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Société Périllos ©

Des pierres étrangement millésimées

 

Où il est d’abord question de dates…

Notre attention a été attirée par la présence de deux pierres, gravées de lettres et de chiffres, disposées de part et d’autre de l’entrée du reposoir qui était anciennement la bibliothèque et le bureau de l’abbé Saunière.
Ces signes ont quelques similitudes avec d’autres, bien visibles, sur les murs de l’église et du presbytère de Rennes-le-Château. Le problème n’est pas le fait qu’il y ait des ressemblances, mais celui des origines et du pourquoi de certaines modifications apportées maladroitement sur les deux pierres du ‘reposoir’.
Concernant les pierres gravées lisibles sur les façades en place, on peut admettre qu’il s’agit d’une forme de datation d’un travail, d’une réfection ou autre réaménagement, apportés sur ou dans les bâtiments. Effectivement, les dates, pour le presbytère, correspondent à 1725, année où débutent (le 15 juillet) les importants travaux de rénovation commandés par les consuls du village. Ces réparations s’achèveront en 1727 après une demande de rallonge financière en 1726… Nous ajoutons que la date de 1727 est bien celle clôturant les travaux pour le presbytère, et 1725 celle du commencement … Cependant, il est rare qu’à cette époque on inscrive laconiquement le début des travaux de manière isolé et sans commentaire. Ou il s’agit de travaux patronnés par une haute autorité et on grave, alors, un texte ostensible au long duquel le personnage est nommé et l’action décrite avec emphase et détails ! Ici il n’en est rien et, en l’absence d’un généreux ‘mécène’ à remercier et encenser (au contraire nous voyons les consuls en grande difficulté financière !), la coutume voulait simplement que ce soit la fin des travaux qui soit ratifiée… ou, à la rigueur, une date exprimant à la fois le début et la fin des travaux. Ici, nous aurions eu « 1725 – 1727 »… et non pas deux dates isolées. Nous allons donc tenter de voir si ces gravures ne pourraient pas contenir autre chose que de simples dates de maçonneries.
Localisation des pierres :
Deux de ces ‘ pierres millésimes’ se trouvent sur les façades sud du presbytère, côté cour (entrée actuelle du musée) :
- La première est au-dessus de la fenêtre du second étage, sur l’avancée qui devait être la souillarde, ou une sorte de cellier.
- La seconde est sur la façade d’entrée, sous le rebord de toiture, quasiment à l’aplomb de la porte d’entrée.
Quant à la troisième, semblant seulement concerner l’église, elle est incrustée dans le mur du clocher de l’église (sud), là encore quasiment au sommet.

Le contenu des inscriptions des trois pierres

Clocher église

Celle du clocher comprend ces inscriptions :
1ère ligne : 1740
2ème ligne : I G
Nous donnons sous réserve le chiffre 1 en début du nombre 1740. Il est en effet possible qu’il s’agisse, non pas du nombre 1740 mais de I 740… à savoir un I majuscule suivi de 740.
Il peut en être de même pour les deux lettres du dessous ‘I’ et ‘G’ qui peuvent être le chiffre 1 romain et la majuscule de la lettre G.
Nous considérons cependant, dans un premier temps, qu’il s’agit, par exemple d’une date de travaux de maçonnerie dans l’église, réalisés en 1740 et exécutés par un artisan dont les initiales sont I et G …

Celle au-dessus de la fenêtre (2ème étage) de l’avancée du presbytère :
1ère ligne : une croix à branches égales
2ème ligne : 1727
Nous devons ajouter à cette description une sorte de troisième niveau, sous le nombre, qui serait simplement illustré par un point entre 17 et 27 du nombre 1727.

Presbytère - pierre axée à gauche sur entrée. Cette vue montre un R pour le P.

Celle sous le rebord de toiture de la façade du presbytère, quasiment à l’aplomb gauche du tableau de la porte d’entrée :
1ère ligne : 1725
2ème ligne : I G, et un ‘P’ suivi d’un petit triangle.

Maintenant ajoutons un autre constat pour ces trois pierres. Les signes semblent être tracés par la même main, ce qui est sans mystère s’il s’agit d’un même ouvrier ayant réalisé des travaux faits en l’espace de 15 ans : de 1725 à 1740 en passant par 1727. Cependant, si l’on admet cette remarque, pourquoi cet artisan incorpore ces gravures dans un serti uniquement pour les dates de 1725 et 1727 ? Ces deux pierres sont celles sur les murs du presbytère … et celle de l’église (1740) est présentée sans cadre intérieur.
Si l’on suppose encore qu’il s’agisse du même ouvrier signataire, pourquoi entre t-il ses initiales sur deux pierres et non sur les trois (une pour le clocher de l’église et l’autre au-dessus de l’entrée du presbytère)? Un oubli sans doute?
Il faut également admettre que les deux réalisations du ‘presbytère’ ont une meilleure finition que celle du clocher…

Le jeu des ‘carrés longs’ ?

Si on regarde ces pierres, elles apparaissent toutes les trois en forme de ‘carré long’. Jusque là, il n’y aurait rien de spécial à redire (sauf peut-être si on veut y voir une connotation maçonnique)… si on n’y ajoutait cette autre remarque : on prend des clichés de ces pièces, on en mesure la proportion ‘hauteur par longueur’ et on obtient ‘1 sur 2’ pour celles avec le cadre serti, et ‘2 sur 3’ pour celle sans ce cadre. Est-ce un hasard, une facétie ou… une volonté ? S’il s’agit d’une facétie, elle est celle du graveur qui, en bon … ‘maçon’… façonne ces millésimes en rappelant, aux ‘curieux’, l’ordre idéal des proportions symboliques. Ce serait déjà une bonne remarque. Mais cette dernière deviendrait plus profonde si ce travail des proportions avait été ‘imposé’ par un commanditaire… pointilleux !
Pourtant, ce n’est pas encore tout, car il nous reste d’autres curiosités sur ces inscriptions.

Une croix pour une ‘souillarde’ ?

Gravure sur l'avancée du presbytère

Pour l’instant, laissons de côté les signes de la pierre du clocher de l’église, pour regarder seulement celles en façade du presbytère et de l’avancée de celui-ci.
L’avancée : supposons qu’il s’agisse simplement du millésime 1727, et que ce dernier signale l’année des travaux fait sur cette avancée du presbytère… qui au rez-de-chaussée n’était sans doute qu’une souillarde. Ce rajout justifiait-il une pierre datée d’une bien meilleure finition que celle du clocher marquant, de haut, le lieu de l’Eglise et portant sa voix aux alentours ?
De plus, cette date est surmontée d’une très élégante petite croix à branches égales légèrement ‘pattées’ qui, une fois de plus, honore considérablement un local du genre… souillarde, au détriment de l’église ou du presbytère dont les pierres ne comportent pas de croix ?
Mais ce n’est pas encore tout, car à bien y regarder, cette croix, en s’insérant par suggestion visuelle, coupe en deux le nombre 1727 pour en faire ‘17 27’… enlevant par là toute possibilité qu’il s’agisse d’une référence calendaire pour une année ! Il ne resterait alors uniquement que le signalement de deux jours dans un mois : le 17ème et le 27ème … ce qui ne rime à rien ! Et pourtant il s’agit bien ici de couper le nombre en deux parts égales de deux chiffres… car ‘on’ a astucieusement affirmé cette coupure par un point ostensible qui se trouve presque à l’aplomb de la petite croix. Ce point, nous le répétons, se trouve légèrement sous le nombre excluant qu’il ait pu entrer dans ce dernier lui-même… D’ailleurs, il n’aurait eu aucune signification, car on ne date jamais un millésime avec un point dans le nombre. A présent, nous ne pouvons, tout au plus, qu’argumenter en direction d’une décoration… bien dérisoire et inutile !

Un signe ‘fléché’ selon un ‘P’ devenu un ‘R’

Il nous reste, maintenant, la dernière pierre gravée sous le rebord de la façade sud du presbytère.
Elle porterait la date 1725… et en dessous les lettres I et G, identiques à celles ‘signant’ la pierre du clocher. On peut donc supposer qu’il s’agisse du même ouvrier qui signera en 1740 certains travaux concernant l’église… Si tel est le cas, et les initiales nous le prouveraient, pourquoi le même homme ne fait-il pas les mêmes tracés de chiffres quinze ans plus tard ? Pourquoi bâcle t-il un millésime, s’adressant tout de même à un sanctuaire, alors qu’il aurait particulièrement soigné celui d’un presbytère… dont on nous dit, sans cesse, qu’il menaçait ruine? C’est étonnant !
Mais revenons à notre pierre ‘1725’… qui signerait donc l’exécution d’une première tranche de travaux. Oui… mais de quels travaux s’agit-il… sur une ruine chancelante ?
Cette inscription est aussi la plus longue en signes : 8 pour celle-ci et 6 pour les deux précédentes (1 7 4 0 I G et + 1 7 2 7 . ).
En effet, au nombre 1725 s’ajoutent les lettres IG (prétendues initiales) et un P. Remarquons encore une différence : les inscriptions ‘1725’ et ‘IG’ sont de hauteur identique et le ‘P’ est carrément deux fois plus haut ! Il aurait donc bien plus d’importance, et si oui, pour quelle raison ? Enfin, il y a encore plus insolite : un petit triangle dans l’angle à droite en bas. Il est évident maintenant que IG P et ce triangle ne sont pas la signature d’un ‘maçon’ voulant immortaliser son œuvre !
On accepte, évidemment, la croix gravée dans le mur d’un ensemble religieux, mais ce petit triangle a, lui, une signification ou fonction qui nous échappe sous cette forme.
Ce triangle est formé d’une base légèrement bombée du côté des inscriptions et d’une pointe franche vers le coin en bas à droite. Nous montrerait-il une direction, une observation à faire ? Une réflexion à formuler ? C’est une probabilité à ne pas négliger, car regardons notre grande lettre ‘P’ : ce ‘P’ photographié selon un éclairage différent se transforme en une sorte de ‘R’… dont la jambe se trouve dans l’axe du triangle pour en faire… une flèche !

Au début étaient quatre pierres gravées… et la loi du 17

Comme les trois mousquetaires qui étaient quatre… nos trois pierres pouvaient avoir une quatrième sœur, que l’abbé Saunière fit couper en deux et dont il fit placer les moitiés de part et d’autre de l’entrée de sa bibliothèque – bureau. Les lettres I et G se trouvent à gauche et une date ‘1738’ à droite…
Dans la première partie de ce travail, nous avons montré que le I et le G étaient d’une facture autre que celle des trois autres pierres mises en évidence sur les murs de l’église et du presbytère. Quant au 1738, il est évident que ce nombre, lui aussi, n’a rien à voir avec une date cohérente ou une signification attachée au 18ème siècle !
Le lien entre ces quatre pierres serait à première vue une date… faite de telle manière que le nombre 17 en ressorte clairement commun aux quatre gravures. A ce nombre ‘fatidique’ s’ajoutent d’autres détails facilement lisibles : la petite croix, le grand ‘P’ qui devient un ‘R’ en complétant un petit triangle devenant à son tour une flèche… et enfin une signature IG qui pourrait avoir un autre sens que celui des initiales d’un artisan maçon !
- Pour le ‘reposoir’, le 17 semble ancien et le 38 un rajout grossier… et le ‘I’ de ‘IG’ est garni de fer…
- Pour le ‘clocher’, la date est ‘coupée’ par la suggestion des deux lettres bien placées sous chaque paire de chiffres…
- Pour ‘l’avancée’ du presbytère, le 17 est isolé par la petite croix et le point surbaissé.
- Pour le ‘presbytère’, si le 17 n’est pas mis en avant, il y a le système de flèche et de direction qui s’impose rapidement…
Tout ceci pourrait être, bien entendu, le fruit du hasard le plus pur, s’il n’y avait ce 17 dont la présence, bien qu’astucieusement dissimulé dans des dates, prend toute sa dimension à Rennes-le-Château…
Si actuellement, toutes ces pierres sont en place, manifestement celle du ‘reposoir’ provient d’un endroit dont nous ignorons tout, mais qui existait au moment de la mise en place des autres ‘signatures’… En fait le quatrième endroit (effacé ou ruiné) marqué du 17 était symboliquement reconstitué par Saunière qui savait l’existence du lieu ruiné où il se servit… Le fait de disposer l’entrée de ce local entre IG et 17 (ensuite faussé par un 38 pour ‘brouiller la piste’) signifiait-il que l’abbé… entrait dans le secret de ce codage ? Pourquoi pas puisque cette pièce ‘cachait’ quelque chose dans son sous-sol… et qu’ensuite elle servait de bibliothèque et de bureau, donc un lieu ou repose un savoir et où il est autorisé de le consulter et travailler dessus… à tous les sens du terme ! De ces remarques se justifieraient la peur et la colère en voyant que des intrus, même animés de justes intentions (des pompiers cherchant à éteindre un feu) risquaient alors de découvrir ce que pouvait vraiment représenter, cacher ou contenir ce petit bâtiment !

… passage par la case ‘carré long’ du ‘Sot Pêcheur’ ?

Le 1 G sur le reposoir

Avant d’aller plus loin dans nos recherches sur le terrain, nous avons tenté de comprendre si le 17 n’est ici qu’une répétition d’un 17ème jour de quelque mois, ou s’il signifie une autre indication, ou les deux à la fois… l’une étant le rappel de l’autre. A ce propos, forcément, nous avons tous en tête ce fameux 17 janvier, si cher à l’énigme de Rennes-le-Château. Ensuite, pourquoi l’abbé Saunière met-il ces deux pierres peu décoratives à l’entrée de son bureau – bibliothèque ? Devaient-elles ici prendre, ou reprendre, toute une dimension hermétique? Ou pouvaient-elles modifier, voire annuler, une sorte de rébus dont ce prêtre devenait à son tour le dernier dépositaire ? Et si ce dernier en avait compris le sens, serait-il aller jusqu’à détruire irrémédiablement ce fil d’Ariane ?... ou aurait-il laissé le moyen d’accéder à ce qu’il savait ? Que nous reste t’il à présent, si tant est que ces témoins d’un fait lié au 17 (une année ou tout autre), aient un sens secret ?
La forme rectangulaire de ces pierres peut avoir inspiré un autre support à notre abbé qui aurait pu également y entrer des lettres comme un I et un G… et puis deux P (puisque deux fois plus grand sur la gravure) et également un point bien visible et une petite croix répétitive autant de fois qu’il faut pour s’orienter… et puis évidemment une marque prononcée dans un coin de son rectangle comme pour le triangle fléché. Bien entendu, ces remarques sont entièrement dénuées de sens et ne sont qu’un jeu avec le hasard, sans fondement… tout comme le texte insondable laissé par Bérenger Saunière, connu sous le nom de « sot pêcheur », formé depuis un ‘carré long’, agrémenté d’une lisière faite de nombreuses lettres, qui ne contient qu’un seul ‘I’ (en bas) et un seul ‘G’ (en haut), d’un ‘P’ répété deux fois, et quatre lignes horizontales formées de dix-sept lettres… Nous verrons, dans un autre travail, qu’il est bien possible que l’abbé Saunière ait inclus, dans le ‘saut’ du ‘sot pêcheur’, une partie de ce qu’il avait retrouvé caché sous le sceau 17 du secret de Rennes-le-Château.

André Douzet