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Société Périllos ©

L’Ordre du Temple et Rennes-le-Château
Une nouvelle avancée sur ce sujet par Georges KIESS

 

Il est devenu inutile de présenter notre ami George KIESS concernant l’exploration des événements liés à l’ordre du Temple dans la région du sud de la France et surtout du Razès. La qualité et l’honnêteté de ses travaux font de lui un personnage incontournable en la matière. C’est donc naturellement, et avec un plaisir évident, que, lorsqu’il nous a présenté la petite étude qui suit, nous lui avons demandé d’en donner la primeur à nos lecteurs et visiteurs…
En effet, le thème des templiers sur le territoire des deux Rennes, étant plus que jamais d’actualité, il est, chaque fois que possible, intéressant d’apporter des éléments solides sur le sujet… en compensation des délires parfois apportés d’on ne sait où, par on ne sait qui et dont la perspective est le plus souvent sans issue, ou du domaine des canulars… Certes, ce genre de farce fait sans doute les choux gras d’inconditionnels traqueurs de fantômes templiers du Bézu pourchassés à grand coup de saucisses et vins locaux au demeurant excellents. Si ceci est des plus agréable et convivial, il faut bien reconnaître que ce n’est pas ainsi que la recherche en matière templière locale peut avancer rationnellement. C’est donc chaque fois que possible que nous produisons les travaux de Georges sur nos colonnes…
Cette fois, il s’agit de faits et personnages liés au Temple,dont il s’agit, liés on ne peut plus intimement au passé de ‘REDDAS’ (devenu Rennes-le-Château). Nous allons suivre plusieurs personnages, qui, sans mystère, sinon celui de l’oubli habituel des hommes, ont leur nom inscrit dans le passé médiéval et templier de ce secteur qui nous fascine tous.
Nous ajoutons que les informations qui suivent nous seront des plus utiles lors d’un de nos prochains travaux sur le sujet ‘Bézu’ et ses possibles dérives jamais abordés jusqu’à présent par les ténors, ou prétendus tels, en la matière. C’est donc avec un grand plaisir que cet article de notre ami Georges est mis en préambule.

Au XIIe siècle, le Seigneur du BEZU ainsi que deux frères de la famille de REDAS deviennent TEMPLIERS. Recherches archivistiques.

Hormis le Seigneur du Bézu, Bernardus Sismondi de Albezuno, lequel, par testament se donne au Temple, on trouve dans les manuscrits du Moyen-Âge deux frères qui sont également Templiers. Pourrait-on, sans pour autant courir le risque d'extrapoler, penser que ces deux personnes se nommant ‘de REDAS’, et possédant entre autres des biens à Espéraza, un des lieux les plus proches de Reddas, fussent des seigneurs demeurant, ainsi que leur nom semble l'indiquer à Reddas, l'actuel Rennes-le-Château?
-Disons en passant, qu'en général on écrivait le nom de famille Redas avec un seul ‘d’, et lorsqu'il s'agissait de noms de lieux, avec deux ‘dd’; -Béate Marie de Reddas, ou Reddensis pour le Razes. Toutefois, ce n'était nullement une règle absolue au moyen-âge, les rédacteurs procédaient en général de façon assez libre selon leur bon vouloir.-
Ainsi donc, il se trouve que dans les documents d'époque conservés aux archives de la Haute-Garonne, on découvre des liasses de parchemins et autres contenant ces précisions importantes Ces écrits sont accessibles, à la consultation, dans la série cotée « Fonds Malte ». Pourquoi dans le « Fonds Malte » ? Pour la fort bonne raison que la majorité des biens ayant appartenu à la dite : « sainte milice des templiers de Salomon » furent attribués par le pape d'alors, Clément V, lors de la suppression de l'Ordre des Templiers, à l’Ordre des Hospitaliers de St Jean de Jérusalem. De ce fait, les documents et archives concernant pratiquement la quasi totalité des titres de propriété des Templiers échouèrent tout naturellement chez ces nouveaux propriétaires. En général, ces manuscrits sont relatifs à des actes notariés concernant les possessions, achats, donations, échanges et autres. On y trouve parfois aussi des procédures et des actes juridictionnels. Le tout, bien sûr, est du plus grand intérêt pour les chercheurs.
En plongeant dans ces écrits du Moyen-Âge, XIe et XIIe siècles, l'on y rencontre -parmi d'autres rédacteurs d'époque- un certain notaire de Limoso (Limoux), qui signe : « Petrus Busanaps, notaire public en Limoux et la demeure de la milice du temple en Razes qui a cette charte écrit et signé. »
Les actes rédigés par ce notaire se terminent toujours par son ‘seing’ qu'il dessinait à chaque fois à main levée, et dont nous reproduisons ici un extrait :

- Raimundus Fabri - Petrus de Solsona qui Sunt de campania - et Bernardus de Sancto Paulo rector... (...) Pétri Busanaps publici notarii in Villa Limosi et Domus milicie templi in Reddesio qui hanc cartam scripsi et Signarii
(Document coté : H. Malte, L 1 - XII.)
Dans leur grande majorité, ces textes sont rédigés en latin, quelquefois -très rarement- en occitan. Parfois on y trouve simplement des bribes, voire des expressions ou encore des noms, dans la langue du pays d'Oc. On trouve pareillement dans ces textes des noms de lieux, tels : Vallis-Dei, (La Val-Dieu), Carlati, pour le Carla (qui devrait s'écrire de nos jours ‘Carlât’), et tout près de là, les roches de Laouzeto. Puis il y a Cadarona, qui était anciennement uni au lieu de Campanha et où il y avait aussi un château. Constantiano Coustaussa, Albesuno, ou Albezuno, avec un z, Le Bézu, Béate Marie de Reddis ou de Reddas, Rennes-le-Château, sancti Sebastiani de Campanha, Campagne sur Aude, Béate Marie de Kilhano, Quillan, Esperazano, Rouenago, Fano, et le ruisseau de Fabiani, Antuniag, Sancta Maria de Reddis, Rennes-le-Château, Peirollan, Cassania, Sancti Félicis de Espineto, St. Félix de l'Espinet, etc.
Pour tout ce qui concerne le Bézu, notons toutefois, que, d'après le « Dictionnaire Topographique du Département de l'Aude », ce lieu était aussi une paroisse, mais on n'y donne pas le ‘saint’ auquel elle était vouée. Par ailleurs, dans le même ouvrage, on trouve sous le vocable de Saint-Just-et-le-Bézu, la mention: église paroissiale dédiée à sainte Eugénie. Une sainte qui prend sa place dans les environs proches avec un autre lieu consacré à ce nom, tout près de St. Julia de Bec. En dehors de ce secteur, on n'en trouve plus nulle trace dans les environs proches. Il se pourrait toutefois que le vocable de Ste Eugénie se rattachât seulement au lieu de St Just.

Mais, poursuivons un peu plus en avant...
Concernant toujours les seigneurs de Redas, nous avons fait paraître en début 2008, un essai généalogique portant sur les de Redas dans une publication intitulée « Rennes le Château et les Templiers ».
Les éléments nous permettant cette approche se trouvent dans des parchemins du XIIe au XIIIe siècle, 1133-1243. A travers ces parchemins hautement intéressants, nous remontons jusqu'à la première moitié du XIIe siècle, où nous trouvons plusieurs actes faisant précisément état de l'appartenance â l'Ordre du Temple de Petrus et Boneti de Redas. Il s'agit d'actes de donation concernant des biens leur appartenant notamment à Esperaza.
De l'étude de ces textes il ressort, également, qu'apparemment Rennes et le Bézu (Albezuno) se trouvent historiquement très liés, autant par la proximité géographique que par les liens parentaux, et c'est peu dire.
Nous pensons même, (sans pour autant extrapoler), qu'il s'agit de la même famille.
Sur le point géographique, pour l'anecdote, nous nous souvenons que dans les années 1950-1960, Monsieur Marius Fatin, propriétaire du Château de Rennes (le Château), lorsqu'il faisait visiter son domaine, avançait une théorie sur la proximité des trois lieux de Rennes, (le Château), Blanchefort et le Bézu, ces trois lieux, distants l'un de l'autre, d'une même durée à cheval.
Cependant, outre ces personnages nommés de Redas, on trouve -toujours dans ces mêmes sources- en 1151 un seigneur du Bézu dont le nom est Bernardus Sismondi de Albesuno. Ce dernier rédige un testament stipulant qu'il se donne aux « frères du Temple » et qu'à l'heure de sa mort, il sera enseveli dans les locaux de ces derniers.
Le lieu Templier le plus proche du Bézu étant la préceptorerie de Campagne-sur-Aude. A ce propos, nous faisons même une relation avec les découvertes de sarcophages effectuées lors des travaux, réalisés vers la deuxième moitié du XXe siècle, par la municipalité au niveau du sol de la rue principale du fort. On rapporte que ces tombeaux étaient orientés à l'Est. Selon René Mazières, membre de la Société d'Etudes Scientifique de l'Aude, les dalles de couvercle étaient gravées. Il déplore dans son compte rendu et à juste titre que nulle trace n'en ait été gardée... sous forme de photos ou relevés.
On y aurait, dit-on, également trouvé du mobilier archéologique qui pouvait se révéler de la plus haute importance; parmi ces trouvailles - une, ou plusieurs ‘épées’, et autres, voire même des bijoux. Ce furent les habitants du village, présents ce jour là qui emportèrent ces objets chez eux.
Quand aux dalles, elles auraient été brisées.
Signalons pareillement au passage, que d'autres sarcophages et traces médiévales ont été mises à jour en ce lieu du fort de Campagne et ses environs proches, mais que, pour la plupart du temps, elles ont été occultées de façon que l'on n'en sache rien… Cela aussi est bien regrettable pour la mémoire historique de ces contrées au passé médiéval tellement riche.
Toutefois, rien n'empêche de penser que l'un de ces sarcophages aurait fort bien pu être celui du Templier Bernardus Sismundi de Albesuno, seigneur du Bézu.
Quant aux deux frères de Redas, nous devons avouer que, pour le moment, aucun élément ne nous permet de dire ce qu'ils sont devenus par la suite : s'ils sont partis en terre d'Orient, et s'ils y sont morts... Pour ce qui est de Pierre de Redas, celui qui devient Pierre de St Jean en entrant dans l'Ordre du Temple, nous pensons toutefois qu'il était bien plus moine que guerrier, et, qu'au vu de ses dates, il aurait été trop âgé en 1172 pour partir sur les routes orientales de l'aventure guerrière.

D'autre part, nous savons aussi que ce Pétri de Redas, -sachant lire et écrire- occupe très tôt une place prépondérante au sein de l'Ordre du Temple pour le pays du fleuve Aude. Il finit même, au bout d'une bonne décennie, par en devenir le maître dans les années 1156.
Quand au fait que Pierre de Redas ait choisi le nom de Pierre de St Jean, cela pourrait-être lié au lieu de St Jean de Karreira où ce personnage est également responsable, administrateur pourrions nous dire, puisque dans certains actes on trouve son nom lié à ce site qui se situe sur la montagne d'Alaric, dans les Corbières, au Sud de Barbaira, (et dont il subsiste d'intéressants vestiges).
Autre point à remarquer : dans les documents Templiers du pays Audois, on découvre dans cette même liasse de manuscrits, un acte bien antérieur à la création de l'Ordre du Temple, acte relatif au lieu de St Jean Baptiste de Karreira. Il s'agit d'une donation effectuée en mars 1113, destinée au ... prieur et à ses clercs, qui résidaient en ces lieux et qui n'étaient pas Templiers, puisque cet Ordre n'existait pas encore.
Quelques 50 ans plus tard, alors que ce lieu est propriété à part entière des Templiers, c'est bien Pierre de St Jean, le frère de Bonnet de Redas qui est présent pour les différentes transactions. Il ne rédige plus, il est là en tant que magistri honoris militie...
Le commandeur du lieu est le Templier Petro de Paderno comendatori domus Sancti Johanni de Karreira.
(Parfois les documents donnent le vocable de Sancto Johanni Baptisti de Karreira. On a l'impression qu'avec le temps, petit à petit, le terme de ‘Baptisti’ s'est perdu et seule la forme de St. Jean de Karreira aura subsisté*.)

George KIESS

* Voir « Cartulaires des Templiers de Douzens » E. Magnou P. Gérard. - Bibliothèque Nationale 1965.