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| « Le rapport PUMAZ » |
Le
document manquant
L’affaire
bien connue de Rennes-le-Château et de l’abbé Bérenger
Saunière, en voix d’être enfin élucidée,
est émaillée d’une multitude de documents et dossiers
dont l’authenticité, loin d’être reconnue, reste
encore à prouver. Cependant, nous savons que certains de ces éléments
ont pu être ainsi ‘fabriqués’ pour donner au chercheur
une sensation d’originalité incontestable. Mais très
vite, en raison de petits imperceptibles indices placés aux bons
endroits, on comprend qu’il s’agit d’un faux éhonté,
très astucieux. Pour le simple curieux peu opiniâtre, l’affaire
est classée dans la rubrique des ‘canulars’ sans suite.
En échange, pour le chercheur chevronné, cette aventure ne
fait que commencer, car il est possible de comprendre que ce faux est, en
vérité, un montage authentique destiné à produire
un effet qui est loin de celui du premier degré. En résumé,
le faux est un véritable outil dont le but est de déclancher
une série de réactions pouvant faire sortir de l’ombre
des éléments perdus ou volontairement dissimulés. L’orgueil
parfois stupide peut pousser celui qui détient cette pièce
manquante à seule fin de prouver qu’il sait où la trouver.
Et l’affaire est jouée… depuis un vrai assez parsemé
de faux, suffisant à stopper le commun des curieux, les instigateurs
parviennent à se procurer ce qui leur manque. C’est cette étrange
démarche que nous avons dévoilée au cours de nos dossiers
concernant le Prieuré de Sion de Pierre Plantard et les vrais faux
documents déposés à la Bibliothèque Nationale
de Paris.
Cette énigme est ainsi faite qu’après des années
d’enquête, souvent il devient difficile de retrouver le vrai
du faux, au point de ne plus rien comprendre au fil conducteur. Pourtant,
dans cette jungle documentaire, il existe de vraies sources d’informations,
encore qu’elles soient constituées de telle manière
que seul un spécialiste puisse parvenir à en tirer la quintessence.
Le plus difficile reste à trouver les bons supports ‘trafiqués’
et, plus compliqué encore, de localiser la personne capable ‘d’entrer’
dans ce genre de décodages. Ce genre de duo est d’une rareté
telle qu’elle est un défi aux probabilités les plus
serrées. C’est pourtant une de ces exceptions que nous retrouvons
ici sous le nom de « dossier PUMAZ ».
Tout
aurait commencé en 1970, sur les colonnes d’un bulletin de
la revue ‘L’intermédiaire des Chercheurs et des Curieux’.
On retrouve cette même intervention, cette fois accompagnée
d’une sorte de suite, dans la même revue au numéro 246
de juin 1971, colonne 792. Ce ‘commencement’ est d’abord
une courte intervention ayant pour titre « Abbé Béranger
Saunière (1970) ». Il y est question de l’existence effective
d’un trésor de Rennes-le-Château que, par contre, n’aurait
pas trouvé Saunière. Cette affirmation est suivie d’un
bref exposé sur le fait que l’abbé Bigou, curé
de Rennes (le Château) de 1774 à 1791, aurait avec ‘une
ingéniosité extraordinaire’ dissimulé sa signature
dans la teneur du texte gravé sur la dalle funéraire de la
dame d’Hautpoul. Il aurait, à cet effet, usé ‘d’une
clef très apparente’ qui facilement permet de reconstituer
un ‘cryptage’ assez simple… L’intervention, signée
‘PUMAZ’, est suivie d’une courte description du lieu abritant
le fabuleux dépôt qui, évidemment, ne se trouverait
pas vers les deux Rennes. Un autre texte un peu plus long semble être
une réponse à des intervenants dont nous n’avons pas
les commentaires. Cette fois, la démonstration de déchiffrage
est claire et précise sur le procédé permettant de
retrouver, depuis le groupe sibyllin de lettres ou chiffres romains LIXLIXL,
la signature de l’abbé Bigou qui est le révélateur
de l’énigme de Rennes-le-Château. L’exercice est
sans appel et d’une rigueur qui exclut le travail d’un amateur,
aussi expérimenté soit-il.
Numéro 283 d’octobre
1974 de la même revue. Cette fois PUMAZ réplique aux commentaires
de René Descadeillas, Conservateur de la bibliothèque municipale
de Carcassonne, qui semble piqué au vif en répliquant: «
On est tenté de lui dire (à PUMAZ) : vous avez trouvé
la signature de l’abbé Bigou. Admettons. Et après ?
». La réponse, pour être incontournable, est technique
et sans appel : « -Le nom de Bigou trouvé dans une inscription
à l’aide d’une clef placée dans l’autre,
montre que celle-ci est le complément de celle-là et ne peut
pas avoir été fabriquée postérieurement par
un chercheur indépendant comme le soutient M. Descadeillas ».
La passe d’armes en restera là entre les deux hommes. On appréciera
sur la même page, en bas, la présence pertinente d’un
commentaire intitulé ‘L’énigme de Dagobert II’,
qui fait une suite masquée à l’affaire de Rennes-le-Château…
sous la signature de Michel Vallet… alias Pierre Jarnac, chercheur
bien connu pour son intérêt dans les deux énigmes.
Novembre 1975, numéro 296 de ‘L’intermédiaire
des chercheurs et curieux’. Une autre intervention de Pumaz focalise,
avant l’heure et en douceur, l’attention des chercheurs vers
l’église St Sulpice de Paris. Il nous explique en quelques
lignes, redoutablement précises, tout l’intérêt,
dans l’énigme de Rennes-le-Château, de la fresque ‘Héliodore
chassé du temple’ du peintre Delacroix. On peut lire sur la
même page, et au bas de la colonne de Pumaz, un autre petit chapitre,
sans doute dû seulement à un malicieux hasard. Treize lignes,
d’un laconique effarant, font mention en ouverture du texte d’une
dame du nom de… ‘Madeleine Boudet’ (MADELEINE et BOUDET
rassemblés en deux seuls mots !). Certes il est bien possible que
la généalogie qui suit cette identité soit véridique…
en ce cas, le hasard n’est plus seulement malicieux, mais de bon ton
! On trouve pêle-mêle, au fil de ce petit encart, les noms et
prénoms suivants : François, Antoine, Guérin de Vaux,
Robinet de Pontagny, Charmoy, La Chaise et Sallé de Chou… on
ajoute à cette intéressante cascade la signature de l’auteur
: Jean-Marc Blanc… On croit rêver ! Et tout ceci dans l’indifférence,
ou l’inattention, des grands mandarins de l’énigme de
Rennes-le-Château.
A part quelques autres petits rappels, sans plus d’intérêts,
dans ‘L’intermédiaire des chercheurs et curieux’,
l’arrivée discrète de Pumaz dans cette affaire qui vient
de se produire se limite à ces quatre interventions. Ce n’est
effectivement que le préambule pour une suite qui reste inégalée.
Cependant, si la suite s’est extériorisée par cette
revue, et plus tard par un document qui restera introuvable et particulièrement
recherché, mais en notre possession… il apparaît que
ce travail a débuté bien avant 1970… précisément
dès 1968, de l’aveu même de l’auteur. Vers 1973,
des échanges épistolaires ont lieu, sans doute suite aux interventions
aussi brèves que détonantes sur la revue dont il a été
question précédemment. On retient, dans ces échanges,
ceux avec Michel Vallet où on comprend que ce dernier est bien persuadé
que Saunière n’a pas accédé au dernier et ultime
dépôt et est d’accord avec tous les points de travaux
de Pumaz… Cependant, de toute évidence, ce dernier est d’une
pointure nettement supérieure à la moyenne, sans doute en
raison de sa culture, mais surtout par sa fonction, comme nous le verrons
plus loin.
Le
dossier Pumaz
Pumaz…
évidemment, nous le comprenons, est un pseudo. Le véritable
personnage à cette époque ne pouvait pas se permettre que
soit connue sa véritable identité. Nous reviendrons sur cette
dernière un peu plus loin, ainsi que sur sa qualification professionnelle
qui explique à la fois la teneur du travail, sa précision
et la facilité avec laquelle il est accompli.
Auparavant, nous poursuivons le cheminement de ce travail exceptionnel.
Il commence, comme pour de nombreux curieux, par la lecture du livre de
Gérard de Sède, ‘L’or de Rennes’, publié
en 1967. Cet ouvrage, comme il l’explique « a attiré
l’attention d’une partie du grand public sur ce que l’on
appelle le mystère, l’énigme ou plus simplement l’affaire
de Rennes le Château, c'est-à-dire la légende du trésor
inestimable du Razès et les événements curieux qui
se sont déroulés dans cette région à la fin
du XIXe siècle et au début du nôtre, toutes choses que
certaines personnes ont entrepris de ressusciter depuis quelques années
».
Ensuite, Pumaz entreprend une recherche personnelle, dit-il… Sur ce
plan, nous avons eu une autre version sur les raisons de ce profond intérêt
pour cette énigme bien connue. Il serait plutôt question d’une
‘demande’, voire un ordre pour certains, d’éclairer
l’énigme le plus largement possible. L’origine de cette
‘mission’ aurait eu, pour provenance, l’exigence d’une
haute autorité… ce qui évidemment n’est pas vérifiable,
mais ne signifie pas qu’il s’agisse d’une sottise. Le
sujet passe au crible pendant une respectable durée de dix-sept ans.
Dix-sept ans !… les amateurs avertis apprécieront ce nombre
si cher à Rennes-le-Château. Le premier jet du ‘rapport
Pumaz’ est terminé en 1977. Pourtant, c’est en 1985 que
le document est ‘bouclé’ définitivement dans son
ultime version. Il n’y en aura jamais d’autres.
Voyons,
maintenant, ce dossier. Ce travail, sous le titre de « A PROPOS D’UN
CURE (En auscultant Saunière) » et daté « Neuilly,
1977 », est composé de 44 pages, au format 21 X 29,7 et de
2 feuilles illustrées formant la couverture. On y trouve deux extraits
de cartes d’état-major en couleur, une carte ancienne du comté
de Razès (extraite de l’ouvrage du prétendu ‘Abbé
Pichon’), une gravure ancienne ((Amphithéâtre de l’Eternelle
Sapience), une superbe photo du tableau d’Eugène Delacroix
‘Héliodore chassé du Temple’ dans l’église
St Sulpice de Paris, un croquis explicatif de cette œuvre, un croquis
des deux faces de la ‘pierre de Coumesourde’, et enfin les deux
pierres tombales de Marie de Negri. Le seul exemplaire connu étant
en notre possession, il comporte une dédicace de la main de l’auteur
qui en assure l’authenticité !
Il s’agit d’un document resté au stade d’un original
mécanographié, sans mise en pages justifiée, ni édité
ou même enregistré au dépôt légal de la
Bibliothèque Nationale. La tournure des phrases, la présentation
du travail sont également un indice notoire dans ce sens. Il est
évident, à sa lecture, qu’il s’agit d’un
‘rapport’ technique sec et dépourvu d’ambages de
présentation comme en sont habituellement pourvus les travaux destinés
à une diffusion publique… même pour un nombre relativement
réduit de lecteurs. De toute évidence, on voit à tous
ces détails qu’il s’agit seulement d’une étude
destinée à très peu de personnes… voire, ce qui
fut sans doute le cas, une seule et unique destination !
Le
premier réflexe, face au fait d’une étude sur ce sujet
largement galvaudé, est de penser qu’elle n’est en vérité
qu’une ‘énième’ tentative d’approche
du problème Rennes-le-Château.
A la lecture, on s’aperçoit très vite qu’il n’en
est rien. Si le dossier s’ouvre sur une vue générale
du problème et de tous ses acteurs, sa présentation précise,
sans concession, d’une sobriété monacale, donne ensuite
le ton d’un exposé hors du commun sur l’affaire de Rennes-le-Château.
L’abbé Bérenger Saunière apparaît très
vite comme un personnage ayant été ‘piloté’
vers différents points qu’il ne peut avoir découverts
seul. Par exemple, nous lisons concernant ses travaux dans l’église
Ste Madeleine que « Quelques années plus tard, disposant de
crédits, l’abbé Saunière y fait entreprendre
les réparations les plus urgentes et s’attaque à la
restauration du maître-autel pour laquelle une personne pieuse a fait
un don spécial. Cette restauration, commandée à Saunière,
est très importante car elle a amené le curé à
déplacer l’autel et, ce faisant, à restituer dans son
église le dessin permettant de trouver sur le terrain la cache du
trésor ». Cette information démontre que sous l’aspect
de pieuse innocence, l’abbé pouvait être manipulé
afin de ne pas attirer l’attention sur des actes indispensables pour
une démarche discrète prévue depuis l’extérieur.
D’ailleurs,
dans ce sens, nous pouvons lire, au fil du texte, que l’auteur soupçonne
fortement l’implication de hautes autorités religieuses dans
les travaux de Saunière qu’il ne pouvait conduire seul. Cependant,
le doute est permis quant au fait qu’il ait pu aboutir… du moins
sur le site de Rennes-le-Château : « Enfin, celui-ci (Saunière)
et ceux qui dit-on l’aidèrent, le reçurent ou furent
reçus par lui sont les derniers connus des ecclésiastiques
mêlés à l’affaire de Rennes le Château en
tant qu’acteurs et pas seulement en tant que chercheurs. Le rapport
entre la prospérité de Saunière et sa découverte
supposée du trésor fabuleux du Razès est sans fondement.…//…Si
l’abbé avait trouvé des richesses inestimables, ce serait
avec la permission et l’aide de son évêque, et avec le
concours efficace d’autres personnes. Peut-on croire que, le succès
acquis, tous se seraient désintéressés du résultat
et que, sans rien réclamer, ils auraient laissé le curé
jouir seul en paix du fruit de leurs efforts communs ? ».
Ensuite, nous retrouvons, sous des éclairages différents,
des acteurs bien connus dans cette affaire, comme Vincent de Paul, les lazaristes
et d’autres ayant gravité très près de Saunière…
des religieux, beaucoup de religieux et des laïcs. Pumaz émaille
de touches claires et vives des détails qui feraient frémir
plus d’un ténor en la matière. Par exemple, il affirme
qu’effectivement l’abbé Bigou s’est confié
de ce qu’il savait avant de décéder en Espagne (c’est
ce que nous affirmons aussi depuis plusieurs années, à la
grande fureur de certains). Arrivent également plusieurs détails
concernant d’autres lieux maintenant laissés pour compte par
le commun en la matière. A propos du Bézu, l’auteur
nous explique que ; « Le Bézu est un hameau situé à
environ cinq kilomètres à vol d’oiseau au midi de Rennes
le Château. Il s’y trouve une petite église aujourd’hui
bien à l’abandon. Dans cet édifice, une statue de St
Jean Baptiste dont le bras droit cassé et recollé à
l’envers (postérieur à 1959) paraît désigner
un point de la voûte. Que peut bien nous montrer Jean-Baptiste de
son poignet coupé et retourné »… Ajoutons, pour
information, que l’église du Bézu, depuis ce texte,
a été partiellement rénovée. Plus étonnant,
nous trouvons des notes peu usitées concernant Notre Dame de la Salette
en Isère. L’église de St Sulpice de Paris tient son
rang habituel puisqu’il nous donne des détails sur des inversions
que le visiteur peut y trouver et qui, à l’époque, n’étaient
guère usités : « Dans l’église Saint-Sulpice
à Paris : le chemin de croix ; les N retournés dans deux signatures
du peintre Signol ; dans la crucifixion peinte par cet artiste, la pancarte
au sommet de la croix du Sauveur où les trois lignes sont écrites
de droite à gauche, le grec et le latin étant donc à
l’envers. Dans l’église de Rennes le Château :
le chemin de croix -qui ne l’est pas » Puisqu’il est question
d’inversion et de Signol, est-il utile de dire qu’en inversant
son nom on obtient l’anagramme parfait du mot LONGIS… qui serait
le prétendu nom du légionnaire ayant percé, maladroitement,
le flanc du Christ ? Dans cette exploration du sanctuaire, notre guide poursuit
avec la peinture d’Eugène Delacroix, pour laquelle il présente
un déchiffrage froid et détaillé, qui ne peut laisser
sans admiration tant il est précis et capable de donner de nouveaux
éléments sur l’affaire en question.
Au chapitre III sont soigneusement ‘épluchés’
les écrits que Pumaz cite comme ‘bidons’, les fameux
parchemins et le livre de l’abbé Boudet. Trois peintures sont
ensuite ‘démontées’ : l’incontournable ‘Christ
au lièvre’, les ‘Bergers d’Arcadie’ de Nicolas
Poussin, et bien entendu ‘Héliodore chassé du temple’
de Delacroix, à St Sulpice. Les sites connus pour leur implication
directe dans l’énigme, comme l’église et le cimetière
de Rennes-les-Bains, l’église de Rennes-le-Château, l’église
de St Sulpice, et le tombeau d’Arques aujourd’hui disparu…
Enfin, ce sont les ‘inscriptions qui passent à examen : ‘la
pierre de Coumesourde’, les pierres funéraire de Marie de Negri.
Là encore, l’étude est concise et sans émotion
particulière. Chacun des sujets est démonté froidement,
et seul son intérêt indiscutable est retenu. Tout l’inutile
des éléments est impitoyablement rejeté sans appel.
On retrouve, sur le banc des accusés, les célèbres
documents déposés à la BN de Paris par un prétendu
Prieuré de Sion, qui semblent cependant retenir l’attention
pour d’autres raisons que celles connues habituellement : «
Cette dernière se compose de papiers variés aux textes reproduits
ou dactylographiés et dont certains ont été sans aucun
doute obtenus à l’aide de montages. Ils sont en général
signés de pseudonymes en rapport avec Rennes le Château ou
ses environs. C’est ainsi que Madeleine Blancasall évoque la
patronne de l’église du village et aussi les rivières
Blanque et Sals; W.Celse Nazaire rappelle la paroisse de Rennes les Bains
placée sous l’invocation de ces saints ; Antoine l’ermite
PsP une statue qui est dans l’église de l’abbé
Saunière ». Quant aux fameux ‘parchemins’, Pumaz
donne des détails sévères montrant indiscutablement
qu’ils ne peuvent techniquement remonter plus loin que 1860 ; «
Ce dont on peut être certain, c’est que ces papiers sont des
faux en ce sens qu’ils ne datent pas de l’époque à
laquelle ils semblent appartenir, tout le monde est d’accord là-dessus.
Gérard de Sède a écrit qu’ils ne sont pas antérieurs
à la Renaissance, et le R.P. Gepetti qui en a fait l’expertise
à la demande de M. Descadeillas est encore moins généreux.
Je pense de même : ces parchemins ne peuvent être antérieurs
à 1861 en raison du rôle joué par les cent vingt huit
lettres insérées dans le premier et de la graphie de ISCI
sans l’autre. Pour moi, ces documents sont d’une cuvée
analogue à celle de la documentation bidon, quoique d’un millésime
un peu meilleur ». Et l’auteur d’asséner ses preuves
et commentaires irréfutables.
Bien sûr, au moment
du démontage de la scène peinte par Delacroix du célèbre
‘Héliodore chassé du temple’, de St Sulpice, le
ton change… Et nous comprenons que nous sommes face à un des
éléments révélateurs tenus par ceux qui ‘savaient’
les tenants de l’énigme de Rennes-le-Château. Pumaz entre
directement dans le vif de son sujet en expliquant : « Héliodore
est une carte simplifiée des environs des deux Rennes et elle permet
de localiser la cache du trésor du Razès. Mais ce trésor
n’est pas fait de vulgaire richesse. Seulement il faut savoir lire
la fresque de Delacroix ! Un détail cinq fois représenté
par l’artiste permet de savoir comment, et ce quintuple signe nous
est donné par un jeu de mots…/… on voit mal Eugène
Delacroix, au faîte de sa gloire anthume, peindre deux ans avant sa
mort une fresque à double sens pour le compte d’une bande de
farceur ou au bénéfice de gens qui ne devaient naître
que près de trois quarts de siècle plus tard ».
Peu après, les choses deviennent encore plus sérieuses avec
le décryptage des textes inscrits sur les pierres de la tombe de
Marie de Negri. Le ton est donné lorsque Pumaz explique : «
Qu’un maladroit rajoute vaille que vaille des lettres oubliées,
qu’il découpe des mots de façon fantaisiste, qu’un
ignorant fasse des fautes d’orthographe, qu’il écorche
même le nom de la défunte, passe encore, bien qu’il y
en ait ici vraiment trop, mais remplacer E par e dans NOBLe ne peut être
dû à un ignorant, ni cette CATIN à un maladroit à
qui on l’aurait certainement refusée. Il est manifeste que
l’ouvrier a recopié de manière très exacte un
modèle soigneusement établi, et ces deux anomalies ont, comme
les autres, un sens précis …/… Il y a donc forcément
autre chose». Effectivement, Pumaz joint la démonstration à
la pertinence de sa remarque. Il démontre comme une évidence
comment retrouver le nom de l’abbé Bigou à l’aide
d’une clé de décodage simple qu’il explique de
manière déconcertante. Cet exposé montre bien que l’abbé
Bigou, avant de fuir vers l’Espagne, était à propos
de l’essentiel du secret dont il venait de prendre connaissance sous
le sceau de la confession de la dame d’Haupoul à l’instant
de mourir… Mais de plus, nous voyons là un Bigou d’une
autre stature que celle d’un petit curé besogneux, fort peu
versé en cryptographie. D’ailleurs, Pumaz, dans son intervention
sur ‘L’intermédiaire des Chercheurs et des Curieux’,
écrit avec une sorte d’humour toute son admiration pour cet
abbé : « Si je rencontre Bigou dans l’autre monde, je
serai heureux de converser un peu avec lui… », et il signe.
Ce qui est également déconcertant, lorsqu’on connaît
le fin mot de l’identité de l’auteur, est qu’il
se renvoie la balle à lui-même en expliquant qu’il est
en accord parfait sur le déchiffrage… avec Pumaz ! A certains
endroits de son texte, on a la sensation que le destinataire de ce travail
ne doit pas savoir que Pumaz et l’auteur sont une seule et même
personne… Serait-ce là un indice de plus sur le fait que ce
document n’était pas réservé à un usage
public ?
C’est ensuite une démonstration de déclinaisons topographiques
depuis le ‘méridien de Boudet’ qui est proposée
-celui donné par ce prêtre dans son livre surprenant «
La vraie langue celtique et le Cromlech de Rennes-les-Bains» (1886)-.
Depuis, ces déductions et le report sur une carte d’état-major
jointe au dossier Pumaz proposent au moins trois points pouvant être
de potentiels dépôts sur la région du Razès.
Mais il ajoute aussi que : « Nous voici donc en présence possible
d’un double (ou triple) dépôt, spirituel et matériel.
Dans le Razès on ne peut faire autrement que penser au trésor
cathare auquel cette double nature a souvent contribué».
Enfin,
l’auteur explique de quelle manière il a pu établir
la confirmation, sur le terrain, de ses déductions scientifiques.
La conclusion brève de ce travail s’achève sur la description
d’un périple de vérification sur différents sites
et les rencontres avec certaines personnes de la région. On remarque
dans la liste des personnalités des noms bien connus tel Déodat
Roché, Franck Marie, Lucienne Julien ? Jean Robin et Pierre Jarnac…
Ce n’est que vers 1978 qu’une rumeur circule sur l’hypothétique existence d’un document connu sous le nom de « Rapport PUMAZ ». Ce travail, dont personne ne peut trouver la moindre trace, ni le plus petit indice -nous avons vu qu’il ne fut pas déposé à la BN- soulève de nombreuses questions qui restent sans réponse. Certains iront jusqu’à supposer qu’il s’agit d’un simple canular dont le seul but était d’épaissir, un peu plus, les ombres de l’affaire de Rennes-le-Château. Il y eut cependant des contacts avec l’auteur de ce ‘dossier’ bien avant que ce travail ne soit recherché avec attention. Cependant, dans ces échanges entrepris dans les années 1973 à 1975, il n’est pas question de ce ‘rapport’ de façon précise… et personne ne fera le rapprochement.
Signé…
PUMAZ ?
Les
premières manifestations signées ‘PUMAZ’ surgissent,
comme nous l’avons vu, sur les colonnes de « L’Intermédiaire
des Chercheurs et Curieux », en 1971. Chaque intervention, sous cette
signature, présente des éléments innovants sur le large
thème général de Rennes-le-Château… et
essentiellement sur bien des détails sur la conduite de Bérenger
Saunière. La pertinence des commentaires pousse alors plusieurs chercheurs
à tenter le contact avec cet auteur. Il répond le plus souvent
possible par le biais de la revue qui héberge ses démonstrations.
Cependant, il y eut un autre texte publié dans le bulletin de liaison
de ‘La Société du Souvenir et des Etudes Cathares’.
A cela il n’est rien d’étonnant, puisque cette association
(loi de 1901) a pour président monsieur Déodat Roché
(dont la demeure familiale deviendra le musée actuel du catharisme
à Arques) et comme secrétaire à cette époque,
mademoiselle Lucienne Julien, domiciliée à Narbonne. Ce sont
deux des personnes présentes sur la liste en fin du rapport, avec
qui Pumaz entretient des relations étroites et très courtoises.
De plus, nous savons que Lucienne Julien fut pour lui une source de renseignements
appréciable concernant le catharisme, le Razès, son histoire
locale et ses récits légendaires.
C’est en raison de cette amitié qu’un article de cet
auteur se retrouve sur la revue numéro 96 de l’hiver 1982 des
‘Cahiers d’Etudes Cathares’. Cependant, il n’y pas
de réactions et peu de chercheurs connaissent l’existence de
cette présentation. Quand bien même ces derniers ratisseraient
les parutions en quête de Pumaz… ils en seraient quitte pour
leur persévérance, car cette fois Pumaz… signe, non
pas du pseudonyme, mais de son nom : Georges CAGGER. Cet article de neuf
pages est passé sous le titre : « Notes sur Rennes le Château
».
Le mystère de Pumaz est donc partiellement levé sur le plan
identité.
Ainsi, Georges CAGGER se
découvre comme un érudit d’une culture hors norme, ce
que personne ne contestera jamais. Un homme d’une intelligence remarquable,
doué également d’un sens de déduction hors du
commun. Certes… mais ceci n’explique pas complètement
le fait qu’il puisse en découdre aussi facilement avec le domaine
du décryptage. Une explication pourrait nous satisfaire si on répond,
à toutes ces remarques, le fait que monsieur Georges Cagger, alias
Pumaz, soit en vérité un haut fonctionnaire occupant un poste
de première importance. Effectivement, ce dernier dirige un service
d’où il peut accéder facilement aux moyens du ‘Chiffre’
de l’Etat Français, avec le grade de Contre-Amiral. Nous comprenons
maintenant comment cet auteur, sans livre, put résoudre facilement
le chiffrage de l’abbé Bigou sur les pierres funéraires
de noble Marie de Negri, dernière dame d’Haupoul… et
les autres judicieuses réflexions sur ‘Héliodore chassé
du temple’, ainsi que la facilité de lire un méridien
quel qu’il soit et où qu’il passe.
Cependant, il nous reste une question irritante sur ce sujet…. le
‘rapport PUMAZ’ aurait-il été une sorte de distraction
intellectuelle personnelle… ou un travail commandité par une
plus haute instance que celle de monsieur Cagger… comme le laissent
deviner certains chercheurs ? Nul ne le saura sans doute jamais.
‘En
auscultant Saunière’
Revenons maintenant sur ce fameux ‘Rapport PUMAZ’. Une fois de plus, c’est dans une complète indifférence qu’est mise à la portée des lecteurs attentifs la possibilité de lire Georges Cagger. En effet, nous en trouvons un large extrait dans l’ouvrage remarquable de Jean Robin, «Les Sociétés Secrètes au rendez-vous de L’apocalypse», paru chez Trédaniel en janvier 1990. Effectivement, pour la première fois, toute une partie de ce document est enfin à la disposition des chercheurs! Une partie seulement… et c’est pourquoi nombre de ces derniers restent tristement sur leur faim car il s’agit d’un extrait n’entrant ni dans la première partie du rapport… ni dans la dernière. Depuis ce tronçon de texte, il est impossible de le situer dans son intégralité. En fin de compte, si cette partie entre parfaitement dans le contexte du livre de Jean Robin, elle ne peut être utilisée seule en tant que ‘Rapport Pumaz’ ou permettre d’en comprendre le fond et la forme. A ce stade, le travail de Georges Cagger manque toujours cruellement comme une des pièces permettant une meilleure compréhension de l’énigme de Rennes-le-Château.
Il
semble que, pour compléter sa documentation, ce chercheur, qui apparaît
toujours comme fugitif dans cette affaire, ait peut-être eu besoin
d’une sorte de correspondant efficace et discret, en matière
de documentations historiques et archéologiques sur le Razès
et le Languedoc. Le choix se serait, sur un certain plan, naturellement
porté sur Lucienne Julien d’après les dires de cette
dernière. Native de ces régions et ayant pour celles-ci l’intérêt
bien connu de tous les chercheurs, elle était réputée
pour son érudition, sa bibliothèque, ses documentations et
de grandes possibilités d’investigations sur le sujet demandé.
Pour d’autres raisons plus précises encore, cependant impossibles
à divulguer ici, elle fut seule chargée de conduire une recherche
et centraliser les nombreuses informations collectées en direction
de monsieur Cagger.
A ce stade de la situation, personne ne dispose encore du document dans
son intégralité. Nous sommes en 1986, et plus personne n’espère
disposer de la totalité du fameux ‘rapport’… sauf
pour un ou deux irréductibles, il disparaît peu à peu
des espérances. C’est à cette époque que Lucienne
Julien reçoit et héberge Georges Cagger, pour d’autres
recherches sur lesquelles elle garda une complète discrétion.
Visiblement, tout semble s’être déroulé pour le
mieux car en remerciement elle reçoit l’original du document
intitulé :
A
PROPOS D’UN CURE
(En auscultant Saunière)
Neuilly, 1977
… suivi d’une chaleureuse dédicace personnelle à
l’attention de Lucienne Julien.
Ce sera le seul exemplaire complet, et en couleurs, de ce travail exceptionnel,
hormis bien entendu celui de l’auteur lui-même.
Comme
il faut une fin à tout, c’est en 1990 que Lucienne, hélas,
se sentant au crépuscule de sa vie, décide de nous confier
plusieurs éléments uniques ou introuvables, dont le précieux
‘rapport PUMAZ’… qui devient alors notre propriété
exclusive.
Depuis ce triste moment, nous avons eu de nombreux échanges très
cordiaux avec Georges Cagger, qui nous apportait chaque fois des notes et
éléments nouveaux, non inclus dans le ‘rapport’…
C’est ainsi qu’il nous confiait plusieurs compléments
sur les églises de Saint Laurent-Montferrand et St Laurent de la
Cabrerisse, dont aucun chercheur n’a pas même idée. De
plus, il avait retrouvé la trace de notes qu’aurait confiées
l’abbé Bigou à un de ses confrères, au moment
de son exil vers l’Espagne, via Durban et Périllos. En 1985,
quelques rumeurs prétendaient même qu’il se serait agi
d’un prêtre du nom de Cauneille et de deux livres très
incertains. Enquêtant sur ce sujet, G. Cagger avait fini par trouver
qu’il s’agissait effectivement d’un ecclésiastique
d’un nom approximatif et que tous avaient négligé, simplement
parce qu’il était catalan. Quant aux deux ‘livres’,
il s’agirait de deux carnets pouvant se trouver en Espagne, selon
les informations que sa fonction lui avait permis de retrouver. Dans ces
‘détails’ inédits se trouvaient enfin de nombreux
documents concernant l’église St Sulpice de Paris et celle
du Bézu. Nous reviendrons également prochainement sur d’autres
éléments que ‘Pumaz’ n’avait pas jugé
opportun d’être utilisés à propos des piliers
soutenant la table du maître autel de l’église de Rennes-le-Château.
Il semble, au demeurant, que ces derniers détails soient inconnus
de tous, y compris de son plus proche ami et exécuteur testamentaire.
En effet, ce dernier, s’étonnant de nos propos sur un «
dossier complet Pumaz », nous interpellait sur le fait qu’il
était, pour lui, impossible qu’un tel dossier existe…
tout en reconnaissant cependant que « la suite de ses travaux (de
Pumaz-Cagger) n’a pas été publiée » (9
février 2003). C’est dire que ce dernier lot d’informations
n’a jamais été dévoilé et peut-être
même mis en page.
Plusieurs
chercheurs, sachant que nous avions maintenant ce document hors pair, demandèrent
sans relâche si nous n’aurions pas l’intention de l’éditer.
Cette idée faisant son chemin, nous en parlions à L. Julien
qui intervint favorablement en ce sens auprès de G. Cagger. Au fil
des derniers courriers échangés, nous obtenions, par écrit,
de reproduire le fameux dossier dans son intégralité, le 3
mai 1995. La seule réserve émise par l’auteur était
d’obtenir également l’accord de Jean ROBIN, puisque son
ouvrage « LES SOCIETES SECRETES AU RENDEZ-VOUS DE L’APOCALYPSE
» en contenait une partie importante. Le 9 mai 1995, par un courrier
de cet auteur (dont nous recommandons vivement la lecture des ouvrages),
nous obtenions son consentement qu’il nous accordait volontiers.
Nous sommes donc les seuls à avoir cette autorisation d’éditer,
pour la première fois, ce document -dans son intégralité-
tant convoité par maintenant une foule de chercheurs spécialisés
dans l’affaire de Rennes-le-Château…
Notre intention est de reproduire d’abord le texte intégral
dans sa présentation d’origine, en lui ajoutant les éléments
que nous avait remis Georges Cagger, à titre personnel, au fil de
nos conversations et courriers. De plus, nous demandions également
à la « Société du Souvenir et des Etudes Cathares
» de nous permettre d’apporter, à notre édition,
l’article contenu dans le cahier trimestriel N° 96. A cet effet,
nous disposons maintenant du consentement d’Olivier Cèbe, secrétaire
général de cette Société. Certes, notre travail
de rassemblement est loin de se prétendre exhaustif. Il est tout
à fait possible qu’un ou deux éléments aient
échappé à notre recherche… et les retrouver serait
apporter un élément nouveau à ce curieux dossier.
Georges Cagger, alias Pumaz, s’est éteint il y a plusieurs
années. Nous déplorons ce départ qui nous prive d’un
homme de savoir et de connaissance exceptionnel. Cependant, sans doute a
t-il enfin pu assouvir cette envie qu’il exprimait dans les colonnes
de ‘l’Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux’
en disant « Si je rencontre Bigou dans l’autre monde, je serai
heureux de converser un peu avec lui… ». Nous souhaitons qu’il
en soit ainsi.
André
Douzet
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