par l’homme, suggèrent forcément
que l’endroit ait pu servir de théâtre à des cultes
primitifs et païens.
Du côté où nous arrivons se trouve une sorte de rampe
d’accès descendant jusqu’au bas du lieu par une série
de gradins pouvant être pris pour de larges et longs espaces d’escaliers
en trois ou quatre contre-marches. Ces derniers éléments pratiquement
disparus apparaissent comme très usés ou dans un état
de grande dégradation. On arrive ainsi sur une brève esplanade
donnant accès à un bassin. Ce dernier est parfaitement taillé
dans la roche et contient, même par temps caniculaire, une eau ne
semblant pas provenir d’une source ou une alimentation en surface.
En se retournant on trouve, à côté de notre série
de mauvaises premières marches, d’autres ‘gradins’
bien définis d’apparence nettement moins ancienne. Le bas de
l’ensemble correspond au ‘plain pied’ de l’environnement.
Légèrement en déclivité, dans l’angle
opposé, le réservoir parfaitement taillé forme le point
d’eau de ce site. Il est vrai, qu’à première vue,
on a la sensation de se trouver dans les romantiques vestiges d’une
antique habitation ou d’un sanctuaire dont les degrés et le
bassin rituel ont été désertés, depuis des lustres,
par ses obscurs ministres. Il est vrai que la ressemblance est nette avec
les vestiges du Clansaye, près du val des Nymphes, où gisent
les restes étrangement figés de gradins et fonds d’habitations
qui, selon les archéologues, remonteraient aux époques celtiques.
C’est depuis ces réflexions, et constats, que nos envoyés
ont émis l’hypothèse que leurs pas les aient conduits
sur un petit site archéologique oublié, ce qui est une aberration
en matière de RLCéisme sur le secteur situé entre les
deux Rennes.
Une
autre hypothèse solide comme la pierre ?
A
mieux observer les détails de ce petit périmètre nous
avons pu tirer d’autres hypothèses.
Tout d’abord, dans un premier temps, bien que l’impression nous
le permette, nous laissons provisoirement de côté la théorie
de nous trouver sur un emplacement antique quelque en soit l’usage.
En effet, dans ce cas il est impensable qu’aucun ouvrage, chercheur,
archéologue, historien ou promeneur n’en fasse mention d’une
manière ou d’une autre… et pourtant le lieu existe, bel
et bien, à peu de distance des sites connus et des sentiers de randonnées.
Ensuite, l’état de conservation des marques de taille dans
la pierre pourraient interdire également de les supposer très
anciennes. Enfin, la superficie de cet emplacement est des plus réduite
pour être l’endroit où se serait pratiqué un culte,
à moins bien entendu que ce dernier ne soit réservé
qu’à un très petit nombre de participants. Provisoirement,
cette succession de remarques nous pousse à envisager une autre destination
sans pour autant abandonner définitivement la première, comme
nous le verrons peut-être un peu plus loin.
A mieux regarder les détails entourant ce que nous appellerons une
dernière fois des ‘marches’, nous pouvons envisager certaines
autres choses. Par exemple, on constate qu’un sillon régulier
démarque le fond de ce qui est le départ de la contre –
marche. Ensuite, à certains endroits on aperçoit partiellement
quelques restes d’entailles en biseau par niveau. En fin de compte,
ces marques distinctes, régulières et répétitives
pourraient fort bien être celles laissées au moment de décoller
des blocs de pierre de leur socle originel. De ces dernières nous
ne trouvons pas trace sur le site, pas même des ébauches, rebuts
ou éclats, et cette absence est remarquable car inhabituelle sur
un lieu d’extraction de pierres de taille… car ce serait bien
de pierres de taille qu’il s’agirait ! Il faut bien se rendre
à l’évidence que nos correspondants sont tombés,
par hasard, sur une carrière, même si celle-ci est réduite
par son envergure à sa plus simple expression.
A la suite de cette découverte nous avons, nous-mêmes, extrait
un morceau de cette roche qui est, en fait, une roche ressemblant à
un grès assez tendre, et l’avons soumis à un tailleur
de pierre. Il s’agirait bien d’un dérivé de grés
mais d’une telle friabilité que, s’il se prête
facilement à la sculpture, il est sans grande longévité,
ni dureté conséquente comme on est en droit de l’attendre
pour ce genre de travail pour des gravures ou sculptures par exemple.
De
grès… ou de force
A
propos d’exploitation du grès, il faut savoir qu’avant
toute extraction l’ouvrier carrier doit retirer le grès schisteux
de mauvaise qualité, se trouvant au-dessus du banc pour, plus bas,
dégager le grès. Cette opération s’appelle le
havement ou desserrage. Ensuite, lorsque le bloc est décollé
on le découpe selon plusieurs méthodes qui toutes doivent
impérativement tenir compte du « fil de la pierre ».
En ce qui concerne cet endroit on peut penser que l’exploitation s’est
faite avec un ‘spigot’ que l’on entre de force dans une
encoche, creusée avec une pointe d’acier frappée à
la masse de carrier.
Le grès s’est formé à l’ère primaire
(370 millions d’années). Il provient de la sédimentation
de bancs de sable déposés au fond de la mer. C’est donc
une roche faite de grains de sable (quartz ou silice) reliés entre
eux par un ciment variable (siliceux, calcaire ou ferrugineux) qui fait
la qualification du grès. Les moins ‘solides’ sont appelés
dolomies ou schistes…
Histoire
d’eau…
Si
nous arrivons facilement à la conclusion que quelqu’un a effectivement
extrait des pierres de taille de ce lieu, on peut encore ajouter plusieurs
réflexions.
D’abord, ce qu’on voit des traces d’extraction montre
un travail de professionnel (taille ‘en cascade’, rainures longilignes
parfaites et places nettes des coins d’éclatement) en plusieurs
endroits, et non celles d’une hasardeuse et tâtonnante tentative
d’une personne inexpérimentée.
Ensuite, un tel travail demande une installation, même précaire
et ponctuelle, impliquant un tel minimum d’efforts qu’on se
demande si c’est plus rentable de conduire, en catimini, cette mission
sur une roche aux propriétés minérales des plus douteuses…
plutôt que d’aller acheter des pierres de taille d’excellente
qualité dans une carrière patentée ou chez un tailleur
de pierre des plus fiables ?
Enfin, si les ‘efforts’ de ‘lignage’ ou d’éclatement
ne sont pas vraiment dispendieux, ils demandent cependant des quantités
d’eau suffisantes. Or, nous avons bien là un bassin toujours
rempli d’eau… Il a donc fallu le tailler, et le remplir, avant
même de commencer la moindre exploitation. Une remarque est à
ajouter ici : pour assurer l’éclatement de quelques blocs,
un simple trou taillé grossièrement dans la roche sommitale
est plus que suffisant pour garder l’eau nécessaire à
ce travail. On peut même ajouter qu’un gros tonneau peut fort
bien remplir la fonction de réserve d’eau pour cette brève
exploitation. Or ce que nous voyons ici est une cuve si soigneusement taillée
qu’elle a du, pour cette besogne, demander à elle seule, autant
de temps que l’extraction elle-même, voire plus !
Mais
ce n’est pas encore tout !
Non,
ce n’est pas encore tout, car nous pouvons facilement ajouter d’autres
détails pour le moins insolites dans ce simple fait au sein de la
campagne des deux Rennes.
- Nous revenons, tout d’abord, sur cette sensation que l’endroit
ne servit qu’à une seule récupération de matériaux
de construction. Ce qui, vu le temps passé à mettre en œuvre
le chantier et l’exploiter une seule fois n’est guère
logique… Habituellement ce genre d’ouverture de carrière
est fait pour rentabiliser l’opération et fournir soit une
quantité conséquente de pierres, soit alimenter plusieurs
chantiers successifs à la fois.
- Ensuite, si nous observons les lieux, il n’y a nulle part trace
de déchets d’extraction comme on en trouve habituellement sur
ce genre de carrière. En étendant notre prospection on trouve
des amoncellements de poussière de grès pouvant provenir de
la finition de découpe, à la scie lapidaire, de bloc de roches
brutes, comme ce fut le cas à Ossen par exemple dès les Ve
et VIe siècles. On pourrait penser également devant ces petits
monticules de poussière de grès qu’il pouvait s’agir
ici du broyage de cette roche friable pour confectionner des poudres abrasives.
Cependant, là encore on ne peut qu’admettre que ce genre d’exploitation
n’a aucune raison de se faire dans le plus grand secret …
- Les tas de poussière de roche semblent avoir soigneusement été
dispersés aux alentours de la carrière d’occasion comme
si les exploitants… ou leur commanditaire, tenait à ce que
le site soit tenu propre et exempt de la moindre trace de travail récent.
Si, certes, la propreté et la bonne tenue d’un chantier est
une vertu, elle est surprenante en ce qui concerne un endroit d’où
on ne sort pas plus de sept à huit blocs, et d’où on
s’en va… sans laisser plus de traces que l’apparence,
à première vue, d’un romantique lieu insolite, mais
des plus anodins au point de n’intéresser personne.
- Il y a encore plus étonnant dans ces constats. En effet qu’on
ait eu à sortir une dizaine de blocs rocheux, ou envisager d’en
faire une entreprise commerciale, il faut pour ceci un moyen de transport
du type char tiré par des bestiaux, et donc un chemin d’accès
même minimum et sommaire. Or, si on étudie la périphérie
du lieu on ne trouve aucune trace de ce genre de desserte, ce qui est surprenant
sauf si on dispose ‘d’hercules de foire’ pour emporter
les pierres taillées qui avoisinaient les 280kg en moyenne…
représentant pour deux hommes (car plus se seraient gênés
entre eux pour porter la charge) au moins 140 kg (selon la densité
du grès) à porter sur près de 500 mètres ! Autant
dire que l’exploit est impossible, sauf pour un ‘Jean Valjean’
de passage, et nécessite forcément un char à bestiaux
pour déplacer de telles roches.
- Tous les commentaires sur l’hypothèse d’un travail
de professionnel, même pour une seule mission, sont mis en faiblesse
par le fait que nous sommes, sur cette veine de grès, dans ce qu’on
appelle le banc, c'est-à-dire la couche de mauvaise qualité
précédant une roche destinée, elle, à des exploitations
fiables et durables. On imagine mal un professionnel s’engager dans
une réalisation de mauvaise qualité pouvant nuire à
sa réputation et surtout, à la longue, donner des résultats
désastreux pour son client. Il y a donc ici une anomalie, pour laquelle
nous n’avons pas d’explication sur le plan rationnel pour une
carrière ponctuelle conduite par un professionnel, et non un profane
en la matière, comme le montre les traces encore visibles…
Un
abbé discret
C’est
lors d’une dernière visite dans l’église de Saunière
que nous est venue, depuis ce que nous voyons alors, une idée au
départ saugrenue. Ce porche, le porche de l’église,
a été refait entièrement par ce curé. On suppose,
car on ne dispose pas d’écrit (du moins à notre connaissance)
sur le sujet, qu’il y avait auparavant un simple portail dans une
ouverture néo romane. Certains avancent même l’idée
que les battants en étaient si délabrés qu’ils
ont pu finir par tomber et livrer un passage sans fermeture aux paroissiens.
C’est donc sans grande crainte de se tromper que nous dirons que Saunière
prit l’initiative de refaire entièrement le porche de son église…
tout en soulignant encore une fois qu’aucun document n’en donne
le détail. Ce manque nous étonne toujours quand on sait que
certains ténors nous cassent les oreilles en précisant que
les derniers carnets de comptabilité, remontant en surface comme
un cheveu sur la soupe, contiennent tout des dépenses de Saunière…
tout, oui, sauf certains détails essentiels, comme le montant des
travaux de ce portail qui ne devait pas être si négligeable
pour ne pas être noté ! Un simple oubli sans doute ?
C’est en regardant ce portail, et surtout ses tableaux d’ouverture,
que nous constatons qu’ils sont composés d’un grès
de mauvaise qualité se délitant si vite (environ un siècle)
que déjà certains détails (blasons et devises) sont
devenus quasiment illisibles. C’est en comparant ces blocs de pierres
à un échantillon de ce que nous trouvons sur le lieu d’extraction
oublié que nous avons pu commencer à nous poser des questions.
Des questions du genre : s’il n’y a pas de trace de ce matériau
sur la comptabilité c’est peut-être que ces pierres n’ont
pas été achetées chez un carrier officiel et donc qu’elles
proviennent d’ailleurs, un ailleurs hors commerce qui permit une substantielle
économie ? Si on essaie de décomposer l’assemblage des
pierres des tableaux d’ouverture on arrive approximativement au nombre
de neuf pièces parallélépipèdes quasiment rectilignes,
et deux planes avec un côté en ¼ d’arc de cercle.
On note qu’à un bloc près ce nombre correspond à
celui des extractions de surface de notre carrière oubliée…
Bien entendu les grincheux de service rétorqueront que ceci n’est
que hasard, et c’est certes tout à fait possible. Cependant,
on remarque ensuite que l’encadrement de l’appareillage de grès
est fait des mêmes pierres que l’ensemble de la construction
et qu’à part ce tableau on ne trouve du grès nulle part
ailleurs ! Bien entendu ce n’est là encore qu’une coïncidence.
Il n’empêche que le sculpteur tailleur de pierre n’a exercé
son art que sur les pierres tendres et nulle part ailleurs, et nous disons
bien « nulle part ailleurs » car les dates inscrites (1891 et
1892) sur les contrevents parallèles au porche sont d’une facture
frustre sans aucune mesure avec la qualité qui dut être celle
des gravures du porche ! Ce qui montre qu’il y eut des maçons,
peut-être ceux d’Elie Bot, et un artisan sculpteur extérieur
à l’entreprise, et peut-être voulu par Saunière.
De plus, ce genre de compagnon est parfaitement, de par sa formation professionnelle,
en mesure d’assurer l’extraction des grès sans autre
forme de procès. Ceci pourrait alors expliquer que Saunière
ait fait « passer à l’as » la dépense de
ce travail… dont il ne souhaite peut-être pas dévoiler
l’auteur ou l’origine des matériaux de base. Si ce détail
reste incompréhensible on se demanderait également pourquoi
Saunière entourerait de mystère un travail que tout un chacun
peut contempler en entrant dans son église… encore que souvent
la meilleure cachette est à la vue de tous (comme la fameuse lettre
d’Edgar Poe) et peut-être ainsi éviter des élans
de curiosité qu’il ne souhaite pas. Si tel est vraiment le
cas, et jusque là si nous ne pouvons le prouver radicalement, aucun
ténor ne peut soutenir le contraire radical !
Il reste encore quelques points à tenter de mettre en lumière.
Si vraiment les blocs de grès viennent de cette petite carrière
il faut bien admettre qu’il y avait des lieux plus simples dont l’accès
était également plus pratique. Mais connaissant notre abbé
il est très possible qu’il ait, une fois de plus, choisi de
ne pas faire simple.
L’élément
oublié
C’est
en retournant roder sur le site perdu, qu’à peu de distance
de ce dernier, nous avons trouvé un élément passé
inaperçu lors des premières visites et qui mérite notre
attention. Sous des fourrés se trouve un autre vestige ne semblant
avoir de similaire avec le site que la couche de grès dans laquelle
il est taillé. Cette fois nous sommes en présence d’un
creux profond de forme régulière et rectangulaire ressemblant,
à s’y méprendre à la cuve d’un sarcophage.
L’endroit est vide et nous n’avons aucune trace d’un couvercle.
En cherchant plus loin c’est deux autres réceptacles du même
type qui se trouvent cette fois enterrés sous les végétaux
et les remplissages naturels de terre. S’il est possible que ce site
soit une carrière il est tout aussi évident, à présent
qu’il ait pu servi de… cimetière aux époques carolingiennes
(sans certitude car on ne trouve pas de réduction pour la tête
dans la cuve funéraire) et sans doute plus anciennes encore. Ces
découvertes changent la donne à propos de ce site car celui,
ou ceux, qui l’exploitèrent en forme de carrière de
grès… à usage unique, ne pouvaient ignorer l’existence
de ces tombes. Il est aussi quasiment certain que le sommet de ce monticule
pouvait abriter d’autres creux mortuaires taillés à
même la roche, comme à Montmajour par exemple où se
trouve un cimetière rupestre blotti autour de la chapelle Sainte
Croix. On peut aussi songer au type ‘Clansaye’ en raison d’un
bassin qui y existait pour des ablutions rituelles et depuis un bassin identique
à celui du site qui nous intéresse ! A partir de ce moment
la petite élévation formant le lieu d’extraction des
grès mérite alors de prendre le nom de… tumulus et pourrait
bien nous réserver d’autres surprises en matière de
nécropole. Si le site près de Rennes, en lui-même, n’est
pas unique, ni exceptionnel, il n’en est pas pour autant méprisable
ou à laisser sombrer dans l’oubli, surtout si on estime la
place qu’il put, éventuellement, tenir dans l’esprit
de Bérenger Saunière.
Saunière
ou pas Saunière ?
A
ce propos, avec ce que nous savons à présent, pourquoi ne
serait-il pas imaginable que celui-ci ait forcément eu connaissance
de cet emplacement en tant que site funéraire antique ou médiéval
? Il n’y aurait là rien d’incongru du fait qu’il
soit enfant du pays et ensuite que les prêtres locaux sont souvent
à propos de ce genre d’emplacement, ou à l’écoute
des rumeurs y attenant. Enfin, il est plus que probable que son collègue
et ‘conseiller’, l’abbé Henri Boudet curé
de Rennes-les-Bains, friand de mégalithisme ne pouvait ignorer l’existence
d’un lieu comme celui-ci… qu’il soit funéraire
ou une simple carrière.
Par contre si Saunière
détruit, à son époque, ce site mortuaire afin d’en
tirer des monolithes pour son porche, on peut se demander s’il n’avait
pas une raison plus profonde que celle de se fournir, à bon marché,
en matériaux de construction ? Par exemple, ne pourrait-on pas croire
qu’il voulait, pour ce passage forcé de l’exotérisme
à l’ésotérisme de son église, marquer
un autre lien plus secret entre deux… mondes, qui ainsi s‘interpénètrent?
Un lien qui suggérerait, dans son esprit ou celui de commanditaires
oubliés, le basculement d’un royaume des morts très
anciens, voire antique, vers un royaume des morts qu’il s’octroie,
-gardé par un démon dompté - et dont il devenait le
dernier connaisseur grâce au savoir qu’il venait d’acquérir
à Rennes ?
Certes il y a toujours la solution d’un prêtre connaissant un
lieu voué au paganisme, qui le renverse, l’efface en purifiant
ses vestiges par l’effet de son église… en ce cas il
est probable qu’il ne s’en serait pas caché, mais bien
au contraire s’en serait fait une gloire et un devoir. L’ennui,
dans ce raisonnement, reste que les tombes du site soient de forme romane
ou paléochrétienne et qu’il n’y aurait eu aucune
raison religieuse de vouloir détruire un site de la même église.
Pour aller plus loin, sur un autre registre, on pourrait même construire
un autre scénario. Saunière sait ce site funéraire
et ce tumulus. Il s’y rend, le pille, et joint l’utile à
l’agréable. Il détruit les preuves de son forfait et
en profite pour s’octroyer ‘gratis’ des pierres pour le
porche de son église. Pour cet acte douteux il choisit un artisan
qui n’est pas du secteur et règle… ‘au noir’
la mission sans l’inscrire sur ses carnets de comptabilité.
Quoiqu’il en soit on nous rétorquera toujours que rien ne prouve
que Saunière soit impliqué dans cet étrange petit chantier.
A ceci nous répondrons qu’il est vrai que rien ne le prouve,
mais que ce site existe et que celui qui l’exploita, non seulement
ne tint pas à le faire au vu de tous, mais s’est appliqué
à en faire disparaître toutes traces de dessertes et de travail
récent (cacher les résidus de sciage, par exemple). Il se
peut encore que ce dernier ait proposé à Saunière des
pierres pas chères sans lui en donner l’origine. Si c’est
envisageable ce n’est pas pour autant dans les habitudes de l’abbé,
à moins une fois encore ‘qu’on’ ne lui ait pas
laissé le choix de dire non à ces matériaux qu’il
dut de… grès ou de force admettre pour son porche. Nous reviendrions
alors à ‘quelqu’un’ qui souhaite effacer des traces
de tumulus, de tombes et de sanctuaire… tout en voulant en assurer
la conservation sous une autre forme et qu’à cette fin ces
vestiges soient placés au passage de deux mondes des morts différents
! Et pourquoi pas, messieurs les ténors ?
Et
maintenant ?
Il
est indispensable de préciser que ce qui précède ne
forme que des débuts d’hypothèses cependant basées
sur des remarques tangibles. Il se peut que seule une des propositions soit
la bonne, aucune, le mélange de plusieurs ou de toutes !
Pour l’instant la Société Perillos poursuit ses recherches
sur le terrain, sans pour autant l’accompagner de fouilles ou sondages
précisons-le ici. Nous estimons que ce site est là et que,
même si l’abbé Bérenger Saunière, curé
de Rennes-le-Château n’y est pour rien, il serait opportun sinon
d’en assurer la sauvegarde (ce qui n’est ni notre droit ni notre
devoir), au moins d’en faire un relevé agrémenté
d’un dossier photo complet, avant de le signaler et ainsi le livrer
à la stupidité dévastatrice des pillards RLCéens.
Si nous donnons quelques clichés de ce qu’on trouve en ce lieu
nous nous abstenons de le localiser plus précisément. Sur
ce registre il y a de fortes chances que, dans la foulée, les ténors
disent avoir eu parfaite connaissance du lieu, de son pourquoi, de ses raisons
et du peu d’intérêt de ce sujet… qui expliquera
le silence tombé sur ce lieu.
André
Douzet
Nous remercions Dominique et Patrice pour nous avoir donné connaissance
de leur découverte.