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Société Périllos ©

Le presbytère de Rennes-le-Château
(2ième partie) - Il n’y a pas de fumée sans feu
Ou… le charme discret des soirées de Saunière près de la cheminée

 

La visite du domaine et le musée

Le presbytère abrite désormais le musée du ‘domaine de Saunière’... admirablement restauré pour la circonstance. On y visite des salles où sont présentées, à l’étage, des pièces archéologiques retrouvées dans le secteur de Rennes-le-Château au fil des recherches et des découvertes fortuites ou non. Des documents, également visibles, retracent l’histoire du village depuis ses plus lointaines origines jusqu’à l’arrivée de Bérenger Saunière. Toujours depuis l’étage on rejoint le domaine de l’abbé où la visite se poursuit agréablement avec la Villa Béthanie, la tour Magdala, la verrière, le parc et surtout, depuis quelques mois, la tombe de l’abbé Saunière transportée dans le parc de son domaine.
Visitons brièvement le rez-de-cour du presbytère. Actuellement cette partie du musée est divisée en deux salles d’exposition. A gauche nous trouvons “la cuisine” avec une reconstitution, librement interprétée, d’une scène de la vie de Saunière. Deux personnages en cire (style Musée Grévin) représentent, à gauche l’abbé en soutane, dans un fauteuil, plongé dans la lecture. A droite sa servante (Marie Dénarnaud) se trouve debout dans ce décor de cuisine qui était souvent la pièce principale. Derrière Marie se trouve une grande cheminée à feu ouvert... élément vital en ces contrées aux hivers parfois rigoureux. De nombreux ustensiles et détails authentiques de la vie courante agrémentent la scène.
La partie de droite, la “salle Grassaud” - sans doute en mémoire de l’amitié liant Saunière et l’abbé Grassaud, curé d’Amélie les Bains - présente parmi d’autres pièces des éléments et objets ayant appartenu à l’abbé Saunière... ou prétendus tels.

Quelques éléments comparatifs

Arrêtons notre visite à ce niveau.
Reprenons, selon le ‘Plan sommaire du Presbytère - au niveau de Rez’ (document d’après Mme Marie Bousent) la distribution d’origine du presbytère à l’époque de Bérenger Saunière. A sa lecture un premier constat nous surprend en comparant les reconstitutions proposées par le musée car ces dernières ne semblent pas conformes à ce qu’elles étaient initialement.
Le décor de la cuisine se présente à gauche... là où se trouvait une pièce appelé ‘Communs’ sur l’ancien état des lieux. Sur ce document, la cuisine d’origine était à droite en entrant... là où se situe maintenant la “salle Grassaud” et son exposition. Certes ceci n’a pas grande importance et ne signifie pas grand’chose pour notre affaire. Un décor peut être imaginaire, et dans ce cas il est en place pour suggérer un ‘cadre de vie’ dans son esprit, et non une représentation fidèle à la réalité... d’une salle de cuisine comme il devait y en avoir dans toutes les maisons de Rennes à l’époque de Saunière. Sans doute une simple erreur de distribution dans le projet. Rien de mystérieux jusqu’ici.
Pourtant on pourrait rétorquer qu’il était tellement simple, et surtout plus correct, pour les inconditionnels de l’abbé Saunière, de visiter un local restitué au plus près possible de son origine. A priori, rien n’empêchait que cette scène paisible de la vie de l’abbé, ne soit organisée dans son cadre de base?.. L’effet en aurait été d’autant plus attrayant qu’il était facile de préciser que cette réhabilitation respectait au plus juste la réalité du moment. Le visiteur aurait apprécié ce souci du détail à sa juste valeur. Il était possible de joindre à cette remarque un ou deux clichés du local ‘AVANT’ et ‘APRES’ pour souligner le respect du détail...

Presbytère, niveau rez. Plan reconstituer d'après le document de madame Marie Bousent que nous
joindrons ultérieurement, et qui comporte une erreur au niveau de la 'souillarde'.

D’étonnantes initiatives erronées ?

Que s’est-il passé au moment du projet du musée pour que cette reconstitution soit délibérément non conforme à l’ancienne distribution? Si nous n’en savons rien, attendons-nous toutefois qu’un jour ou l’autre un chercheur pointilleux revienne sur ce ‘détail’, en cherche les raisons, et finisse par échafauder une théorie loin de la réalité.
D’abord il est difficile de dire qu’on ne savait plus comment étaient distribuées les pièces habitables du presbytère. Nous savons que parmi les auteurs ou témoins de la conception du musée, à l’époque de l’association Terre de Rhedae, étaient des personnes sachant parfaitement comment s’articulait l’intérieur du presbytère au rez-de-cour.

Ensuite au moment des démolitions n’importe quel ouvrier maçon pouvait dire si un ouvrage était d’origine ou rapporté ! L’emplacement de la souillarde et de la vieille cheminée pouvait facilement être confirmé de cette façon.
Enfin une remise en état et la mise en oeuvre d’un tel décor, au demeurant parfaitement exécuté, doit avoir un coût non négligeable. N’aurait-il pas été plus économique de dresser cette scène de vie dans son cadre original? Certes nous n’étions pas là au moment des décisions de chantier et nous n’avons pas à en apprécier maintenant les directions. Cependant une fois de plus on ne peut que s’étonner de la réalisation de ce projet non conforme à la réalité pour un devis sans doute conséquent.
On pourrait argumenter, pour cette nouvelle distribution, que de toutes manières une cuisine est une cuisine... et qu’elle soit à gauche ou à droite en entrant dans le presbytère ne change rien à son principe. Oui c’est évident. De plus, à bien regarder l’état des lieux primitif, il y avait effectivement un conduit de fumée, donc une cheminée, à chaque extrémité du bâtiment: les pignons Est et Ouest...
L’importance d’un tel chantier ne doit pas non plus nous échapper concernant les démolitions et travaux de reprises en gros oeuvre. Pour un chantier de cette importance ce poste est toujours conséquent. En matière de démolition délicate il y en a une qui doit retenir toute notre attention, c’est encore l’emplacement de la cheminée.

L’eau et le feu

Pour ce faire, revenons encore sur la constitution d’une cuisine : à l’époque de l’abbé Saunière, cette salle est de première importance en raison de la grande cheminée qui en est l’élément essentiel. Dans son évidence nous pourrions ainsi résumer la situation : une cuisine est faite pour cuisiner... à l’aide d’un foyer ! Une cuisine ne peut donc se concevoir sans son foyer qui, à l’époque de Saunière, se situe toujours dans la cheminée. Certes pour les demeures aisées l’âtre est parfois remplacé ou agrémenté par un ‘légumier’: une sorte de foyer secondaire fermé contenant des braises assurant la cuisson lente des légumes. Le presbytère était seulement pourvu d’une grande cheminée servant à la cuisson et à dispenser de la chaleur aux occupants. Il y avait (et il y a toujours) deux éléments indispensables à la vie d’une demeure : le feu et l’eau. Les deux sont incontournables pour nettoyer, préparer et cuire des aliments et pour les besoins usuels.
Le vieux plan du presbytère fait mention, à l’emplacement de la “salle Grassaud” du musée, d’une ‘salle commune’ qui n’est autre que la cuisine dont un passage ouvre, au sud, sur une pièce du nom de ‘souillarde’. La souillarde est le lieu où se trouvent les bacs à lessiver, et le ‘souillard’ une sorte d’évier en pierre dont l’évacuation se fait directement à l’extérieur du bâtiment. C’est donc ici que se situe le point d’eau d’une demeure. Il est logique et pratique que la salle commune, la cuisine en l’occurrence, soit à la fois équipée d’une importante cheminée et d’un accès proche à l’indispensable point d’eau, néanmoins séparé de la grande pièce à vivre. On distingue nettement, sur différents relevés à plusieurs époques, l’emplacement des conduits de fumée et le tracé conséquent de l’implantation au sol de l’âtre. Il ne peut y avoir de confusion dans l’usage des pièces du rez-de-cour du presbytère. La pièce intitulée ‘commun’, si effectivement elle dispose d’un conduit de fumée, ne peut avoir d’accès direct à la souillarde et ne saurait être considérée comme la cuisine telle qu’on nous la présente aujourd’hui dans le musée. Elle pouvait être une chambre ou un bureau pour le prêtre par exemple.
Jetons un dernier coup d’œil sur le décor proposé aujourd’hui aux visiteurs. L’ensemble de cette reconstitution est fait d’une multitude d’objets usuels, utiles certes mais néanmoins d’agrément... et d’une immense cheminée près du personnage de Marie, justifiant le titre de ‘Cuisine’ donné à cette scène figée. Il s’agit donc bien d’un décor sans fondement en raison des emplacements de boisseaux de cheminées. Alors où voulons nous en venir?.. au fait que cette cheminée, indispensable à toutes cuisines d’autrefois, pourrait nous réserver quelques surprises en raison du fait qu’elle avait une autre destination que celle d’un foyer de cuisson domestique... comme nous allons le constater peu à peu.

La place immuable du presbytère dans l’énigme

Nous avons démontré dans la première partie de ce dossier que pouvait se deviner une sorte de volonté de maintenir à tous prix le bâtiment du presbytère là où nous le voyons aujourd’hui, et au moins depuis trois siècles.
Une volonté encore accentuée par celle de l’abbé Saunière qui refuse de s’en séparer jusqu’à la fin de sa vie, malgré la présence de sa Villa Béthanie nettement plus confortable et conforme à ce qu’il désirait.
Une volonté perdurée par Marie Dénarnaud à la mort du prêtre, en renouvelant le bail de location du presbytère pour son usage… renouvellement d’ailleurs accepté sans problème par la municipalité. Cette décision curieusement n’a jamais intrigué quelque chercheur que ce soit. Mais à quel titre une servante de curé, après le décès de celui-ci, peut-elle prétendre conserver et habiter seule le presbytère habituellement réservée comme demeure au desservant du culte ???… alors que cette servante dévouée vient d’hériter d’une somptueuse demeure et d’un domaine à quelques mètres du presbytère ! Rennes était-il si grand et si bien achalandé en presbytères que cette opération ait pu se produire sans encombre ni la moindre gène pour le remplaçant qui ne peut, de fait, s’y installer logiquement à son tour ???… personne ne trouva ceci insolite ni à ce moment ni encore aujourd’hui !

D’abord un alignement persistant

Tentons de trouver une réponse à ces curieuses remarques.
Le presbytère est une construction datant de plusieurs siècles comme le montrent plusieurs documents officiels. Il est donc logique qu’on ait mis communément un conduit de fumée à chaque pignon (Est et Ouest) de l’édifice. Ce qui est un peu plus surprenant c’est l’alignement Nord et Sud de ses murs sur ceux de l’église sainte Madeleine. Nous reviendrons également sur d’autres éléments à ce sujet en dernière partie de notre dossier… et ce ne sera pas la plus petite de nos surprises.

Et un savoir caché entre un confessionnal et une cheminée…

Pour l’instant nous sommes dans la cuisine du presbytère, située à droite en entrant. Une large cheminée occupe le mur Est mitoyen de celui Ouest de l’église comme le montrent tous les relevés disponibles à ce jour. A mieux regarder ce détail nous trouvons l’âtre quasiment aligné, de l’autre côté du mur, dans l’église, sur l’emplacement du confessionnal.
En étudiant précédemment ce confessionnal (voir ce dossier) nous le trouvions très mal disposé pour ce genre d’usage religieux. Nous soulevions l’hypothèse que Bérenger Saunière en avait sciemment choisi l’emplacement pour des raison que lui seul pouvait apprécier… ainsi que peut-être d’autres personnes mises dans sa confidence par obligation ou légitimité. Dans ce cas quelle peut être cette obligation ?

Un très vieux savoir caché en sous-sol

Pour nous il s’agirait plus d’un savoir, d’une connaissance que d’une obligation. Saunière dispose, en arrivant à la cure de Rennes, des archives de ses prédécesseurs dont il doit prendre connaissance rapidement et en retenir certains détails.
Puis il y a une période d’éloignement (l’incident de sa prise de position pour un vote politique) durant laquelle ‘on’ a bien pu lui donner des informations relatives à ces mêmes éléments. Pourquoi pas ? Surtout que Saunière revient du petit Séminaire avec un don important de la comtesse de Chambord pour les premiers travaux dans l’église. L’abbé se met aussitôt au travail en dirigeant ces travaux, non pas comme l’aurait exigé l’état de décrépitude de la toiture, mais dans des directions qui ‘par hasard’ le mettent immédiatement face à plusieurs découvertes … enrichissantes ! Certes rien n’interdit le hasard de bien faire les choses et les découvertes fortuites… mais lorsqu’elles sont répétitives à outrance on peut toutefois se poser des questions.
Toujours est-il que nous sommes certains que Saunière oriente très vite ses travaux vers le sous-sol de son église ainsi qu’en direction de nombreux événements vite étouffés. Trop de rumeurs couraient sur les intérêts ‘souterrains’ de l’abbé. Aussi la découverte de la dalle des chevaliers était-elle, sans doute, suffisante pour justifier les terrassements et la découverte de ‘médailles de Lourdes (déjà cet intérêt pour Lourdes ?!?) sans valeur’. Le reste ne semblant être que des réaménagements de maçonnerie hâtive suffisants à taire les rumeurs.

Les dessous de l’affaire

L’abbé a certainement percé le secret du sous-sol de son église. Aussi apprit-il certains remaniements invisibles au commun des visiteurs et curieux. C’est sans doute ainsi qu’il prit connaissance de l’existence d’une sorte de galerie étroite et basse circulant sous le sanctuaire depuis des temps immémoriaux… ou des premières époques de l’aménagement de la chapelle seigneuriale qui devient l’église paroissiale après la destruction - au 14ème siècle par les mercenaires catalans - de l’église de St Pierre aux liens. Rappelons que cette dernière était la première église de Rennes (voir le dossier sur ce sujet)! Peut-être s’agissait-il du réemploi d’une des galeries naturelles circulant sous le plateau en allant des citernes au château des Hautpoul en ramifiant naturellement vers d’autres points… dont un devenu le sous-sol de l’église que nous savons à présent.
Quoiqu’il en soit une cavité sous le sanctuaire disposait d’un ‘caniveau’ se dirigeant vers le pignon Ouest et se poursuivait jusque sous un autre lieu devenu un véritable ‘Royaume des morts’… une nécropole très ancienne ! Nous y reviendrons dans un autre dossier.
Nous ne savons pas comment l’abbé Saunière prit connaissance de ces détails souterrains depuis son église de Rennes. Peut-être encore une fois le hasard conduisit-il le prêtre vers le cheminement oublié… Tout comme nous pouvons également imaginer qu’il fut affranchi par des ‘initiés’ ayant compris que la curiosité de l’abbé le conduirait à ce qui devait rester caché. Cette obligation les aurait poussé à lui révéler des éléments lui ayant peut-être permis de négocier son silence … ou ses découvertes. Ceci n’est à ce stade que pure spéculation mais rien ne l’interdit non plus.
Toujours est-il que Bérenger Saunière apprend l’existence d’un passage arrivant sous l’église depuis un accès habilement dissimulé SOUS un point du presbytère (document ‘testamentaire’ de l’abbé Bigou en Espagne). Et cette connaissance est en place au moment où se construit ce bâtiment justement accolé à l’église pour les besoin de cette cache. En effet il était tout aussi possible de construire cet édifice avec un recul depuis l’église en aménageant un jardin par exemple. Mais ceci était impossible et nous verrons plus tard pourquoi. Il fallait donc d’une part sceller efficacement l’accès à ce passage et d’autre part pouvoir le retrouver aisément et le réutiliser en cas de besoin. Evidemment ces trois impératifs devaient être aussi discrets qu’efficaces et pouvoir voyager dans le temps sans encombre. Et Bérenger Saunière, prêtre à Rennes, accède à l’ensemble du mécanisme.
Ce mécanisme doit être simple pour ne pas ‘gripper’ où se détruire avec le temps. Voici une proposition de schéma simplifié :
- Il y a sous le sanctuaire, un local dont nous ignorons indiscutablement l’usage (bien que des hypothèses soient admises : crypte, caveau, dépôt, circulation).
- Ce local correspond avec un réseau qui suit les failles naturelles sous le plateau de Rennes (dont celle alimentant les citernes naturelles de Rennes, voir notre page à ce sujet).
- Un de ces passages bas reliait probablement ce caveau aux sous-sols du château (des Hautpoul) d’un côté, et de l’autre côté vers l’ancienne redoute défendant la falaise Ouest du plateau.
- Peu à peu les seigneurs locaux perdent de leurs terrains, puis l’enclave de la redoute Ouest tombe en désuétude, inutile et oubliée.
- Seuls restent aux seigneurs : le savoir de ce réseau, le contenu du caveau, la chapelle et leur château.
- Il faut cependant dissimuler le passage qui, à l’Ouest de l’église, passe à peu de profondeur. Sa découverte serait une catastrophe pour les ‘sachants’… et une aubaine pour les découvreurs potentiels.
- Les seigneurs font don d’un terrain, et dessus autorise la construction d’une demeure pour leur chapelain avec des pierres de réemploi de la vieille redoute Ouest (on les retrouve dans les murs du presbytère !). Cet édifice est construit pignon contre pignon avec l’église, et ainsi sur l’accès à la galerie basse dissimulée sous la sole de cheminée… sachant que cet appareillage restera immuable en raison de son usage à toutes les époques… du moins le pense t-on à ce moment ! Ainsi le secret reste entre la famille seigneuriale et leur chapelain lié à ce secret par sa fonction sacerdotale.
- La chapelle seigneuriale (sous l’invocation de la Sainte Vierge) devenant l’église (passée à ce moment sous le vocable de St Marie-Madeleine) le chapelain devient le curé paroissial et sa demeure devient… le presbytère !
- Il reste alors à assurer la transmission du secret dans la lignée des Hautpoul…
- A la veille de la Révolution Française la dernière châtelaine en possession du savoir décède. Sans héritier mâle elle confie le secret à son confesseur, un certain abbé… Bigou !
- A son tour, poussé par la tourmente révolutionnaire à s’enfuir en Espagne, et ne pouvant laisser s’éteindre un tel secret qui d’ailleurs ne lui appartient pas, il dispense quelques éléments contenant le principe de ce savoir.
- Pour cette transmission, laissée sous le sceau de la confession, l’abbé Bigou n’a d’autre choix moral religieux que faire de telle sorte que seul un autre prêtre puisse comprendre son message sans transgresser le devoir de réserve ecclésiastique.
- Bigou laisse donc une petite série d’éléments que seul un de ses futurs confrères peut comprendre sans les divulguer. Les pierres de la tombe de la Dame d’Hautpoul, quelques notes sur un registre, et ses ultimes écrits en Espagne, formeront l’ensemble du message.
- Le presbytère restera l’élément dangereux pouvant à tout instant être rasé ou récupéré par un laïc décidé à le modifier… de fond en comble !
- Curieusement la municipalité tiendra sans arrêt à maintenir le presbytère en état là où il est. L’Eglise s’y attachera forcément elle aussi.
- Au moment où les édifices, église et presbytère, menacent de s’effondrer… deux solutions restent tangibles à cette hypothèse. Premièrement : le hasard joue sur Saunière découvrant fortuitement les pièces du secret. Deuxièmement : il est temps de propulser sur les lieux un prêtre capable de se laisser docilement téléguider, voir acheter, le cas échéant : l’abbé Bérenger Saunière.
- Les deux possibilités se rejoignent là où cet homme doit impérativement ‘tenir sa langue’ et ‘étouffer’ ce qu’il découvre. Il doit également occuper toute affaire cessante le presbytère avant qu’il ne s’écroule, puis rapidement veiller à le remettre en état en laissant sa cheminée en place !

Retour avec l’abbé Saunière au presbytère avec sa servante

Après cet essai d’hypothèse revenons près de Saunière dans son presbytère.
Il sait maintenant que sous la sole de cheminée (facile à soulever) se trouve un passage conduisant sous l’église et en deux autres lieux. Cependant il reste un problème à résoudre : Marie Dénarnaud !! C’est encore une très jeune femme à son arrivée au presbytère, et il est certain qu’elle ignore tout de ce que l’avenir lui réserve.
Probablement Saunière doit prendre la décision de la garder comme servante au risque des ragots qui ne manquent pas d’arriver en raison de cette situation. Pourquoi garde t’il cette jeune femme dont il peut se défaire rapidement au début de cette aventure ? Nul auteur n’aborde cette question et c’en est pour le moins curieux. L’abbé dispose du prétexte incontournable de ‘l’âge canonique imposée pour une gouvernante de curé’. S’il n’en fait rien c’est l’acceptation tacite d’une situation qu’il ne peut plus retourner… oui mais laquelle ?
Il y aurait une explication… Marie, arrivée au presbytère avec ses parents et l’abbé, dut être préposée très vite aux besognes du ménage et de l’intendance cuisine du presbytère, donc aux travaux à la cheminée. Marie Dénarnaud n’était pas une femme stupide. Au contraire à l’étude elle se montre intelligente, docile et surtout discrète et complice pour l’abbé Saunière.

Veillées intimes près du feu

Il est donc possible que Marie ait compris, en raison de ses activités culinaires , que l’intérêt prononcé de l’abbé pour la cheminée n’était pas seulement celui de la gourmandise ou de son appétit... Si une discussion eut lieu entre eux sur le sujet, ni l’un ni l’autre ne pouvait plus dès ce moment faire machine arrière sans se mettre en porte à faux vis-à-vis de l’autre…
De plus Saunière, devant aller vite dans sa démarche, ne pouvait pas prendre de mesures répétitives pour éloigner Marie de ce point ‘foyer’. Même s’il l’avait fait, la jeune femme se serait vite aperçue, à son retour, de traces suspectes dans ce périmètre du foyer qui était le sien. Sans doute au moment d’ouvrir la sole de cheminée l’abbé n’avait pas d’autre solution que de mettre la jeune femme dans la confidence. Cette décision ne fut, peut-être, difficile ni pour l’un ni pour l’autre…
Il devenait alors simple, pour ce couple insolite, le soir, d’entreprendre l’ouverture de la lourde sole, de dégager ensuite l’ouverture peut-être comblée depuis des siècles… et de refermer avant le matin le travail entrepris la veille au soir. Un nouveau feu matinal dissimulait l’ensemble de l’entreprise. Et puis… qui aurait eu l’idée de se pencher sur cette cheminée en apparence anodine ?

Sonnant si trébuchant…

Sous la sole s’ouvrait un passage en galerie basse se dirigeant tout droit sous l’église. Même si ce boyau était comblé depuis longtemps, ce ne dut être ni long ni pénible de dégager cette galerie oubliée. S’il est impossible de savoir combien de fois l’abbé Saunière dut aller jusqu’au bout, c’est une certitude cependant d’affirmer qu’il s’est acharné à refaire le passage.
Ce passage maintenant rétabli dans sa fonction avait l’avantage de conduire Bérenger Saunière sous l’église… mais aussi un fâcheux défaut : une fois la sole de cheminée refermée sur le secret du presbytère, il n’en restait pas moins en sous-sol un dégagement creux. Ce dernier par son effet ‘cavité’ résonnait sourdement en cas de choc sur le sol de l’église… et la sole de la cheminée.
Pour la cheminée ce phénomène ne posait pas de problème, car seule Marie pouvait les entendre durant les travaux culinaires… Concernant une résonance sous le dallage de son église il en était tout autre pour l’abbé. Certes les paroissiens n’auraient sans doute jamais fait attention à ce bruit couvert par celui de leurs sabots… Mais Bérenger pouvait craindre qu’un ‘initié’, en chaussures de ville, sachant tout ou partie du secret, ne détecte, au bruit d’une canne par exemple, que le passage était à nouveau dégagé et… remis en fonction !

Et la loi du silence de la confession

Saunière est alors au moment de commander un nouveau confessionnal. Rien d’anormal dans cette démarche puisque toute la décoration de l’église est refaite à neuf. L’ancien confessionnal complètement délabré dénote lamentablement dans ce décor étourdissant. Il est donc de bon ton de le changer. De le changer… et dans la foulée de le changer d’emplacement… ce qui était chose aisée puisque l’abbé pouvait prétexter ne pouvoir réinstaller ce nouveau meuble à sa place primitive en raison des nouveaux décors (statues, chemin de croix…)! Il était facile de placer ce meuble, voué au secret silence de Dieu, là où il prenait toute la place de sa fonction… au-dessus du passage, là où il restait, pour ‘l’initié’ un risque de ‘savoir’ le passage souterrain réactivé ! Même dans les trois places du confessionnal il est maintenant impossible de soupçonner un écho sourd au dessous… puisque le plancher du meuble est légèrement surélevé !
Si l’on regarde maintenant l’étrange décor frontal et la valeur symboliquement religieuse de ce meuble on peut retenir curieusement. :
Un confessionnal, se fermant sur le secret avec Dieu, est le lieu du silence absolu, du savoir et de l’absolution. Le décor du fronton rappelle astucieusement la découverte du berger Paris… à la recherche de sa brebis perdue, il descend dans une faille et y découvre de l’or et des squelettes ! Il ‘confesse’ à tous sa découverte… et sera tué sous les ordres du seigneur de Rennes pour cette aventure. Le silence de sa mort interdira de retrouver son secret.

…Saunière vient d’entendre en confession. Un moment de méditation, puis il sort de son confessionnal. Avec la porte qu’il referme doucement sur ce lieu secret, le silence tombe sourdement sur le savoir qu’il cache. Presque un siècle s’est écoulé…Et c’est l’ironie du lien entre la cheminée et le confessionnal séparés par un seul mur… Autrefois la cheminée du presbytère abritait le feu… aujourd’hui le confessionnal contient les extincteurs pour éteindre celui qui pourrait s’allumer dans l’église de Rennes-le-Château … malice de la providence ou pur hasard des consignes de sécurité ?

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Source photos: archive, Christian Celarie et Jean Brunelin