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« Le rapport PUMAZ »

 

Le document manquant

L’affaire bien connue de Rennes-le-Château et de l’abbé Bérenger Saunière, en voix d’être enfin élucidée, est émaillée d’une multitude de documents et dossiers dont l’authenticité, loin d’être reconnue, reste encore à prouver. Cependant, nous savons que certains de ces éléments ont pu être ainsi ‘fabriqués’ pour donner au chercheur une sensation d’originalité incontestable. Mais très vite, en raison de petits imperceptibles indices placés aux bons endroits, on comprend qu’il s’agit d’un faux éhonté, très astucieux. Pour le simple curieux peu opiniâtre, l’affaire est classée dans la rubrique des ‘canulars’ sans suite. En échange, pour le chercheur chevronné, cette aventure ne fait que commencer, car il est possible de comprendre que ce faux est, en vérité, un montage authentique destiné à produire un effet qui est loin de celui du premier degré. En résumé, le faux est un véritable outil dont le but est de déclancher une série de réactions pouvant faire sortir de l’ombre des éléments perdus ou volontairement dissimulés. L’orgueil parfois stupide peut pousser celui qui détient cette pièce manquante à seule fin de prouver qu’il sait où la trouver. Et l’affaire est jouée… depuis un vrai assez parsemé de faux, suffisant à stopper le commun des curieux, les instigateurs parviennent à se procurer ce qui leur manque. C’est cette étrange démarche que nous avons dévoilée au cours de nos dossiers concernant le Prieuré de Sion de Pierre Plantard et les vrais faux documents déposés à la Bibliothèque Nationale de Paris.
Cette énigme est ainsi faite qu’après des années d’enquête, souvent il devient difficile de retrouver le vrai du faux, au point de ne plus rien comprendre au fil conducteur. Pourtant, dans cette jungle documentaire, il existe de vraies sources d’informations, encore qu’elles soient constituées de telle manière que seul un spécialiste puisse parvenir à en tirer la quintessence. Le plus difficile reste à trouver les bons supports ‘trafiqués’ et, plus compliqué encore, de localiser la personne capable ‘d’entrer’ dans ce genre de décodages. Ce genre de duo est d’une rareté telle qu’elle est un défi aux probabilités les plus serrées. C’est pourtant une de ces exceptions que nous retrouvons ici sous le nom de « dossier PUMAZ ».

Tout aurait commencé en 1970, sur les colonnes d’un bulletin de la revue ‘L’intermédiaire des Chercheurs et des Curieux’. On retrouve cette même intervention, cette fois accompagnée d’une sorte de suite, dans la même revue au numéro 246 de juin 1971, colonne 792. Ce ‘commencement’ est d’abord une courte intervention ayant pour titre « Abbé Béranger Saunière (1970) ». Il y est question de l’existence effective d’un trésor de Rennes-le-Château que, par contre, n’aurait pas trouvé Saunière. Cette affirmation est suivie d’un bref exposé sur le fait que l’abbé Bigou, curé de Rennes (le Château) de 1774 à 1791, aurait avec ‘une ingéniosité extraordinaire’ dissimulé sa signature dans la teneur du texte gravé sur la dalle funéraire de la dame d’Hautpoul. Il aurait, à cet effet, usé ‘d’une clef très apparente’ qui facilement permet de reconstituer un ‘cryptage’ assez simple… L’intervention, signée ‘PUMAZ’, est suivie d’une courte description du lieu abritant le fabuleux dépôt qui, évidemment, ne se trouverait pas vers les deux Rennes. Un autre texte un peu plus long semble être une réponse à des intervenants dont nous n’avons pas les commentaires. Cette fois, la démonstration de déchiffrage est claire et précise sur le procédé permettant de retrouver, depuis le groupe sibyllin de lettres ou chiffres romains LIXLIXL, la signature de l’abbé Bigou qui est le révélateur de l’énigme de Rennes-le-Château. L’exercice est sans appel et d’une rigueur qui exclut le travail d’un amateur, aussi expérimenté soit-il.
Numéro 283 d’octobre 1974 de la même revue. Cette fois PUMAZ réplique aux commentaires de René Descadeillas, Conservateur de la bibliothèque municipale de Carcassonne, qui semble piqué au vif en répliquant: « On est tenté de lui dire (à PUMAZ) : vous avez trouvé la signature de l’abbé Bigou. Admettons. Et après ? ». La réponse, pour être incontournable, est technique et sans appel : « -Le nom de Bigou trouvé dans une inscription à l’aide d’une clef placée dans l’autre, montre que celle-ci est le complément de celle-là et ne peut pas avoir été fabriquée postérieurement par un chercheur indépendant comme le soutient M. Descadeillas ». La passe d’armes en restera là entre les deux hommes. On appréciera sur la même page, en bas, la présence pertinente d’un commentaire intitulé ‘L’énigme de Dagobert II’, qui fait une suite masquée à l’affaire de Rennes-le-Château… sous la signature de Michel Vallet… alias Pierre Jarnac, chercheur bien connu pour son intérêt dans les deux énigmes.
Novembre 1975, numéro 296 de ‘L’intermédiaire des chercheurs et curieux’. Une autre intervention de Pumaz focalise, avant l’heure et en douceur, l’attention des chercheurs vers l’église St Sulpice de Paris. Il nous explique en quelques lignes, redoutablement précises, tout l’intérêt, dans l’énigme de Rennes-le-Château, de la fresque ‘Héliodore chassé du temple’ du peintre Delacroix. On peut lire sur la même page, et au bas de la colonne de Pumaz, un autre petit chapitre, sans doute dû seulement à un malicieux hasard. Treize lignes, d’un laconique effarant, font mention en ouverture du texte d’une dame du nom de… ‘Madeleine Boudet’ (MADELEINE et BOUDET rassemblés en deux seuls mots !). Certes il est bien possible que la généalogie qui suit cette identité soit véridique… en ce cas, le hasard n’est plus seulement malicieux, mais de bon ton ! On trouve pêle-mêle, au fil de ce petit encart, les noms et prénoms suivants : François, Antoine, Guérin de Vaux, Robinet de Pontagny, Charmoy, La Chaise et Sallé de Chou… on ajoute à cette intéressante cascade la signature de l’auteur : Jean-Marc Blanc… On croit rêver ! Et tout ceci dans l’indifférence, ou l’inattention, des grands mandarins de l’énigme de Rennes-le-Château.
A part quelques autres petits rappels, sans plus d’intérêts, dans ‘L’intermédiaire des chercheurs et curieux’, l’arrivée discrète de Pumaz dans cette affaire qui vient de se produire se limite à ces quatre interventions. Ce n’est effectivement que le préambule pour une suite qui reste inégalée.
Cependant, si la suite s’est extériorisée par cette revue, et plus tard par un document qui restera introuvable et particulièrement recherché, mais en notre possession… il apparaît que ce travail a débuté bien avant 1970… précisément dès 1968, de l’aveu même de l’auteur. Vers 1973, des échanges épistolaires ont lieu, sans doute suite aux interventions aussi brèves que détonantes sur la revue dont il a été question précédemment. On retient, dans ces échanges, ceux avec Michel Vallet où on comprend que ce dernier est bien persuadé que Saunière n’a pas accédé au dernier et ultime dépôt et est d’accord avec tous les points de travaux de Pumaz… Cependant, de toute évidence, ce dernier est d’une pointure nettement supérieure à la moyenne, sans doute en raison de sa culture, mais surtout par sa fonction, comme nous le verrons plus loin.

Le dossier Pumaz

Pumaz… évidemment, nous le comprenons, est un pseudo. Le véritable personnage à cette époque ne pouvait pas se permettre que soit connue sa véritable identité. Nous reviendrons sur cette dernière un peu plus loin, ainsi que sur sa qualification professionnelle qui explique à la fois la teneur du travail, sa précision et la facilité avec laquelle il est accompli.
Auparavant, nous poursuivons le cheminement de ce travail exceptionnel. Il commence, comme pour de nombreux curieux, par la lecture du livre de Gérard de Sède, ‘L’or de Rennes’, publié en 1967. Cet ouvrage, comme il l’explique « a attiré l’attention d’une partie du grand public sur ce que l’on appelle le mystère, l’énigme ou plus simplement l’affaire de Rennes le Château, c'est-à-dire la légende du trésor inestimable du Razès et les événements curieux qui se sont déroulés dans cette région à la fin du XIXe siècle et au début du nôtre, toutes choses que certaines personnes ont entrepris de ressusciter depuis quelques années ».
Ensuite, Pumaz entreprend une recherche personnelle, dit-il… Sur ce plan, nous avons eu une autre version sur les raisons de ce profond intérêt pour cette énigme bien connue. Il serait plutôt question d’une ‘demande’, voire un ordre pour certains, d’éclairer l’énigme le plus largement possible. L’origine de cette ‘mission’ aurait eu, pour provenance, l’exigence d’une haute autorité… ce qui évidemment n’est pas vérifiable, mais ne signifie pas qu’il s’agisse d’une sottise. Le sujet passe au crible pendant une respectable durée de dix-sept ans. Dix-sept ans !… les amateurs avertis apprécieront ce nombre si cher à Rennes-le-Château. Le premier jet du ‘rapport Pumaz’ est terminé en 1977. Pourtant, c’est en 1985 que le document est ‘bouclé’ définitivement dans son ultime version. Il n’y en aura jamais d’autres.

Voyons, maintenant, ce dossier. Ce travail, sous le titre de « A PROPOS D’UN CURE (En auscultant Saunière) » et daté « Neuilly, 1977 », est composé de 44 pages, au format 21 X 29,7 et de 2 feuilles illustrées formant la couverture. On y trouve deux extraits de cartes d’état-major en couleur, une carte ancienne du comté de Razès (extraite de l’ouvrage du prétendu ‘Abbé Pichon’), une gravure ancienne ((Amphithéâtre de l’Eternelle Sapience), une superbe photo du tableau d’Eugène Delacroix ‘Héliodore chassé du Temple’ dans l’église St Sulpice de Paris, un croquis explicatif de cette œuvre, un croquis des deux faces de la ‘pierre de Coumesourde’, et enfin les deux pierres tombales de Marie de Negri. Le seul exemplaire connu étant en notre possession, il comporte une dédicace de la main de l’auteur qui en assure l’authenticité !
Il s’agit d’un document resté au stade d’un original mécanographié, sans mise en pages justifiée, ni édité ou même enregistré au dépôt légal de la Bibliothèque Nationale. La tournure des phrases, la présentation du travail sont également un indice notoire dans ce sens. Il est évident, à sa lecture, qu’il s’agit d’un ‘rapport’ technique sec et dépourvu d’ambages de présentation comme en sont habituellement pourvus les travaux destinés à une diffusion publique… même pour un nombre relativement réduit de lecteurs. De toute évidence, on voit à tous ces détails qu’il s’agit seulement d’une étude destinée à très peu de personnes… voire, ce qui fut sans doute le cas, une seule et unique destination !

Le premier réflexe, face au fait d’une étude sur ce sujet largement galvaudé, est de penser qu’elle n’est en vérité qu’une ‘énième’ tentative d’approche du problème Rennes-le-Château.
A la lecture, on s’aperçoit très vite qu’il n’en est rien. Si le dossier s’ouvre sur une vue générale du problème et de tous ses acteurs, sa présentation précise, sans concession, d’une sobriété monacale, donne ensuite le ton d’un exposé hors du commun sur l’affaire de Rennes-le-Château. L’abbé Bérenger Saunière apparaît très vite comme un personnage ayant été ‘piloté’ vers différents points qu’il ne peut avoir découverts seul. Par exemple, nous lisons concernant ses travaux dans l’église Ste Madeleine que « Quelques années plus tard, disposant de crédits, l’abbé Saunière y fait entreprendre les réparations les plus urgentes et s’attaque à la restauration du maître-autel pour laquelle une personne pieuse a fait un don spécial. Cette restauration, commandée à Saunière, est très importante car elle a amené le curé à déplacer l’autel et, ce faisant, à restituer dans son église le dessin permettant de trouver sur le terrain la cache du trésor ». Cette information démontre que sous l’aspect de pieuse innocence, l’abbé pouvait être manipulé afin de ne pas attirer l’attention sur des actes indispensables pour une démarche discrète prévue depuis l’extérieur.

D’ailleurs, dans ce sens, nous pouvons lire, au fil du texte, que l’auteur soupçonne fortement l’implication de hautes autorités religieuses dans les travaux de Saunière qu’il ne pouvait conduire seul. Cependant, le doute est permis quant au fait qu’il ait pu aboutir… du moins sur le site de Rennes-le-Château : « Enfin, celui-ci (Saunière) et ceux qui dit-on l’aidèrent, le reçurent ou furent reçus par lui sont les derniers connus des ecclésiastiques mêlés à l’affaire de Rennes le Château en tant qu’acteurs et pas seulement en tant que chercheurs. Le rapport entre la prospérité de Saunière et sa découverte supposée du trésor fabuleux du Razès est sans fondement.…//…Si l’abbé avait trouvé des richesses inestimables, ce serait avec la permission et l’aide de son évêque, et avec le concours efficace d’autres personnes. Peut-on croire que, le succès acquis, tous se seraient désintéressés du résultat et que, sans rien réclamer, ils auraient laissé le curé jouir seul en paix du fruit de leurs efforts communs ? ».
Ensuite, nous retrouvons, sous des éclairages différents, des acteurs bien connus dans cette affaire, comme Vincent de Paul, les lazaristes et d’autres ayant gravité très près de Saunière… des religieux, beaucoup de religieux et des laïcs. Pumaz émaille de touches claires et vives des détails qui feraient frémir plus d’un ténor en la matière. Par exemple, il affirme qu’effectivement l’abbé Bigou s’est confié de ce qu’il savait avant de décéder en Espagne (c’est ce que nous affirmons aussi depuis plusieurs années, à la grande fureur de certains). Arrivent également plusieurs détails concernant d’autres lieux maintenant laissés pour compte par le commun en la matière. A propos du Bézu, l’auteur nous explique que ; « Le Bézu est un hameau situé à environ cinq kilomètres à vol d’oiseau au midi de Rennes le Château. Il s’y trouve une petite église aujourd’hui bien à l’abandon. Dans cet édifice, une statue de St Jean Baptiste dont le bras droit cassé et recollé à l’envers (postérieur à 1959) paraît désigner un point de la voûte. Que peut bien nous montrer Jean-Baptiste de son poignet coupé et retourné »… Ajoutons, pour information, que l’église du Bézu, depuis ce texte, a été partiellement rénovée. Plus étonnant, nous trouvons des notes peu usitées concernant Notre Dame de la Salette en Isère. L’église de St Sulpice de Paris tient son rang habituel puisqu’il nous donne des détails sur des inversions que le visiteur peut y trouver et qui, à l’époque, n’étaient guère usités : « Dans l’église Saint-Sulpice à Paris : le chemin de croix ; les N retournés dans deux signatures du peintre Signol ; dans la crucifixion peinte par cet artiste, la pancarte au sommet de la croix du Sauveur où les trois lignes sont écrites de droite à gauche, le grec et le latin étant donc à l’envers. Dans l’église de Rennes le Château : le chemin de croix -qui ne l’est pas » Puisqu’il est question d’inversion et de Signol, est-il utile de dire qu’en inversant son nom on obtient l’anagramme parfait du mot LONGIS… qui serait le prétendu nom du légionnaire ayant percé, maladroitement, le flanc du Christ ? Dans cette exploration du sanctuaire, notre guide poursuit avec la peinture d’Eugène Delacroix, pour laquelle il présente un déchiffrage froid et détaillé, qui ne peut laisser sans admiration tant il est précis et capable de donner de nouveaux éléments sur l’affaire en question.
Au chapitre III sont soigneusement ‘épluchés’ les écrits que Pumaz cite comme ‘bidons’, les fameux parchemins et le livre de l’abbé Boudet. Trois peintures sont ensuite ‘démontées’ : l’incontournable ‘Christ au lièvre’, les ‘Bergers d’Arcadie’ de Nicolas Poussin, et bien entendu ‘Héliodore chassé du temple’ de Delacroix, à St Sulpice. Les sites connus pour leur implication directe dans l’énigme, comme l’église et le cimetière de Rennes-les-Bains, l’église de Rennes-le-Château, l’église de St Sulpice, et le tombeau d’Arques aujourd’hui disparu… Enfin, ce sont les ‘inscriptions qui passent à examen : ‘la pierre de Coumesourde’, les pierres funéraire de Marie de Negri. Là encore, l’étude est concise et sans émotion particulière. Chacun des sujets est démonté froidement, et seul son intérêt indiscutable est retenu. Tout l’inutile des éléments est impitoyablement rejeté sans appel. On retrouve, sur le banc des accusés, les célèbres documents déposés à la BN de Paris par un prétendu Prieuré de Sion, qui semblent cependant retenir l’attention pour d’autres raisons que celles connues habituellement : « Cette dernière se compose de papiers variés aux textes reproduits ou dactylographiés et dont certains ont été sans aucun doute obtenus à l’aide de montages. Ils sont en général signés de pseudonymes en rapport avec Rennes le Château ou ses environs. C’est ainsi que Madeleine Blancasall évoque la patronne de l’église du village et aussi les rivières Blanque et Sals; W.Celse Nazaire rappelle la paroisse de Rennes les Bains placée sous l’invocation de ces saints ; Antoine l’ermite PsP une statue qui est dans l’église de l’abbé Saunière ». Quant aux fameux ‘parchemins’, Pumaz donne des détails sévères montrant indiscutablement qu’ils ne peuvent techniquement remonter plus loin que 1860 ; « Ce dont on peut être certain, c’est que ces papiers sont des faux en ce sens qu’ils ne datent pas de l’époque à laquelle ils semblent appartenir, tout le monde est d’accord là-dessus. Gérard de Sède a écrit qu’ils ne sont pas antérieurs à la Renaissance, et le R.P. Gepetti qui en a fait l’expertise à la demande de M. Descadeillas est encore moins généreux. Je pense de même : ces parchemins ne peuvent être antérieurs à 1861 en raison du rôle joué par les cent vingt huit lettres insérées dans le premier et de la graphie de ISCI sans l’autre. Pour moi, ces documents sont d’une cuvée analogue à celle de la documentation bidon, quoique d’un millésime un peu meilleur ». Et l’auteur d’asséner ses preuves et commentaires irréfutables.
Bien sûr, au moment du démontage de la scène peinte par Delacroix du célèbre ‘Héliodore chassé du temple’, de St Sulpice, le ton change… Et nous comprenons que nous sommes face à un des éléments révélateurs tenus par ceux qui ‘savaient’ les tenants de l’énigme de Rennes-le-Château. Pumaz entre directement dans le vif de son sujet en expliquant : « Héliodore est une carte simplifiée des environs des deux Rennes et elle permet de localiser la cache du trésor du Razès. Mais ce trésor n’est pas fait de vulgaire richesse. Seulement il faut savoir lire la fresque de Delacroix ! Un détail cinq fois représenté par l’artiste permet de savoir comment, et ce quintuple signe nous est donné par un jeu de mots…/… on voit mal Eugène Delacroix, au faîte de sa gloire anthume, peindre deux ans avant sa mort une fresque à double sens pour le compte d’une bande de farceur ou au bénéfice de gens qui ne devaient naître que près de trois quarts de siècle plus tard ».
Peu après, les choses deviennent encore plus sérieuses avec le décryptage des textes inscrits sur les pierres de la tombe de Marie de Negri. Le ton est donné lorsque Pumaz explique : « Qu’un maladroit rajoute vaille que vaille des lettres oubliées, qu’il découpe des mots de façon fantaisiste, qu’un ignorant fasse des fautes d’orthographe, qu’il écorche même le nom de la défunte, passe encore, bien qu’il y en ait ici vraiment trop, mais remplacer E par e dans NOBLe ne peut être dû à un ignorant, ni cette CATIN à un maladroit à qui on l’aurait certainement refusée. Il est manifeste que l’ouvrier a recopié de manière très exacte un modèle soigneusement établi, et ces deux anomalies ont, comme les autres, un sens précis …/… Il y a donc forcément autre chose». Effectivement, Pumaz joint la démonstration à la pertinence de sa remarque. Il démontre comme une évidence comment retrouver le nom de l’abbé Bigou à l’aide d’une clé de décodage simple qu’il explique de manière déconcertante. Cet exposé montre bien que l’abbé Bigou, avant de fuir vers l’Espagne, était à propos de l’essentiel du secret dont il venait de prendre connaissance sous le sceau de la confession de la dame d’Haupoul à l’instant de mourir… Mais de plus, nous voyons là un Bigou d’une autre stature que celle d’un petit curé besogneux, fort peu versé en cryptographie. D’ailleurs, Pumaz, dans son intervention sur ‘L’intermédiaire des Chercheurs et des Curieux’, écrit avec une sorte d’humour toute son admiration pour cet abbé : « Si je rencontre Bigou dans l’autre monde, je serai heureux de converser un peu avec lui… », et il signe. Ce qui est également déconcertant, lorsqu’on connaît le fin mot de l’identité de l’auteur, est qu’il se renvoie la balle à lui-même en expliquant qu’il est en accord parfait sur le déchiffrage… avec Pumaz ! A certains endroits de son texte, on a la sensation que le destinataire de ce travail ne doit pas savoir que Pumaz et l’auteur sont une seule et même personne… Serait-ce là un indice de plus sur le fait que ce document n’était pas réservé à un usage public ?
C’est ensuite une démonstration de déclinaisons topographiques depuis le ‘méridien de Boudet’ qui est proposée -celui donné par ce prêtre dans son livre surprenant « La vraie langue celtique et le Cromlech de Rennes-les-Bains» (1886)-. Depuis, ces déductions et le report sur une carte d’état-major jointe au dossier Pumaz proposent au moins trois points pouvant être de potentiels dépôts sur la région du Razès. Mais il ajoute aussi que : « Nous voici donc en présence possible d’un double (ou triple) dépôt, spirituel et matériel. Dans le Razès on ne peut faire autrement que penser au trésor cathare auquel cette double nature a souvent contribué».
Enfin, l’auteur explique de quelle manière il a pu établir la confirmation, sur le terrain, de ses déductions scientifiques. La conclusion brève de ce travail s’achève sur la description d’un périple de vérification sur différents sites et les rencontres avec certaines personnes de la région. On remarque dans la liste des personnalités des noms bien connus tel Déodat Roché, Franck Marie, Lucienne Julien ? Jean Robin et Pierre Jarnac…

Ce n’est que vers 1978 qu’une rumeur circule sur l’hypothétique existence d’un document connu sous le nom de « Rapport PUMAZ ». Ce travail, dont personne ne peut trouver la moindre trace, ni le plus petit indice -nous avons vu qu’il ne fut pas déposé à la BN- soulève de nombreuses questions qui restent sans réponse. Certains iront jusqu’à supposer qu’il s’agit d’un simple canular dont le seul but était d’épaissir, un peu plus, les ombres de l’affaire de Rennes-le-Château. Il y eut cependant des contacts avec l’auteur de ce ‘dossier’ bien avant que ce travail ne soit recherché avec attention. Cependant, dans ces échanges entrepris dans les années 1973 à 1975, il n’est pas question de ce ‘rapport’ de façon précise… et personne ne fera le rapprochement.

Signé… PUMAZ ?

Les premières manifestations signées ‘PUMAZ’ surgissent, comme nous l’avons vu, sur les colonnes de « L’Intermédiaire des Chercheurs et Curieux », en 1971. Chaque intervention, sous cette signature, présente des éléments innovants sur le large thème général de Rennes-le-Château… et essentiellement sur bien des détails sur la conduite de Bérenger Saunière. La pertinence des commentaires pousse alors plusieurs chercheurs à tenter le contact avec cet auteur. Il répond le plus souvent possible par le biais de la revue qui héberge ses démonstrations.
Cependant, il y eut un autre texte publié dans le bulletin de liaison de ‘La Société du Souvenir et des Etudes Cathares’. A cela il n’est rien d’étonnant, puisque cette association (loi de 1901) a pour président monsieur Déodat Roché (dont la demeure familiale deviendra le musée actuel du catharisme à Arques) et comme secrétaire à cette époque, mademoiselle Lucienne Julien, domiciliée à Narbonne. Ce sont deux des personnes présentes sur la liste en fin du rapport, avec qui Pumaz entretient des relations étroites et très courtoises. De plus, nous savons que Lucienne Julien fut pour lui une source de renseignements appréciable concernant le catharisme, le Razès, son histoire locale et ses récits légendaires.
C’est en raison de cette amitié qu’un article de cet auteur se retrouve sur la revue numéro 96 de l’hiver 1982 des ‘Cahiers d’Etudes Cathares’. Cependant, il n’y pas de réactions et peu de chercheurs connaissent l’existence de cette présentation. Quand bien même ces derniers ratisseraient les parutions en quête de Pumaz… ils en seraient quitte pour leur persévérance, car cette fois Pumaz… signe, non pas du pseudonyme, mais de son nom : Georges CAGGER. Cet article de neuf pages est passé sous le titre : « Notes sur Rennes le Château ».
Le mystère de Pumaz est donc partiellement levé sur le plan identité.
Ainsi, Georges CAGGER se découvre comme un érudit d’une culture hors norme, ce que personne ne contestera jamais. Un homme d’une intelligence remarquable, doué également d’un sens de déduction hors du commun. Certes… mais ceci n’explique pas complètement le fait qu’il puisse en découdre aussi facilement avec le domaine du décryptage. Une explication pourrait nous satisfaire si on répond, à toutes ces remarques, le fait que monsieur Georges Cagger, alias Pumaz, soit en vérité un haut fonctionnaire occupant un poste de première importance. Effectivement, ce dernier dirige un service d’où il peut accéder facilement aux moyens du ‘Chiffre’ de l’Etat Français, avec le grade de Contre-Amiral. Nous comprenons maintenant comment cet auteur, sans livre, put résoudre facilement le chiffrage de l’abbé Bigou sur les pierres funéraires de noble Marie de Negri, dernière dame d’Haupoul… et les autres judicieuses réflexions sur ‘Héliodore chassé du temple’, ainsi que la facilité de lire un méridien quel qu’il soit et où qu’il passe.
Cependant, il nous reste une question irritante sur ce sujet…. le ‘rapport PUMAZ’ aurait-il été une sorte de distraction intellectuelle personnelle… ou un travail commandité par une plus haute instance que celle de monsieur Cagger… comme le laissent deviner certains chercheurs ? Nul ne le saura sans doute jamais.

‘En auscultant Saunière’

Revenons maintenant sur ce fameux ‘Rapport PUMAZ’. Une fois de plus, c’est dans une complète indifférence qu’est mise à la portée des lecteurs attentifs la possibilité de lire Georges Cagger. En effet, nous en trouvons un large extrait dans l’ouvrage remarquable de Jean Robin, «Les Sociétés Secrètes au rendez-vous de L’apocalypse», paru chez Trédaniel en janvier 1990. Effectivement, pour la première fois, toute une partie de ce document est enfin à la disposition des chercheurs! Une partie seulement… et c’est pourquoi nombre de ces derniers restent tristement sur leur faim car il s’agit d’un extrait n’entrant ni dans la première partie du rapport… ni dans la dernière. Depuis ce tronçon de texte, il est impossible de le situer dans son intégralité. En fin de compte, si cette partie entre parfaitement dans le contexte du livre de Jean Robin, elle ne peut être utilisée seule en tant que ‘Rapport Pumaz’ ou permettre d’en comprendre le fond et la forme. A ce stade, le travail de Georges Cagger manque toujours cruellement comme une des pièces permettant une meilleure compréhension de l’énigme de Rennes-le-Château.

Il semble que, pour compléter sa documentation, ce chercheur, qui apparaît toujours comme fugitif dans cette affaire, ait peut-être eu besoin d’une sorte de correspondant efficace et discret, en matière de documentations historiques et archéologiques sur le Razès et le Languedoc. Le choix se serait, sur un certain plan, naturellement porté sur Lucienne Julien d’après les dires de cette dernière. Native de ces régions et ayant pour celles-ci l’intérêt bien connu de tous les chercheurs, elle était réputée pour son érudition, sa bibliothèque, ses documentations et de grandes possibilités d’investigations sur le sujet demandé. Pour d’autres raisons plus précises encore, cependant impossibles à divulguer ici, elle fut seule chargée de conduire une recherche et centraliser les nombreuses informations collectées en direction de monsieur Cagger.

A ce stade de la situation, personne ne dispose encore du document dans son intégralité. Nous sommes en 1986, et plus personne n’espère disposer de la totalité du fameux ‘rapport’… sauf pour un ou deux irréductibles, il disparaît peu à peu des espérances. C’est à cette époque que Lucienne Julien reçoit et héberge Georges Cagger, pour d’autres recherches sur lesquelles elle garda une complète discrétion. Visiblement, tout semble s’être déroulé pour le mieux car en remerciement elle reçoit l’original du document intitulé :

A PROPOS D’UN CURE
(En auscultant Saunière)
Neuilly, 1977
… suivi d’une chaleureuse dédicace personnelle à l’attention de Lucienne Julien.
Ce sera le seul exemplaire complet, et en couleurs, de ce travail exceptionnel, hormis bien entendu celui de l’auteur lui-même.

Comme il faut une fin à tout, c’est en 1990 que Lucienne, hélas, se sentant au crépuscule de sa vie, décide de nous confier plusieurs éléments uniques ou introuvables, dont le précieux ‘rapport PUMAZ’… qui devient alors notre propriété exclusive.
Depuis ce triste moment, nous avons eu de nombreux échanges très cordiaux avec Georges Cagger, qui nous apportait chaque fois des notes et éléments nouveaux, non inclus dans le ‘rapport’… C’est ainsi qu’il nous confiait plusieurs compléments sur les églises de Saint Laurent-Montferrand et St Laurent de la Cabrerisse, dont aucun chercheur n’a pas même idée. De plus, il avait retrouvé la trace de notes qu’aurait confiées l’abbé Bigou à un de ses confrères, au moment de son exil vers l’Espagne, via Durban et Périllos. En 1985, quelques rumeurs prétendaient même qu’il se serait agi d’un prêtre du nom de Cauneille et de deux livres très incertains. Enquêtant sur ce sujet, G. Cagger avait fini par trouver qu’il s’agissait effectivement d’un ecclésiastique d’un nom approximatif et que tous avaient négligé, simplement parce qu’il était catalan. Quant aux deux ‘livres’, il s’agirait de deux carnets pouvant se trouver en Espagne, selon les informations que sa fonction lui avait permis de retrouver. Dans ces ‘détails’ inédits se trouvaient enfin de nombreux documents concernant l’église St Sulpice de Paris et celle du Bézu. Nous reviendrons également prochainement sur d’autres éléments que ‘Pumaz’ n’avait pas jugé opportun d’être utilisés à propos des piliers soutenant la table du maître autel de l’église de Rennes-le-Château.
Il semble, au demeurant, que ces derniers détails soient inconnus de tous, y compris de son plus proche ami et exécuteur testamentaire. En effet, ce dernier, s’étonnant de nos propos sur un « dossier complet Pumaz », nous interpellait sur le fait qu’il était, pour lui, impossible qu’un tel dossier existe… tout en reconnaissant cependant que « la suite de ses travaux (de Pumaz-Cagger) n’a pas été publiée » (9 février 2003). C’est dire que ce dernier lot d’informations n’a jamais été dévoilé et peut-être même mis en page.

Plusieurs chercheurs, sachant que nous avions maintenant ce document hors pair, demandèrent sans relâche si nous n’aurions pas l’intention de l’éditer. Cette idée faisant son chemin, nous en parlions à L. Julien qui intervint favorablement en ce sens auprès de G. Cagger. Au fil des derniers courriers échangés, nous obtenions, par écrit, de reproduire le fameux dossier dans son intégralité, le 3 mai 1995. La seule réserve émise par l’auteur était d’obtenir également l’accord de Jean ROBIN, puisque son ouvrage « LES SOCIETES SECRETES AU RENDEZ-VOUS DE L’APOCALYPSE » en contenait une partie importante. Le 9 mai 1995, par un courrier de cet auteur (dont nous recommandons vivement la lecture des ouvrages), nous obtenions son consentement qu’il nous accordait volontiers.
Nous sommes donc les seuls à avoir cette autorisation d’éditer, pour la première fois, ce document -dans son intégralité- tant convoité par maintenant une foule de chercheurs spécialisés dans l’affaire de Rennes-le-Château…
Notre intention est de reproduire d’abord le texte intégral dans sa présentation d’origine, en lui ajoutant les éléments que nous avait remis Georges Cagger, à titre personnel, au fil de nos conversations et courriers. De plus, nous demandions également à la « Société du Souvenir et des Etudes Cathares » de nous permettre d’apporter, à notre édition, l’article contenu dans le cahier trimestriel N° 96. A cet effet, nous disposons maintenant du consentement d’Olivier Cèbe, secrétaire général de cette Société. Certes, notre travail de rassemblement est loin de se prétendre exhaustif. Il est tout à fait possible qu’un ou deux éléments aient échappé à notre recherche… et les retrouver serait apporter un élément nouveau à ce curieux dossier.
Georges Cagger, alias Pumaz, s’est éteint il y a plusieurs années. Nous déplorons ce départ qui nous prive d’un homme de savoir et de connaissance exceptionnel. Cependant, sans doute a t-il enfin pu assouvir cette envie qu’il exprimait dans les colonnes de ‘l’Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux’ en disant « Si je rencontre Bigou dans l’autre monde, je serai heureux de converser un peu avec lui… ». Nous souhaitons qu’il en soit ainsi.

André Douzet

Nous proposons enfin le dossier Pumaz dans sa forme originelle avec ses planches en couleur. Ce document comprend en complément d’abord l’article, du même auteur, contenu dans le n° 96 des Cahiers d’Etudes Cathares (Hiver 1982) de la seconde série, et les interventions du même auteur dans les colonnes de « L’Intermédiaire des Chercheurs et Curieux ». Les courriers d’autorisations diverses sont également joints au dossier.
Cette édition est un véritable trésor d’archives contenant des informations inattendues par les chercheurs et ceux qui s’intéressent à l’affaire de Rennes-le-Château. Cette énigme, bien connue, est devenu un véritable champ d’investigations remontant à une époque où le mystère était encore non entaché par des ‘additions’ plus ou moins fantaisistes.
Ce travail hors pair, encore introuvable, est celui de Georges Cagger, alias Pumaz, un chercheur qui fut, sans doute par sa profession, le meilleur cryptographe capable d’aborder et ouvrir les codages retrouvés dans l’affaire de Rennes-le-Château et de l’abbé Bérenger Saunière.

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