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Un reliquaire pas trés catholique |
Un débat très constructif se déroule en ce moment au sein du Cercle, notre groupe de discussion fermé, à propos d'un important élément de notre recherche.
Ce débat productif nous conduit à présenter, sur les colonnes de ce site, un travail extraordinaire mené par l'un de nos membres pour lequel il nous a amené à devoir faire acte d'humilité. En effet, pour aller droit au but, nous allons parler du reliquaire de Marie-Madeleine à la Sainte-Baume qui a déjà fait couler beaucoup d'encre. Cette étrange châsse permet d'émettre un certain nombre d'hypothèses quitte à admettre que nous pouvons nous être trompés.
Même
si notre modeste travail nous autorise à revenir mille fois sur l'ouvrage,
il permet également de concéder à d'autres d'avoir
« plus raison » que nous, mais aussi de pouvoir réfuter
des théories de personnes que nous estimons pouvant avoir « plus
tort » que nous.
Ici ce n'est pas le cas, loin de là. Notre correspondant nous permet d'envisager une autre hypothèse, voire d'autres opportunités, par rapport à ce que nous pensions déjà.
Nous avons donc décidé de proposer des articles sur des thèmes identiques, cependant parfois radicalement différents dans leur contenu, afin de permettre à tous ceux qui le souhaiteront, de s'exprimer, même si leurs théories devaient être en contradiction avec les nôtres. En effet, face à des mouvements de franche antipathie manifestée dans divers groupes de recherche notamment en rapport avec Rennes-le-Château, nous souhaitons nous démarquer de cet état d'esprit destructeur. De fait, quel meilleur moyen que de commencer par ce sujet qui nous tient particulièrement à cœur : Marie-Madeleine et ici plus précisément, son reliquaire, ou plutôt, l'un de ses reliquaires les plus remarqués.
Ce reliquaire réalisé par un orfèvre de Lyon, Joseph Armand-Caillat est une œuvre magnifique correspondant bien au style de son temps, particulièrement lumineux et expressif, au point qu'il vaudra à son auteur le Grand Prix d’Orfèvrerie le 22 juin 1890. Par ailleurs, le reliquaire figurait à l'Exposition Universelle de Paris de 1889. Par ailleurs Armand-Caillat, particulièrement célèbre à Lyon en sa spécialité, laisse une importante collection d'oeuvres d'orfévreries remarquables qu'on peut visiter encore actuellement un grand nombre de ses œuvres religieuses.
Armand-Caillat, effectivement, est l’orfèvre à qui fut commandé le magnifique reliquaire par Monseigneur Terris, évêque de Fréjus, avant qu’il ne soit légué à la Sainte Baume après son décès en 1884. Mais ce que beaucoup ignorent est que Monsieur Armand-Caillat était souvent le sous-traitant de Jean Soulier, lui-même bijoutier mais également orfèvre à Lyon. Or, Jean Soulier connaissait Bérenger Saunière pour avoir échangé des lettres avec lui, de même que Derain-Raclet, le libraire qui racheta les ouvrages de la bibliothèque de Saunière après sa mort.
Laissons maintenant notre correspondant nous exposer ce qu'il déduit de l'étude minutieuse et pertinente du reliquaire.

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L'intérêt de notre étude réside essentiellement dans ce que ce reliquaire a de particulier. Sur sa partie basse est figurée la traversée de la Méditerranée selon la légende de Marie-Madeleine. Celle-ci se tient au centre de la barque qui la conduit vers Marseille, en position d'orante, c'est à dire, les deux bras écartés en prière, le visage orienté vers le ciel. La barque, conformément à certaines versions de la légende, est guidée par deux anges. Plusieurs compagnons de voyage de Madeleine sont figurés sur cette représentation. Toutefois, un détail retient l'attention : à l'avant de l'embarcation ramenant Marie-Madeleine en Provence, repose un corps momifié. Or, aucune version de la légende n'affirme que les saints ramènent un défunt d'Orient.
Nous
avons parfaitement conscience qu'il ne peut s'agir du Christ, vite éliminé
de la liste des candidats potentiels et pourtant on se prêterait à
y croire. Toutefois, comment serait-il possible d'imaginer un Jésus-Christ,
ressuscité quelques jours auparavant, représenté momifié
lors de ce périple ? De plus, si l'on imaginait que cela puisse
être lui, on refuserait dés lors catégoriquement la
possibilité de la résurrection ce qui est parfaitement inacceptable
aux chrétiens pur souche.
Aussi ce corps momifié peut rappeler celui que le Christ a tant pleuré et ressuscité : Lazare. La légende veut qu'après la mort du Christ, les juifs aient jeté celui-ci dans une barque vers la Provence en compagnie de ses sœurs, Marthe et Marie-Madeleine. Toutefois cette légende est de facture récente, comme nous le verrons plus loin.
En réalité, la version la plus ancienne de l'histoire de Lazare semble remonter à Raban Maur, écrivain du 9ème siècle. Ce moine bénédictin, archevêque de Mayence, laissera de nombreuses œuvres dont des écrits sur les Saints de Provence qui n'ont jamais été remis en cause ni par l’Église Occidentale ni par l’Église d'Orient.
On
retrouve une partie de ses écrits dans ceux de Monseigneur Faillon
qui se passionna pour le personnage
de Marie-Madeleine en publiant notamment en 1848, Monuments inédits
sur l'apostolat de Sainte Marie-Madeleine en Provence dans lequel il évoque
Raban Maur. Or en 1633, l'évêque de Marseille avait cru devoir
supprimer, comme dignes de censure, les anciens offices de ce saint, en
usage dans son diocèse. Hélas, il n'est plus possible de voir
en détail lesdits usages, tirés d'actes aujourd'hui perdus.
Toutefois, nous vous indiquer avec assurance et restituer à l'histoire du Saint Martyr qu'est Lazare plusieurs traits qui furent retranchés un peu hâtivement.
L'épiscopat de Saint Lazare à Béthanie
On sait qu'au commencement, on établissait un évêque presque partout où il s'était formé un noyau de chrétienté. On ne peut donc douter que les apôtres n'aient établi un évêque à Béthanie de Judée. Personne ne paraissait plus digne de remplir cette tâche que Saint Lazare.
La fuite de Saint Lazare vers Chypre
Saint Jean (11,1-53) raconte avec moults détails l'histoire de la résurrection de Lazare et même la résolution prise par les Juifs afin de procéder à sa mise à mort. On pourrait parfaitement ensuite lier le départ de Lazare pour Chypre et son épiscopat sur cette île au récit que fait Saint Luc de la fuite des chrétiens de Judée après la mort de Saint Etienne. Ceux qui avaient été dispersés, dit-il, allèrent jusqu'en Phénicie, dans l'île de Chypre et à Antioche.
L'épiscopat de Lazare à Chypre
C'est sur ce même témoignage de Saint Luc que l'on établit l'antiquité de l'église de Chypre. Or, si les fondateurs de cette église étaient des Juifs chassés de Jérusalem, annonciateurs de l'Evangile, il est tout à fait naturel de penser que Saint Lazare fut de ce nombre. On ne pouvait guère envisager une église sans évêque, et parmi tous les nouveaux apôtres de Chypre, nul n'était plus à même que lui de gouverner cette église.
L'arrivée de Saint Lazare à Marseille
Lorsque Saint Maximin partit de Palestine avec Sainte Madeleine et les compagnons de celle-ci, Saint Lazare était donc encore évêque de Chypre. Il faut donc en conclure qu'il ne peut être venu en Provence avec ses sœurs.
C'est ce qu'affirme Raban Maur puisqu'en faisant le dénombrement de tous ceux qui auraient fait partie du voyage avec Marie-Madeleine, il ne cite nullement Lazare.
Devenu odieux aux juifs de Jérusalem, Lazare n'est jamais repassé en Judée, du moins pouvons-nous le supposer. Il quittera Chypre lorsque la persécution des chrétiens s'étendra à l'île de Chypre.
Il sera l'évêque de Marseille lorsque Claude est empereur et y rencontre Saint Alexandre de Brescia.
Dans ces matières purement historiques, on doit déférer à l'opinion la plus ancienne au sein des textes des Pères de l’Église. Or, l'opinion qui fait arriver Saint Lazare en Provence après ses sœurs est beaucoup plus ancienne que celle qui consiste à le placer dans l'embarcation avec elles.
REPRÉSENTATIONS DE LAZARE
Les premières représentations de Saint Lazare sont d'une extrême simplicité. Elles ne comportent que deux personnages : Lazare entouré de bandelettes, telle une momie, debout devant son tombeau et, en face de lui, le Christ tendu vers lui pour l'aider à se relever de son trépas.



Quand on observe avec attention ces anciennes représentations du miracle, on remarque avec étonnement que Lazare est parfois imagé avec la taille d'un petit enfant. Cette singularité est certainement voulue car il y en a d'assez nombreux exemples. On a prétendu exprimer par ce naïf artifice une idée non sans grandeur : que la résurrection du chrétien est une nouvelle naissance. 1
L'utilisation du terme Lazarizatur dans un texte liturgique paraît donc tout à fait significative. Accolé au mot corpus, il rentre dans le langage commun pour expliquer le phénomène de la résurrection vécue par le héros. En outre, elle rappelle indirectement l'iconographie traditionnelle, en partie inspirée par les représentations antiques d'un corps enveloppé de bandelettes, semblable à une momie. Par-delà le personnage de Lazare lui-même, sa résurrection et les bandelettes de son linceul font partie intégrante de la culture chrétienne carolingienne. Sans occulter complètement la force de la tradition iconographique, on peut reconnaître dans les représentations de linceul du hait Moyen-Âge l'expression d'un certain réalisme, en particulier à cause de la ressemblance avec l'emmaillotement des bébés. Si l'on regarde de prés la représentation des linceuls, on peut remarquer que, dans tous les cas de lazarisation, il s'agit d'une grande pièce de tissu enveloppée autour du corps et maintenue par des bandes de tissu selon divers arrangements : croisement sur la poitrine (avec maintien avec une agrafe ou un nœud dans le dos), disposition en une spirale jointive, entrecroisement de deux bandes, spiralées ou non. Or, ces systèmes sont utilisés pour envelopper indistinctement corps de bébés ou corps de morts. L'assimilation entre les deux est très nette dans l'illustration du chapitre De Saeculo de Raban Maur dans le manuscrit 132 du Mont-Cassin (réalisé vers 1023-1030).
L'assimilation entre le corps de l'enfant et celui du mort, rendue presque naturelle par leurs caractéristiques communes (inertie, dépendance totale), est accentuée par la conception chrétienne de la mort. Comme indice, rappelons que lorsque les artistes veulent représenter l'âme s'échappant du corps, ils choisissent la forme d'un petit corps nu, mais également, parfois, celle d'un petit corps enveloppé de bandelettes. Alors, enfant ou défunt ? Cette âme, qui fait ensuite l'objet d'un combat entre anges et démons, doit être pure pour parvenir au Paradis. L'âme du saint, innocente comme celle de l'enfant tout juste baptisé, s'élève et est accueillie directement aux cieux. 2
UN PETIT ENFANT NOMMÉ LAZARE
Lazare,
la tête couverte d'un suaire, le corps environné de bandelettes,
selon la coutume des anciens Juifs dans leurs funérailles, se présente
à l'entrée de son sépulcre, debout sur le seuil de
la porte, décorée de deux colonnes torses d'ordre corinthien,
qui soutiennent un fronton. La figure de Lazare, semblable à une
momie, fort disproportionnée par rapport aux autres personnages,
à cause de sa petitesse, et la forme purement idéale donnée
à son tombeau, se reproduisent à l'identique sur un grand
nombre de sarcophages : c'est l'expression d'un type de convention
trouvant sa place chez les premiers chrétiens, et imaginée
sans doute par des artistes n'ayant jamais mis les pieds en Palestine. Car,
en réalité, le sépulcre de Lazare n'est pas élevé
comme un édifice, c'est un caveau souterrain dont l'entrée
est à fleur de terre, fermée par une pierre posée horizontalement.3
En conclusion, on peut donc dire que le reliquaire de Marie-Madeleine est conforme à la volonté tardive de l'Eglise de faire arriver Lazare en même temps que ses sœurs et les autres apôtres. Le meilleur moyen de décrire Lazare était donc de se conformer à une imagerie très ancienne, l'allégorie du mort-vivant, proche du lépreux.
En effet, il ne faut pas oublier non plus que Lazare devient le Saint Patron des Lépreux à partir du Moyen-Âge, les lazarets étant des léproseries et tirant, bien évidemment, leur nom du Saint atteint de cette maladie.
Il s'agit donc simplement d'une allégorie du Saint dont on veut, à partir d'une certaine époque, qu'il ait parcouru le chemin de la Palestine à la Provence, en compagnie de Marie-Madeleine et de Marthe, afin d'évangéliser la Gaule.
MaryAnge Tibot-Douzet et Nicolas
le 26 Novembre 2011
Un grand merci à Aurélien
1-Les Saints Compagnons du Christ par Emile Mâle.
2-L'église Carolingienne et la mort : Christianisme par Cécile Treffort
3-M
Faillon, Monuments inédits sur l’apostolat de Sainte Marie
Madeleine en Provence.
Chapitre neuvième, « preuve de la vérité
de la tradition de Provence », page 580.